Podcast 2 – RCSNU1325 : Les femmes, la paix et la sécurité : maintien de la paix

Description

Bienvenue à la première série de balados organisée par le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes sur la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies ou (la résolution 1325 du CSNU). Cette résolution sur les femmes, la paix et la sécurité a été adoptée à l’origine le 31 octobre 2000 par le CSNU; 20 ans plus tard, le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes défendent toujours les valeurs que cette résolution a initialement énoncées pour tous ses membres. Cette résolution réaffirme le rôle important des femmes dans la prévention et la résolution des conflits armés, les négociations de paix, la consolidation et le maintien de la paix, l’intervention humanitaire et la reconstruction après les conflits. De plus, elle met de l’avant l’importance de l’égale participation et de la pleine contribution des femmes à l’ensemble des efforts visant à maintenir et à promouvoir la paix et la sécurité.

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Transcription

Hannah Rosen: Bienvenue à la première série de balados organisée par le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes sur la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations unies ou (la résolution 1325 du CSNU). Cette résolution sur les femmes, la paix et la sécurité a été adoptée à l’origine le 31 octobre 2000 par le CSNU; 20 ans plus tard, le ministère de la Défense nationale et les Forces armées canadiennes défendent toujours les valeurs que cette résolution a initialement énoncées pour tous ses membres. Cette résolution réaffirme le rôle important des femmes dans la prévention et la résolution des conflits armés, les négociations de paix, la consolidation et le maintien de la paix, l’intervention humanitaire et la reconstruction après les conflits. De plus, elle met de l’avant l’importance de l’égale participation et de la pleine contribution des femmes à l’ensemble des efforts visant à maintenir et à promouvoir la paix et la sécurité.

La résolution 1325 du CSNU affirme que les efforts de paix et de sécurité sont plus soutenables lorsque les femmes sont des partenaires égales dans la prévention des conflits violents et dans le processus de consolidation de la paix. Nos invités aujourd’hui sont le colonel Chris McKenna et le capitaine de corvette Kat Aubrey-Horvath, tous deux Casques bleus pour les Forces armées canadiennes (FAC).

Ce balado utilisera indifféremment le français et l’anglais. Une transcription est également fournie pour ceux qui ne comprennent pas l’une des deux langues et qui souhaiteraient lire en même temps au lieu d’écouter. Des acronymes sont également utilisés dans ce balado, comme ACS+, FPS, Résolution 1325, MDN, FAC, etc. Pour ces rencontres, ils seront également définis dans la transcription, mais pour l’instant, ACS+ signifie « analyse comparative entre les sexes plus »; FPS signifie « Les femmes, la paix et la sécurité »; résolution 1325 du CSNU signifie la résolution 1325 du Conseil de sécurité des Nations Unies; MDN signifie le ministère de la Défense nationale et FAC signifie les Forces armées canadiennes.

Veuillez noter qu’en raison de la COVID-19, la qualité audio entre les hôtes et les participants peut varier.

Bonjour et bienvenue à un autre balado avec l’Équipe de Défense. Aujourd’hui, nous avons la chance d’avoir deux Casques bleus avec nous. Le colonel McKenna et le capitaine de corvette Aubrey-Horvath sont avec nous aujourd’hui, et nous sommes ravies de pouvoir leur poser d’autres questions sur la résolution 1325 du CSNU et sur le Programme sur les femmes, la paix et la sécurité. Mais d’abord, je me présente, Hanna Rosen, je suis analyste au sein du Directeur – Diversité, genre et inclusion (DDGI). Et je suis accompagnée de ma collègue Nadia, qui va se présenter.

Nadia Blanchard: Bonjour à tous, je suis l’agente coordonnatrice du DDGI. Et avant que le brigadier-général Josée Robidoux et moi-même ne nous joignions au DDGI, nous avons travaillé au sein de l’État-major interarmées stratégique (EMIS) dans le domaine de l’intégration des femmes dans les FAC pour le Ministère.

Hannah Rosen: Incroyable, d’accord, et je vais demander à nos charmants invités de se présenter également, donc Colonel McKenna, vous voulez bien commencer, ce serait fabuleux.

Col McKenna: Bien sûr, je me présente, colonel Chris McKenna, j’étais commandant de la Force opérationnelle au Mali au cours de la première rotation en 2018-2019.

Hannah Rosen: Incroyable. Et vous Capitaine de corvette Aubrey-Horvath?

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Bonjour, je me présente, capitaine de corvette Kat Aubrey-Horvath. Je suis l’une des conseillères juridiques du bureau du Juge-avocat général du Canada, et j’ai été déployée pour servir dans le cadre de la roto 0 au sein de la Force opérationnelle au Mali avec le colonel McKenna pour agir comme sa conseillère juridique, en tant que Casque bleu.

Hannah Rosen: Incroyable! Désolée, je suis juste une très grande admiratrice, je suis très excitée d’avoir cette conversation. J’ai l’impression que c’est une de ces choses où je ne sais pas combien de personnes, civiles ou du MDN, ont la possibilité de parler aux Casques bleus. J’ai donc le sentiment que c’est une occasion vraiment unique, et surtout pour ceux qui ont été déployés sur le terrain, et je suis donc ravie d’entamer cette conversation. Je vais donc lancer la conversation tout de suite avec notre première question. Que signifie donc pour vous la résolution 1325 du CSNU en tant que Casque bleu au sein de la Défense nationale et des FAC? Et cet engagement personnel à l’égard de la résolution importe-t-il autant que l’engagement organisationnel?

