Notes pour une allocution d'Aileen Carroll, ministre de la Coopération internationale, à la réunion du Global Economic Governance Programme (Université d'Oxford) sur l'efficacité de l'aide et les partenariats en aide coopérative Ottawa (Ontario) Le mercredi 9 mars 2005 (SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS) Merci et bonjour. Je suis ravie d'être ici aujourd'hui avec vous. Je me réjouis de voir un groupe de personnalités aussi éminentes se pencher sur une question qui se trouve au coeur du développement aujourd'hui — sans doute la question la plus importante à l'heure actuelle : comment maximiser l'efficacité de notre aide? Bien sûr, nous avons une bonne idée de ce qui peut rendre l'aide internationale plus efficace. Dans mon allocution, j'aimerais en aborder les principaux éléments : l'harmonisation, la coordination et la gouvernance. L'harmonisation et la coordination sont étroitement liées. La plupart d'entre vous savent pourquoi ces deux facteurs sont si importants. Permettez-moi de vous expliquer comment j'en ai pris moi-même pleinement conscience. L'année dernière, en Tanzanie, je me suis rendue sur les lieux où se déroulent des projets et j'y ai rencontré des hommes et des femmes vivant dans une grande pauvreté. J'ai aussi pu discuter avec des ministres du gouvernement là-bas et leur ai demandé ce qu'ils attendent des donateurs comme le Canada. Ils m'ont alors montré des chiffres qui donnent à réfléchir… Il y a quelques années, le ministre des Finances devait produire 10 000 rapports par année et accueillir 2 000 délégations, chacune désirant être reçue par les plus hautes instances du pays. Par ailleurs, les pays donateurs n'ont pas nécessairement le même système comptable ni la même année financière. Et parfois, leurs priorités sont contradictoires. La Tanzanie est aux prises avec plusieurs problèmes. La crise du VIH et du sida en est un. Elle a d'ailleurs fait un grand nombre de victimes parmi les employés du gouvernement. Imaginez, dans ce contexte, à quel point le personnel affecté aux communications avec les donateurs pouvait être réduit. Il est donc tout à fait remarquable que le gouvernement ait réussi à mettre en oeuvre les programmes qui recevaient du financement! Je crois que ce cas illustre bien ce que nous devons éviter à tout prix. Aujourd'hui, je peux vous donner l'assurance que nous prenons les mesures qui s'imposent à cet égard. Il ne suffit pas de coordonner nos efforts avec les autres donateurs — c'est-à-dire de faire savoir aux autres ce que chacun fait — , il faut aussi harmoniser nos efforts, afin de nous diriger dans la même direction et de donner des conseils cohérents. En fait, les donateurs peuvent promouvoir l'harmonisation de leurs efforts de différentes façons. Le Canada a choisi d'adopter une démarche stratégique en ce sens, qui jumelle le savoir-faire canadien aux besoins des pays en développement, tout en coordonnant ses efforts avec les autres donateurs. Cela mène inévitablement à mieux répartir le travail entre les donateurs. Les donateurs doivent savoir ce que chacun est prêt à investir pour éviter les chevauchements inutiles et s'assurer de la complémentarité des programmes mis en oeuvre dans chaque pays. Pour que cette coordination entre les donateurs soit efficace, il faut, bien entendu, commencer par regarder les objectifs établis à l'échelle locale. Revenons à la Tanzanie. Aujourd'hui, ce pays regarde vers l'avenir avec beaucoup plus d'optimisme. Alors que le gouvernement mettait à jour dernièrement son Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté, il n'a pas eu à demander à chaque donateur son point de vue, puisque ces derniers ont convenu de travailler ensemble pour présenter une proposition cohérente. Ce n'est qu'un exemple banal, mais qui illustre bien comment nos façons de faire changent pour le mieux. Mon ministère, l'Agence canadienne de développement international (ACDI), participe à l'élaboration de cadres de travail communs et d'ententes pour les projets regroupant plusieurs donateurs. La stratégie d'aide conjointe à la Tanzanie, l'aide budgétaire au Ghana et les programmes d'éducation au Vietnam, au Bangladesh et au Kosovo en sont quelques exemples. Nous pouvons également constater des efforts d'harmonisation et d'alignement dans un nombre croissant d'approches sectorielles. L'ACDI finance ou développe actuellement une cinquantaine d'approches-programmes dans 23 pays. Plus de 72 % de cette aide est fournie sous forme de fonds communs ou de soutien budgétaire direct aux gouvernements bénéficiaires. Nous avons commencé à adopter cette forme d'aide en Éthiopie, au Ghana, au Mozambique et en Tanzanie, et nous espérons cette année ajouter plusieurs pays à cette liste. Cela dit, nous ne prévoyons pas offrir une aide budgétaire directe à tous les pays. La raison en est claire : ce ne sont pas tous les pays en développement qui sont en mesure