« Le budget Goodale et la compétitivité canadienne dans l'économie durable » Ottawa, Le 2 mars 2005 La version prononcée fait foi Le budget Goodale de 2005 marque un tournant pour le Canada : il engage pour de bon notre pays dans la voie de la compétitivité dans l’économie durable. Ce budget fait plus que d’injecter 5,2 milliards $ (dont 3 milliards additionnels) dans la politique environnementale fédérale. Il lance un message clair : pour que le Canada réussisse dans cette nouvelle révolution industrielle qu’est l’économie durable, il faut que nos signaux environnementaux et économiques pointent dans la même direction : celle qui nous fait progresser tout à la fois vers une meilleure qualité de vie pour notre population, une économie plus compétitive et prospère et une meilleure protection pour notre environnement naturel. Voilà ce que je tiens à dire aujourd’hui, devant un auditoire aussi prestigieux que celui que m’offre la Chambre de commerce de Toronto, laquelle se donne pour mission depuis 1845 de placer Toronto et le Canada « à l’avant-garde de la compétition ». Eh bien, mes amis, il faut que des organismes comme le vôtre, qui ont fortement aidé le Canada à toujours se placer sur le podium de la compétitivité à chaque révolution industrielle, de la commercialisation de la machine à vapeur jusqu’à l’émergence de l’économie du savoir, s’attèlent maintenant à aider le Canada à briller tout autant au palmarès de l’économie durable. Nous savons bien que les technologies les plus rentables sont de plus en plus souvent les moins polluantes et les moins gaspilleuses de ressources. On se rend compte que la recherche intensive des méthodes de production plus environnementales fait naître un nouvel entrepreneuriat de pointe et un marché très dynamique. Nous ne saurions ignorer que l’abondance même de nos richesses naturelles nous avait incité à tolérer trop de gaspillage en comparaison de bien d’autres pays industrialisés qui sont en concurrence avec nous. Et nous savons que nos entreprises doivent répondre à la demande accrue des consommateurs pour des produits sains et conçus dans un plus grand respect de la nature. Nous savons tout cela. Alors agissons en conséquence. Chassons la vieille mentalité qui voit dans la protection de l’environnement un frein au développement économique. Allions résolument l’environnement et l’économie. Tel est le message du budget Goodale, telle est la vision de notre Premier ministre, le très honorable Paul Martin, partagée non seulement par le Cabinet mais aussi par tout le Caucus libéral. Cette osmose recherchée entre l’environnement et l’économie sera, aussi, la philosophie qui inspirera notre plan amélioré pour l’atteinte de nos objectifs de Kyoto. C’est ce plan, qui est une mise à jour du Plan de 2002 sur les changements climatiques, que le gouvernement du Canada rendra public très bientôt. Je vais passer en revue certaines mesures environnementales du budget Goodale, afin de vous illustrer à quel point elles seront bénéfiques pour notre économie. Je vais commencer par des mesures qui portent sur l’environnement en général, avant d’aborder celles qui ont trait aux changements climatiques, avant de m’arrêter sur une innovation : la création d’un fonds pour le climat, lequel nous aidera à atteindre notre cible de Kyoto. 1. L’environnement et l’économie Je vais commencer par les Grands Lacs puisque je suis à Toronto. Le budget Goodale consacre 40 millions $ à l’amélioration de l’intégrité écologique de l’écosystème des Grands Lacs. C’est évidemment une bonne nouvelle environnementale, mais n’oublions pas que la compétitivité même du Canada est liée à la qualité de ce grand écosystème, lequel, des Grands Lacs au Golfe Saint-Laurent, englobe 55 pour cent de la population canadienne, 16 de nos 30 plus grandes villes, 75 pour cent de l’industrie manufacturière, et 25 pour cent de l’activité agricole. Pensons aux conséquences économiques des menaces qui pèsent sur cet écosystème : les possibles déviations de cours d’eau hors-bassin qui viendraient réduire les quantités d’eau disponibles pour l’industrie et la génération hydroélectrique; la baisse des niveaux d’eau qui toucherait le transport maritime, une industrie qui vaut 6 milliards $; la contamination bactérienne et chimique qui menace la pêche commerciale et