Un nouveau partenariat pour la viabilité du système canadien de soins de santé Notes d'allocution pour l'honorable Pierre Pettigrew, ministre de la Santé, ministre des Affaires intergouvernementales et ministre responsable des Langues Officielles au "Health Policy Summit 2004" Moving Healthcare Forward in Canada Toronto (Ontario) 20 avril 2004 Le texte prononcé fait foi Bienvenue Merci bien David [Rosenbaum, associé chez Fasken Martineau] de vos bons mots, et bonjour à tous. Je voudrais également remercier les organisateurs d'avoir bien voulu m'offrir l'occasion de prendre la parole au présent Forum sur les politiques de santé. Je suis très honoré d'être des vôtres aujourd'hui afin de partager et d'échanger avec vous des idées et de l'information. Le programme du Forum n'est pas seulement opportun, il est également ambitieux et exaltant. Voilà une occasion formidable de nourrir de nouvelles perspectives et une appréciation plus vaste des enjeux qui mettent au défi le système canadien de soins de santé et de l'impératif absolu pour nous tous d'unir nos efforts pour assurer un bon avenir à ce système, qu'il s'agisse des décideurs, des professionnels de la santé ou de l'ensemble des citoyens. Il y a tout juste quelques jours, à Toronto, le premier ministre nous rappelait que le régime d'assurance-maladie est plus qu'un simple programme gouvernemental. Il s'agit plutôt de « l'expression de nos valeurs comme société ». De plus, il s'est dit résolu à rencontrer cet été ses homologues des provinces et territoires, « pas seulement pour déjeuner, pour dîner ou pour la fin de semaine, mais pour tout le temps qu'il faudra pour nous entendre sur un plan de réforme en profondeur à long terme qui débouche sur un système de santé adéquatement financé et clairement viable ». Le premier ministre a également rappelé l'urgence de rassurer les Canadiens que leurs préoccupations relativement aux périodes d'attente sont sérieusement prises en compte et qu'il faudra absolument prendre des engagements fermes pour réaliser des progrès dans ce domaine. Mener à bien une telle initiative requiert une nouvelle approche de collaboration plus étroites et plus productives. En fait, ce qu'il nous faut, c'est un véritable partenariat, avec tout le respect et le soutien mutuels nécessaires pour une relation qui portent fruit. Dans mes propos qui vont suivre, j'aimerais élaborer sur certains des thèmes que le premier ministre a abordés dans son discours. Je voudrais également exposer quelqu'unes de nos réflexions préliminaires concernant le plan de réforme qui sont nécessaires si nous voulons que ce nouveau partenariat soit réussi. Notre objectif général, à cet égard, s'énonce comme suit : faire en sorte qu'un système de soins de santé renouvelé assure des soins de qualité dans le contexte le plus approprié; s'avère viable pour la prochaine génération et comporte des mécanismes qui permettent d'évaluer le rendement et les progrès réalisés et d'en rendre compte auprès des Canadiens. Mais d'abord, j'aimerais expliquer brièvement les raisons pourquoi le premier ministre a décidé de faire de la question des périodes d'attente l'enjeu central du renouvellement du système. Pourquoi la question des délais d'attente est importante Les Canadiens évaluent l'ensemble du système de santé par le trou de la serrure des délais d'attente. Les Canadiens doivent avoir le sentiment que les soins de haute qualité qu'ils sont en droit de recevoir seront à leur disposition lorsqu'ils en auront besoin. Il s'agit là du principe de base de notre système de soins de santé, l'élément fondamental du « marché » conclu entre les Canadiens et leurs gouvernements. Nous savons que les Canadiens n'accordent pas un soutien inconditionnel à leur système public de santé « à une vitesse » et subventionné par l'État. S'ils accordent ce soutien, c'est en échange d'un engagement de leurs gouvernements. Nous devrions être clairs là-dessus : lorsque les citoyens ont recours au système de santé, ils manifestent un haut degré de satisfaction pour les soins qu'ils reçoivent. Ils se montrent également confiants à l'endroit des fournisseurs de soins et manifestent un profond attachement aux types de soins de santé dispensés au Canada. Or, depuis un certain temps, la confiance que les Canadiens accordaient au « marché » conclu - et notamment à son avenir - est en voie de s'éroder. De nos jours, ils s'inquiètent