Récit des FAC | Une lutte au-delà de l’uniforme

Vidéo / Le 16 janvier 2026

Transcription

J’ai été plongé dans un coma artificiel pendant six jours. À mon réveil, les médecins m’ont appris que je ne pouvais toujours pas respirer seul sans l’aide d’une machine. Il y avait de fortes chances que je ne puisse plus marcher et que je doive très sérieusement envisager de quitter les forces armées et de renoncer au travail et au rêve que j’avais depuis toujours. Je ne pouvais pas laisser ça se produire. J’ai donc donné le meilleur de moi-même, j’ai serré les dents et j’ai déployé toute la ténacité qu’on vous enseigne dans les forces armées.

Je suis le caporal Tommy Sarwer. Je sers dans le 3e Bataillon du Royal Canadian Regiment.

J’ai décidé de m’enrôler dans les FAC vers l’âge de 3 ou 4 ans, parce que mon arrière-grand-père avait servi à bord des chars d’assaut dans les années 40 et que c’était un grand passionné d’histoire militaire. On est devenu très proches quand j’avais deux ou trois ans, et il m’a tout appris à l’époque sur les forces armées et l’histoire militaire. En 2018, j’ai enfin prêté serment au moment de m’enrôler. Une fois ma signature sur la ligne pointillée, on m’a envoyé à l’instruction de base. Au début, je me sentais parfaitement bien. Vers la fin, par contre, j’ai commencé à ressentir de très gros maux de tête, qu’on a mis sur le compte de différentes choses, comme le manque de sommeil, le stress, tout ça... Mais les maux de tête n’ont cessé d’empirer. J’ai fini par être examiné par les médecins militaires.

Ils m’ont référé à un spécialiste qui m’a fait passer une TDM et a trouvé une excroissance dans mon cerveau; on m’a alors diagnostiqué une tumeur cancéreuse au cerveau. Et j’ai dû décider, à 21 ans, si j’optais pour un traitement moins risqué ou pour un traitement plus risqué pouvant donner de meilleurs résultats. J’ai donc choisi l’option la plus risquée, qui consistait en une opération complète. En février 2019, j’ai subi l’ablation de la tumeur au cerveau, à l’endroit où vous voyez l’énorme cicatrice à l’arrière de ma tête.

C’était l’un des sentiments les plus frustrants que j’aie jamais éprouvés de ma vie. Me réveiller d’un coma et être incapable d’écrire mon nom ou de le prononcer, incapable de dire à mes propres parents que je les aime. C’était douloureux, c’est le moins qu’on puisse dire. Mais le plus frustrant, c’est que mon cerveau se souvenait de la marche à suivre pour tout, mais que mon corps n’arrivait pas à réagir correctement; la connexion entre le cerveau et le corps n’était tout simplement pas là. Il a donc fallu créer de nouvelles connexions, et ça a été un processus long, fastidieux et méthodique qui a pris beaucoup de temps. C’était parfois péniblement lent et très frustrant.

J’arrivais à peine à marcher jusqu’au bout de ma rue et à revenir sur mes pas sans avoir l’impression que j’allais m’effondrer d’épuisement. Alors, au début, j’ai commencé par pratiquer de simples exercices de respiration et de yoga, comme les pranayamas par exemple. Puis, je suis passé aux vraies postures de yoga, aux étirements, ce genre de choses, et ensuite à la marche. La marche est devenue du jogging, le jogging de la course, et ça m’a lentement conduit à retourner au gym. À m’entraîner aux arts martiaux, comme je l’avais fait toute ma vie. À soulever des poids de nouveau.

J’ai touché le fond du gouffre quand j’ai été incapable de faire l’aller-retour dans ma rue, alors j’ai su que je devais devenir la meilleure version de moi-même possible. C’est non seulement ce que j’ai fait pour mon propre bénéfice, mais après être devenu entraîneur sportif, coach en nutrition et instructeur de yoga, en plus d’avoir obtenu la désignation de « kru » en boxe thaïe, j’entraîne maintenant des militaires, des civils et des enfants. C’est ma façon de redonner à la communauté à l’extérieur des forces armées.

L’un des nombreux facteurs qui m’ont permis d’atteindre cet objectif de guérison complète a tout simplement été d’avoir ce formidable réseau de soutien dans les FAC, dans ma famille et dans la communauté où j’habite. Les mots me manquent pour décrire à quel point le soutien que j’ai ressenti était incroyable.

Quand je suis arrivé ici, j’ai tout de suite commencé à m’entraîner et à enseigner au gym. J’ai réussi à remonter dans le ring pour la première fois en six ans et pour la première fois après avoir eu un cancer du cerveau et subi des traitements pour le combattre. J’ai participé à la compétition canadienne de boxe thaïe, mais mes résultats n’étaient pas tout à fait à la hauteur. La prochaine fois que je monterai dans le ring comme représentant des forces armées du Canada, j’espère faire mieux.

Je sers dans l’infanterie canadienne, au sein du 3e Bataillon du Royal Canadian Regiment. Je fais partie de la compagnie November, une compagnie d’assaut aérien. On est spécialisés dans l’insertion tactique par hélicoptère, comme le débarquement en vol stationnaire, le saut de l’arrière de l’appareil ou la descente en rappel à l’aide d’une corde. Je sers dans le 6e peloton, celui des armes lourdes. Je suis commandant du détachement antiblindé, et nous faisons de notre mieux pour infliger le plus de dégâts possibles aux véhicules blindés.

Il est très facile d’oublier à quel point j’allais mal et à quel point les choses s’annonçaient mal à mon réveil. Donc de temps à autre, maintenant que plus de cinq ans se sont écoulés, je commence à faire preuve d’un brin d’ingratitude. Je dois alors me ressaisir et me souvenir. Et c’est à ce moment-là que j’éprouve ce sentiment de joie absolue que je sois non seulement capable de marcher, mais aussi de respirer par moi-même, d’écrire mon propre nom et surtout de servir mon pays du mieux que je peux. Et pour moi, il n’y a pas d’objectif qui surpasse celui-là.

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2026-02-02