Le monument commémoratif du vol 22 de l’opération Boxtop : « Un lieu de souvenir et de guérison »
Article de nouvelles / Le 8 novembre 2016
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Par Joanna Calder
« David. Marc. Monty. Paul. Richard. Tony. Et les deux à l’extérieur… occupez-vous d’eux d’abord! »
Vingt-cinq ans après l’écrasement fatal d’un avion CC-130 Hercules du 435e Escadron de transport d’Edmonton qui assurait le vol 22 de l’opération de ravitaillement Boxtop à la Station des Forces canadiennes Alert, au Nunavut, la capitaine (retraitée) Wilma de Groot a une fois de plus fait l’appel.
Toutes les heures ou toutes les deux heures après l’accident, qui s'est produit à seize kilomètres d’Alert le 30 octobre 1991, la capitaine DeGroot, médecin, appelait le nom de ses camarades pour s’assurer qu’ils étaient toujours éveillés et qu’ils n’avaient pas succombé au froid. Douze des quatorze survivants grelottants de froid s’étaient blottis les uns contre les autres dans la queue sectionnée de l’appareil.
Durant plus de 30 heures, ils ont dû affronter une forte tempête à l’extrémité nord de l’île d’Ellesmere, accompagnée de vents violents, de températures de -20 °C à -30 °C et d’un refroidissement éolien extrême, dans l’obscurité totale de l’hiver arctique. Les deux premières tentatives de sauvetage par voie terrestre ont dû être abandonnées à cause des conditions météorologiques et du terrain accidenté et, bien que l’équipage d’un autre Hercules du 413e Escadron de recherche et de sauvetage à Greenwood, en Nouvelle-Écosse, soit parvenu au-dessus du lieu de l’accident au bout de huit heures environ, les techniciens en recherche et en sauvetage (SAR) n’ont pas pu descendre en parachute à cause de la violence des vents et de la mauvaise visibilité causée par la couverture nuageuse. Lorsqu’ils se sont finalement risqués à sauter, le vent a emporté et fait disparaître presque tout leur matériel et leurs provisions médicales. Toutefois, ils se sont débrouillés avec l’équipement dont ils disposaient, offrant abri, aide et réconfort aux survivants. Peu de temps après, une autre équipe de techniciens en SAR (tech SAR) s’est jointe aux efforts, suivie d’une troisième expédition par voie terrestre, équipée de provisions et de matériel.
On a transporté les survivants et les six tech SAR à la Station des Forces canadiennes Alert à bord de l’hélicoptère CH-135 Twin Huey qu’avait transporté un autre Hercules. Les autres tech SAR, les sauveteurs par voie terrestre et le corps des militaires morts ont été ramenés à bord d’hélicoptères HH160 Pave Hawk des États-Unis depuis la Base aérienne Elmendorf, en Alaska.
Quatre personnes sont mortes presque sur-le-champ en raison des blessures qu’elles ont subies lors de l’accident : la capitaine Judy Trépanier, l’adjudant-maître Tom Jardine, l’adjudant Robert Grimsley et le caporal-chef Roland Pitre. Le capitaine John Couch, pilote du Hercules, a répondu à l’appel plusieurs heures de suite, pour finalement mourir d’hypothermie, après avoir fait l’impossible pour sauver la vie des hommes et des femmes qui se trouvaient dans son appareil.
Une fois les survivants arrivés à Alert, la capitaine DeGroot a appelé une dernière fois le nom de chacun d’entre eux alors qu’ils étaient réunis dans la salle à manger de la station qu’on avait transformée en installation médicale de fortune. C’était la première et la dernière fois que les 13 rescapés seraient ensemble. Ensuite, un avion les a transportés à des installations médicales au sud pour y amorcer un long processus de guérison.
La capitaine DeGroot n’aurait jamais imaginé qu’elle appellerait de nouveau ces noms, mais, le 30 octobre 2016, sept survivants et leurs proches, les familles des trois militaires morts, des sauveteurs et un certain nombre d’autres personnes qui se trouvaient à Alert la journée de l’écrasement tragique se sont rassemblés à la 8e Escadre Trenton, en Ontario, pour marquer le 25e anniversaire de l’accident et inaugurer le monument commémoratif du vol 22 de l’opération Boxtop.
À la fin du déjeuner privé tenu avant la cérémonie, on a demandé aux survivants de se lever. À l’une des tables, quelqu’un a lancé : « Fais l’appel, Wilma. » La capitaine DeGroot s’est donc levée pour faire l’appel une fois de plus, et, tour à tour, chacun des survivants présents s’est levé également et a répondu « présent ».
Les deux personnes qui se trouvaient à l’extérieur après l’écrasement, à savoir Sue Hillier et Bob Thompson, souffraient de blessures trop graves pour qu’on puisse les déplacer et les amener dans la queue de l’avion Hercules. Les autres passagers se sont construit un abri dans la queue de l’appareil et, contre tout espoir, ils ont réussi à survivre. Les paroles de la capitaine DeGroot, « occupez-vous d’eux d’abord », étaient celles qu’elle avait adressées aux tech SAR lorsqu’ils ont finalement rejoint les survivants dans la queue de l’appareil.
