Les obligations des leaders envers l’esprit de leurs guerriers

Le 22 mars 2022 - Adjum Laurie Joseph Bradshaw

Le terme esprit du guerrier évoque des images de femmes et d’hommes en uniforme prêts au combat.

Mais ce tempérament, cette mentalité, n’est pas le monopole des armées.

Bien qu’il soit présent sur le champ de bataille, il l’est également dans la vie de tous les jours lorsque des policiers, des premiers intervenants et même des gens du grand public mettent leur vie en danger pour sauver de parfaits inconnus. Peu importe l’environnement, l’esprit du guerrier est un attribut essentiel à développer. Il nous donne la volonté de nous imposer, de rester fermes ou de nous battre pour ce que nous croyons être juste. De manière tout aussi importante, il nous donne la capacité de développer de la compassion envers la nature fragile de l’humanité.

Afin de survivre sur les plans physique, psychologique et émotionnel, les soldats et les premiers intervenants doivent posséder l’esprit du guerrier. Pour favoriser la croissance et assurer une bonne santé, qu’il soit question de nous-mêmes ou de notre personnel, les leaders doivent comprendre l’esprit du guerrier pour ce qu’il est réellement : pourquoi il est important, comment l’inculquer et comment le maintenir.

Alors, de quoi s’agit-il?

L’article de Seiser, The Psychology of a Warrior’s Spirit (2011), nous explique que « le corps d’un guerrier est peut-être une arme, mais comment cette arme est utilisée dépend du cœur et de l’âme du guerrier : son esprit. »

Selon Indigenous Principles (2020), « …l’esprit du guerrier, au sens autochtone, décrit généralement une personne, homme ou femme, qui s’est promis de consacrer sa vie à l’amélioration de la qualité de vie de sa famille, de sa communauté, de son pays — collectivement son peuple. Cette personne agira et prendra des décisions en fonction du bien de tous, peu importe les efforts à déployer ou les conséquences pour elle ou lui. »

Bien qu’il existe de nombreuses façons de le décrire, ce dont nous sommes certains c’est que l’esprit du guerrier est une philosophie et un état d’esprit plusieurs fois centenaire. Il s’agit de ce qui motive ceux qui le possèdent à s’élancer vers les sons des coups de feu ou les appels à l’aide, afin de résoudre le problème plutôt que de fuir ou de se cacher. L’esprit du guerrier nous interdit de compromettre notre intégrité, malgré les sacrifices sur le plan personnel.

On n’insistera jamais assez sur l’importance de l’esprit du guerrier. Il sauve des vies, contribue au succès et améliore la résilience. Les guerriers croient en la nécessité de sauver des vies; l’histoire en est truffée d’exemples.

Alexandre le Grand a interdit le pillage et la revanche dans les territoires conquis; il savait que cela causerait d’inutiles effusions de sang.

De nos jours, il arrive que des militaires se jettent sur des grenades pour sauver les gens autour d’eux. Sauver des vies est la raison pour laquelle un véritable guerrier fera appel à tous les moyens à sa disposition pour réduire les préjudices à autrui. Parmi ces moyens, il y a les règles d’engagement et le droit des conflits armés.

Le véritable guerrier choisit toujours de faire ce qui est juste, même lorsque ses valeurs personnelles et son éthique professionnelle entrent en conflit. Dans son livre publié en 1998, The Warrior’s Honour, Michael Ignatieff écrit que « L’honneur du guerrier n’est qu’un mince espoir, mais c’est peut-être la seule chose qui distingue la guerre de la sauvagerie. Une autre raison d’espérer est qu’on peut entraîner les soldats à combattre dans l’honneur. Les armées entraînent les hommes à tuer, mais elles apprennent aussi la maîtrise de soi et la discipline. »

Non seulement l’esprit du guerrier permet de sauver des vies, mais il est un facteur essentiel au succès de la mission. Le Dr Morris Janowitz, l’un des fondateurs de la sociologie militaire, a étudié l’esprit du guerrier au combat et a noté « …qu’en situation de combat, il existe un engagement explicite envers ses camarades soldats. Les autres sont l’une des principales motivations à combattre; parfois cet engagement peut être attribué à une escouade, à un peloton, à une compagnie, à une unité plus importante, à l’ensemble de l’armée ou, en fin de compte, à un pays. » (1960)