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Ici Kat, alors pour moi personnellement, ce qui compte vraiment en ce qui concerne la résolution 1325 du CSNU, je ne suis pas sûre que beaucoup de gens, en dehors de ceux qui sont fanatiques dans ma profession, en lisent beaucoup sur la question, je suis toujours heureuse quand je trouve quelqu’un qui le fera, et j’encourage certainement le colonel McKenna à lire sa juste part dans le théâtre. Mais je pense que le but de résolutions comme celles-ci et de la 1325 pour moi, c’est d’inclure les femmes dans le processus, et je crois que ce que je peux dire, c’est que j’étais une de ces femmes qui ont porté un béret bleu, je suis allée dans une mission des Nations Unies et j’ai servi sur le terrain. Et il s’agissait de faire beaucoup de choses, mais aussi d’inclure les femmes dans ces rôles, et je ne dirai pas que je faisais partie des décideurs; j’étais là en tant que conseillère juridique, donc j’avais un rôle spécial. Je ne prends donc pas de décisions, mais j’en ai certainement l’occasion, et les femmes comme moi qui sont conseillères ont la possibilité d’influencer les décisions qui sont prises. Et je pense que puisqu’une force opérationnelle est vraiment, selon mon expérience, à propos de l’équipe et d’une équipe fournissant de bons conseils aux décideurs comme le colonel McKenna, et le fait d’avoir la voix des femmes, et la mienne incluse, dans cette équipe, a eu son importance. Et je peux vous dire que, d’après mes expériences personnelles avant le déploiement, je ne savais pas vraiment à quoi m’attendre. C’était mon premier déploiement, j’avais un enfant d’un an et un de trois ans, et je me sentais un peu seule en tant que femme affectée à l’étranger. Je ne savais pas vraiment comment cela allait être reçu par mes enfants au départ, mais je savais aussi que c’était un peu bizarre, en dehors de l’armée, pour les femmes de partir quand elles ont un enfant d’un an et un de trois ans et de les quitter pendant sept mois. Je m’attendais donc à être un peu repoussée, mais j’ai vécu beaucoup plus de choses que ce que j’avais prévu. Et j’ai dû en quelque sorte y faire face lorsque les responsables de la garderie de mon fils ont appris mon affectation à l’étranger et m’ont demandé devant mon fils : « et bien, comment pouvez-vous laisser vos enfants, qu’allez-vous faire? » Et je ne savais pas vraiment comment réagir. Je savais que je devais le faire parce que mon fils se tenait juste là et que c’était important, et j’ai donc dit : « Je vais y aller parce que c’est mon travail et je suis super fière de pouvoir y aller pour représenter le Canada et faire cette chose incroyable. Et j’ai une grand-mère qui est super fière que je joue un rôle non traditionnel et que je travaille comme Casque bleu. » Toutefois, elle a poursuivi avec la question suivante : « qu’allez-vous faire avec vos enfants? » Ils ont un autre parent. Ensuite, alors que je pensais en avoir fini, que je croyais l’avoir mise à sa place, elle a poursuivi avec cette question : « alors, allez-vous faire venir votre mère pour qu’elle vive avec votre mari? » Je me suis donc demandé si c’était une question que l’on posait aux hommes lors de leur affectation à l’étranger. Et je dois demander au colonel McKenna parce qu’il avait des enfants à peu près du même âge que les miens lorsqu’il a participé au déploiement. Je dirai donc, dans l’ensemble, que ce n’est pas une question que l’on pose aux hommes. Ainsi, je crois que lorsque vous ramenez au niveau personnel des résolutions comme la résolution 1325, et que nous parlons d’obstacles à l’entrée, ce genre d’attitude peut être vraiment difficile à gérer pour les femmes. C’est pourquoi nous hésitons parfois à lever la main pour participer à cette expérience, pour prendre part aux grandes décisions qui sont prises, en raison du rôle que la société attribue parfois aux femmes, qui sont le cœur et le foyer de la société.

Mais quand je suis arrivée au théâtre, je dirai que les choses ont changé parce que j’étais entourée de ces femmes puissantes qui étaient là avec nous, nous avions beaucoup de femmes étonnantes. Des pilotes, des membres des Affaires publiques, du G1, c’est le responsable de tout le personnel, ainsi que la personne responsable des finances, qui était également une femme. Et soudain, je ne me suis plus sentie aussi seule parce que ces femmes, beaucoup plus expérimentées que moi, ont parlé de leur expérience de ces mêmes interactions depuis une dizaine d’années ou plus lorsqu’elles sortent ou sont affectées à l’étranger et de la façon dont elles gèrent cela. Donc, le simple fait d’avoir des femmes comme moi, qui se sentaient si seules à leur arrivée, était un obstacle à mon arrivée quand j’y suis allée, mais ensuite, le fait d’être sur place et d’avoir plus de femmes qui en font partie, qui partagent cette expérience, qui amènent les femmes à la table, qui mettent les femmes dans ces rôles, a permis aux femmes comme moi de se sentir comme : « et bien, il y a une place à la table pour moi et ma place est ici ». Et à la fin de mon affectation à l’étranger, quand je suis rentrée à la maison, le message reçu de mes enfants, en particulier, c’est qu’ils ne se souvenaient même pas que j’étais partie. Ils ne parlaient pas de la façon dont leur mère les avait laissés, ils disaient combien ils étaient fiers que j’aie fait les choses que j’ai faites. Ils disaient à tout le monde, y compris à leurs professeurs, à quel point j’étais forte. Et ils parlaient des photos que j’ai envoyées à la maison. L’un des héros de mon fils est l’une de nos pilotes, Jackie, parce qu’il l’a vue piloter cet énorme Chinook, et il est du genre « je veux être comme Jackie ». Et donc, avoir un garçon qui grandit dans un monde où il admire une pilote Casque bleu qui se trouve être une femme, parce qu’elle a été incluse, est une chose énorme. Et je suis très honorée d’avoir fait partie de cette expérience et de cette incroyable équipe qui comprenait tant de femmes fortes. Et quand j’en suis revenue, je ne voyais plus les femmes fortes, je voyais juste des gens forts, j’étais tellement privilégiée de faire partie de cela et d’avoir ce souvenir.

Nadia Blanchard: Bonjour, je veux juste intervenir, c’est un message super positif, parce que j’essaie de m’enrôler dans la Réserve en ce moment, et j’ai une fille de trois ans, et tout le monde me demande tout le temps : « pourquoi faites-vous cela, qu’allez-vous faire de votre fille? Eh bien, elle a un père! » Et il y a cette conception en général que vous n’êtes pas censée vous enrôler dans les Forces. On n’est pas censée aller dans l’armée, et je pense que nous devons faire tomber cette barrière. Merci d’avoir partagé cela avec nous.