de ne pas pouvoir se fixer un rendez-vous avec leur propre médecin. En fait, trop souvent, ils éprouvent même de la difficulté à s'en trouver un. Des Canadiens s'inquiètent également de devoir attendre des heures dans une salle d'urgence bondée; ou des mois pour consulter un spécialiste ou pour passer des tests urgents. Si la plupart des Canadiens reconnaissent que des soins urgents tels qu'une chirurgie cardiaque sont dispensés rapidement, ils s'inquiètent de devoir attendre une année - et même plus - pour d'autres services, tels qu'un remplacement de la hanche ou du genou, ou encore pour des tests de diagnostic. Certaines de ces craintes ont émergé par suite de désinformations concernant notre système et d'anecdotes exagérées qui sont devenues des légendes urbaines. Il faut reconnaître que dans un certain nombre de cas, ces inquiétudes sont légitimes puisqu'elles découlent d'expériences vécues avec le système de soins de santé. Si les Canadiens en venaient à penser que leurs gouvernements n'honorent pas leurs obligations de santé à l'endroit du système de soins de santé, ils rechercheront ailleurs de « nouvelles solutions ». Et, que dire de ces prétendues « nouvelles solutions », sinon que la plupart ne sont pas véritablement nouvelles. Elles ne seraient, en fait, qu'un retour en arrière, à une époque où les citoyens qui pouvaient payer pour être les premiers en ligne recevaient les meilleurs soins, contrairement à ceux qui ne pouvaient pas payer. Voici donc le véritable enjeu : si nous croyons en un système de soins de santé à payeur unique et subventionné par l'État, nous devons aussi nous assurer que ce système continue à être efficace. Si l'on reconnaît que le renouvellement est au coeur des discussions entourant les soins de santé, la véritable question est de savoir si l'on pourra avoir accès, en temps opportun, aux services dont on a besoin. Relever le défi que posent les délais d'attente Bien qu'il n'existe aucune solution miracle pour relever le défi des périodes d'attente, cette question a fait l'objet de nombreuses analyses et je dois souligner que plusieurs provinces ont déjà réalisé des progrès dans son domaine. Des conseils constructifs ont émergé, pas plus tard que le mois dernier, d'un colloque sur les délais d'attente. Cette rencontre a été parrainée par l'Association médicale canadienne, l'Association canadienne des institutions de santé universitaires, les Instituts de recherche en santé du Canada et l'Institut canadien d'information sur la santé. Les conclusions aideront les gouvernements et les organismes de santé à prendre au moment où ceux-ci examineront la possibilité de mettre en place d'autres changements. Nous savons maintenant que pour relever le défi des délais d'attente et ce, à long terme, il nous faudra concevoir une solution ciblée, en profondeur et à volets multiples : Il faudra que les gouvernements et les dirigeants des organismes de santé se concertent pour résoudre les écarts dans la demande, l'approvisionnement et la distribution des ressources humaines en santé, et dans les capacités d'exécution des services; Il faudra réaliser de nouveaux progrès à l'égard de la livraison des soins dans le contexte le plus approprié, qu'il s'agisse d'une clinique de soins primaires, d'une salle d'urgence, ou à domicile en assurant aux patients le soutien requis pour se rétablir après une chirurgie. Avec des services de soins à domicile et les services de soins communautaires appropriés, il peut alléger les pressions sur le système de soins actifs, d'améliorer les services aux Canadiens et de rendre plus abordable et viable notre système de soins de santé. Il faudra élaborer des stratégies nationales afin d'investir en amont, c'est-à-dire dans la promotion et la protection de la santé, ce qui permettra d'alléger les pressions sur les services en aval, ou sur l'exécution des soins de santé. Cette composante « santé publique » est un aspect fondamental du rôle du gouvernement fédéral, et notre engagement en vue d'une action plus musclée sur ce front se reflète dans le récent budget. En particulier, nous devons absolument améliorer l'état de santé des Autochtones. C'est l'une des raisons pour lesquelles le premier ministre a tenu hier un sommet sur les questions autochtones. Nous avons eu une discussion politique très franche, surtout à la table ronde sur la santé, que j'ai dirigée. En deux mots, nous savons