Notes pour une allocution d'Aileen Carroll, ministre de la Coopération internationale, à l'atelier du Groupe canadien de réflexion sur la sécurité alimentaire « Les moyens de subsistance durables axés sur l'agriculture dans le Nord et le Sud » Ottawa (Ontario) Le 16 mai 2005 (SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS) Bonjour Mesdames et Messieurs. Permettez-moi tout d'abord de souhaiter, au nom du gouvernement du Canada, la plus cordiale bienvenue à chacun de vous, en particulier aux partenaires du Sud qui sont ici aujourd'hui. Je suis ravie que vous soyez des nôtres. Il est primordial que les représentants du Sud aient voix au chapitre dans les débats mondiaux sur l'agriculture, la sécurité alimentaire et le commerce. Les organisations de la société civile, du Nord et du Sud, qui travaillent dans le secteur agricole font de plus en plus entendre leur voix. Vous avez commencé à jouer un rôle prépondérant en influençant les politiques gouvernementales et les investissements du secteur privé, qui ont une incidence sur la sécurité alimentaire et l'agriculture. Et vous avez donné l'exemple en adoptant des approches innovatrices et socialement responsables dans des domaines tels que la sécurité alimentaire, la biotechnologie et le commerce. Bref, vous vous êtes trouvé un créneau. Je vous félicite des efforts considérables que vous avez déployés et je tiens à vous assurer que j'apprécie votre travail au plus haut point. Comme certains d'entre vous le savent peut-être, j'ai annoncé une nouvelle contribution à la Banque de céréales vivrières du Canada il y a quelques semaines, lors de mon passage en Saskatchewan. Comme il se doit, j'attache beaucoup d'importance à la sécurité alimentaire et à l'agriculture. En tout, 1,2 milliard de personnes dans le monde vivent avec moins d'un dollar américain par jour. Les trois quarts habitent en milieu rural et tirent de l'agriculture une grande part de leurs très maigres revenus. Et ils sont beaucoup trop nombreux à avoir de pénibles conditions de vie. Bon nombre d'exploitants agricoles cultivent un sol déjà fragile ou appauvri par la suritilisation ou l'érosion. Ils doivent composer avec la sécheresse, les inondations et les prédateurs naturels. Et s'ils obtiennent une bonne récolte malgré tous ces obstacles, ils doivent emprunter des routes en mauvais état dans l'espoir de trouver un marché. Par conséquent, il n'est pas étonnant que les habitants des régions rurales souffrent davantage de la faim et de malnutrition que ceux des villes. Il s'agit d'un fardeau accablant pour n'importe qui, d'autant plus si l'on prend aussi en compte l'incidence désastreuse du VIH/sida, du paludisme et des autres maladies endémiques. Et il reste que ce sont les femmes en milieu rural qui ont le plus lourd fardeau à porter. L'Afrique subsaharienne est la région la plus durement touchée. Les statistiques font état d'une situation bouleversante. Depuis 15 ans, le nombre d'habitants de la région qui vivent avec moins d'un dollar par jour a augmenté de 89 millions. Si cette tendance se maintient, les perspectives sont sombres pour l'Afrique. Le Canada reconnaît qu'il est essentiel d'améliorer le développement agricole et rural pour atteindre les Objectifs de développement du millénaire. L'Énoncé de politique internationale, que notre gouvernement a rendu public récemment, désigne cinq secteurs prioritaires pour notre programme de développement : l'éducation de base, la santé (principalement la lutte contre le VIH/sida), la gouvernance, le développement du secteur privé et la viabilité de l'environnement. L'égalité entre les sexes sera un thème transversal systématique de l'ensemble des programmes dans chacun des cinq domaines prioritaires. Certains d'entre vous craignent peut-être que l'importance accordée à ces cinq priorités n'indique une diminution des efforts de l'ACDI en faveur de l'agriculture. Je tiens à vous assurer que ce n'est pas le cas. La politique de promotion d'un développement rural durable grâce à l'agriculture, que nous avons adoptée il y a un peu plus de deux ans, continue de guider nos efforts. Nous sommes toujours déterminés à appuyer l'agriculture en misant sur les approches