« Je ne m’attendais pas à ressentir une émotion aussi forte. Voir chaque personne se lever lorsque j’ai fait l’appel m’a vraiment bouleversée; je ne m’y attendais pas du tout, dit la capitaine DeGroot. Quelqu’un qui était à Alert le jour où j’ai fait l’appel, quand nous étions rassemblés dans la salle à manger, m’a dit que ceux qui regardaient la scène pensaient que nous délirions et que nous ignorions où nous étions. Mais en fait, nous le savions trop bien, comme aujourd’hui d’ailleurs. Nous voilà de nouveau au même endroit ensemble. Qui répond toujours à l’appel? »
Les proches de l’adjudant-maître Jardine, de l’adjudant Grimsley et du caporal-chef Pitre ont assisté au déjeuner et à la cérémonie.
L’adjudant-maître Tony Cobden, dernier survivant du vol 22 de l’opération Boxtop à toujours faire partie des Forces canadiennes, la capitaine (retraitée) Wilma DeGroot, le capitaine (retraité) Richard Dumoulin, le capitaine (retraité) David Meace (caporal-chef au moment de l’accident), le matelot-chef (retraité) David « Monty » Montgomery, l’adjudant-maître (retraité) Marc Tremblay et le sergent (retraité) Paul West étaient également présents.
Ont également survécu à l’accident Robert Thomson, Susan Hillier, le lieutenant Joe Bales, le lieutenant Michael Moore, le caporal-chef Mario Ellefsen et le soldat Bill Vance, décédé en mai 2002.
| SFC Alert |
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| Située à seulement 817 kilomètres du pôle Nord, la SFC Alert est le lieu habité en permanence le plus au nord du monde. Le 1er septembre 1958, Alert a commencé à jouer un rôle opérationnel en tant qu’unité de renseignement sur les transmissions des forces armées canadiennes. Après l’unification des Forces canadiennes, la grande majorité des membres du personnel d’Alert provenaient du Commandement des Communications des Forces canadiennes, prédécesseur du Groupe de gestion de l’Information. Beaucoup de passagers du vol 22 de l’opération Boxtop, 22e vol de la seconde mission importante d’approvisionnement de 1991, étaient des chercheurs en communications du Commandement des communications qui participaient au travail de renseignement sur les transmissions. Aujourd’hui, bien que l'on continue à intercepter les transmissions à Alert, le travail d’analyse s’effectue à la SFC Leitrim. En 2009, le commandement de la SFC Alert est passé du Groupe de gestion de l’information à l’Aviation royale canadienne. |
Plus tôt cette année, un petit contingent de l’Aviation royale canadienne, ainsi que l’adjudant-maître Cobden, le matelot-chef Montgomery, le sergent Ben House, tech SAR qui faisait partie de la première équipe de tech SAR sur les lieux de l’accident, et le lieutenant-colonel (retraité) Scott McLean, qui commandait la SFC Alert en 1991 et qui a dirigé les opérations de sauvetage à la station après l’accident, ont fait le voyage jusqu’à Alert avec le monument commémoratif spécialement conçu pour le vol 22 de Boxtop. Ensuite, un hélicoptère CH-147F Chinook a transporté le monument jusqu’au lieu de l’accident, où on l’a inauguré et dédié à la mémoire des personnes qui ont perdu la vie lors de l’écrasement, des sauveteurs et des survivants.
« Les mots me manquent pour décrire ce voyage à Alert. C’était très émouvant pour tout le monde, a déclaré lors de la cérémonie à Trenton le lieutenant-général Mike Hood, commandant de l’Aviation royale canadienne. Ce l’était pour moi, en tout cas. J’étais un jeune capitaine du 435e Escadron au moment de l’accident. Les membres de l’équipage étaient mes amis. J’avais effectué des vols avec eux, je m’étais amusé avec eux et, pendant de longues journées, nous n’avions aucune idée de ce qui s’était passé. »
« On peut voir les débris de l’avion, fracassés et tordus, toujours au même endroit dans la toundra arctique. En marchant à l’endroit où a eu lieu l’accident, nous étions stupéfaits que des gens aient pu survivre à un tel accident, sans parler des heures terribles qui ont suivi. »
« Il y a eu de nombreux héros ce jour-là. »
Après son inauguration au lieu de l’accident, le monument commémoratif a été transporté à la 8e Escadre, point de départ de toutes les missions d’approvisionnement Boxtop et déposé sur le terrain du Musée national de la Force aérienne du Canada, en face du CC-130 Hercules qui y est exposé.
À l’avant du monument de forme carrée en granite se trouve une plaque en cuivre sur laquelle on peut lire un texte qui décrit la tragédie et ses conséquences. À l’arrière, on peut lire le nom des cinq militaires canadiens qui ont perdu la vie dans l’écrasement. Une autre pièce de granite, sculptée et gravée, représentant la queue de l’appareil sectionnée lors de l’accident, surplombe le monument.