que nous devons en faire davantage pour parvenir à de meilleurs résultats pour les hommes, femmes et enfants autochtones. Afin de parvenir à réduire les périodes d'attente, il faudra renforcer l'administration de la santé, promouvoir des innovations qui améliorent la productivité du système et des professionnels de la santé et établir de nouveaux mécanismes qui permettront de partager et d'adopter des pratiques exemplaires. En fait, ce que veulent les Canadiens, ce n'est pas seulement d'avoir un meilleur accès à un système de soins de santé qui remonte à plus de quarante ans. Ils veulent avoir accès à un système dynamique, d'avant-garde et axé sur le patient; un système qui puisse intégrer rapidement les plus récentes technologies médicales et options de traitement, et les meilleures. Il faudra assurer un meilleur sens des responsabilité une transparence accrue dans l'ensemble du système. Les citoyens sont en droit de savoir quelles périodes d'attente sont acceptables pour différents types de services et de procédures, à quel niveau de soins ils devraient s'attendre de recevoir, comment leurs fournisseurs de soins se mesurent par rapport aux normes établies, et pourquoi. Comme l'ont souligné les participants au récent colloque sur les périodes d'attente, l'information est un facteur clé des progrès attendus. Le plus tôt que nous aurons réussi à mobiliser les efforts sur le plan national pour recueillir de l'information, le plus tôt nous serons en position d'allouer des fonds dans les secteurs qui en ont le plus besoin. Et, pour que tout cela se réalise, il faudra injecter de nouveaux fonds et établir un nouveau partenariat entre les gouvernements fédéral et provinciaux. Pour notre part, comme le premier ministre Martin l'a fait savoir la semaine dernière: le gouvernement canadien est prêt à y mettre du sien. Élaboration du plan Je tiens à réfuter l'idée selon laquelle le gouvernement canadien est en position de mieux connaître les besoins en soins de santé, ou encore qu'il peut ou devrait dicter aux provinces et territoires les mesures à prendre pour réformer leurs services. Une chose est certaine : on est déjà parvenu à un très large consensus sur plusieurs des grandes directions à prendre pour renouveler notre système de soins de santé. Les Romanow, Kirby, Clair, Fyke et Mazankowski ont tous fourni de profondes analyses sur les réformes à réaliser. Nous en apprenons beaucoup d'eux, et aussi de bon nombre de dirigeants administratifs et d'experts en politiques dans l'ensemble du pays. De plus, les provinces et territoires procèdent déjà à des réformes dans la prestation des soins de santé : Des modèles de soins de santé primaires sont élaborés et étendus à la grandeur du pays; ces initiatives sont soutenues par le Fonds de transition des soins de santé primaires et des fonds découlant du dernier accord; De plus en plus de personnes entreprennent une formation professionnelle, notamment en nursing; Différentes administrations entreprennent des initiatives pour mieux gérer et réduire les périodes d'attente; on n'a qu'à songer au Réseau des soins cardiaques de l'Ontario (Ontario's Cardiac Care Network) et au projet des listes d'attente du Canada de l'Ouest (Western Canada Wait List project); Et de concert avec le gouvernement fédéral, un processus commun d'examen des médicaments a été mis en place en vue d'une utilisation optimale des médicaments dans les soins de santé. Au cours des semaines et des mois à venir, nous devrons transformer tous nos acquis pour réaliser des progrès tangibles, qu'il s'agisse des connaissances que nous avons accumulées, des objectifs que nous partageons ou des ressources dont nous disposons. Il ne manque certainement pas de propositions à débattre quant aux moyens à appliquer, mais pour ce qui est de la fin à poursuivre, tout est encore à discuter. Notre but commun consiste à mettre en oeuvre des changements qui permettront d'apporter de nettes améliorations au profit des Canadiens et des Canadiennes de la présente génération et des générations à venir. Nous devons aider les citoyens à reprendre confiance dans l'avenir de leur système de soins de santé. C'est à ce prix que nous rendrons le système viable. Établir les assises d'un partenariat fructueux Il n'y a pas de doute : pour mener à bien cette initiative canadienne, un des facteurs clés consistera à forger un partenariat fructueux avec les provinces