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Ça me fait plaisir, et plus j’entends des conversations de ce genre, plus ces conversations ont lieu, et franchement parfois elles n’ont lieu que lorsque les femmes sont à ce genre d’espace à la table pour parler de l’expérience qu’elles ont vécue, plus nous faisons avancer les choses et ce n’est pas seulement pour les femmes, c’est pour tous nos collègues masculins qui nous soutiennent. Nous sommes aussi assises autour de la table, et ceux-ci nous disent : « oh mon Dieu, vous avez dû vivre cela, je n’aurais jamais pensé, personne ne m’a jamais posé ces questions ».

Nadia Blanchard: Vous ne remettriez même pas son choix en doute, la question ne serait pas posée. Ce serait juste comme « oh oui, allez-y ». Pour nous, c’est une question énorme. C’est intéressant.

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Exactement. Et donc le plus drôle, je pense que le revers de la médaille pour mon mari, qui m’a tellement soutenue, qui a lui-même une carrière militaire qu’il a abandonnée, parce qu’il était membre des forces armées américaines. Et il vivait de l’autre côté de la frontière, à Fort Drum, et il a pris sa retraite pour me permettre d’être affectée à l’étranger et pour être avec nos enfants. Mais ensuite, il allait à ces conférences, parce que maintenant il est professeur universitaire, et il voulait parler de son travail et de ses publications, et vous savez de quoi les gens voulaient lui parler? Ils voulaient lui parler du fait qu’il restait à la maison avec un enfant d’un et un autre de trois ans, car ils pensaient que C’ÉTAIT la principale chose qu’il accomplissait. Et quand je parlais aux gens à la maison, même aux amis proches que j’aimais, à savoir à quel point mon mari faisait un travail de père génial, ils me disaient des choses comme « oh, mon Dieu, Ryan est un héros, tu as tellement de chance ». Et je me suis dit que j’étais dans un endroit où tout et tout le monde essayaient de me tuer, une avocate qui faisait un boulot avec une arme, et ils l’appellent le héros? Cela n’a pas de sens! C’est donc une expérience tellement bizarre, parfois en tant que femme, que même lorsque vous arrivez dans ces endroits, la perception au pays est la suivante : premièrement, vous ne faites pas votre travail de mère et, deuxièmement, le héros c’est votre mari, car il s’occupe du foyer.

Hannah Rosen: Oui, honnêtement, c’est un de ces moments où je pense que vous pourriez vous asseoir et vous dire : « qu’est-ce que je viens d’entendre? Excusez-moi, qu’est-ce que vous dites? » Et je crois que même en pensant au fait que nos collègues masculins ne se font généralement pas poser ces questions, je suis allée l’année dernière participer à une table ronde sur la paix et la sécurité des femmes, sans rapport avec le gouvernement, et il y avait un panel composé de cinq hommes et d’une femme, et à la fin de la période de questions, quelqu’un a demandé aux femmes panélistes : « d’accord, mais votre travail. C’est assez intense. Comment gérez-vous cela avec le fait d’avoir une famille? » Et puis un autre homme du panel a dit : « je pense que nous avons tous une famille, je ne sais pas, je... J’ai l’impression que c’est une chose assez normale, j’ai l’impression que nous sommes tous en train d’équilibrer certaines choses en ce moment, je ne sais pas si c’est une question générale pour cette seule personne ». Et c’était juste une de ces choses où je pense que cette personne s’est assise et s’est dite : « oh, je suppose que c’est... Ouais, c’est sûr. Je suppose que tout le monde a une famille. » Mais c’est tellement intéressant que bien que cette femme ne faisait même pas partie du panel, la question a tout de même été posée aux panélistes afin de savoir comment gérer ces priorités concurrentes, comment faites-vous...? Ce n’est pas seulement un travail normal, comme vous l’avez dit, vous partez pour sept mois à la fois, et les déploiements ne sont pas faciles mentalement, physiquement et émotionnellement. Donc, même en revenant, à quoi cela ressemble-t-il de réintégrer le noyau familial. Je vous tire mon chapeau, je n’ai pas de famille, donc je ne peux pas l’imaginer même de ce point de vue, encore moins comme Casque bleu. Voilà mon point de vue.

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Donc, d’une part, vous le faites, je veux dire que c’était une lutte pour moi personnellement, de sortir de la maison. Émotionnellement, j’ai eu ces conversations comme je suis sûre que nous le faisons toutes avec nous-mêmes ou nos conjoints. Puis-je faire cela? Suis-je assez forte? Je peux vraiment partir, mais ces enfants d’un an et de trois ans vont tellement changer pendant mon absence. Mais, finalement, les personnes que j’ai rencontrées m’ont rappelé qu’il ne s’agit pas seulement de moi. Et je pense que la résolution du CSNU parle de ce niveau supérieur, il s’agit d’embaucher des femmes à ces postes et d’amener celles-ci à la table pour que cela devienne normal. Et nous pouvons en parler au niveau macro, bien que je ne sois pas qualifiée pour en parler, toutefois, je peux en parler au niveau micro et sur mon expérience dans mon ménage. Dans ma famille, où un soldat part en guerre dans le désert africain, vous savez, ce n’est pas quelque chose qui est du ressort exclusif des hommes, même monter dans un hélicoptère, ce n’est pas exclusivement à la portée des hommes. Ce qui est normalisé en voyant ces images, et en entendant les histoires que j’ai ramenées à la maison, et ce qui est normalisé, c’est que les femmes ont leur place dans ces postes, que nous devrions être là, et qu’il est juste que nous y soyons. Et mes enfants me manquaient beaucoup, mais dans l’ensemble, je veux qu’ils grandissent avec ça, je veux qu’ils grandissent en idolâtrant quelqu’un qui ne s’identifie peut-être pas au même sexe qu’eux en tant que pilote ou médecin, et qu’ils ne considèrent pas ces spécialités comme des professions sexuées.