Le monument érigé à la mémoire du vol 22 de l’opération Boxtop qui a été inauguré en 1993 à la SFC Alert compte une plaque identique.
Depuis, l’atelier de la SFC Alert a créé des reproductions en bois de la plaque. Le lieutenant-général Mike Hood, commandant de l’Aviation royale canadienne, a remis des plaques en bois aux représentants des familles des trois militaires morts et aux sept survivants, lors du déjeuner tenu à Trenton. On a également créé des plaques pour ceux qui n’ont pas pu participer au déjeuner et pris des dispositions afin de les leur remettre.
« Le vol 22 de l’opération Boxtop est une tranche d’histoire que partagent l’Aviation royale canadienne et la collectivité de la recherche en communications », a déclaré lors de la cérémonie le major-général Greg Loos, chef d’état-major du Groupe de gestion de l’information. « Je suis heureux et fier de voir tant de membres du personnel de la SFC Leitrim [située à proximité d’Ottawa] aux côtés de nos frères et nos sœurs de l’ARC aujourd’hui pour participer à ce geste de commémoration et de souvenir. »
Quatre des passagers de l’avion étaient des chercheurs en communications qui faisaient partie du Commandement des communications, aujourd’hui le Groupe de gestion de l’information.
Cette cérémonie très sobre et ouverte au public s’est terminée par la dernière sonnerie et les deux minutes de silence, ainsi que par le survol d’un Hercules CC-130H du même modèle que celui du vol 22 de l’opération Boxtop.
Le lieutenant-général Hood et le major-général Loos ont déposé des couronnes au nom de l’ARC et du Groupe de gestion de l’information. Ensuite, les familles ou leurs représentants ont déposé des couronnes à la mémoire de chacun des militaires qui ont perdu la vie lors de l’écrasement et, enfin, les sept survivants se sont avancés ensemble pour déposer une couronne.
« Pendant le quart de siècle qui s’est écoulé depuis l’accident, le vol 22 de l’opération Boxtop s’est effacé de la mémoire du public canadien, bien que je doute que vous l’ayez oublié. C’est pourquoi il est si important pour nous de placer ce monument commémoratif ici, à Trenton, a affirmé le lieutenant-général Hood.
« Ce monument demeurera ici pour rappeler cette terrible épreuve vécue dans le Grand Nord canadien, et j’espère qu’il permettra aux Canadiens de se souvenir pendant longtemps de ceux qui ne sont jamais revenus, de ceux qui ont survécu et de ceux qui ont vaillamment lutté pour ramener chez eux les survivants.
« Je souhaite que cet endroit devienne un lieu de souvenir et de guérison pour vous, ainsi qu’un moyen de veiller à ce que vous et les êtres qui vous sont chers ne sombriez jamais dans l’oubli. »
| L’équipage et les passagers du vol 22 de l’opération Boxtop |
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| Les gens qui ont perdu la vie Le capitaine John Couch, pilote du 435e Escadron de transport, à Edmonton, en Alberta La capitaine Judy Trépanier, agente de logistique du quartier général du Commandement des communications des Forces canadiennes, à Ottawa, en Ontario L’adjudant-maître Tom Jardine, gestionnaire des services régionaux de CANEX à la base des Forces canadiennes Trenton, en Ontario L’adjudant Robert Grimsley, technicien en approvisionnement au quartier général du Commandement des communications des Forces canadiennes, à Ottawa Le caporal-chef Roland Pitre, technicien des mouvements et arrimeur du 435e Escadron Les survivants Robert Thomson, gestionnaire des services de CANEX à la base des Forces canadiennes Trenton Susan Hillier, coiffeuse à la base des Forces canadiennes Trenton Le capitaine Richard Dumoulin, agent de logistique au quartier général du Commandement des communications des Forces canadiennes La capitaine Wilma DeGroot, médecin à la base des Forces canadiennes Trenton Le lieutenant Joe Bales, pilote du 435e Escadron Le lieutenant Mike Moore, navigateur du 435e Escadron L’adjudant-maître Marc Tremblay, technicien en approvisionnement du quartier général du Commandement des communications des Forces canadiennes Le sergent Paul West, mécanicien de bord du 435e Escadron Le caporal-chef Tony Cobden, chercheur en communications du 770e Escadron de recherche en communications, à Gander, à Terre-Neuve-et-Labrador Le caporal-chef David Meace, technicien radio du quartier général et escadron des transmissions de la 1re Division du Canada, à la base des Forces canadiennes Kingston, en Ontario Le caporal-chef Mario Ellefsen, chercheur en communications à la station des Forces canadiennes Leitrim, à Ottawa Le matelot-chef David « Monty » Montgomery, chercheur en communications du 771e Escadron de recherche en communications, à OttawaLe soldat Bill Vance, chercheur en communications à la station des Forces canadiennes Leitrim |