et territoires. En réfléchissant sur les résultats des accords sur la santé de septembre 2000 et de février 2003, la plupart des observateurs admettront que l'investissement de nouveaux fonds fédéraux de l'ordre de quelque 55 milliards de dollars dans le système de soins de santé constitue une réalisation remarquable. En janvier, peu de temps après avoir été nommé ministre de la Santé, j'ai parcouru le pays pour rencontrer chacun de mes homologues des provinces et territoires. À la suite des entretiens avec mes collègues de la Santé, il m'est apparu évident que tous les gouvernements sont d'accord au moins sur deux choses : 1) il nous reste encore du travail à faire; et, pour réussir, 2) nous devons assainir le climat et les mécanismes intergouvernementaux en vue des discussions à venir. Mes homologues des provinces et territoires et moi-même sommes d'avis que ce que les Canadiens attendent de leurs dirigeants politiques, ce sont des résultats, et non des discours creux; de la collaboration, et non des accusations; de l'imputabilité, et non des excuses. Dans cette perspective, quelle seront les conditions? La première condition : le respect mutuel En vertu de notre Constitution, les provinces et territoires sont responsables de la prestation des services de santé au Canada. Ce sont ces gouvernements qui doivent faire face aux pressions quotidiennes exercées à ce chapitre. Par ailleurs, le gouvernement du Canada joue un rôle important en santé, et grâce à son pouvoir de dépenser, transfère des fonds aux provinces qui administrent des régimes d'assurance publics conformes à la Loi canadienne sur la santé. Les Canadiens s'attendent clairement à ce que le gouvernement fédéral exerce une « surveillance de l'intérêt national » pour s'assurer que le système continue de refléter à la fois l'esprit et la lettre de la Loi canadienne sur la santé. Si les Canadiens constatent que nous exerçons ce rôle, nous réussirons à maintenir leur confiance dans le système. Que l'expérience audacieuse entreprise par la Saskatchewan pour fournir des services de soins de santé universels et publics à ses citoyens aurait pu se répandre à travers le Canada sans le leadership du gouvernement fédéral? Laissons les historiens débattre de cette question. Le fait demeure que le soutien fédéral a été essentiel pour faire de l'assurance-maladie une réalité et qu'il a permis au système de santé, au fil des ans, de s'étendre au-delà de ses frontières d'origine. L'assurance-maladie étant aujourd'hui une caractéristique bien établie de notre paysage politique, le temps est venu pour une nouvelle forme de leadership fédéral, plus collaborative, pour s'assurer que le système de soins de santé demeure pertinent, efficace et durable. Je crois qu'en plus de s'assurer que la Loi canadienne sur la santé est mise en application avec diligence, le gouvernement fédéral doit orienter son rôle vers trois objectifs complémentaires : parfaire ou développer des outils d'intervention, des dispositions et des mécanismes qui soutiennent l'innovation, améliorent la qualité du système et facilitent le transfert des connaissances; améliorer l'imputabilité envers les Canadiens; travailler avec les provinces et territoires afin d'établir conjointement des objectifs, des stratégies et des mesures de rendement dans les sphères de réduction des maladies et de la santé de la population. En bref, le gouvernement fédéral a intérêt à rendre les soins de santé viables et transparents, et à améliorer la santé des Canadiens. Des initiatives récentes, comme l'Institut canadien de la sécurité du patient, Inforoute Santé du Canada inc., l'Institut canadien d'information sur la santé et le Conseil canadien de la santé, mettent en lumière la capacité des gouvernements de travailler ensemble, quand ils décident de le faire. Qui plus est, chacun de ces organismes intergouvernementaux aura un rôle à jouer dans tous les efforts canadiens visant à rendre les soins de santé plus accessibles et à en améliorer la qualité. Tout comme les provinces doivent reconnaître la responsabilité fédérale pour ce qui est d'assurer un accès équitable à des services de soins de qualité pour tous les Canadiens, pour sa part le gouvernement fédéral doit respecter les compétences provinciales en matière de prestation de services de santé aux Canadiens. Il faut éviter l'approche descendante et encourager les partenariats. D'ailleurs, à