Coin de l'aumônier - Reconnaître le créateur caché

Le 26 octobre 2021 - Aumônier Gregory Girard

Il y a quelques années, je participais au Durham Wood Show, près de la petite ville de Durham, en Ontario. Beaucoup des meilleurs spécialistes de la sculpture sur bois se font un devoir d’y assister, et pour les personnes qui ne font que du magasinage, le meilleur de l’artisanat est offert à des prix raisonnables.

Les kiosques sont partout. Les artisans ne sont généralement pas des vendeurs naturels, et cela saute aux yeux quand on se promène entre les tables d’exposition. C’est leur travail qui est mis à l’avant-plan. Meubles, artisanat, gadgets, outils, antiquités et reproductions sont souvent ce sur quoi ils comptent pour « faire la conversation » à leur place. Si vous vous arrêtez et montrez un peu d’intérêt pour leurs œuvres d’art, vous pouvez parfois les amadouer et leur demander d’expliquer ce qu’il a fallu pour en arriver à ce qui reste aujourd’hui.

Je suis passé devant un kiosque et j’ai vu sur la table un certain nombre de reproductions de semi-remorques, de machines agricoles et de voitures fabriquées à la main (pas à partir d’un modèle). Ayant moi-même fait un peu de menuiserie, je pouvais commencer à comprendre que la personne qui avait fabriqué ce qui se trouvait devant moi était un maître sculpteur patient et compétent. Mais il n’y avait personne dans le kiosque. Peut-être était-ce un appel de la nature? Ou bien, il visitait un autre kiosque? Je n’en sais rien. Je suppose que, d’une certaine manière, je n’avais pas besoin de le rencontrer en « face à face ». J’en savais assez en voyant son travail pour savoir comment il était : une personne qui avait le souci du détail et était fière de son travail. Je le connaissais par ce qu’il avait fait; cela parlait de lui, même si je ne le rencontrais jamais en personne.

C’était l’automne, et comme mon épouse et moi marchions à l’extérieur du bâtiment, j’ai vu des glands qui étaient tombés d’un arbre sur le sol. Ceux qui étaient sur le trottoir étaient écrasés, mais ceux qui étaient dans l’herbe et que les écureuils n’avaient pas emportés étaient encore intacts. Ces glands sont des petits appareils ingénieux. Dans leur coquille se trouve tout ce qui est nécessaire pour produire un autre arbre. Et à partir de cet arbre, quelques milliers d’autres, et à partir d’eux des millions d’autres arbres pourraient pousser et couvrir une grande partie de l’Ontario. Je me suis émerveillé de la conception étonnante de cette graine d’arbre. Les sculptures à l’intérieur étaient bien inférieures à ce dispositif vivant et multiplicateur.

C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que le gland était là, exposé pour mon émerveillement, et que personne n’était là pour s’attribuer le mérite de l’intelligence de sa conception, tout comme je venais de le constater. Techniquement parlant, ce n’était qu’un peu de terre et d’humidité, arrangées au niveau atomique de manière à pouvoir produire une forêt de chênes majestueux. Pourtant, la terre et l’humidité de ce gland n’avaient pas plus d’intelligence propre que le bloc de bois dont le sculpteur avait fait un modèle réduit de camion. Si le camion devait avoir un créateur (toute autre option est irrationnelle), alors le gland aussi! Ce gland, évidemment, a nécessité une certaine planification.

J’ai donc ramassé un gland et j’ai regardé autour de moi pour voir qui l’avait fabriqué, mais personne n’était là pour s’en attribuer le mérite. Le « kiosque » semblait vide. Puis j’ai réalisé que personne n’était obligé d’être là. Le génie d’un gland était la preuve de l’existence et des capacités de son créateur. Le gland parlait à la place de quelqu’un, ce qui rendait inutile une rencontre en « face à face ». Je pouvais croire en « Lui », par la foi, par la logique, ou à la suite d’une petite étude scientifique de ce gland.

J’aime la première ligne de la Bible : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ». C’est simple, profond, global, et tellement logique. La prochaine fois que vous serez dehors parmi Ses œuvres, laissez-vous émerveiller par le vol de ce petit oiseau, qui n’est lui aussi que terre et eau.

Détails de la page

2021-11-23