Bien que cette affirmation soit vraie lors du combat actif, qu’en est-il de la guérison individuelle, après? Le dictionnaire Oxford English Dictionary définit la résilience comme étant « la capacité de se remettre rapidement des difficultés ». Elle nous donne la capacité de demeurer positifs, de trouver le bonheur et de surmonter les événements traumatisants. L’éthos et l’entraînement du guerrier cultivent la résilience. Inculquer la résilience à nos militaires produit des personnes ayant moins tendance à vivre des troubles psychologiques durables avant et après le traumatisme lorsqu’il est question d’exposition à des situations susceptibles de mettre la vie en danger.

Certaines personnes sont habitées par l’esprit du guerrier; ce sont vers ces personnes que nous sommes attirés. Ce sont ces leaders que nous suivons au combat sans hésiter. Certains possèdent l’esprit du guerrier, mais ne sont pas en mesure de définir en quoi il consiste et ne peuvent donc l’exploiter pleinement. D’autres sont dépourvus de l’esprit du guerrier. Malgré ces deux dernières conditions, tout peut s’apprendre, se désapprendre ou être appris de nouveau. En conséquence, il est possible d’inculquer, d’actualiser et d’optimiser l’esprit du guerrier. Ce que nous pouvons faire, nous, comme leaders, pour encourager l’esprit du guerrier, est d’enseigner l’ethos, les principes du credo du militaire et notre histoire militaire aux troupes.

Pour tout guerrier, il existe deux caractéristiques clés à l’éthos : le courage et la discipline.

« Le courage est la résistance à la peur, la maîtrise de la peur, et non l’absence de peur » (Mark Twain, 1893). Un guerrier maîtrise son engagement émotionnel et choisit de réagir avec calme, de manière rationnelle ou, si cela est nécessaire, de manière létale. Le guerrier sait que la peur naît des visions négatives concernant les résultats futurs; il se concentre donc sur la tâche du moment.

« La discipline est l’âme d’une armée. Elle rend impressionnants les nombres réduits, procure la réussite au faible, et la considération à tous » (George Washington, 1759). Les guerriers font preuve de discipline mentale et physique. Ils prennent soin de leurs armes, de leur équipement et de tous les aspects de leur personne. Les guerriers savent qu’il n’y a pas de raccourcis. Ils mènent une vie disciplinée. Ils ne présentent pas d’excuses et ne les acceptent pas non plus. Ils font ce qui doit être fait face à l’opposition, malgré les risques qui les menacent eux, leur réputation ou leur image.

Les guerriers adhèrent aux principes de leur credo sans hésitation :

Une fois assurés que l’esprit du guerrier a pris racine, les leaders doivent activement prendre des mesures pour l’entretenir. Cela est facile en temps de conflit. Depuis 1990, les Forces armées canadiennes ont été présentes dans les zones de conflit et elles y ont joué différents rôles. Toutefois, maintenant que nous ne sommes plus en situation de combat actif, nous devons collectivement nous assurer de maintenir l’esprit du guerrier dans nos troupes. Si nous ne le faisons pas, nous risquons de perdre nos militaires parce qu’ils s’ennuient, qu’ils sont déçus et, en conséquence, parce qu’ils sont attirés par ce que leur offrent les autres organisations.

À titre de leaders, il est essentiel pour nous de maintenir notre propre esprit du guerrier afin de demeurer des exemples concrets aux yeux de nos troupes. Une très bonne façon d’entretenir l’esprit du guerrier chez nos troupes est d’éliminer les mauvais leaders. Bien qu’il s’agisse d’une idée impopulaire, écarter les leaders inefficaces permet à l’esprit du guerrier de demeurer un élément de la culture organisationnelle. Philippe de Macédoine disait : « Il vaut mieux une armée de cerfs commandée par un lion qu’une armée de lions commandée par un cerf ».

Les principaux éléments permettant de maintenir l’esprit du guerrier sont l’entraînement, la compétition, l’étude et l’histoire.