cet égard, la décision du premier ministre de rencontrer régulièrement les premiers ministres des provinces en vue de consultations afin d'établir un ordre du jour conjoint, est gage de changement et de succès pour l'avenir. Mais la bonne volonté ne suffit pas. Cela m'amène à vous parler de la seconde composante majeure d'un nouveau partenariat, à savoir un financement prévisible, adéquat et stable. Dans son discours du 16 avril, le premier ministre a souligné le besoin d'un plan de réforme échelonné sur dix ans visant à renforcer le système public des soins de santé et à le rendre viable. À cet égard, il a affirmé ceci : « Fini la bousculade annuelle pour trouver des solutions à court terme. À l'heure actuelle, les provinces ont besoin d'un accord à long terme leur permettant de compter sur un financement prévisible. » Nous respecterons cet engagement et nous mettrons un terme à ce débat destructeur et débilitant à propos de l'argent! Les Canadiens sauront exactement ce que devrait être la contribution du gouvernement fédéral aux soins de santé, et s'il maintient ou non sa part de responsabilité à cet égard. Mais les Canadiens s'attendent à ce que nous soyons plus qu'un simple banquier, plus qu'un partenaire silencieux. Nous sommes prêts à franchir la prochaine étape pour devenir un partenaire à part entière du système, à partager le risque de maintenir et d'améliorer le système au fil des ans et de façonner son avenir. Dans son discours prononcé à Toronto, le premier ministre a également affirmé que tout plan de réforme des soins de santé doit inclure des mesures qui soutiennent l'évolution des soins à domicile et des services de santé communautaires. Ce plan doit également prévoir une stratégie nationale sur les médicaments. Ce sont là de nouveaux enjeux pour le système de soins de santé. Le secteur pharmaceutique est celui qui démontre la plus forte croissance dans les dépenses des provinces en santé. Le gouvernement canadien soutient déjà les efforts déployés dans ces secteurs, comme dans d'autres. Nous sommes prêts à discuter avec les provinces pour en faire davantage. Troisième condition d'un nouveau partenariat : moderniser les fondements du système La Loi canadienne sur la santé a été et demeure pour les Canadiens un symbole de solidarité nationale et de valeurs communes. Les cinq principes qui la sous-tendent sont aussi pertinents aujourd'hui qu'ils l'étaient il y a deux décennies, quand elle a été votée à l'unanimité par tous les partis politiques. Mais, au cours des dernières années, des divergences d'opinion, notamment sur la façon d'interpréter des articles de cette loi, de même que l'application incohérente de certaines de ses prescriptions, ont donné lieu à certaines confusions à propos de ce qu'elle permet et ce qu'elle interdit. Bien que je ne propose pas de revoir la Loi en tant que tel, j'estime qu'il nous incombe d'en clarifier la signification pratique en utilisant des termes actuels. Lorsque nous avons commencé à discuter de l'assurance-maladie, il y a quelques décennies, les « soins de santé médicalement nécessaires » pouvaient se résumer en deux mots: hôpitaux et médecins. C'était essentiellement les endroits où les soins étaient fournis et aux personnes qui les prodiguaient. Si vous aviez besoin de soins primaires, vous alliez voir le médecin. Si vous aviez besoin d'autres soins, vous alliez à l'hôpital. Ainsi était conçu le financement public. Mais la prestation des services s'est mise à changer. De nouvelles techniques chirurgicales ont vu le jour, raccourcissant les séjours à l'hôpital et favorisant un rétablissement des patients chez eux. De même, de nouvelles pharmacothérapies permettent d'accélérer les périodes de rétablissement ou même d'éviter des chirurgies. De plus, les percées technologiques permettent de fournir de plus en plus de soins qui n'étaient pas financés à même les deniers publics. Aujourd'hui, les hôpitaux et les médecins comptent pour moins de la moitié des coûts totaux du système des soins de santé. Alors que tous ces changements soulignent un progrès réel, ils mettent aussi en évidence de véritables défis. Par exemple, je crois que nous devons définir clairement ce que signifient des termes comme « services médicalement nécessaires fournis par des médecins » à une époque où les pharmacothérapies représentent de plus en plus une solution de rechange attrayante aux interventions