Notes pour une allocution de L'honorable Albina Guarnieri Ministre des Anciens Combattants Cassino, Italie Le 27 octobre 2004 Comparer au discours prononcé Ses Excellences, Monsieur le maire Scitarellia, Monsieur l'ambassadeur Fowler, Distingués anciens combattants, Major général Arp, Distingués sénateurs, Chers collègues, Distingués invités, Mesdames et Messieurs, On dit qu'après la guerre, la dette pécuniaire se paie rapidement mais que le prix des pertes humaines nous accable pour toujours. Ici, dans le plus grand cimetière militaire de la Seconde Guerre mondiale établi en Italie, les pierres tombales marquent les coûts humains subis par 4 200 familles du Commonwealth. C'est un lieu bien silencieux et bien isolé pour les 855 Canadiens qui reposent si loin de leur patrie. Nombre d'entre eux n'ont jamais eu la visite de leurs proches. Les amis y sont rarement venus. Toutefois, c'est une génération qui ne les aura pas connus qui les saluera. Ce fut une décision prise il y a près d'un siècle, une décision voulant que les Canadiens et d'autres soldats du Commonwealth soient inhumés où ils sont tombés. Pour l'époque, il s'agissait d'une nécessité d'ordre pratique. Aujourd'hui, on constate toute sa portée dans les villages et les villes que nous visitons. Le poète TS Elliot a écrit sur les hommes qui ont combattu, qui sont morts et qui reposent en pays étranger. Il a écrit que lorsqu'un homme meurt dans la bravoure, ne faisant qu'un avec sa destinée, le sol qui l'accueille est sien. Les hommes inhumés en ce lieu nous rappellent que les monuments érigés à la gloire de la victoire s'accompagnent du silence d'un hommage rendu aux lourdes pertes et souffrances engendrées par la guerre. En Italie et en Europe, ces cimetières ont emporté les espoirs et les rêves de milliers d'hommes qui ont façonné notre histoire. Bon nombre d'entre vous avez vécu de près l'histoire de ces lieux. Vous étiez ici lorsque la ligne Gustav et la ligne Adolf Hitler séparèrent les Alliés de Rome; lorsque le puissant bastion du Mont Cassin bloqua le corridor de Liri. Pour toujours, vous porterez en vous ces pages d'histoire écrites il y a soixante ans. Nous partageons vos souvenirs dans les témoignages échangés avec les Canadiens. L'un de vos camarades a écrit un jour : [Traduction] « ... des milliers de canons se mirent à résonner à l'unisson, et ne cessèrent de cracher leur feu... On pouvait voir les tirs des mitrailleuses non loin de nous et entendre le vrombissement de centaines d'autres qui nous parvenaient de tout côté. Imaginez l'enfer qui se vivait sur les lignes allemandes. » Même à ce temps-là, la bonne et fidèle CBC nous assurait un lien avec nos soldats partis à l'étranger. Un jeune reporter de la CBC, Peter Stursberg, a également été témoin d'un spectacle qui frappe encore notre imaginaire : [Traduction] « Le ciel est illuminé par les tirs des mitrailleuses. C'est comme si des projecteurs faisaient vaciller leur lumière dans la vallée et derrière les montagnes. Les flammes blanches mettent en relief les montagnes qui semblent sortir des ténèbres » Dans son chaos, la campagne d'Italie avait réuni une mosaïque de soldats provenant de partout dans le monde. Les troupes polonaises devinrent maîtres de la position ennemie à Cassino et de ce qui restait du monastère au sommet ravagé. Les pertes et les souffrances sont indescriptibles. Je suis privilégiée d'être en compagnie de notre confrère canadien, Zbigniew Gondex. Il y a soixante ans, il était sergent dans le Deuxième corps polonais, ici même, sur le théâtre d'une des plus grandes batailles à avoir été livrées et remportées par les forces polonaises. Zbigniew Gondek représente les nombreux soldats polonais qui ont combattu aux côtés des Canadiens en tant que citoyens égaux dans l'édification de la grande nation qu'on appelle notre pays. La contribution légendaire de la Pologne dans cette région s'est réalisée de paire avec les énormes sacrifices consentis par les Canadiens. La victoire du Mont Cassin ayant été assurée, les chars de 5e division blindée canadienne entreprirent le prochain obstacle, la rivière Melfa. L'héroïsme n'était que chose courante durant la campagne d'Italie. Le major Mahoney du Westminster Régiment (motorisé) visa bien plus haut. Bien que blessé à la tête et deux fois à la jambe, John Mahoney encouragea les hommes de son régiment affaibli à poursuivre le combat. La section réussit à abattre un char Panther et trois canons automoteurs. Le major John Mahoney est du nombre des prestigieux Canadiens à avoir été décorés de la Croix de Victoria. Citoyens canadiens et anciens combattants, ici présents, à l'instar du major Mahoney, c'est à vous que nous devons la percée de la ligne Hitler et l'ouverture de la passerelle ayant permis aux Alliés de libérer la ville de Rome, deux jours avant le jour J. Chacune des sépultures de ce cimetière nous rappelle en peu de mots le coût humain de la victoire. Une paix durement payée, un avenir dérobé par la guerre pour que nous puissions tous vivre des jours paisibles. - 30 -