qui favorisent les moyens de subsistance durables et la santé des écosystèmes. Et, oui, nous continuons de financer des projets et des programmes dans le domaine de l'agriculture et de la sécurité alimentaire. Dans le même ordre d'idées, je suis ravie d'annoncer que l'ACDI affectera 20 millions de dollars à deux projets agricoles complémentaires au Vietnam. Ces projets amélioreront la qualité, la salubrité et le potentiel commercial des produits agricoles et des produits alimentaires, de même que la qualité des cheptels et des récoltes. Ils auront ainsi pour effet d'accroître les revenus dans les régions rurales, où vivent la plupart des pauvres du Vietnam. De plus, nous accordons au Groupe consultatif pour la recherche agricole internationale un financement de base annuel de plus de 13 millions de dollars. Comme vous le savez, grâce à ses recherches et ses activités de renforcement des capacités, ce groupe contribue directement à améliorer la gouvernance et le développement du secteur privé et, par le fait même, à réduire la pauvreté dans les pays en développement. Toutes ces contributions représentent plus de 33 millions de dollars au titre de l'agriculture. L'aide de l'ACDI à l'agriculture n'a cessé d'augmenter ces quatre dernières années : elle est passée d'un peu moins de 85 millions de dollars en 2001-2002 à près de 180 millions au dernier exercice (2004-2005). Par ailleurs, il est fort possible que la mise en oeuvre de l'Énoncé de politique internationale nous permette d'intensifier nos efforts à l'appui de l'agriculture et des moyens de subsistance durables. Permettez-moi de vous expliquer comment. Depuis quelques années, nous poursuivons une démarche qui est de plus en plus intégrée en ce qui concerne l'agriculture. Autrement dit, nous faisons un effort conscient pour établir des liens entre l'agriculture et les autres secteurs, comme l'éducation, la santé, l'environnement, la gouvernance et le développement du secteur privé. En concentrant nos activités dans ces cinq secteurs prioritaires, nous créons aussi de nombreuses occasions de soutenir l'agriculture. Il s'agit d'une démarche qui permet à ces deux volets de se renforcer mutuellement. Dans la plupart des cas, les liens qui existent entre l'agriculture et la santé et l'éducation sont multiples et étroits. De la nourriture en quantité suffisante peut aider énormément à réduire la malnutrition chez les adultes et chez les enfants. L'amélioration des récoltes peut aussi contribuer à produire des surplus qui, à leur tour, aideront à payer les frais de scolarité des enfants et les soins de santé dont les familles ont besoin. Je vais vous donner un exemple précis. L'ACDI finance des programmes de développement agricole au Ghana à hauteur de 150 millions de dollars. La majeure partie de ce financement est investi dans les 34 districts du nord qui sont parmi les plus pauvres. Là-bas, l'ACDI aide les collectivités à s'approprier davantage les plans de développement de leur district. De plus en plus, la société civile définit ses propres priorités dans ces districts, qu'il s'agisse d'un nouveau silo à grains, d'une nouvelle salle de classe ou d'une nouvelle clinique de soins de santé. Le secteur agricole est celui qui utilise le plus les ressources naturelles, comme l'eau et les sols, de même que la biodiversité. C'est pourquoi l'agriculture est intimement liée à la viabilité de l'environnement. La dégradation des sols est un problème transfrontalier qui menace les moyens de subsistance de base des populations vulnérables. Elle est souvent une cause fondamentale de conflit social. Comme un très grand nombre de personnes souffrent de la dégradation des sols et des ressources en eau, l'ACDI accordera une attention particulière à la gestion durable des sols et des ressources naturelles. Nos interventions dans ces domaines pourraient consister à mettre au point des espèces végétales qui résistent bien à la sécheresse ou encore des méthodes de culture plus efficaces. Le développement du secteur privé, la bonne gouvernance et l'agriculture se renforcent mutuellement. La plupart du temps, les petits exploitants agricoles des régions rurales sont l'élément moteur du secteur