« Si vous n’êtes pas en train de vous vous entraîner, l’adversaire est en train de le faire; lorsque vous vous rencontrerez, ce sera l’adversaire qui décidera du résultat de la rencontre » (auteur inconnu). Un guerrier doit être bien formé et bien maîtriser ses compétences. Afin d’être prêt à intervenir, un guerrier doit avoir confiance en ses habiletés et comprendre que toute menace est une occasion de découvrir ce qui doit être amélioré. Il est essentiel que les leaders s’assurent que leurs guerriers suivent l’instruction nécessaire et qu’ils obtiennent le soutien dont ils ont besoin pour tenir à jour leurs compétences. Archiloque, un poète et guerrier grec, a écrit « On ne s’élève pas au niveau de nos attentes, on tombe au niveau de notre entraînement ». Prenez bonne note du fait qu’il était à la fois guerrier et poète.

Pour les leaders et leurs guerriers, la compétition offre de belles possibilités. Les guerriers ont la volonté de gagner et la compétition sert à montrer ce dont nous sommes capables en nous mesurant à un adversaire qui possède des compétences similaires. Néanmoins, il ne s’agit pas uniquement de victoire. La compétition est l’occasion d’observer des guerriers à l’extérieur du champ de bataille, de découvrir les qualités qu’ils possèdent et d’étudier comment ils réagissent face aux défis. Un guerrier ne cherche pas d’excuse pour expliquer une défaite et il ne tente pas de justifier ses actions. Il cherche plutôt à tirer des leçons de la défaite et à s’améliorer. Un guerrier est animé d’une authentique humilité; dans la victoire, un guerrier permet à son adversaire de conserver sa dignité. Les leaders observent tout cela, puis évaluent, encouragent et guident les guerriers en fonction de leurs observations. Un autre avantage de la compétition dans un environnement d’entraînement, c’est qu’elle permet aux participants de surmonter la faible estime de soi et de développer des facultés d’adaptation et de la résilience, ce qui leur permettra de composer avec l’adversité.

Nous étudions dans le but de comprendre l’organisation dont nous faisons partie, afin de comprendre notre société et la culture que nous servons, ainsi que pour comprendre notre rôle et nos obligations envers chacune. Sur le plan personnel, l’étude encourage chacun à se perfectionner dans son métier, à acquérir des compétences et à atteindre un niveau de professionnalisme supérieur. L’étude est un élément clé de la compréhension des facteurs géopolitiques complexes qui déclenchent les conflits. Elle permet aux militaires de se préparer à faire face à des éléments marginaux du conflit, par exemple les personnes déplacées, la famine et l’érosion de la moralité. Les leaders doivent encourager les guerriers à examiner les excellentes ressources à leur disposition et à en discuter, par exemple une étude néerlandaise intitulée Warrior and Peacekeeper Role Identities: Associations with Self‑Esteem, Organizational Commitment and Organizational Citizenship Behavior (Identités de rôle des guerriers et soldats de la paix : association à l’estime de soi, à l’engagement organisationnel et au comportement de citoyenneté organisationnelle).

La connaissance de l’histoire est essentielle; il est difficile d’être fiers de qui nous sommes si nous ignorons nos origines. Nous avons une longue tradition de guerriers.

En terminant, l’esprit du guerrier est un concept aux multiples facettes qui oriente notre manière de vivre, une philosophie axée sur l’adoption du bon état d’esprit, une croyance que nous pouvons pousser encore plus fort, aller plus vite et aller plus loin que le reste de la société. Ceux qui possèdent l’esprit du guerrier vivent dans le respect de valeurs strictes et, en conséquence, toute organisation à laquelle ils sont associés tirera profit de leur présence. Les leaders développent et entretiennent l’esprit du guerrier en donnant l’exemple, mais également en mettant en œuvre les programmes d’instruction et de formation qui nourrissent l’esprit du guerrier et qui fait en sorte que cet esprit prenne racine dans l’organisation.

Qu’ils soient militaires, premiers intervenants ou citoyens, les guerriers œuvrent pour la paix et le bien-être des autres. Afin de respecter cet engagement, ils vont s’entraîner, étudier, combattre et, si nécessaire, sacrifier leur vie. En conséquence, les guerriers méritent des leaders disciplinés, qualifiés et engagés.

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2022-03-22