La flotte de drones de la 3e Division du Canada devrait prendre de l’ampleur
Le 9 février 2026 - Tim Bryant, La Sentinelle de l’Ouest
Au cours des dernières années, la nature des conflits armés a évolué, ce qui a incité la 3e Division du Canada (3 Div CA) et l’Armée canadienne dans son ensemble à renforcer leurs capacités aériennes.
Dans le cadre de l’initiative MINERVA de l’Armée canadienne, la 3 Div CA est en train d’augmenter considérablement sa flotte de systèmes d’aéronef sans équipage polyvalents (GPUAS), également appelés drones.
Actuellement, la 3 Div CA possède 39 drones. Ce nombre devrait augmenter de plus de 1 000 % d’ici la fin mars 2027, date à laquelle la Division prévoit de disposer de plus de 500 unités.
« Toute cette démarche est fondée sur ce que nous observons actuellement en Ukraine », a expliqué le major (Maj) Joe Bissonnette, G34 du quartier général de la 3 Div CA, responsable de la gestion du matériel à l’appui des opérations.
Si les systèmes d’armes traditionnels restent efficaces sur le champ de bataille, ils ne sont plus aussi décisifs qu’auparavant. La plupart des sources indiquent que les drones sont responsables de plus de 50 % des pertes au combat des deux camps dans la guerre entre l’Ukraine et la Russie.
Ce pourcentage élevé de pertes causées par les drones représente un changement « important » dans la dynamique du champ de bataille, selon le Maj Bissonnette. Les évènements qui se sont déroulés en Ukraine et en Russie au cours des quatre dernières années illustrent bien les méthodes actuelles de guerre.
« Le conflit entre l’Ukraine et la Russie nous donne un excellent aperçu de ce à quoi ressemblerait un conflit à grande échelle entre deux adversaires de force comparable », a‑t‑il affirmé.
Pour le brigadier‑général (Bgén) Wade Rutland, commandant de la 3 Div CA/Force opérationnelle interarmées (Ouest), les évènements en Ukraine soulignent la nécessité de disposer de nouveaux outils pour mener les guerres de demain.
« Le champ de bataille moderne regorge de capteurs, de drones et d’armes à longue portée », a‑t‑il indiqué. « Nous travaillons à moderniser l’Armée canadienne et à donner à nos soldats les outils dont ils ont besoin pour avoir une meilleure vision, mieux se déplacer et améliorer leur capacité de survie. »
À mesure que les drones se répandent et se popularisent, les Forces armées canadiennes (FAC) suivent de près leur évolution et mettent à profit leurs connaissances pour élaborer un plan visant à élargir et à améliorer leurs capacités en matière de drones.
Ces projets en sont encore à leurs débuts, et c’est là qu’intervient l’initiative MINERVA. Nommée d’après la déesse romaine de la stratégie militaire, l’initiative MINERVA vise à fournir aux FAC non seulement des GPUAS, mais aussi des systèmes terrestres sans équipage (UGS) et des systèmes littoraux sans équipage (ULS).
L’Armée canadienne est en train d’augmenter sa flotte de systèmes aériens sans équipage polyvalents, également appelés drones, afin de s’adapter à un monde militaire en constante évolution. Au cours des prochaines années, l’Armée devrait acquérir des centaines de drones similaires à ceux illustrés ici.
Photo gracieusement fournie par un technicien en imagerie des Forces armées canadiennes, Affaires publiques de l’opération UNIFIER
Photo gracieusement fournie par un technicien en imagerie des Forces armées canadiennes, Affaires publiques de l’opération UNIFIER
« L’initiative MINERVA aidera l’Armée canadienne à évaluer les avantages que tous les systèmes sans équipage, y compris les drones, peuvent apporter à nos soldats », a expliqué le Bgén Rutland. « Nous cherchons à mettre au point des systèmes capables d’effectuer des missions de reconnaissance, de livrer des fournitures et de frapper des cibles. Toutes ces capacités aideront les soldats à remporter la victoire sur le champ de bataille grâce à une meilleure connaissance de la situation et à des options tactiques plus nombreuses. »
Un aspect clé de cette initiative est la notion de « polyvalence ». Les GPUAS sont classés en partie selon leur poids et leur taille, et sont principalement destinés à être de petits quadricoptères. L’objectif est que n’importe quel soldat d’une unité puisse les piloter après avoir suivi une brève formation sur le système, sans avoir besoin d’une formation spécialisée.
À l’heure actuelle, la plupart des GPUAS et des drones de grande taille des FAC ont été achetés auprès de fabricants figurant sur la « liste bleue » des États‑Unis, une liste de fabricants qui ont été soigneusement évalués et approuvés comme n’utilisant pas de pièces et de technologies provenant de pays concurrents, a précisé le Maj Bissonnette. L’initiative MINERVA vise à augmenter considérablement la part canadienne dans la flotte de drones des FAC.
Les FAC approchent les industries locales et les universités partout au Canada pour leur faire part de leurs besoins en matière de drones, avec la question « Pouvez‑vous construire un tel appareil? ».
« Les représentants des FAC recherchent l’innovation. Ils recherchent des coûts réduits. Ils recherchent une production modulable pour répondre aux besoins particuliers que nous pouvons avoir en matière de drones », a‑t‑il souligné.
