Retour sur l’Op AEGIS : Récit d’un adjudant de peloton
Le 22 novembre 2022 - Nouvelles de la Défense

Légende
Des citoyens canadiens et des ressortissants afghans admissibles, sous la garde et le contrôle du personnel du COMFOSCAN, attendent le long de l’aire de trafic, à l’aéroport international Hamid Karzai, à Kaboul, en Afghanistan, avant de monter à bord d’un CC-177 Globemaster de l’Aviation royale canadienne durant l’opération AEGIS, en août 2021.
Il y a plus d’un an depuis que l’aéronef des Forces armées canadiennes (FAC) a évacué des personnes de l’Afghanistan. L’opération AEGIS (Op AEGIS) constituait la contribution des FAC aux efforts du Canada visant à évacuer des Afghans ayant des liens importants ou durables avec le gouvernement du Canada, ainsi que les membres de leur famille qui les accompagnent.
Un adjudant de peloton du Commandement – Forces d’opérations spéciales du Canada (COMFOSCAN) fait connaître son expérience :
« Durant l’Op AEGIS, j’étais adjudant de peloton au sein de la force terrestre à niveau de préparation élevé du COMFOSCAN. Notre peloton a été déployé à court préavis et s’est vu confier diverses tâches dans un environnement de sécurité incertain. Lorsque nous avons atterri au Koweït, nous nous sommes rapidement familiarisés avec les défis et avons entamé la planification d’une gamme de tâches, notamment la protection de la force, le contrôle de citoyens canadiens et de ressortissants afghans admissibles et la récupération des personnes aux barrières entourant l’aéroport international de Kaboul, en Afghanistan.
Peu après notre atterrissage à l’aéroport de Kaboul, il est devenu clair pour tout un chacun que personne n’avait connu auparavant une tâche de cette nature et de cette complexité. Il y avait d’innombrables rangées d’avions de la coalition, dont les moteurs étaient en marche, qui attendaient que le chargement d’évacués soit effectué, de même que des ressortissants attendant le traitement de leur demande ou l’embarquement sur le prochain vol possible pour quitter l’Afghanistan. La plupart de ces familles souffraient de déshydratation, de faim et d’épuisement véritable en raison du chaos duquel elles venaient de sortir.

Légende
Un membre du COMFOSCAN se tient avec une évacuée à l’aéroport international Hamid Karzai, à Kaboul, durant l’opération AEGIS, en août 2021.
Nous avons emménagé promptement un espace dans les limites de l’aéroport où les membres des FAC allaient s’installer. Il s’agissait d’une aire ouverte dotée d’une infrastructure restreinte, laquelle était toutefois entourée de murs de ciment offrant une protection suffisante contre la ville et la menace de tir direct. Nous avons ensuite déposé notre équipement et planifié collectivement la façon dont nous allions atteindre et trouver les citoyens canadiens et les personnes présentant une demande d’immigration. Nous avons également déterminé comment nous allions leur offrir protection et soutien sur place alors qu’ils attendaient leur évacuation de l’Afghanistan à bord de vols du CC-177 Globemaster de l’Aviation royale canadienne (ARC).
En quelques heures, l’équipe avait effectué une reconnaissance des barrières et des environs, en plus d’avoir mis sur pied une aire de contrôle initial et de logement à l’aide de tout matériel que nous avons pu obtenir. Des véhicules étaient prêts à assurer le transport du personnel et des évacués en provenance et à destination des barrières de l’aéroport. Nous ne nous attendions pas à ce que nous allions faire cela 20 heures par jour pendant les sept prochains jours; nous dormions quand et où nous le pouvions.
Au quotidien, une équipe travaillait dans l’aire de contrôle et de logement, tandis que quelques équipes se rendaient aux barrières afin d’aider les citoyens canadiens et les personnes présentant une demande d’immigration à se frayer un passage dans les foules surveillées par des agents de sécurité talibans. Il m’incombait de veiller à ce que les équipes disposent des ressources et de l’équipement nécessaires pour entretenir l’aire de contrôle et de logement, et à ce qu’elles aient tout ce dont elles avaient besoin lorsqu’elles cherchaient des Canadiens aux barrières. J’avais aussi la responsabilité de déplacer et de charger des évacués à bord des avions.
À l’une des barrières de l’aéroport, les membres de notre équipe ont pris sous leur garde un adolescent qui se trouvait dans une foule de personnes, ce dernier affirmant être Canadien. Il ne possédait aucune documentation, mais prétendait qu’un membre de sa famille élargie avait pu se rendre en lieu sûr grâce à l’aide d’éléments des FAC. Il nous a également dit que les talibans avaient tué récemment sa famille proche.
Il a été décidé que nous le ramènerions à notre zone sécurisée jusqu’à ce que nous puissions mieux comprendre sa situation. Quoi qu’il advienne, nous avions déjà décidé, en équipe, que nous trouverions une façon d’aider ce garçon à se rendre en lieu sûr. Pendant les 48 heures qui ont suivi, le garçon s’est tenu près de notre poste de contrôle, où nous avons pris soin de lui. Il a mangé avec nous, il a dormi à nos côtés sur un matelas en mousse, et il allait raconter des histoires aux membres de l’équipe alors qu’ils se reposaient pendant quelques minutes. Il se comportait avec le plus grand calme et attendait si patiemment son tour, sans toutefois demander quoi que ce soit en retour.
Peu après avoir appris d’Affaires mondiales Canada que son évacuation avait été autorisée, le garçon a su la bonne nouvelle. Il affichait un grand sourire et ne cessait de me dire « merci, monsieur, merci ». Ce soir-là, après avoir inscrit les 550 personnes à bord du vol, le garçon et moi avons dirigé ensemble le groupe jusqu’à l’aire de trafic, où son CC-177 Globemaster de l’ARC les attendait, les autres et lui. On a présenté le garçon à l’un des techniciens médicaux à bord et nous l’avons rassuré que quelqu’un allait se tenir avec lui en tout temps jusqu’à son arrivée au Koweït, où il a retrouvé sa famille élargie.
Pendant les prochains jours, nous avons continué de travailler en rotation, assurant notamment le contrôle et la sécurité, tout en cherchant constamment d’autres personnes se trouvant aux barrières que nous aurions peut-être pu évacuer. Nous nous sommes vraiment efforcés de chercher les citoyens canadiens et les personnes présentant une demande d’immigration jusqu’au dernier moment possible, littéralement la dernière occasion que nous avons eue avant le début prévu de la coalition dans son ensemble. »