Hannah Rosen: Je suis tout à fait d’accord. Je pense que mon espoir pour l’avenir est qu’en général, lorsque nous regardons nos modèles, ils ne soient pas définis par le genre. Je sais qu’en grandissant, c’était définitif, je voulais être comme cette femme parce qu’elle est la première dans son domaine à faire ce qu’elle fait, et c’était mon modèle. Et j’aimerais plutôt voir nos futurs jeunes lever les yeux vers les gens parce qu’ils aiment la morale qu’ils défendent, qu’ils aiment le poste qu’ils occupent et la passion qu’ils apportent à ce poste, mais pas vraiment ce qui est lié à leur identité ou à leur expression d’eux-mêmes, et je pense que ce serait un monde où il serait agréable de vivre. Mais je pense que nous allons passer à notre prochaine question. Alors, Nadia, tu veux prendre la relève?

Nadia Blanchard: OK, donc je vais parler en français très lentement pour celle-ci... avec l’augmentation des conflits et des urgences humanitaires causés par les changements climatiques et le manque de ressources naturelles, les femmes et les filles sont touchées de façon disproportionnée. Que faites-vous en tant que dirigeant ou agent de la paix en ce moment pour protéger les femmes et les filles et comment devrions-nous préparer l’avenir dans un tel contexte ?

Col McKenna: Je vais donc répondre en anglais et je passerai peut-être ensuite au français. Donc, selon moi, je pense que la résolution 1325 du CSNU reconnaît fondamentalement que les hommes, les femmes, les garçons, les filles et les non binaires vivent les conflits et la souffrance de manière très différente. Pour moi, c’était mon cinquième déploiement opérationnel au Mali et tout ce qui précédait était vraiment axé sur le combat. Par conséquent, vous êtes si étroitement liée à la prise de décision basée sur le risque au combat, et avant la mission de maintien de la paix en Bosnie, l’expérience africaine m’a vraiment démontré que nous travaillons collectivement en équipe sur certains des problèmes majeurs de ce théâtre pour essayer de les comprendre dès le début. Et de réaliser que chacun de ces groupes de personnes dans un pays vit ce conflit et la situation qui en découle avec une perspective si différente, et ensuite il faut adapter son approche en tant que Casque bleu pour produire les effets d’un mandat qui vous a été confié, dans ce contexte, afin que vous soyez respectueux de ces expériences vraiment différentes sur le terrain que les gens vivent et ressentent.

Nadia Blanchard: Oui, vraiment. Et aussi, avec l’augmentation des effets du changement climatique sur la population que nous constatons déjà avec les migrations de populations, et je pense que nous pouvons nous attendre à ce que cela se produise de plus en plus à l’avenir, donc l’ACS+ va être encore plus pertinente à ce stade.

Col McKenna: Certainement, et pour poursuivre sur cette lancée, au Mali, nous avons vu beaucoup de violence qui était en réalité le résultat du changement climatique. Il y avait des gens dont les moyens de subsistance étaient basés sur la migration du bétail, et il y avait la désertification du Sahel et le déplacement de ce type de peuple nomade vers des zones qui n’étaient pas des pâturages traditionnels. Cela a fait en sorte que le bétail faisait pâturage sur des terres agricoles essentiellement arables. Et puis vous avez une bataille pour les seules ressources de base de la vie, la nourriture et l’eau, qui se produit dans tout cela, sans compter la complexité des organisations extrémistes violentes et la complexité de la criminalité transnationale et la migration clandestine. Tout cela entre en jeu dans la situation politique au Mali. Pour revenir à la résolution 1325 du CSNU, nous avons eu la chance d’avoir dans notre équipe des personnes comme Kat qui, d’une part, avait une expérience approfondie de l’ONU et, d’autre part, apportait son point de vue et son expérience. Nous avions un groupe très diversifié, relativement diversifié dans mon quartier général, environ 30 % de femmes à l’époque, et pas vraiment selon les plans, c’était plutôt de savoir qui était prêt au moment où la mission a été lancée dans un délai très court. Et j’ai fini par avoir des voix féminines très fortes autour de la table, et je dirais que la majorité des grandes décisions que nous avons dû prendre en tant que force opérationnelle ont été éclairées par ces forces. Je pense que c’est vraiment important que vous n’ayez pas eu une optique de genre unique et que vous ayez un peu plus une moyenne diversifiée.

Hannah Rosen: Oui, je suis tout à fait d’accord. Et il y a des moments où j’aimerais pouvoir être une mouche sur le mur pour certaines opérations ou missions qui se déroulent au sein du MDN ou des FAC, car je pense que, d’un point de vue civil, il y a tellement de choses qui se passent que nous ne pouvons pas savoir ou tout simplement pas comprendre pour la simple et bonne raison qu’on a jamais pris part à un déploiement, on n’a jamais pu être dans un théâtre des opérations. On ne peut donc pas vraiment avoir ce genre de perspective, mais je pense que cela nous amène à notre prochaine question, qui est... Veuillez partager avec moi et Nadia une expérience où vous avez vu de première main comment le fait d’avoir plus de femmes incluses dans le processus de paix ou sur le terrain a amélioré l’opération au sein de laquelle vous étiez affectée.

Col McKenna: Oui, alors selon moi... pour moi c’est au sujet de the rules of engagement, donc les règles d’engagement nous avions des opérations assez complexes à cause du mandate de l’ONU. Ce n’est pas exactement les mêmes règlements que nous sommes habitués à avoir. Alors l’entrainement au sujet des règles d’engagement était vraiment quelque chose de nouveau dans le contexte de l’ONU pour notre groupe. Alors j’ai demandé à notre avocate de nous donner le contexte stratégique et politique de l’opération. Nous avons beaucoup formulé notre approche pour l’entrainement pour cet aspect de la mission. Je vais donner la parole à Kat pour nous donner plus de détails sur le scénario.

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Je vais vous parler de ce scénario-là au sujet de l’autodéfense.