sportive. De même, en investissant 85 millions $ dans une stratégie pour combattre les espèces exotiques envahissantes, telles que la grande lamproie marine, la moule zébrée, ou le capricorne d’Asie, le budget Goodale se porte autant à la défense de notre environnement naturel que de notre économie. Les frais cumulés imputables à 16 de ces espèces se chiffrent entre 13,3 et 34,5 milliards $ par an, avec des effets sur la propriété privée, les forêts, les pêches, l’agriculture, la faune et l’industrie. Le même raisonnement vaut pour les 28 millions $ que le budget Goodale consacre à la première phase d’un plan d’action pour les océans : c’est là une nécessité tant économique qu’environnementale car la contribution des industries maritimes du Canada au produit intérieur brut est considérable. Le budget Goodale accorde 269 millions $ supplémentaires à nos Parcs nationaux, qui en ont bien besoin. C’est là une bonne nouvelle pour la préservation de notre environnement naturel, une bonne nouvelle aussi pour notre économie. Parcs Canada administre 7 milliards $ d’actifs : écluses, édifices, expositions et jusqu’aux monuments. Nos parcs nationaux ne sont pas seulement magnifiques, ils contribuent aussi pour 1,2 milliard $ au PIB, ce qui équivaut à 38 000 emplois à temps plein, une source essentielle de revenus pour notre industrie touristique et pour plusieurs de nos communautés et peuples autochtones. La science étant le trait d’union évident entre la politique environnementale et la politique économique, tant notre environnement que notre économie profiteront des quelque 60 millions $ que le budget Goodale consacre à l’information géographique, 111 millions $ au développement d’une nouvelle génération de satellites de télédétection et 200 millions $ au développement d’une Stratégie scientifique et technologique relative à l’énergie durable. L’une des grandes mesures du budget Goodale est le transfert, aux municipalités, de 5 milliards $ tirés de la taxe sur l’essence. Le fait que ce transfert vise un appui pour des projets d’infrastructure écologiquement durables, tel que le transport en commun, le traitement des eaux potables et des eaux d’égoût, les systèmes énergétiques communautaires et le traitement des déchets solides, est, là encore, bon pour l’environnement et bon pour l’économie. Ajouté aux 300 millions $ que le budget accorde aux Fonds verts municipaux, ce nouveau pacte pour les villes et les collectivités est en soi un plan vert qui va rehausser notre qualité de vie et rendre nos villes et nos communautés plus attrayantes et compétitives. De plus, le fort accent mis sur le développement du transport en commun contribuera à diminuer nos émissions de gaz à effet de serre et nous aidera à atteindre nos objectifs de Kyoto. 2. Les changements climatiques et l’économie Le budget Goodale consacre 4 milliards $, dont 2 milliards d’argent nouveau, à la réduction de nos émissions de gaz à effet de serre. Là encore, je peux démontrer que ce grand projet environnemental est aussi une magnifique occasion d’améliorer notre économie. Je suis persuadé que le Protocole de Kyoto, qui demande aux pays signataires de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, n’est pas seulement une exigence écologique visant à atténuer les changements climatiques induits par l’activité humaine. Kyoto est l’occasion de transformer pour le mieux notre économie et notre mode de vie. Dans la recherche des façons les plus pratiques de réduire les émissions de gaz comme le méthane et le CO2, nous trouvons une incitation additionnelle pour rendre notre économie moins gaspilleuse, plus efficace et davantage fondée sur les sources d’énergie renouvelable. Nous avons un plan pour atteindre nos objectifs de Kyoto depuis 2002. Mais le Premier ministre Martin s'est engagé auprès des Canadiens, dans les deux derniers discours du Trône, à le revoir en profondeur et à le mettre en oeuvre. Et il a demandé que ce plan amélioré soit rendu public très rapidement. Ce plan demandera à chacun de faire sa part. Il accordera des cibles aux grandes entreprises qui émettent de grandes quantités de gaz à effet de serre, mais ces cibles seront réalistes et conçues de façon à générer un meilleur rendement énergétique. Le gouvernement du Canada, lui aussi, fera sa part. D’ici à 2012, le