chirurgicales coûteuses, les patients sont renvoyés des hôpitaux plus rapidement pour se rétablir à domicile, et le personnel infirmier et d'autres professionnels de la santé, qui ne sont pas des médecins, fournissent une gamme de services de santé de plus en plus étendue. Par ailleurs, compte tenu de l'intérêt croissant que manifestent les provinces pour ce qui est d'expérimenter de nouvelles formes de prestation de services de santé, nous devons nous assurer que les « règles du jeu » sont clairement définies et que de telles expériences sont étroitement surveillées à la lumière de l'intérêt public. Nous savons que le principe de gestion publique de la Loi assure déjà une certaine souplesse en ce qui concerne les services privés, mais nous devons travailler davantage pour nous assurer que nos approches respectives continuent de respecter l'objet de la loi. Pour préserver l'essence de la loi dans ces conditions qui évoluent rapidement, nous avons besoin de cadres réglementaires solides et efficaces. Je m'engage à travailler en partenariat avec les provinces et territoires afin d'élaborer de tels cadres. Les Canadiens ne nous permettraient pas de mettre en péril notre système de soins de santé à payeur unique et financé par l'État, à la dérobée, par manquement ou par négligence. En définitive, dans ce contexte, je crois que nous devons revoir les mécanismes de prévention des différends actuellement prévus dans la Loi canadienne sur la santé pour les rendre à la fois plus transparents et plus inclusifs. Nous devons également nous assurer que l'application des dispositions est plus cohérente et s'appuie sur des faits. Bien que la Loi canadienne sur la santé soit fédérale, nous ne devons pas entreprendre seuls ces efforts de renouvellement. Au contraire, il nous faut travailler avec les gouvernements provinciaux et territoriaux afin de nous assurer que la Loi continue d'être le phare de notre système de soins de santé. Quatrième étape pour créer un partenariat productif dans le secteur de la santé : faire de l'imputabilité la pierre angulaire de tout effort de renouvellement Au Canada, les soins de santé est dorénavant une affaire de plus de 120 milliards de dollars, soit environ 10 % de notre économie. Mais nous commençons à peine à justifier la manière dont ces sommes sont dépensées. Trop souvent, les Canadiens sont invités à accepter aveuglément des affirmations comme des faits, à faire simplement confiance aux gouvernements et aux fournisseurs de soins pour effectuer le travail. Pour améliorer notre façon d'organiser, d'assurer et d'administrer le système de santé, nous devons faire de la recherche, évaluer l'innovation et appliquer des faits au processus d'évaluation des politiques. À cet égard, au cours des dernières années, le gouvernement canadien a pris une série d'engagements qui totalisent plus de 1 milliard de dollars, au moyen d'initiatives telles que les Instituts de recherche en santé du Canada, la Fondation canadienne de la recherche sur les services de santé et les Réseaux de centres d'excellence. Nous considérons toujours la recherche comme un élément essentiel pour déterminer la meilleure façon de répondre, de façon opportune, aux besoins des Canadiens en matière de santé. Nous ne rétablirons pas la confiance des Canadiens à l'égard du système tant que nous ne leur fournirons pas un meilleur accès aux faits. Les Canadiens n'acceptent plus de se faire dire que les choses vont s'améliorer. Ils veulent voir des preuves qu'elles s'améliorent vraiment. Les Canadiens ont le droit de savoir, par exemple, ce qu'il en est des listes d'attente et des budgets en santé, quel est le nombre de lits d'hôpitaux disponibles, de médecins, d'infirmiers et infirmières. Ils ont aussi le droit de savoir si les écarts se rétrécissent, si les soins à domicile et les services de santé communautaires sont renforcés ou si les résultats thérapeutiques s'améliorent. Une meilleure information permettra aux Canadiens de discuter des objectifs nationaux relatifs à des soins de qualité. Elle leur fournira des réponses à des questions tel : de combien d'appareils d'IRM avons-nous besoin? Quelle devrait être la norme en ce qui concerne le nombre et la répartition des médecins spécialistes? Quels sont les besoins de médecins particuliers dans les régions rurales et éloignées? Permettez-moi d'expliquer comment il nous serait possible d'appliquer