La défense de nous-mêmes comme soldat. Nous voulions créer une situation afin que les gens identifient ce que cela voulait dire pour eux. Ce que ça veut dire pour moi de réagir en autodéfense. Le scénario que nous avons utilisé faisait que moi j’étais là pour toutes les séances. J’ai vu quelque chose se passer et c’est que quand on parlait d’autodéfense dans ce scénario là, quand les hommes réagissent, ils disaient qu’ils ne trouvaient pas qu’utiliser la force était mal, ils sentaient qu’ils pouvaient utiliser la force en légitime défense. Cela a pris quelque temps, après une ou deux femmes on remarque qu’elles ne pensaient pas qu’elles avaient le temps de répondre aux menaces avec des mots et pensaient qu’elles devaient utiliser la force avec leurs armes dans cette situation.

Je vais le dire en anglais aussi, parce que je pense que c’est vraiment important. Le scénario était basé sur l’autodéfense, et j’ai pu être une mouche sur le mur dans la salle et écouter chaque groupe, et il y en avait beaucoup d’entre eux qui faisaient cette formation ensemble en petits groupes. Et ils travaillaient sur un scénario et disaient... Dans cette situation, aurais-je le sentiment de devoir agir en légitime défense? Aurais-je le sentiment d’avoir le droit d’agir en légitime défense? Quel est le niveau de force requis ici? Et au début, les hommes ont en quelque sorte dominé la conversation et se sont levés et ont dit : « oh, d’après le scénario, je réagirais en disant “tu dois arrêter" ou “qu’est-ce que tu fais, mon gars“. Et j’utiliserais des mots ou je lui crierais dessus. Ou peut-être, je les repousserais. » OK, et alors les femmes ont tranquillement commencé à lever la main et à dire : « non. Si c’était dans une pièce sombre et que je ne savais pas ce qui se passait, et que je devais agir en une fraction de seconde avant qu’il ne m’arrive quelque chose de vraiment grave, j’irais chercher mon arme tout de suite ». Et la première réaction de l’homme dans la salle a d’abord été : « mais qu’est-ce que tu dis? Que les menaces ne sont pas là, la menace n’est pas encore à ce niveau. » Mais les hommes ont ensuite réalisé que pour ces femmes, si vous pesez 250 livres et que le type qui vous pousse dans une pièce sombre est plus petit que vous et moins gros et que vous êtes un homme et que vous n’avez pas de facteurs contextuels. Vous pensez peut-être que ce n’est pas une grande menace et que je ne fais que crier. Mais si vous êtes une petite femme et que vous êtes poussée dans un espace et que vous ne savez pas ce qui se passe et qu’il fait noir, et que vous réfléchissez... J’ai quelques secondes pour réagir avant que quelque chose de terrible ne m’arrive, et c’est mon seul espace pour réagir, peut-être que la situation escalade plus vite pour moi. Et donc, l’une de mes tâches, en tant que mouche sur le mur dans tout cela, a été de retourner voir le colonel McKenna pour lui parler des tendances générales qui se produisaient, et j’ai pensé qu’il était vraiment important que les femmes dans la salle commencent à exprimer la manière dont elles allaient agir pour que leurs collègues le sachent. Vous savez, vous voulez savoir comment la personne à côté de vous va réagir. Mais aussi pour les hommes, qui sont bien intentionnés, qui sont à la table et qui se disent : « oh, c’est comme ça! » Ils se mettent à la place de leurs consœurs Casques bleus et pensent : « OK, c’est une perspective très différente que je n’ai pas naturellement.

Col McKenna: Oui, je pense que c’était... » Pour moi, il était vraiment intéressant de voir la perception différente de la subjectivité autour de l’acte hostile et de l’intention hostile selon le sexe de la personne.

Hannah Rosen: Oui, je pense que c’est définitivement... Je veux dire que je suis sûre que beaucoup de nos auditeurs, quelle que soit leur position au sein des FAC ou simplement en tant que civile, peuvent certainement comprendre la différence entre la réaction qu’une femme peut avoir et celle de leurs collègues ou homologues qui pourraient s’identifier comme des hommes. Et surtout en ce qui concerne la sûreté et la sécurité, et la manière dont nous nous protégeons et dont nous considérons la sécurité, et la manière dont nous avons considéré la sûreté et dont nous nous fixons ces normes. Dans cette situation, à quoi ressemble pour moi la sûreté et la sécurité, en comparaison, à quoi ressemble pour vous la sûreté et la sécurité, et comment nos antécédents personnels et la façon dont nous nous identifions influent réellement sur la façon dont nous voyons la sûreté, tant dans notre vie personnelle que dans votre cas dans le théâtre. Et je pense que c’est un point vraiment intéressant à introduire dans la conversation, surtout en ce qui concerne la sécurité des femmes dans les opérations de maintien de la paix ou dans les opérations en général. Comment faire en sorte que ces mesures de sécurité soient validées et être également protégées dans le sens où elles constituent une réponse raisonnable aux situations contextuelles dans lesquelles les femmes ont été placées, dans l’histoire.

Col McKenna: C’est une évaluation très juste. Et pour moi, après ma cinquième mission et 27 ans de service militaire, et je n’avais jamais vu jusqu’à ce stade de ma carrière une réelle désunion ou une subjectivité quant à la façon dont on interprétait les actes hostiles, ou l’intention hostile, jusqu’à ce que nous soyons placés dans ce lieu beaucoup plus complexe et nuancé au Mali, où l’interprétation de cela devait vraiment être analysée et devenait quelque chose qui était perçu très différemment par les hommes et les femmes.

Nadia Blanchard: Génial. Dans le sens du maintien de la paix avec le Canada et aussi avec vous en tant qu’individus, la prochaine question va porter davantage sur vos expériences personnelles, et encore une fois, je vais vous poser cette question en français, mais n’hésitez pas à utiliser la langue de votre choix pour y répondre. Commençons…inclure les femmes dans la prise de décision autant dans les conflits que dans le maintien de la paix renforce la reconstruction et la formation de liens avec la communauté, comment avez-vous été personnellement impliqués dans ce genre de processus d’opération qui a mené à un résultat positif ?

