« Nos équipes ont dû s’adapter face à l’adversité » – Le Bgén St-Louis confie le commandement de la Force opérationnelle interarmées IMPACT au Bgén Wright

Le 4 juin 2020 – Nouvelles de la Défense

Lorsqu’il a accepté le commandement de la Force opérationnelle interarmées IMPACT en mai 2019, le brigadier-général (Bgén) Michel‑Henri St‑Louis et son équipe collaboraient avec des partenaires du Moyen-Orient pour renforcer leurs capacités militaires.

Alors que le Bgén St‑Louis confie le commandement au Bgén Mike Wright une année plus tard, il est évident qu’une série d’incidents dans la zone d’opérations interarmées (ZOI) — y compris des manifestations, des attaques à la roquette et une pandémie — ont mis à l’épreuve la résilience du personnel déployé.

Un impact en évolution

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Le brigadier-général Michel-Henri St-Louis (au centre), commandant de la Force opérationnelle interarmées IMPACT, informe (de gauche à droite) le général Jonathan Vance, chef d’état-major de la défense, le premier ministre Justin Trudeau, François-Philippe Champagne, ministre des Affaires étrangères, et Ahmed Hussen, ministre de la Famille, des Enfants et du Développement social, de la situation au Moyen-Orient à la base aérienne Ali Al Salem (Koweït) le 10 février 2020. Le premier ministre, les ministres et le chef d’état-major de la défense rendaient visite aux membres des Forces armées canadiennes déployés dans le cadre de l’opération IMPACT, la mission de formation du Canada au Moyen-Orient.

Image: Cpl Nicolas Alonso

L’opération IMPACT a été lancée en 2014, dans le cadre de la participation des Forces armées canadiennes (FAC) à la lutte contre Daech, aussi appelé l’EIIS. En 2018, la mission a été orientée vers l’instruction et le renforcement des capacités au Liban, en Irak et en Jordanie, qui sont des nations partenaires voisines de la Syrie et qui ont été menacées par Daech. Le quartier général de la mission se trouve au Koweït.

Les FAC et leurs alliés ont jugé qu’ils pouvaient contribuer davantage à la stabilité à long terme au Moyen‑Orient en travaillant avec des partenaires pour renforcer leurs capacités à se défendre eux‑mêmes.

« Les efforts canadiens au Liban et en Jordanie sont régis par des accords bilatéraux », affirme le Bgén St‑Louis. « En Irak, ces efforts sont coordonnés par deux coalitions : la Coalition mondiale de lutte contre Daech, sous la direction des États‑Unis, et la mission de l’OTAN en Irak. »

L’instruction et le mentorat offerts dans le cadre de l’Op IMPACT touchent des domaines comme le maniement d’armes, la neutralisation des explosifs et munitions, les premiers soins au combat, la coopération civilo-militaire et la gestion de la logistique. Jusqu’à maintenant, les FAC ont entraîné plus de 4 500 Irakiens, 1 490 Libanais et 900 Jordaniens.

Parmi les autres mesures de renforcement des capacités figurent les investissements clés. Par exemple, le Canada a financé le réaménagement d’un tronçon de route de 63 km le long de la frontière entre la Jordanie et la Syrie. Grâce à cet investissement, les Forces armées jordaniennes auront une meilleure mobilité et un délai d’intervention plus court pour réagir aux incursions, à la contrebande et aux autres menaces pour la sécurité.

Modification de la dynamique régionale : mai à novembre 2019

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Le maître-bombardier Amanda Davies (à gauche) dirige un champ de tir avec un soldat d’infanterie jordanien de l’équipe d’engagement féminin à Amman (Jordanie) le 10 décembre 2019.

Image: Cpl Jerome Lessard

Lorsque le Bgén St‑Louis a accepté le commandement de la Force opérationnelle interarmées IMPACT, la ZOI était relativement stable. Les efforts étaient surtout consacrés à l’optimisation des structures et des procédures pour avoir une incidence dans l’ensemble de la zone d’opérations. Le personnel militaire canadien collaborait avec ses partenaires pour renforcer leurs capacités et les gouvernements hôtes étaient opérationnels. Toutefois, la dynamique régionale n’a pas tardé à changer.

Le conflit par procuration entre l’Arabie saoudite et l’Iran durait depuis un certain moment, en particulier au Yémen. En septembre 2019, une attaque de drone contre des installations pétrolières saoudiennes a mis en évidence la possibilité d’un conflit plus vaste et a considérablement accru les tensions à l’échelle régionale. En octobre, la Turquie a lancé une opération visant à établir une zone tampon de 25 km le long de sa frontière avec la Syrie, ce qui a encore une fois souligné la possibilité qu’une guerre régionale plus importante soit déclarée. 

De plus, en octobre, l’agitation civile, exacerbée par la frustration politique et économique, a gagné les rues du Liban, de l’Irak et de l’Iran. Alors que les manifestations au Liban étaient relativement pacifiques au départ, des affrontements violents entre les autorités ou les groupes armés et les manifestants ont fréquemment eu lieu en Iran et en Irak, principalement sous la forme de lourdes mesures de répression, et ont fait de nombreuses victimes.

