Récit des FAC | Du traumatisme à l’espoir : la quête de salut de l’Adj Joe Kiah

Vidéo / Le 28 janvier 2021

Transcription

Nous étions tous enthousiastes et nous nous réjouissions à l’idée de pouvoir aider des gens, car c’est ce que nous faisons. Puis, nous sommes arrivés là-bas, sur les plages, pour ainsi dire, et nous nous sommes rendu compte qu’il ne s’agissait plus en fait d’une mission de sauvetage; c’était plutôt une mission de récupération.

Je suis l’adjudant Joe Kiah, adjudant responsable du Corps de cornemuses de l’Aviation royale canadienne, ici à Ottawa.

Je me suis enrôlé dans les Forces en janvier 1987. J’avais une expérience en tant que batteur, et les membres de mon bataillon le savaient; j’ai donc accepté le poste de premier tambour du corps de tambours du 1er Bataillon. À cette époque-là, j’ignorais vraiment que l’on pouvait être musicien dans un corps de cornemuse de la Force régulière. Et c’est là qu’est né, en 1991, mon vif désir d’intégrer ce groupe professionnel, d’accéder au poste que j’occupe actuellement.

Mon premier emploi, ma première affectation était dans l’infanterie. Un jour, nous avons reçu un appel téléphonique en fin d’après-midi, nous apprenant qu’un avion s’était écrasé au large de Peggy’s Cove, en Nouvelle Écosse. Nous sommes partis ce soir-là, nous avons conduit pendant la nuit pour nous rendre à Peggy’s Cove. Lorsque nous étions en route, nous croyions au départ que nous allions prendre part à une mission de sauvetage. Nous étions tous enthousiastes et nous nous réjouissions à l’idée de pouvoir aider des gens, car c’est ce que nous faisons. Puis, nous sommes arrivés là-bas, sur les plages, pour ainsi dire, et nous nous sommes rendu compte qu’il ne s’agissait plus en fait d’une mission de sauvetage; c’était plutôt une mission de récupération. Essentiellement, nous avions pour tâche de ramasser tout ce qui échouait sur la rive. Comme j’avais de jeunes enfants à cette époque-là, je me suis trouvé dans une situation bouleversante. En m’avançant dans l’eau, je recueillais des objets de l’eau, dont la chaussure d’une jeune fille. Lorsque je l’ai recueillie, je me suis aperçu que le pied de la fillette se trouvait toujours à l’intérieur. J’ai regagné le rivage avec la chaussure, je suis tombé à mes genoux et je me suis mis à pleurer.

Nous sommes rentrés chez nous, nous sommes allés outre-mer, nous avons accompli une mission en Bosnie, nous sommes rentrés de nouveau. Pas de travail après le traumatisme comme tel. Puis j’ai été affecté à l’école de combat de Meaford. Après quelques années là-bas, j’ai reçu un appel : on m’offrait l’occasion d’intégrer le groupe professionnel de musicien et une affectation à Greenwood, en Nouvelle Écosse. En cours de route, j’ai vu un panneau de signalisation sur lequel il était écrit : « Peggy’s Cove, 36 kilomètres ». Et à ce moment-là, mon cœur s’est serré et je me suis rendu compte que je retournais à cet endroit-là. C’était la première fois que je pensais à la situation que j’avais vécue. Lorsque je suis arrivé à Shearwater, c’était indéniablement le point zéro. C’est à la base comme telle que la morgue temporaire avait été mise sur pied. Des restes de l’avion se trouvaient toujours dans un abri Sprung à la base, et j’ai commencé à éprouver des difficultés. J’ai commencé à voir cette fillette. Cette jeune fille avait probablement environ 11 ans, elle portait une belle robe à pois jaune et les mêmes chaussures que j’avais recueillies, et elle avait de longs cheveux foncés. Et je voyais cette fille. Ma première impression, lorsque je l’ai vue, c’était : wow! Ses parents doivent avoir été affectés ici, eux aussi, parce que je me souvenais d’avoir vu cette fillette à Greenwood.

Au fil du temps, j’ai commencé à lutter contre l’automédication avec l’alcool, cachant ce secret à ma famille tant que je le pouvais, et mon problème a vraiment été mis en lumière lorsque j’ai vu cette fille à l’épicerie. Puis une autre fois, j’étais à l’épicerie, c’était l’hiver, et tout ce qu’elle portait, c’était sa robe à pois jaune. Et c’est à ce moment-là que j’ai su : OK. Il y a quelque chose qui ne va pas ici. J’ai été affecté en Ontario aux fins d’entraînement. J’étais assis à l’extérieur de la maison, j’arrosais le gazon à l’avant. Puis j’ai vu cette fillette souriante sur une trottinette, vêtue de cette robe-là. J’ai déposé le tuyau d’arrosage et je me suis rendu compte que cela n’allait pas fonctionner. J’ai pris un sac rempli de bières, je me suis rendu à la voie ferrée cette nuit-là, puis je me suis assis et j’ai attendu qu’un train passe.

Le train n’est jamais passé. Je me suis levé de la voie ferrée le lendemain matin, je suis allé à l’hôpital et j’ai parlé à une médecin. J’ai fondu en larmes et je lui ai tout raconté. Trois jours plus tard, avec l’appui du commandement et de l’adjudant-chef de mon escadre, j’ai entamé un traitement de quatre mois. En gros, j’ai retrouvé un second souffle. Ce n’est pas comme si tout allait cesser, mais je sais désormais comment composer avec une telle situation.

Demandez de l’aide. Ne gardez pas le silence. Le défi est bel et bien réel. En grandissant, nous sommes nombreux à nous être fait dire qu’il ne fallait pas nous plaindre. Téléphonez à quelqu’un, téléphonez à un ami, informez-en vos dirigeants. Il y a du soutien, il y a de l’aide. Le TSPT n’est pas une faiblesse. Je reconnais que tout ce que je vis maintenant est vraiment attribuable au soutien que m’ont offert mes dirigeants et au soutien que les Forces canadiennes offrent aux militaires ayant un TSPT.

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