Récit des FAC | « Les soldats ne baissent jamais tout simplement les bras »
Transcription
Vidéo / Le 19 octobre 2018
Première fois.
(MT) La période qui a suivi mes blessures a été très difficile pour moi. Il faut essentiellement trouver ce qu’on aime appeler « son nouveau normal ».
Je suis le caporal-chef retraité Mike Trauner, anciennement du PC de Petawawa. J’ai passé 19 ans dans les Forces armées canadiennes.
Quand j’ai appris que j’allais être envoyé en Afghanistan, j’étais relativement heureux de cette nouvelle, car ma femme et moi avions besoin d’argent pour acheter une nouvelle maison. Alors oui, j’étais excité.
Le 4 décembre, nous venions de terminer une opération importante, mais notre tâche était de sortir et de jeter un simple coup d’œil aux alentours, d’examiner le terrain pour cerner les forces ennemies. Je venais tout juste de franchir une berme quand l’explosion a été déclenchée à distance. Il s’agissait d’un IED.
L’explosion m’a projeté dans les airs sur une distance d’environ 20 pieds en me faisant tourner sur moi-même à quelques reprises, jusqu’à ce que j’atterrisse dans ce grand cratère.
Quand je me suis réveillé, plusieurs jours s’étaient écoulés et je me trouvais maintenant à Landstuhl. J’avais perdu mes deux jambes. Mon bras gauche était fracturé à trois endroits, ma main était fendue jusqu’au centre, mon pouce était pulvérisé et mon bras droit avait besoin d’être complètement reconstruit. Ils ne savaient toujours pas si j’allais survivre ou non, et à ce moment-là, j’avais déjà succombé deux fois : une fois sur le champ de bataille, et une autre fois sur la table d’opération.
Ma femme, avisée de la situation, est venue me rejoindre en Allemagne. Je me souviens de l’avoir regardée et de lui avoir dit que j’étais désolé. Elle m’a répondu : « Pourquoi es-tu désolé? » J’ai dit : « Je suis désolé parce que j’ai changé nos vies. » Sa réponse a été : « Ça n’a pas d’importance. L’important, c’est que je t’aime, et nous allons passer au travers de tout ça. »
Mes premiers mois en réadaptation ont été l’enfer. Je ne pouvais pas bouger mes jambes; je ne pouvais pas bouger mes mains; je ne pouvais pas bouger mes bras. Le moindre mouvement déclenchait des douleurs atroces parce que mes terminaisons nerveuses étaient aussi exposées.
C’est à ce moment-là que j’ai atteint mon point le plus bas. Je ne savais pas quoi faire. J’étais perdu.
Après la guerre, on m’a mis en contact avec Sans limites. Ce programme m’a remis sur le droit chemin en me montrant ceci : « Même avec ton handicap, regarde toutes les grandes choses que tu peux accomplir. »
Et là, le chef de la direction des Jeux Invictus nous a appelé et a dit : « Mike, je veux que vous veniez à Toronto. Le prince Harry est ici et il aimerait beaucoup vous rencontrer; j’aimerais aussi que vous rencontriez les athlètes. » Nous y sommes donc allés, et il a souri et dit : « Mike, j’aimerais que vous veniez aux Jeux Invictus de Toronto. » Ce à quoi j’ai répondu : « J’accepte votre défi. Je serai là. »
J’ai donc commencé à m’entraîner pour les Jeux Invictus. Il faut de la discipline, de la puissance et de l’endurance. L’entraînement suit le même chemin que celui que j’empruntais dans les forces.
Il ne faut donc pas s’attarder sur le négatif. Restez concentrés sur vos objectifs, et c’est ce qui fera la différence pour vous. Je n’abandonne jamais, car je suis un simple soldat, et les soldats ne baissent jamais tout simplement les bras.