le principe d'une plus grande imputabilité envers les citoyens au problème pratique des délais d'attente : Nous disposons plus d'informations que jamais en provenance des établissements de soins de santé; nous devrions utiliser cette ressource pour déterminer dans quelles conditions les délais d'attente suscitent le plus d'inquiétude; De concert avec les experts cliniciens et tirant profit des expériences nationales et internationales, nous devrions établir publiquement des objectifs en vue de délais d'attente appropriées; Les gouvernements devraient publier régulièrement des données de rendement par rapport à ces objectifs. Les Canadiens ont besoin de ces informations, non pas pour que les gouvernements se disputent au sujet de leurs responsabilités respectives, mais pour que tous les gouvernements et tous les fournisseurs de soins de santé soient responsables à l'égard des citoyens. L'expérience que j'ai vécue en travaillant avec les provinces dans le cadre du Programme de la prestation nationale pour enfants illustre bien ce que la coopération peut accomplir. Tout comme il existe un consensus au Canada quant à la valeur intrinsèque des soins de santé financés par les deniers publics, il y a consensus quand il est question du bien-être de nos enfants. Pour atteindre notre objectif qui était d'aider les familles à faible revenu à faire la transition entre l'aide sociale et le monde du travail, nous avons créé le Conseil ministériel sur la refonte des politiques sociales. Ensemble, le gouvernement fédéral et les provinces ont pu établir des objectifs communs à l'intérieur de ce champ de compétences partagées. Ensemble, nous avons défini une formule appropriée pour la prestation d'un service qui est passé maintenant à 10 milliards de dollars de la part du gouvernement fédéral. Ensemble, nous avons pu nous entendre sur une façon pour les gouvernements de présenter annuellement les résultats de leurs efforts à leurs citoyens respectifs. Ce programme a remporté un très grand succès tant au niveau des politiques qu'au niveau des relations intergouvernementales. Je ne vois aucune raison pour que nous ne puissions pas faire la même chose dans le secteur des soins de santé, en conservant un bon sens et une bonne foi manifestes de part et d'autre. Avant de conclure, je dois mentionner qu'en plus des provinces et des territoires, il se trouve des partenaires majeurs dont les conseils et contributions seront nécessaires pour que nous puissions rendre viable à long terme notre système de santé. Sans l'engagement des professionnels de la santé, à commencer par les médecins, les infirmières et infirmiers, nous ne pourrions pas réussir. Les hôpitaux universitaires et les régies régionales de la santé jouent également un rôle important. Ces organisations contribuent à améliorer l'accès à des soins spécialisés et fournissent une formation aux professionnels de la santé. Elles effectuent également la majeure partie de la recherche en santé au pays. Conclusion Il y a quarante ans, Malcolm Taylor, l'un des membres de la Commission royale d'enquête sur les services de santé présidée par le juge Emmett Hall, a affirmé que, dans le cadre d'une réforme des soins de santé, il y a seulement deux occasions où le changement est possible. Il a dit : « Lorsque les budgets sont abondants, un changement peut être apporté. L'autre occasion où le changement devient inévitable, c'est quand les budgets sont très minces. » Bien que nous ne soyons pas honorés d'un budget abondant, nous ne disposons pas, non plus, d'un budget de famine. Et, avec tout le respect que je dois à M. Taylor, je suggérerais une troisième possibilité : le changement est possible - lorsque des gens tournés vers l'avenir décident qu'il vaut beaucoup mieux opter en faveur de la gestion du changement plutôt que de se laisser écraser par elle. Je crois que tous les premiers ministres au Canada ont la conviction et la créativité requises pour gérer efficacement les changements auxquels notre système de soins de santé est confronté. Je crois qu'ils comprennent que les citoyens canadiens s'attendent à ce qu'ils travaillent ensemble. J'ai confiance qu'ils peuvent relever le défi des délais d'attente et rétablir la confiance du public dans l'avenir du système. Je suis également persuadé qu'ils peuvent non seulement prendre les bonnes décisions, mais qu'ils iront également de l'avant. Je vous remercie.