plan prévoira l’injection de plusieurs milliards $ pour le développement durable et la productivité économique. Je peux vous garantir que ces investissements reliés aux changements climatiques se traduiront par des entreprises canadiennes moins gaspilleuses de nos ressources, plus productives et plus concurrentielles dans une économie globale de plus en plus restreinte dans sa consommation de carbone. Grâce a ce plan perfectionné, le gouvernement stimulera les investissements dans les sources d’énergie novatrices et traditionnelles et soutiendra les technologies innovatrices pour assurer la compétitivité de l’économie canadienne à long terme. Le plan nous aidera à atteindre nos cibles émanant du Protocole de Kyoto et ensuite à les dépasser, tout en bâtissant une économie plus prospère. Ceci placera le Canada comme champion mondial du rendement énergétique, de l’énergie renouvelable et de la conservation de la nature. Notre plan pour l’atteinte des objectifs de Kyoto sera bénéfique à l’économie canadienne. Le budget Goodale en donne la preuve. Toutes les mesures qu’il consacre aux changements climatiques profiteront à notre économie. Grâce au budget Goodale, les ménages canadiens s’enrichiront en diminuant leur consommation d’énergie. En effet, une injection de 225 millions $ permettra de quadrupler, à 500 000 d’ici à 2010, le nombre de foyers qui profiteront du populaire Programme ÉnerGuide pour la modernisation des maisons et des logements. Grâce au budget Goodale, l’utilisation de l’énergie propre et renouvelable sera encouragée : en plus de dégager les fonds nécessaires au quadruplement de la production d’énergie éolienne, le budget crée un nouveau Programme d’encouragement à la production d’énergie renouvelable qui viendra stimuler d’autres sources d’énergie renouvelable, telles que les microcentrales hydroélectriques, la biomasse et les gaz d’enfouissement. Dois-je mentionner ici, à Toronto, à quel point des événements tels que la panne d’électricité de l’été 2003 soulignent notre degré d’interdépendance et les sérieuses conséquences que peuvent entraîner les pannes d’électricité en cascade, tant pour l’économie que pour la sécurité de notre population? Grâce à de nouvelles mesures incitatives à l’égard de l’énergie renouvelable, le gouvernement va soutenir la diversification de notre réseau électrique. Une autre mesure importante du budget Goodale est la création d’un fonds pour le partenariat, appelé à croître jusqu’à 2 ou 3 milliards $ dans les prochaines années. Ce fonds visera à aider le gouvernement du Canada et les gouvernements des provinces et des territoires à co-financer leurs priorités communes en matière de changements climatiques. Il n’est pas difficile d’imaginer quantité de projets dont la pertinence environnementale et économique est évidente. Je suis sûr que la Chambre de commerce de Toronto applaudirait si ce fonds devait aider à la mise en place d’un réseau de distribution de l’électricité est-ouest qui permettrait de sécuriser l’approvisionnement de l’Ontario en électricité. Même si le gouvernement continue à écarter tout recours à une taxe sur le carbone, le budget Goodale ouvre résolument la porte à l’utilisation du régime fiscal pour appuyer la réalisation d’objectifs environnementaux. Il commence en grande, par une mesure fiscale qui permettra aux entrepreneurs d’amortir plus rapidement leurs investissements en efficacité énergétiques et en énergie renouvelable, telles les centrales de co-génération, les turbines éoliennes ou la capture des bio-gaz provenant des sites d’enfouissement. De plus, le ministre des Finances s’engage à étudier comment le recours à d’autres mesures fiscales pourrait promouvoir conjointement les objectifs économiques et environnementaux. J’invite la Chambre de commerce de Toronto à participer à cette réflexion sur ce sujet fondamental pour notre avenir économique, réflexion qui sera menée par la Table ronde nationale sur l’économie et l’environnement. Mais la plus grande innovation du budget Goodale m’apparaît être la création d’un fonds d’un nouveau genre, qui sera doté d’un paiement initial d’1 milliard $. Ce fonds sera un fonds pour le climat : c’est ainsi qu’on l’appellera. Il sera comme une banque, qui achètera des réductions des émissions de gaz à effet de serre provenant de