« Notre personnel n’a pas été directement touché par les émeutes, mais nous étions tout de même inquiets pour leur sécurité et nous surveillions la situation de près », indique le Bgén St‑Louis.

Tensions entre les É.‑U. et l’Iran : décembre 2019 à mars 2020

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Le caporal-chef Nicolas Baron, un technicien des mouvements déployé dans le cadre de l'opération IMPACT, guide les passagers d'un CC-130 Hercules de l'Aviation royale du Canada après leur atterrissage à la base aérienne Ali Al Salem (Koweït) le 27 mars 2020. 

Image: Cpl Nicolas Alonso

À l’été et à l’automne 2019, des milices chiites soutenues par l’Iran, qui avaient combattu avec les Forces de sécurité irakiennes contre Daech, sont devenues hostiles à la présence des forces de la Coalition. Même si les milices chiites et la Coalition s’étaient tolérées comme partenaires par intérêt contre Daech, la présence à long terme de la Coalition en Irak allait à l’encontre des intérêts iraniens.

Les milices chiites, qui avaient des intérêts communs avec les Iraniens, ont lancé des attaques à la roquette à petite échelle sur des bases de la Coalition en Irak. Le 27 décembre, l’attaque sur une base militaire près de Kirkuk a tué un entrepreneur des É.‑U. Quelques jours plus tard, les É.‑U. ont répondu par une attaque de drone à l’extérieur de l’aéroport international de Bagdad. L’attaque a tué le major-général Qasem Soleimani, un dirigeant du Corps des Gardiens de la révolution islamique iranien, et Abu Mahdi al‑Muhandis, un Irakien qui dirigeait la milice du Kata’ib Hezbollah à l’appui des Iraniens.

L’opposition politique aux mesures prises par les É.‑U. après l’attaque du drone a soulevé d’importantes questions quant à la viabilité de la présence des troupes de la Coalition en Irak. Les activités de renforcement des capacités ont été interrompues autant par la Coalition mondiale de lutte contre Daech que par la mission de l’OTAN en Irak.

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Le sergent Taylor Dobson de l’Équipe d’entraînement d’opérations hivernales explique les techniques de franchissement de collines aux soldats de la compagnie de montagne du Régiment terrestre frontalier des Forces armées libanaises, dans le cadre de l’opération IMPACT dans la région de Bcharre (Liban) le 14 janvier 2020.

Image: Cpl Nicolas Alonso

Selon le Bgén St‑Louis, « avec tout ce qui se passait en janvier 2020, la sécurité du personnel était notre priorité. Notre centre de commandement et de contrôle a pu transmettre l’information, mettre en œuvre des mesures de protection des forces et tenir le quartier général supérieur au courant. Nos équipes ont aussi conçu des plans de contingence visant à repositionner rapidement le personnel, si c’était nécessaire ».

Les 11 et 14 mars 2020, une milice chiite a lancé deux attaques à la roquette beaucoup plus importantes sur le camp Taji, au nord-ouest de Bagdad. Même si aucun des quelque 100 Canadiens présents à la base n’a été blessé, les attaques ont tué trois membres du personnel de la Coalition et en ont blessé plusieurs autres.

Les attaques étaient plus élaborées et meurtrières qu’auparavant, mettant ainsi en lumière une modification de la stratégie des milices chiites. Des discussions ont été amorcées au sein de la coalition et de la mission de l’OTAN en Irak au sujet du retrait du personnel non essentiel de l’Irak afin de réduire son exposition au danger pendant la suspension des activités d’instruction.

Pandémie de COVID‑19 : mars à mai 2020

« Nous avons commencé à entendre parler de la COVID à la fin de décembre et au début de janvier », se rappelle le Bgén St‑Louis. « Les chiffres n’étaient pas alarmants à ce moment, mais nous savions qu’il fallait surveiller la situation. »

Bien sûr, à la fin de février, la Force opérationnelle interarmées IMPACT a réalisé que le Moyen‑Orient, comme beaucoup d’autres endroits, serait dépassé par la nouvelle pandémie. Elle a donc mis en œuvre des mesures de protection complètes, y compris des protocoles d’isolement, et comme c’était déjà le cas en Irak, elle a suspendu ses activités de renforcement des capacités en Jordanie et au Liban.

« Nous devions préserver notre puissance de combat et repositionner nos forces loin de l’ennemi physique, les milices chiites, et de l’ennemi viral, la COVID‑19 », affirme le Bgén. « Les plans de contingence que nous avions élaborés en janvier ont finalement été mis en œuvre en mars et en avril. »

Du 22 mars au 15 avril, la Force opérationnelle interarmées IMPACT a repositionné plus de 250 membres du personnel, et environ 519 000 livres de marchandises — d’une valeur de plus de 8 millions de dollars — entassées sur 107 palettes avions. Pour cette opération, un appareil CC‑130J Hercules de l’Aviation royale canadienne a été utilisé dans la zone ainsi qu’un CC‑177 Globemaster déployé du Canada. Les efforts de repositionnement se sont déroulés sur terre comme dans les airs, dans trois pays différents : l’Irak, le Koweït et le Canada.