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Pour moi il y avait une situation et je vais laisser le Col McKenna en parler, mais pour quoi c’était assez important comme avocate et comme femme et les autres pays qui contribuaient a MINUSMA, eux ils n’avaient pas autant de femmes que nous et nous on avait une femme avec nos polices militaires.

Col McKenna: Merci Kat donc oui, il y avait une situation sous mon commandement et chaque deux, trois mois, il y avait un marché qui se composait des locaux, et certains entraient dans la super base de garde et ils vendaient des choses, des tapis, des marchandises, et un des problèmes est que les autres pays n’avaient pas de police militaire qui pouvaient fouiller les femmes.

Et vous savez, je suppose que dans le contexte du Mali, dans un pays à prédominance musulmane, il y a certainement des sensibilités en ce qui concerne les hommes et les femmes qui interagissent dans un espace public. Donc, le fait que le Canada ait la capacité d’avoir une femme police militaire qui pourrait fournir une capacité de recherche à nos partenaires afin que nous puissions permettre aux femmes commerçantes d’entrer dans la base et de ne pas franchir une frontière, une frontière culturelle qui aurait vraiment offensé quelqu’un de la région, je pense que c’était un outil important. Et je ne pense pas que c’était planifié, un peu par chance, très probablement, mais le fait que nous avions quelqu’un que nous pouvions utiliser pour ce rôle a vraiment transformé notre hôte, l’Armée allemande qui contrôlait l’accès et la sécurité de ce camp, et elle a fourni un service et une occasion qu’ils n’avaient pas à la base, et donc je pense que c’était un peu une victoire de notre côté.

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Et moi... J’étais très heureuse de voir cela et, dans mon petit cercle de conseillers juridiques d’autres pays, nous nous sommes réunis et, soit dit en passant, nous avons eu des avocats de premier plan, dont la plupart étaient des femmes; deux Néerlandaises, la conseillère juridique de l’ONU était une femme ainsi que la conseillère juridique française était une femme. Nous étions donc bien représentées là-bas, et l’une des choses qu’elles rapportaient de leurs réunions avec leurs commandants était combien elles étaient reconnaissantes que le Canada ait cette capacité, même petite, parce que c’est notre visage au public, que nous soyons là avec le consentement du pays hôte, le Mali, et que nous mettions notre pied à l’avant et aidions l’ONU. Elles ont donc elles aussi fait un pas en avant en disant : « nous le ferons, vos femmes qui viennent au marché pour vendre, pour soutenir leurs familles et leurs moyens de subsistance et pour renforcer les relations entre les habitants et la mission de l’ONU. Maintenant, elles peuvent aller dans un espace privé avec une femme Casque bleu qui effectuera la recherche, et les réactions que j’ai eues, juste sur le plan personnel, sont que les avocats sont tous reconnaissants pour cela parce que cela aide à protéger leurs troupes aussi. Nous sommes donc tous partis en pensant qu’il s’agit d’un seul et même endroit, d’une très petite région, que nous comprenons qu’il s’agit d’une seule personne, mais qu’une seule personne a besoin d’une grande différence pour enseigner dans un contexte plus large.

Nadia Blanchard: Je suis complètement d’accord. Nous voyons de plus en plus d’exemples de femmes locales sur le terrain qui s’ouvrent davantage, qui s’ouvrent aux femmes militaires parce qu’elles se sentent plus à l’aise pour leur parler et qu’elles ne sont pas intimidées, et on en apprend beaucoup sur leur situation et ce sont des renseignements qui seront utiles pour l’opération. Génial, merci.

Hannah Rosen: Nous allons donc passer à notre dernière question. Donc, si vous pouviez mettre en œuvre une chose au sein de votre propre équipe, donc non pas l’Équipe de la Défense, mais les opérations ou les unités au sein desquelles vous travaillez, que ce soit un programme politique, un service, etc., en un claquement de doigts, qui soutiendrait le Programme sur les femmes, la paix et la sécurité et pourquoi?

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Je vais commencer par une sorte de non-réponse en disant que je n’ai pas d’équipe et que je fais juste partie de la grande équipe. Mais, pour moi personnellement, je pense que nous faisons tout ce qu’il faut, et cet effet de normalisation dont j’ai parlé, je pense qu’il est vraiment important. Aucune des femmes présentes, je veux dire que nous travaillons toutes très dur pour être là où nous sommes, et aucune d’entre nous ne voulait se considérer comme la femme de service, mais en cinq minutes de travail avec ce groupe, on pouvait très vite dire qu’elles avaient été sélectionnées sur la base du mérite et rien d’autre. Et donc, cela normalise le groupe, les hommes le voient et tout le monde le voit, y compris les autres femmes, et nous commençons à traiter cela comme la nouvelle norme, et ensuite cela devient une nouvelle norme. Je ne peux donc pas parler de la politique ou de la décision de niveau supérieur, mais je suis relativement nouvelle dans l’armée, j’ai une position privilégiée en tant qu’officier et conseillère juridique dans une direction qui compte probablement beaucoup plus de femmes que la plupart des autres, simplement parce que ce sont les personnes qui sont diplômées de la faculté de droit en ce moment, il y a beaucoup de femmes très performantes. Et maintenant, nous entrons dans un monde de maintien de la paix où nous sommes encore la minorité, mais les gens nous voient, et surtout, ce sont les Canadiens et c’est peut-être nos propres familles et nous-mêmes, mais c’est aussi... nous interagissons avec toutes ces autres nations, qui n’ont peut-être aucune expérience avec les femmes dans des rôles décisionnels ou des postes consultatifs. Nous avions un chef d’état-major qui était une femme, et elle est entrée dans ces réunions, et je parie qu’il y avait des esprits qui ont changé en raison du simple fait qu’ils l’écoutaient, qu’ils suivaient ses sages conseils, qu’ils la voyaient agir, et je démystifie le processus pour les femmes, donc à chaque fois... Oui, nous ne voulons pas être des figures de proue, mais en même temps, chaque fois qu’un homme peut lever les yeux vers une femme comme notre CEM et dire : « oui, d’accord, les femmes ont leur place dans la pièce » ou que nos fils et nos filles lèvent les yeux et ne voient pas de rôles sexués, je pense que c’est ce que nous devons faire. Et donc, où nous en sommes actuellement avec mes huit, neuf ans de service militaire, c’est ce que nous devons continuer à faire.

