Récit des FAC | Un vétéran de 95 ans, M. George Ward
Vidéo / Le 10 novembre 2020
Transcription
Alors je vais vous raconter. Nous avions 17 ans à l’époque. C’était la guerre, et dans notre groupe, un gars a dit : « Je vais m’enrôler dans l’Armée et devenir conducteur de char, ou quelque chose du genre. » Puis un autre type du nom d’Ikie Preston s’est enrôlé dans l’Aviation. Moi j’étais toujours en train de pêcher ou de faire des trucs sur l’eau, alors j’ai pensé : « Je vais faire du pouce jusqu’à Hamilton et me joindre à l’équipage du NCSM Star à Hamilton ».
C’est George F. Ward qui vous parle. Je suis né à Sarnia, en Ontario, en 1925. J’ai 95 ans.
On m’a dit : « Eh bien, tu devrais peut-être devenir chauffeur dans la salle des chaudières ». Je me suis donc enrôlé comme ce qu’il appelait chauffeur de 2e classe, puis je suis devenu chauffeur de 1re classe.
On refusait de nous dire où nous nous trouvions et où nous allions, puis on nous a envoyés à la rencontre de...le nom était... (inaudible) de France, qui avait toute une cargaison de prisonniers allemands. Et la Croix-Rouge nous a dit : « Vous devez les protéger ». Les décrets, vous savez. Alors nous les avons escortés, en quelque sorte. Certains d’entre nous n’ont pas eu une telle chance. Je ne veux pas pleurer, mais... certains des gars ont perdu la vie...
Nous formions une belle, grande famille, vous savez. Peu importe ce qui se passait, on pouvait compter là-dessus. Nous avions tous un travail à faire et naturellement, comme j’étais chauffeur, je travaillais en bas, dans la salle des chaudières du navire.
Tous les jours à midi, nous avions droit à une ration de rhum, et si vous ne la preniez pas, vous receviez une pièce de vingt-cinq sous. (rires) Certains des gars gardaient le rhum dans leur bouche, puis recrachaient leur gorgée dans une bouteille lorsqu’ils retournaient dans leur quartier, pour pouvoir la conserver jusqu’au débarquement. Moi ça ne m’intéressait pas trop de faire ça….
Mais je pense souvent à ce type, ou à cet autre type, et j’essaie de me remémorer ce qu’ils faisaient. Puis je me mets à rire tout seul.
Au cours du dernier mois, j’ai essayé de retrouver quelques-uns d’entre eux et j’ai mis une annonce sur Internet pour savoir s’il restait des vétérans ayant servi à bord de la corvette NCSM Rosthern K169. Je voulais seulement leur parler et leur demander « Te rappelles-tu de ceci? » et « Te rappelles-tu de cela? », vous savez…
Je souhaitais vraiment retrouver quelqu’un. J’ai essayé de localiser quiconque était toujours en vie, voyez-vous, et je n’ai pas réussi à en trouver un seul. Je pense souvent aux gars. Pendant un instant, je me dis : « Ouais… je me retrouve tout seul ». Tous ces gars, vous savez. C’est triste, mais me voilà encore ici, toujours en vie, vous savez. Oh, le nom et le visage de certains des gars avec qui j’ai travaillé sur le navire me reviennent bien souvent.
C’est... Oh, je pense souvent à ce type du nom de Bodie et à cet autre, Al Lemay, et quelques autres encore…
Ouais. Je ne les oublierai jamais, je suppose. Allons-y, s’est dit ce groupe de gars, l’un dans l’Aviation, l’un dans la Marine, l’un dans l’Armée, et nous sommes partis. C’était notre devoir.