privé dans les pays en développement mais, souvent, ils ne peuvent exploiter pleinement leur potentiel en raison des politiques en vigueur, d'une infrastructure inappropriée, de marchés inadéquats et d'institutions généralement trop faibles. Au Ghana, l'ACDI appuie un fonds de développement des organisations qui regroupent des agriculteurs. Ce fonds permet d'améliorer la sécurité alimentaire dans les trois régions les plus pauvres du pays et renforce la capacité des exploitants agricoles et de leurs organisations à l'échelle locale, régionale et nationale dans différents domaines, comme l'accès à la gestion financière. Évidemment, l'appui à la gouvernance dans le contexte agricole prend de nombreuses formes. Comme vous le savez, les organisations commerciales internationales ont une incidence directe sur l'agriculture et les économies locales. Le Canada est déterminé à aider les pays en développement à acquérir la capacité voulue pour négocier efficacement, élaborer des politiques nationales conformes aux priorités intérieures et respecter leurs obligations internationales. De 2001 à 2004, le Canada s'est engagé à apporter un appui technique se chiffrant à 316 millions de dollars canadiens, afin d'aider les pays en développement à tirer parti des réformes portant sur le système de commerce mondial. Je sais que la prochaine réunion ministérielle de l'OMC, qui aura lieu en décembre prochain à Hong Kong, suscite des préoccupations tant chez les producteurs du Nord que ceux du Sud. Cela me préoccupe aussi. Dans le cycle de négociations actuel, le principal objectif du Canada consiste à donner des chances égales à tous. Nous voulons que les producteurs et transformateurs canadiens rivalisent efficacement avec leurs homologues des autres pays, et non contre le trésor public des gouvernements étrangers. Plus précisément, le Canada veut intervenir sur trois fronts : l'amélioration de l'accès aux marchés pour tous les produits agricoles et alimentaires; l'élimination ou une réduction considérable des mesures de soutien interne qui ont un effet de distorsion sur le commerce; et l'élimination complète des subventions à l'exportation le plus rapidement possible. Nous estimons que les pays en développement bénéficieront de ces mesures. Des règles du jeu équitables sont une bonne chose pour tous les intervenants. Les pays en développement qui ne figurent pas parmi les pays les moins avancés devront assumer de nouvelles obligations. De son côté, l'ACDI souhaite que davantage de flexibilité soit accordée aux pays en développement pour qu'ils soient en mesure de réduire leurs tarifs pendant une plus longue période, avec des compressions plus faibles. Cela pourra les aider à mettre en application des politiques agricoles qui soutiennent leurs objectifs de développement, leurs stratégies de réduction de la pauvreté, la sécurité alimentaire et les modes d'existence. Nous sommes aussi en faveur d'un mécanisme de sauvegarde spécial et d'un mécanisme de protection des produits spéciaux provenant des pays en développement. Ces deux mécanismes doivent être assez souples pour prendre en compte la sécurité alimentaire, garantir les moyens d'existence et favoriser le développement rural. La réalisation de ces objectifs aidera les pays en développement à surmonter les difficultés découlant d'un système de commerce international inéquitable. Elle leur permettra de mettre l'agriculture et le commerce au service du développement et de la réduction de la pauvreté. C'est d'ailleurs le rôle que doivent jouer ces deux secteurs. Mesdames et messieurs, l'ACDI demeure résolue à soutenir l'agriculture et les moyens de subsistance durables dans le Sud. La concentration des efforts dans les cinq secteurs prioritaires désignés par l'Énoncé de politique internationale permettra à l'ACDI d'aborder l'agriculture dans une perspective nouvelle. Elle nous aidera à mettre au jour et à nouer de nouvelles relations propres à renforcer l'ensemble de nos programmes. Je suis emballée par les possibilités formidables qui s'offrent à nous pour appuyer les moyens de subsistance durables dans le domaine de l'agriculture, et j'espère bien que vous l'êtes aussi. Je vous remercie.