Col McKenna: Peut-être que je répondrai de mon côté, merci Kat. Je pense, je suppose plutôt que je serais négligente de ne pas dire que l’équipement est vraiment important, surtout quand votre vie est en jeu et que vous faites votre devoir, comme nous le faisions... et nous n’avons pas vraiment abordé le sujet, mais l’objectif de notre Force opérationnelle était vraiment centré sur l’évacuation sanitaire aérienne à l’avant des Casques bleus ou des civils blessés. Et donc, encore une fois, en quelque sorte vu la manière dont les gens étaient prêts, nous avions au départ environ 50 % de nos cliniciens qui étaient des femmes, et donc ceux-ci volaient à l’arrière d’un Chinook pour aller chercher quelqu’un de blessé, donc ce sont des infirmières de soins intensifs, des médecins de soins aigus ou des techniciens médicaux aériens, des ambulanciers. Et ils portaient, vous pouvez l’imaginer, des gilets pare-balles, des plaques dures et des armures souples, en plus du port bas de tous leurs chargeurs et de tout ce qu’il faut pour combattre si nécessaire. Et puis ils ajoutent à cela tout un chargement de matériel médical, de garrots et de bandages, de médicaments et de solution saline, tout ce qu’ils doivent emporter avec eux. Et vous pouvez imaginer que cette charge devient en quelque sorte ridicule à gérer pour n’importe qui, que cette personne soit un homme ou une femme. Ainsi, la base de la conception de cette armure et de l’équipement à transporter est vraiment conçue pour les hommes, même si les petites tailles ne sont pas correctement ajustées, et donc il y a beaucoup de réglages de votre équipement pour vous assurer que vous pouvez faire votre travail de vous défoncer au quotidien par une chaleur de 50 degrés, sous une énorme quantité de stress et en essayant de fournir des soins médicaux à l’arrière d’un hélicoptère en mouvement. Je lève donc mon chapeau à nos cliniciennes qui ont géré cette charge comme n’importe lequel de leurs homologues masculins, mais elles la portent aussi, et ergonomiquement elle n’a pas été bien conçue pour elles, et pour leur taille et l’ergonomie de leur corps, je ne pense pas que ce soit vraiment juste à cet égard. Je dirais que nous avons dû aller dans le théâtre des opérations avec l’équipement dont nous disposions, et maintenant que nous sommes en train d’opérationnaliser cela pour de futures missions, nous allons certainement examiner très attentivement l’équipement que nous donnons aux gens afin que, lors de l’exécution d’autres tâches, ils ne soient pas désavantagés parce qu’il est conçu pour l’autre sexe.

Hannah Rosen: Oui, cela soulève vraiment le point de la conversation entre l’égalité et l’équité et ce que cela signifie de s’assurer que les femmes sont des individus de petite taille qui sont déployées sur des missions, ce que cela signifie de leur donner des chances égales ou de leur donner des chances équitables. Et une chance équitable dans ce cas où, comme vous le disiez, il faut s’assurer que l’équipement est ergonomique et qu’elles peuvent effectuer les mêmes tâches au même rythme ou avec les mêmes forces que leurs homologues, mais sans aucun inconfort physique ni aucune augmentation du risque de blessure due à un équipement mal adapté. Et j’ai eu le privilège l’année dernière de me rendre à la base de Borden pour un exercice, et j’ai pu mettre une combinaison anti-bombe. Et c’était si lourd, et je mesure 5 pi 2 po et pèse 140 lb, et j’ai vraiment failli tomber quand j’ai mis ça. Cela m’a permis de respecter l’équipement et les vêtements que portent nos militaires affectés à l’étranger. Mais en plus de cela, comme vous le disiez, si vous êtes dans un rôle supplémentaire, vous avez tout votre équipement de combat et tout cet équipement de combat nécessaire, et ensuite vous pouvez avoir de l’équipement médical ou autre, et donc je peux définitivement dire qu’il aurait pu mieux s’adapter à mon corps, donc je ne peux qu’imaginer qu’il devrait mieux s’adapter au corps de nos militaires en déploiement aussi.

Col McKenna: Je dis juste que cela a vraiment été mis en lumière dans notre mission, je suis sûr que c’est une plainte, je sais que j’ai entendu ma femme en parler, je présume, pour discuter de l’ensemble qui ne convient pas vraiment. Mais je dirais que cela a vraiment pris vie pour nous, simplement en raison de la prépondérance des femmes dans ce rôle clinique et de la nature très opérationnelle du rôle clinique dans cet ensemble de missions particulières, où ceux qui étaient le plus en danger, où ces cliniciens et mon équipage d’aéronef, et l’élément de protection de la force qui leur était attachée. Vous aviez donc vraiment ce sous-ensemble très fermé de personnes qui prenaient un risque disproportionné, qui devaient porter leur équipement et leur mode opératoire beaucoup plus souvent que le reste d’entre nous, et c’est vraiment devenu un sujet de préoccupation en termes de... même juste du poids sur la tête de quelqu’un avec des casques et des lunettes de vision nocturne. Ce fut une expérience vraiment révélatrice, et je pense que nous pouvons faire mieux dans ce cas-ci.

