Profil du PEACB : le Capt avn David Ernest Hornell, VC
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Article de nouvelles / Le 19 mai 2016
En 2016, l’Aviation royale canadienne (ARC) commémore le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB), l’un des plus vastes programmes d’entraînement au monde. Au terme de la Deuxième Guerre mondiale, le PEACB avait remis leur certificat à 131 553 membres d’équipages aériens qui allaient exercer leurs compétences dans les forces aériennes canadienne, australienne, britannique et néo-zélandaise.
Par le major Bill March
En septembre 1940, l’Aviation royale du Canada (ARC), très désireuse de recruter des aspirants supplémentaires pour le Programme d’entraînement aérien du Commonwealth britannique (PEACB), a annoncé qu’elle étudierait la candidature de postulants ayant jusqu’à 31 ans d’âge. Cette simple décision administrative a permis à David Ernest Hornell de se joindre, à trois semaines de son 31e anniversaire, à l’ARC le 8 janvier 1941. Un peu plus de trois ans et demi plus tard, il se méritait la Croix de victoria (VC).
Né le 25 janvier 1910 dans la collectivité ontarienne de Mimico, qui était alors une banlieue de Toronto sur les rives du lac Ontario, dans les limites de l’actuel arrondissement d’Etobicoke, Hornell a fait ses études à la Western Technical School de Toronto. Athlète doué, il a refusé une bourse universitaire pour prendre un emploi dans les laboratoires de recherche de la Goodyear Tire and Rubber Company. Il aurait pu se prévaloir d’une dispense du service militaire en invoquant son travail dans un domaine critique, mais il s’est porté volontaire dans l’ARC et, à l’instar de nombre de ses contemporains, a pris le chemin du Dépôt no 1 des effectifs, à Toronto.
Bien que ses progrès dans le cadre du PEACB aient été semblables à ceux de la plupart des stagiaires, on ne peut que s’imaginer à quel point cette expérience a été différente pour quelqu’un qui était de dix ans plus âgé que ses compagnons. À n’en pas douter, il y a eu des haussements de sourcils et l’emploi occasionnel de quelques surnoms, comme « Pépère », tandis que cet homme grand, mince et tranquille endurait sa part de drill au sol. Le 4 février 1941, Hornell s’est présenté à la 1re École de radio-navigants, à Montréal, au Québec, pour y faire du service général en attendant une place dans une école préparatoire d’aviation.
Au cours des mois suivants, il est passé par la 3e École préparatoire d’aviation, à Victoriaville (Québec), la 12e École élémentaire de pilotage, à Goderich (Ontario) et la 5e École de pilotage militaire, à Brantford (Ontario). Comme les pilotes de cette école de pilotage militaire étaient destinés au pilotage d’avions multimoteurs, l’entraînement au pilotage se faisait à bord de l’appareil Anson d’Avro. Hornell a terminé cette phase de son instruction le 22 septembre 1941 et s’est vu remettre son brevet lors d’une cérémonie de graduation tenue trois jours plus tard.
Après un bref cours suivi à la 31e École de reconnaissance générale, une unité de la Royal Air Force (RAF) située à Charlottetown (Île-du-Prince-Édouard), il a été affecté au 120e Escadron du Service territorial canadien, Commandement aérien de l’Est (CAE), le 23 décembre 1941.
Pendant les deux années suivantes, Hornell a été pilote fonctionnel, exécutant des patrouilles anti-sous-marins, et officier d’état-major au quartier général (QG) du CAE à Halifax (Nouvelle-Écosse). En octobre 1943, il a été envoyé au 162e Escadron, de l’autre côté du port, à Dartmouth. Arrivé quelques semaines avant l’escadron, il a piloté un aéronef amphibie Consolidated PBY-5A Canso et reçu l’ordre de partir pour Reykjavik, en Islande, après avoir été détaché auprès du commandement côtier de la RAF. Pendant les cinq mois suivants, il a survolé l’Atlantique Nord avec différents équipages. Ensuite, vers la fin de mai 1944, trois Canso du 162e Escadron ont commencé à décoller de Wick, dans le nord de l’Écosse, pour empêcher les sous-marins allemands de quitter des bases norvégiennes et de venir attaquer la flotte du débarquement en Normandie.
Le 24 juin 1944, Hornell et son équipage de sept membres se préparaient à leur septième vol pendant ce séjour à Wick. L’équipage chevronné, entièrement composé de Canadiens, s’est envolé vers 9 h 30. Après presque dix heures de vaines recherches et alors que l’appareil se trouvait loin au nord des îles Shetland, les Canadiens ont remis le cap sur la base. Vers 19 h, deux d’entre eux ont aperçu un sous-marin en surface, à pas plus que huit kilomètres à bâbord. Hornell a viré pour attaquer. L’équipage du sous-marin U-1225 a ouvert le feu sur le Canso et Hornell a exécuté toutes les manœuvres d’évitement à sa portée sans trop dévier de son cap d’attaque.