projets concrets. Pour les Canadiens, des occasions se présenteront dans tous les secteurs de l’économie. Voici quelques exemples de ceux qui pourront profiter de ce fonds : les agriculteurs qui emploieront des techniques de labourage minimal ; les compagnies forestières qui adopteront des méthodes de gestion forestière de pointe ; les promoteurs immobiliers qui intègreront dans leurs plans le chauffage centralisé et les énergies renouvelables ; les entreprises qui élaboreront des méthodes novatrices pour réduire les émissions de polluants par le recyclage et les hauts rendements énergétiques ; les municipalités qui capteront les gaz d’enfouissement pour produire de l’électricité ; et les messageries qui renouvelleront leurs parcs de véhicules. Je suis persuadé que ce nouvel instrument de transformation, le Fonds pour le climat, sera l’élément le plus marquant de la différence entre notre nouvelle façon de nous attaquer aux changements climatiques et les précédentes. Cette nouvelle approche, axée sur les forces du marché, sera cruciale, à la fois pour l’intégration des facteurs climatiques dans les décisions quotidiennes des entreprises et des citoyens, et aussi pour la mobilisation de l’innovation au service de notre environnement et de notre économie. Pour cette raison, je suis convaincu que nous pourrons atteindre une importante partie de notre cible de Kyoto grâce aux réductions d’émissions obtenues ici, au Canada. Mais il sera dans notre intérêt d’agir aussi à l’étranger, non seulement pour servir une cause environnementale qui ne connaît pas de frontière, mais aussi pour étendre nos réseaux économiques. Le Fonds pour le climat pourra acheter des crédits de réduction des émissions liés à des projets spécifiques dans d’autres pays, mais seulement s’il s’agit de projets qui réduisent vraiment les émissions de gaz à effet de serre. Pour être admissibles, de tels projets devront présenter au moins une des caractéristiques suivantes : appliquer une technologie canadienne, améliorer la compétitivité internationale du Canada ou servir par ailleurs l’intérêt national. Nos entreprises en profiteront pour développer et déployer dans différents endroits du monde leur savoir-faire dans le domaine des technologies et des services environnementaux. Elles saisiront cette occasion pour conquérir de nouvelles parts de marché dans les nouvelles économies émergentes et les économies en transition. Conclusion David Runnals, président de l’Institut international pour le développement durable, a résumé en une phrase mon propos d’aujourd’hui sur le budget 2005 : « C’est plus qu’une poignée de dollars affectés à des programmes environnementaux. Il comprend de nombreuses mesures qui inciteront les gens à bien faire pour rendre l’économie plus verte ». (Toronto Star, 2-24-05). Je crois vous avoir montré que la vision qui se dégage de ce budget est celle d’un Canada résolument engagé vers une réussite économique fondée sur un environnement sain. Le passage le plus significatif du discours de Ralph Goodale m’apparaît être le suivant : « Notre grand défi, et notre nette responsabilité première, consiste à faire preuve, sur le plan de la protection et de l’amélioration de l’environnement, de la même lucidité, d’une détermination comparable et de la même volonté de fer qui nous ont permis d’assainir les finances publiques. Les Canadiens ne veulent pas hypothéquer l’avenir de leurs enfants, et ils ne veulent pas laisser en héritage une lourde dette environnementale à la prochaine génération. » Ce n’est pas rien, quand on est ministre des Finances de Paul Martin, que de faire référence à la lutte que nous avons gagnée contre les déficits. Oui, le Canada s’engage plus que jamais dans le combat en vue de transmettre à nos enfants un environnement plus sain, une économie plus prospère. Cela prendra plus d’un budget pour gagner ce combat. Il faudra un travail de longue haleine. Les récipiendaires du prix Nobel de l’économie de 2004, les professeurs Edward Prescott and Finn Kydland, n’ont rien dit d’autre : la poursuite persévérante d’objectifs clairs est une qualité essentielle pour réussir une politique économique. Travaillons ensemble à la réconciliation de notre environnement et de notre économie, pour nous-mêmes et pour le plus grand bonheur des générations futures.