Photo fournie
Photo prise par la caporale‑chef Alana Morin, Force opérationnelle interarmées – Nord, Yellowknife
Le Bgén Rutland a insisté sur le fait que l’objectif était d’obtenir la meilleure technologie possible et non pas d’acquérir quelque chose simplement pour l’avoir rapidement.
« Il ne s’agit pas seulement d’un effort d’approvisionnement », a‑t‑il affirmé. « Il s’agit d’une planification délibérée et fondée sur des données probantes qui rassemble les soldats, les ingénieurs et l’industrie dès le début du processus. L’initiative MINERVA offre aux entreprises canadiennes des environnements réels pour mettre à l’essai et perfectionner la technologie, ce qui renforce notre capacité à bâtir une base industrielle de défense souveraine et solide. En fournissant des commentaires d’utilisateurs réels et une expérience de terrain réelle, les membres de la 3 Div CA contribuent à façonner la manière dont les systèmes sans équipage soutiendront l’Armée au cours des prochaines années. »
Tous les systèmes sans équipage acquis par l’Armée, qu’ils soient aériens, terrestres ou littoraux, devront être adaptés aux défis environnementaux que pose le Canada. Ils devront être suffisamment robustes pour fonctionner de manière fiable dans les conditions hivernales et le climat arctique, ainsi que sous la pluie, le vent, dans l’obscurité et sur de longues distances. Ils devront également être solides et durables, « à l’épreuve des combats », afin de résister aux conditions difficiles qui caractérisent généralement les opérations militaires.
L’initiative MINERVA comprend plusieurs sous‑initiatives ayant leurs propres exigences et résultats souhaités. Parmi celles‑ci, on peut citer :
- le programme BOREALIS (Bureau de recherche, de génie et de leadership avancé en innovation et en sciences) du gouvernement du Canada, axé sur les technologies de pointe, telles que la technologie quantique, l’IA et la cybersécurité pour la modernisation de la défense;
- le programme IDEeS (Innovation pour la défense, l’excellence et la sécurité) du ministère de la Défense nationale, axé sur le financement des innovations de défense à un stade précoce provenant du monde universitaire et de l’industrie;
- le programme DIANA (Accélérateur d’innovation de défense pour l’Atlantique Nord) de l’OTAN, axé sur la mise au point d’innovations technologiques de pointe à double usage dans les États membres.
L’acquisition et l’achat de nouveaux drones pour les FAC sont soumis à deux contraintes contradictoires, selon le Maj Bissonnette.
« D’un côté, il y a l’idée selon laquelle “ce dont nous avons vraiment besoin, c’est de mettre des drones entre les mains des troupes afin qu’elles puissent commencer à apprendre à les utiliser” », a‑t‑il expliqué.
D’un autre côté, il est essentiel que les FAC sachent ce qu’elles attendent de leurs drones et la façon dont ils seront utilisés avant de passer leur commande.
« Si nous élaborons une doctrine sur les drones, de quoi avons‑nous besoin? », a‑t‑il ajouté. « Comment allons‑nous mener ce combat? »
À cette fin, un groupe de travail de l’initiative MINERVA s’est réuni à la Base des Forces canadiennes Gagetown en novembre 2025 afin de définir les capacités des drones.
« Ces énoncés des besoins initiaux ont été élaborés avec la contribution de tous les corps de l’Armée », a précisé le Maj Bissonnette. « Ensuite, le quartier général de l’Armée et les FAC synthétiseront tous ces besoins à l’échelle des services, puis approcheront l’industrie. »
Selon le Bgén Rutland, le succès global de l’initiative MINERVA dépendra d’un processus mûrement réfléchi qui commence avec les soldats sur le terrain.
« Nous développons nos capacités à partir de la base », a‑t‑il déclaré. « Ici, dans la 3 Div CA, nous mettrons des drones directement entre les mains des troupes, nous apprendrons rapidement et nous intégrerons ces leçons dans les efforts de développement globaux de l’Armée. Chaque vol, chaque essai et chaque problème sur le terrain nous apprend ce qui fonctionne, ce qui ne fonctionne pas et ce dont nous avons besoin ensuite. Cette perspective ascendante est essentielle, car elle garantit que les capacités que nous acquérons permettent véritablement aux soldats d’être efficaces sur le champ de bataille. »
Une grande partie des plus de 500 drones que la 3 Div CA devrait acquérir d’ici mars 2027 découle de la réorganisation de l’Armée canadienne et de la transition de la 3 Div CA vers la Division de manœuvre, comme l’explique le Maj Bissonnette. La Division de manœuvre supervisera le 1er Groupe‑brigade mécanisé du Canada (1 GBMC), le 2 GBMC, le 5 GBMC et la 6e Brigade d’appui au combat du Canada, intégrant ainsi les drones de ces brigades à l’ancienne 3 Div CA.
L’initiative MINERVA, outre le fait de fournir aux FAC les UAS, UGS et ULS dont elles ont besoin dans un environnement de combat en constante évolution, vise également à envoyer un message à la population canadienne, aux alliés du Canada et à ses adversaires quant aux intentions des FAC pour l’avenir.
« Le gouvernement canadien et les Forces armées canadiennes sont déterminés à reconstruire leurs capacités, ou à en développer de nouvelles, et nous collaborons activement et de manière soutenue avec l’industrie canadienne », a affirmé le Maj Bissonnette.
Pour en savoir plus sur la modernisation de la 3e Division du Canada : Le commandant de l’Armée canadienne se rend à Edmonton et à Wainwright en vue de la transition de la 3e Division du Canada vers une Division de manœuvre