Un tir précis a détruit les antennes radio, mettant fin à toute communication avec la base. D’autres obus ont arraché des morceaux de l’aile droite, faisant éclater le moteur, qui s’est enflammé. Hornell, mettant à profit chaque élément de son savoir et toute la force qu’il a pu rassembler, s’est battu pour garder l’appareil sur sa voie. À 1 100 mètres, les mitrailleurs du Canso ont ouvert le feu, s’efforçant autant que possible, malgré l’instabilité de l’avion, de faire taire les canons allemands.
Hornell a ramené l’avion en feu au-dessus du U-boot, à une altitude de moins de 16 mètres, bombardant l’ennemi de grenades sous-marines. L’étrave du sous-marin s’est envolée dans un panache d’eau avant de retomber, irrémédiablement endommagée. Quelques membres de l’équipage allemand ont réussi à fuir leur bâtiment qui coulait, mais finalement, les 56 officiers et membres d’équipage ont péri.
Une fois l’attaque terminée, le seul souci de Hornell a été la sécurité de ses hommes. Tirant avec force sur le manche, il a obligé le Canso, très dégradé, à grimper, lui imposant jusqu’au dernier mètre d’altitude possible. L’angle de montée a été trop dur pour le moteur droit, qui brûlait, et il s’est détaché de sa monture, libérant du carburant et de l’huile qui ont nourri le feu sur l’aile. À moins de 80 mètres de hauteur, de la fumée emplissant le poste de pilotage et le fuselage, Hornell a retourné l’avion face au vent et s’est préparé à amerrir.
Par deux fois, le Canso a rebondi sur les eaux agitées avant de s’immobiliser, son aile droite dévorée par les flammes. En moins de cinq minutes, tout l’équipage avait évacué sans autre préjudice le Canso en perdition, mais il ne disposait que d’un canot de sauvetage pour quatre. La nuit venant, ils se sont tour à tour reposés dans le canot ou cramponnés, dans l’eau glacée, à ses flancs. La mer s’est faite de plus en plus mauvaise et l’équipage s’est rassemblé à bord de l’embarcation, faisant de son mieux pour ne pas geler.
À minuit, par la plus mince des chances, un Catalina du 333e Escadron norvégien est passé par là et, informé de la situation des Canadiens par des fusées de signalisation, a transmis un appel d’urgence de sauvetage air-mer. Hornell a fait ce qu’il a pu pour maintenir le moral de son équipage. Hélas, avant le matin, le Sergent Fernand St-Laurent, mécanicien de bord, âgé de 26 ans et originaire de Pointe-au-Père, au Québec, mourait de froid. Ses amis ont respectueusement rendu son corps à la mer et l’ont regardé s’éloigner.
Après seize heures à dériver sur l’océan, un appareil de sauvetage air-mer Warwick est arrivé et largué un canot de sauvetage. Le mécanisme de dégagement a mal fonctionné et le canot est tombé à presque 500 mètres des Canadiens. Affaibli, aveuglé par le sel et engourdi par le froid, Hornell a tout de même voulu nager jusqu’à lui, mais l’équipage l’en a empêché. Trois heures plus tard, le Sergent Donald Stewart Scott, 22 ans, deuxième mécanicien de bord, originaire de Pakenham, en Ontario, poussait son dernier soupir et son corps était rendu à la mer.
Quatre-vingt-dix minutes plus tard, un hydravion à coque Short Sunderland survolait l’océan en vrombissant, guidant une vedette rapide de sauvetage vers les Canadiens. L’équipage de la vedette a hissé à bord, avec mille précautions, Hornell et deux membres de son équipage pendant que les autres trouvaient la force d’y grimper eux-mêmes. Hornell était inconscient et ne réagissait pas et, en dépit de tous les efforts de l’équipe de sauvetage, il est mort pendant le trajet de 14 heures vers le port de Lerwick, dans les îles Shetland.
Les membres survivants de l’équipage ont été décorés pour leurs actions pendant et après l’attaque réussie du sous-marin allemand. Les mécaniciens de bord St-Laurent et Scott, conformément à la politique de l’époque en matière de reconnaissance, ont été cités à l’ordre du jour.
La Croix de Victoria a été octroyée à titre posthume au Lieutenant d’aviation Hornell, l’un des diplômés les plus âgés du PEACB. Voici un extrait de sa citation : « En attaquant avec habileté et succès un adversaire féroce avec un appareil en piteux état, puis en stimulant et en encourageant ses camarades dans l'épreuve qui a suivi, cet officier a manifesté une insigne bravoure et un sens du devoir peu commun ».
Il avait 34 ans.