« En l’espace de 25 jours, nous avons déplacé de façon sécuritaire tout le personnel ainsi que l’équipement essentiel et non essentiel hors de l’Irak », indique le Bgén St‑Louis. « Le fait que nous ayons accompli tout cela sans blessure, perte ou contamination à la COVID témoigne des compétences de chaque personne ayant participé aux efforts de repositionnement, que ce soit nos planificateurs, notre personnel médical, nos logisticiens ou nos équipages. »

La résilience en pratique

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Donica Pottie (au centre), ambassadrice du Canada en Jordanie, et le brigadier-général Michel-Henri St-Louis (à droite), commandant de la Force opérationnelle interarmées IMPACT, marchent sur le tronçon de la route récemment rénové le long de la frontière jordano-syrienne, le 27 février 2020. Le projet de construction visant à remettre à neuf 63 kilomètres de la route a été financé par le gouvernement du Canada, dans le cadre de la stratégie canadienne pour le Moyen-Orient, afin d'aider à améliorer la mobilité des Forces armées jordaniennes le long de la frontière. La route améliorée réduira le temps de réaction des gardes-frontières en cas d'incursions, d’activités de contrebande ou d'autres menaces à la sécurité.

Image: Cpl Nicolas Alonso  

Lorsqu’il fait le bilan de cette année sur le terrain, le Bgén St‑Louis indique qu’une série d’incidents ont entraîné un changement rapide de la situation. Un retrait clé est donc ce qu’il faut pour être résilient.

« Nous étions prêts à soutenir l’instruction, mais certains incidents ont eu des répercussions sur notre capacité à produire les effets escomptés », affirme-t-il. « Nos équipes ont dû s’adapter face à l’adversité. »

Le concept de résilience est lié à la capacité d’une personne ou d’une équipe à se rétablir rapidement lorsque surviennent des difficultés. Alors, que faut-il pour être résilient?

Selon le commandant sortant, il faut d’abord être dans un état d’esprit qui accepte le changement à titre de réalité constante et il ne faut pas lutter contre ce principe.

« En plus d’avoir le bon état d’esprit, il faut posséder les compétences nécessaires pour s’adapter aux changements, avec la formation, les connaissances et l’expérience suffisantes », poursuit le Bgén St‑Louis. « La résilience requiert aussi certains outils pour continuer de produire les effets souhaités dans un paysage changeant, comme les aéronefs, les radios et les véhicules blindés que nous avions. »

Collaboration avec les partenaires et les alliés

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L’Équipe de formation à l’élimination des explosifs et munitions de la Force opérationnelle interarmées IMPACT dispense une formation aux membres des forces de sécurité irakiennes à Besmaya (Irak) le 24 septembre 2019. Les domaines de formation comprennent les types de mines, les techniques de reconnaissance de base pour le déminage, et le transport et le stockage de différents types d’explosifs.

Image: Cpl Ryan Moulton

Au cours de la dernière année, les Forces en Irak ont été confrontées à des milices chiites qui n’étaient pas attachées à une doctrine ou un dogme. Le personnel des FAC au Moyen‑Orient a aussi dû combattre un ennemi inattendu sous la forme d’un virus. Malgré les obstacles, les Canadiens continuent de collaborer avec des partenaires qui souhaitent avoir un avenir meilleur.

« Les forces de sécurité irakiennes veulent garantir leur propre sécurité. Les Forces armées jordaniennes veulent protéger leurs frontières et les Forces armées libanaises demeurent une institution digne de confiance dans leur pays », souligne le commandant sortant. « Toutes les personnes à qui j’ai parlé ont reconnu le rôle joué par le Canada dans la région. »

Le travail des FAC au Moyen-Orient ne peut se faire seul.

« Nous sommes ici en partenariat avec certains des alliés européens, nord-américains, australiens et néo-zélandais les plus anciens du Canada », ajoute le Bgén St‑Louis. « Nous poursuivons tous les mêmes objectifs; même en cette période de troubles, toutes ces nations s’efforcent de relever les défis ensemble. »

Prochaines étapes

En juin, le Bgén St‑Louis retournera au Canada où, après un congé bien mérité, il assurera le commandement du Centre de doctrine et d’instruction de l’Armée canadienne. Le concept de résilience demeurera au cœur de ses pensées lorsqu’il se joindra à l’équipe responsable du système d’instruction de l’Armée canadienne.

Il s’agit du sixième déploiement du Bgén St‑Louis. Il a aussi servi trois fois en ex‑Yougoslavie et deux fois en Afghanistan.

Comme la pandémie affecte toujours la plupart des pays, il subsiste de l’incertitude concernant le moment de la reprise des activités de renforcement des capacités pour favoriser la stabilité au Moyen‑Orient.Néanmoins, l’empreinte des FAC demeure agile et la Force opérationnelle interarmées IMPACT continuera de protéger les intérêts nationaux du Canada dans la région.

Le 29 mai 2020, le Bgén Mike Wright a pris la relève en tant que commandant de la Force opérationnelle interarmées IMPACT.

Écrit par le capitaine Mark Ruban, officier des affaires publiques

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