d'utiliser ce type d'aide efficacement. Alors, pourquoi certains pays plutôt que d'autres? La réponse tient en un seul mot : la gouvernance. Le monde entier reconnaît maintenant que la bonne gouvernance est une condition préalable à une aide efficace. Qu'il s'agisse de consolider la paix dans des États fragiles ou de renforcer la capacité de gouvernance à long terme dans des pays plus stables, la gouvernance est un moyen autant qu'un objectif de développement. Pour que notre aide soit efficace dans un pays, il faut que ce pays ait une solide fonction publique et des lois qui s'inscrivent dans un cadre judiciaire indépendant. Il faut aussi qu'il respecte les droits de la personne et qu'il lutte énergiquement contre la corruption. C'est de plus en plus en fonction de ces critères que nous choisissons les pays où mener nos activités. Comme vous le savez, nous revoyons actuellement la façon dont nous assurons la prestation de notre aide au développement. Les résultats de cet examen seront présentés sous peu dans l'Énoncé de la politique internationale. Je puis vous donner l'assurance que le Canada réitérera son engagement envers la bonne gouvernance dans ce document. La gouvernance sera d'ailleurs l'un des quatre secteurs où le Canada concentrera ses efforts de développement, les trois autres étant la santé, l'éducation et le développement du secteur privé. Dans chacun de ces secteurs, le Canada axera surtout ses efforts dans les créneaux où les Canadiens ont un grand savoir-faire et où il sera possible de vraiment changer les choses. Dans le secteur de la gouvernance, nous ciblerons nos activités dans les domaines suivants : la démocratisation, les droits de la personne, la primauté du droit, le renforcement des institutions publiques (ce qui comprend l'amélioration des capacités), la prévention des conflits, la consolidation de la paix, et les réformes pour assurer une plus grande sécurité. Notre engagement envers la bonne gouvernance et l'efficacité de l'aide ira même plus loin. Actuellement, notre programme d'aide est réparti à une très grande échelle, et c'est tout particulièrement le cas dans les programmes bilatéraux. Nous offrons de l'aide à 155 pays, ce qui est plus que tout autre donateur. De ce nombre, seulement 18 reçoivent plus de 10 millions de dollars annuellement. Et près de 90 reçoivent moins de 5 millions. Comment cette fragmentation de notre aide peut-elle limiter notre efficacité? D'une part, il est difficile d'acquérir des connaissances pointues dans un programme-pays quand on en gère un très grand nombre. D'autre part, la multiplication de programmes à petite échelle mis en oeuvre par les donateurs alourdit la tâche des pays bénéficiaires, qui doivent en assurer la coordination. De toute évidence, nous devons concentrer davantage notre aide. Mais comment choisir les pays à privilégier? Le niveau de pauvreté sera, bien sûr, un facteur important à considérer. Nous choisirons de mener nos activités là où notre aide sera la plus efficace. En d'autres mots, nous choisirons de travailler dans les pays où la gouvernance est relativement bonne. Cela ne veut pas dire, toutefois, que nous allons abandonner tout le reste. Je crois que la coopération au développement a un rôle important à jouer dans les pays en sérieuses difficultés et les pays déliquescents. Mais nous n'agirons pas de la même façon dans ces pays qu'en Tanzanie, par exemple. Le Corps canadien joue un rôle important dans notre stratégie. En ce moment même, des spécialistes canadiens s'emploient à renforcer la gouvernance dans plusieurs pays en développement, en mettant leurs compétences à profit dans de nombreux domaines. Par exemple, des avocats canadiens collaborent avec des juges chinois pour mieux intégrer la dimension des droits de la personne dans le système juridique de la Chine. Et nous avons tous été témoins, en décembre dernier, de la réussite de la mission d'observation des élections en Ukraine. Le Corps canadien compte bien continuer sur cette lancée. Avant de conclure, j'aimerais profiter de l'occasion pour réitérer l'engagement du Canada envers les Objectifs de développement du millénaire. Cette vision du monde en 2015 guide chacune de nos actions. Nous croyons que pour respecter cet engagement dans les délais prescrits, il est essentiel que des progrès soient réalisés au chapitre de l'efficacité de l'aide, de la coordination et de la bonne gouvernance. Pour réduire et, un jour, éliminer la pauvreté dans le monde, nous devons mieux coordonner et concentrer nos efforts. Pour le Canada, cela suppose que nous devrons faire des choix difficiles. Il est impossible de tout faire et d'être partout à la fois. Mon ministère et le gouvernement actuel sont prêts à faire les choix difficiles qui s'imposent pour mieux répondre aux besoins de la population des pays en développement. Je suis impatiente de discuter de ces sujets avec vous aujourd'hui. Merci.