Hannah Rosen: Exactement, et je pense que cela remonte au début de notre conversation, ces choses n’auraient même pas été évoquées ou reconnues ou vraiment comprises avec la même ampleur, si les femmes n’étaient pas simplement incluses dans ces rôles, comme le fait si bien les FAC en essayant simplement d’augmenter le nombre de femmes dans les déploiements et dans les opérations et missions. Et je pense qu’auparavant, il n’y avait que les hommes plus petits qui soulignaient vraiment les problèmes de leur uniforme, mais cela aurait été juste du genre « eh bien, vous devez juste être plus grand », au lieu de dire « oh non, votre corps pourrait avoir un uniforme différent aussi », nous avons tous des corps différents et en fonction de notre uniforme, nous pourrions probablement être plus efficaces s’il nous convenait mieux. Je pense donc que c’est un très, très bon point pour terminer, et j’aime toujours terminer... Certains de mes balados préférés se terminent toujours par une séance de discussion informelle, donc c’est généralement une petite pensée de dernière minute que vous avez en tête et que vous aimeriez mentionner, si vous n’avez pas eu l’occasion de le faire avant, ou si vous avez eu une pensée qui vous trottait dans la tête du genre « oh, je voulais dire quelque chose que j’ai complètement oublié », ce serait le moment. Donc si vous avez des commentaires de dernière minute, c’est votre tour. L’un ou l’autre d’entre vous y aller, je ne vais pas mettre la pression sur aucun de vous, donc.

Lt Cdr Aubrey-Horvath: L’une des choses que je retiens de mon séjour au Mali, c’est que ce n’était pas un déploiement facile, tout le monde voulait littéralement nous tuer. Principalement, la météo et quelques insectes bizarres que je n’avais jamais vus ou entendus de ma vie, comme des coléoptères... Ce n’était pas facile. Nous étions assez isolés. Il faisait exceptionnellement chaud. Il y avait beaucoup de restrictions sur les personnes, nous étions très à l’étroit. Quand nous sommes arrivés là-bas pour ces deux premiers mois, je pratiquais le droit sur le dos d’une serviette de table, essentiellement parce que nous n’avions pas d’imprimante qui fonctionnait vraiment, je n’avais pas de bureau, donc j’écrivais des choses à la main ou je donnais des conseils de vive voix, et c’était une situation difficile, c’était difficile pour tout le monde, y compris évidemment les femmes qui étaient là. Mais une chose, quand on est autant mère que femme, peut-on vraiment faire ça... Je ne sais pas quand c’est entré dans notre tête. Je ne sais pas pourquoi la question se pose à savoir si les femmes peuvent faire des choses difficiles. Bien sûr, les femmes peuvent faire des choses difficiles, et il y a... Je crois qu’il y a cette citation : « Une femme est comme le thé, on ne sait pas à quel point il est fort jusqu’à ce qu’on l’ait trempé dans l’eau ». Je pense qu’envoyer des femmes au Mali, c’est montrer ce dont elles sont capables. Et évidemment, la situation nous oblige à faire un effort, et nous l’avons tous fait. Cependant, il n’y avait pas le sentiment que cela dépassait nos capacités simplement à cause de notre sexe et, en fait, peut-être à cause des exemples que nous vous avons donnés concernant notre police militaire en tant que femme et la formation sur les règles d’engagement, le fait que nous étions des femmes, et nous étions présentes et nous avons participé à la discussion, nous avons amélioré les choses, et nous avons amélioré le Canada, et nous avons peut-être même amélioré l’ONU. Et donc, oui, les femmes peuvent le faire, et aussi l’inclusion, à mon avis, ne sert qu’à nous rendre plus fortes, et ce n’est pas l’inclusion pour le plaisir de l’inclusion, c’est vraiment l’efficacité opérationnelle, cela nous rend simplement meilleures dans ce que nous faisons en tant que membres des FAC.

Col McKenna: C’est très bien, selon moi, je crois que je dirais qu’en tant que commandant, j’avais deux sortes de résultats sur lesquels je me concentrais vraiment, l’un était de mener à bien notre mandat et de manière éthique, en toute sécurité, et l’autre de veiller à mener à bien la mission qui nous a été confiée, qui avait un préavis de 30 minutes avant le départ, et qui avait un mandat d’évacuation sanitaire pour pouvoir sauver les Casques bleus et les civils blessés et le Mali. C’était une tâche vraiment difficile dans le cadre d’une mission vraiment difficile. Mais il était extrêmement important pour moi que cela se fasse de manière sûre et reproductible, et nous y sommes parvenus. Et comme résultat secondaire, nous avons permis à toute notre équipe de Casques bleus de servir dignement au Mali et d’obtenir un effet opérationnel vraiment important dans le cadre d’une mission qui avait alors grandement besoin de notre aide. Je dirais que nous y sommes parvenus et que nous avons ramené tout le monde à la maison. Nous avons donc réussi ces deux choses grâce aux décisions que nous avons prises collectivement en tant que groupe de travail et à la qualité des décisions que nous avons prises et qui ont été éclairées par le groupe le plus diversifié avec lequel j’ai jamais servi. Et je pense que c’était vraiment important, et j’ai regardé le résultat de cette mission où tout le monde qui a servi est rentré chez lui, même si c’était un endroit très violent et difficile. Et nous avons, je pense, pris d’excellentes décisions grâce aux voix dans la salle, dont beaucoup étaient des femmes.

Hannah Rosen: Excellent, merci. C’était un mot de la fin parfait. J’ai adoré ces beaux commentaires. Je pense donc que cela conclut notre balado, malheureusement, j’ai probablement encore tellement de questions que je meurs d’envie de poser, vu le temps qu’il nous reste, je devrais probablement mettre fin à la séance. Mais, je voulais vous remercier encore une fois d’avoir pris le temps de nous parler aujourd’hui et de partager ces réflexions avec l’Équipe de la Défense et les civils. Je pense simplement que c’est une occasion unique, comme je l’ai dit lorsque nous avons commencé, car combien d’occasions avez-vous de parler à des personnes qui ont été affectées à l’étranger à plus d’une reprise dans des missions de maintien de la paix et... Oui, je pense que cette conversation a été une belle leçon d’humilité, alors merci beaucoup.

Lt Cdr Aubrey-Horvath: Merci de nous avoir invités.

Col McKenna: Merci Hannah.

Nadia Blanchard: Merci.

Hannah Rosen: Je vous remercie de votre attention aujourd’hui et vous rappelle qu’il ne s’agit que de la deuxième partie d’une série de trois, organisée par le MDN et les FAC, pour l’anniversaire de la résolution 1325 du CSNU.

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