Notes pour une allocution de L'honorable Gerard A. Phalen, P.C., M.P. Agira, Italie November 1, 2004 Comparer au discours prononcé Monsieur le Maire Sanfilippo, Ambassadeur Fowler, Major-général Arp, Distingués Anciens Combattants de la campagne d'Italie, Mesdames et Messieurs. Je suis honoré d'être ici aujourd'hui pour représenter l'honorable Albina Guarnieri, ministre des Anciens combattants. Il suffit de regarder les montagnes autour de nous pour comprendre l'ampleur des obstacles que les soldats canadiens avaient à surmonter et l'avantage qu'offrait ce terrain surélevé aux troupes ennemies. Les soldats canadiens étaient inexpérimentés, mais les longues années d'entraînement leur furent fort utiles durant les quatre semaines de combat qu'ils ont livré sur les collines de la Sicile. Ici, les canons de la guerre sont silencieux depuis 60 ans. Je suis pourtant convaincu que six décennies plus tard, les anciens combattants de la campagne d'Italie peuvent toujours entendre le son et la fureur des batailles. Nous sommes fiers et privilégiés de nous retrouver sur la terre ancienne de la Sicile, et à Agira dont les racines remontent au XIIe siècle avant Jésus-Christ. De nombreux Canadiens et Canadiennes peuvent retracer leurs origines en Sicile. J'en ai d'ailleurs rencontré beaucoup dans ma ville natale et dans d'autres villes et villages partout au Canada. Nous sommes tout aussi privilégiés et fiers d'être ici, le seul cimetière de guerre de la Seconde Guerre mondiale ne comptant que des soldats canadiens. Dans ce lieu sacré et paisible repose la majorité des soldats qui ont combattu et qui sont tombés au champ d'honneur pendant la bataille de Sicile. Ces 490 braves jeunes Canadiens étaient tous le fils, le père, l'amoureux ou l'époux de quelqu'un. Ils ont laissé 490 histoires qui résonnent encore aujourd'hui dans des familles de chez?nous, des familles pour qui le temps a estompé un peu la peine sans jamais vraiment parvenir à l'effacer. Bien qu'il soit impossible aujourd'hui de vous raconter ces 490 histoires, nous allons tout de même vous en raconter trois. La première a été racontée après la guerre par le lieutenant-colonel B.M. Hoffmeister, commandant du Seaforth Highlanders en Sicile, celle du capitaine W.K. MacDonald qui a perdu la vie vers la toute fin de la participation du Canada à la campagne de Sicile. Médecin dans les rangs du Highlanders, le capitaine MacDonald est décédé le 5 août 1943, en tentant, comme toujours, de porter secours aux autres. Voici ce qu'en a dit le lieutenant-colonel Hoffmeister : " De toute ma vie, je n'ai connu personne de plus brave que Ken MacDonald. À ses yeux, il n'y avait rien de plus affreux que la guerre. Il en détestait tous les aspects. Il détestait l'idée de voir des hommes souffrir et être estropiés pour la vie. Je suis convaincu qu'avant de se lancer dans le feu de l'action, il vivait une lutte dans son for intérieur et je crois qu'il a fait preuve d'un énorme courage pour faire ce qu'il a fait¿ C'était un homme hypersensible. La journée où il fut tué, il s'était avancé dans une zone malgré mes ordres car je l'avais réprimandé à deux ou trois reprises quand je croyais qu'il était allé trop loin. Ce n'était pas facile de remplacer les médecins, tout particulièrement un bon comme Ken, mais je ne pouvais pas l'arrêter. Quand quelqu'un souffrait, il se lançait à son secours. " Décoré de la Croix militaire, le capitaine MacDonald est enterré ici, à Agira. Vous pouvez aller vous recueillir sur sa tombe. Il repose dans le lot B, rangée E, tombe numéro 194. Nous savons tous que ce sont les jeunes qui sont partis à la guerre. Je ne peux que m'imaginer le bouleversement et l'inquiétude des parents des jeunes MacKay de l'Île-du-Prince-Édouard quand ils ont vu leurs jeunes s'enrôler et partir à un si jeune âge combattre de l'autre côté de l'océan. Seuls le destin et la malchance peuvent décider qui retourne chez-lui et qui ne retourne pas, ce sont là les incertitudes de la guerre. C'est donc un honneur de compter Ken MacKay parmi nous aujourd'hui. Ken a servi deux années complètes en Italie dans les rangs du Prince Edward Light Horse. Il conduisait des véhicules dans toutes sortes de conditions possibles - pluie, giboulée, boue et neige. Nous sommes à la fois privilégiés et attristés de nous joindre à lui et de rendre hommage à son jeune frère Leigh, qui a sacrifié son sang, sa jeunesse et sa vie pendant la campagne d'Italie. Leigh MacKay, du 11e Régiment d'artillerie de campagne, repose lui aussi ici. Il n'avait que 17 ans. Vous pouvez lui rendre hommage dans le lot D, rangée F, tombe numéro 459. Clarence Jesse Bain, un jeune parachutiste du Royal Canadian Dragoons, n'avait que 21 ans lorsqu'il est tombé au combat au nom de la paix et de la liberté. Nous sommes aussi très fiers de compter au sein de notre délégation la soeur de Clarence, Madame Ida Crocker, qui représente la Nursing Sisters Association of Canada. Elle ira sans doute se recueillir sur la tombe de son frère enterré dans le lot C, rangée E, tombe numéro 316. Trois courtes histoires de trois jeunes hommes qui n'ont jamais pu revoir le Canada, leur patrie bien-aimée, et les êtres chers B qui ils ont tant manqué. Nous rappelons aujourd'hui le souvenir des 490 soldats qui ont consenti le sacrifice ultime, et nous pensons B tous les rêves qu'ils n'ont jamais pu réaliser, aux familles B qui ils n'ont jamais pu dire au revoir. Beaucoup d'entre vous ont aussi des amis et des camarades qui reposent ici. Tant de morts. Tant de blessés physiquement et spirituellement. Le général Montgomery s'exprimera ainsi au sujet des Canadiens qui ont servi en Sicile : " Quand je dis que vous vous en êtes tirés d'une façon admirable, je veux dire d'une façon admirable... Je vous considère maintenant comme une de mes divisions de vétérans. " Quand la bataille de Sicile a pris fin, les soldats canadiens avaient parcouru plus de milles que quiconque dans la chaleur torride de l'été. Ils avaient escaladé plus de montagnes que toute autre troupe de la Huitième armée. Ce sont les soldats canadiens qui ont livré le plus grand nombre de combats contre l'ennemi. Ce fut le triomphe de l'endurance et de l'initiative, et à la fin ils avaient gagné le respect de l'ami comme de l'ennemi. L'auteur canadien Farley Mowat a servi en Sicile. Des années après la guerre il a écrit que la campagne d'Italie avait changé les soldats canadiens et qu'après la libération de la Sicile : " Nous étions entièrement recouverts de sang... c'était la fin de nos années d'innocence. " Le séjour en Sicile de tous ceux qui sont enterrés ici fut bref et connut une fin tragique. Mais nous savons qu'ils sont morts en remplissant une mission qui fut déterminante. Nous commémorons aujourd'hui le sacrifice consenti par ceux qui furent les premières victimes fatales de ce long conflit. Notre pays n'aurait pas pu être mieux servi. Nous rendons hommage aux jeunes hommes qui reposent ici, et nous leur serons éternellement reconnaissants. Nous ne les oublierons jamais. Puissent-ils reposer en paix.