Notes d'allocution
L'honorable David L. Emerson
Ministre de l'Industrie
Allocution aux chambres de commerce de Regina
et de Saskatoon
Regina et Saskatoon (Saskatchewan)
Le 23 août 2005
Le texte prononcé fait foiMerci Ralph.
Il fait bon d’être de retour dans les Prairies; le ciel d’une vaste étendue me fait toujours sentir comme à la maison.
Nous savons tous que Ralph Goodale et Paul Martin passeront à l’histoire grâce au rendement économique et financier dont les Canadiens jouissent depuis les dix dernières années.
Croissance économique pendant 14 années consécutives.
En tête des pays du G7 en ce qui a trait à la croissance de l’emploi et à la hausse du niveau de vie.
Huit budgets équilibrés / excédentaires consécutifs.
Fardeau de la dette le plus bas des pays du G7 et qui continue à diminuer.
Peut-être s’agit-il de ses racines des Prairies qui font de Ralph un être prudent sur le plan financier, mais il ne cesse de s’inquiéter des obstacles à venir. Sommes-nous prêts à affronter les risques et défis qui pourraient faire dérailler notre sécurité et prospérité économiques?
Ralph, je dois vous dire qu’en tant que ministre de l’Industrie, ces choses-là me préoccupent également.
Je crains que les solides marchés des commodités qui ont contribué à notre excellent rendement macroéconomique ne s’affaiblissent. C’est inévitable et, dans certains domaines, le point culminant est déjà loin derrière.
Je crains le déficit des États-Unis et la chute économique mondiale qui pourrait en découler. Les taux d’intérêt américains montent lentement et le protectionnisme s’enracine de plus en plus profondément.
Je suis préoccupé par notre capacité à gérer efficacement de façon simultanée les possibilités et les menaces que pose la rapide émergence de nouvelles puissances économiques, comme la Chine et l’Inde.
Je suis préoccupé par le vieillissement de la population canadienne et le potentiel limité quant à la croissance de notre main-d’œuvre dans les années à venir.
Je suis préoccupé par l’écart de productivité de 15 p. 100 qui persiste entre le Canada et les États-Unis, malgré le rendement macroéconomique solide du Canada au cours de la dernière décennie. Cela signifie que le Canadien moyen touche 14 000 $ de moins par année que son homologue américain, et cet écart pourrait s’élargir.
Fondamentalement, le Canada est une petite économie fondée sur les échanges commerciaux, l’économie la plus dépendante du commerce des pays du G7. Son niveau de vie dépend de sa capacité à se démarquer et à soutenir la concurrence dans une économie mondiale dynamique de plus en plus concurrentielle.
La réalité est la suivante : le succès de notre nation est tributaire de notre capacité à soutenir la concurrence et à nous adapter aux progrès continus de notre rendement économique. Sans cette capacité, la viabilité financière de notre société progressiste dépérirait. Les soins de santé, les prestations de retraite, des villes où il fait bon vivre, l’environnement, l’éducation, les soins aux enfants… ces chères conditions de notre société canadienne ne seraient qu’utopie sans un puissant moteur économique pour les réaliser.
Ce moteur économique doit être aussi bon, et préférablement meilleur, que celui des pays auxquels nous menons concurrence quotidiennement afin que les générations de jeunes Canadiens puissent profiter des possibilités d’investissement et des perspectives d’emploi auxquelles elles aspirent.
C’est notre façon d’anticiper et les mesures que nous prenons aujourd’hui qui feront en sorte que les jeunes d’aujourd’hui se verront offrir ou non les possibilités et la qualité de vie dont nous avons joui.
Le raisonnement réactif à court terme ne suffira pas. Nous devons agir maintenant pour obtenir des résultats dans 5, 10 ou 20 ans.
Et maintenant, quelle est la prochaine étape? L’avenir que j’entrevois ne consiste pas en de salaires moins élevés, ni en de longues heures. Il ne consiste pas non plus à travailler plus ardemment que les prochaines générations d’Américains, de Latino-Américains ou d’Asiatiques.
L’avenir que j’entrevois en est un dans lequel le Canada est un chef de file mondial pour ce qui est de transformer les progrès en sciences et les nouvelles connaissances et technologies en revenus croissants, en de meilleures perspectives d’emploi et en un niveau de vie plus élevé. J’imagine un moteur économique au pouvoir extraordinaire provenant d’une capacité d’innovation profondément ancrée. Il doit s’agir de notre mission centrale : bâtir une économie concurrentielle à l’échelle mondiale, une économie qui dépend d’une « capacité d’innovation profondément ancrée ».
Les sciences, la technologie et l’innovation doivent s’immiscer dans chaque coin de chaque région et secteur : la fabrication, les ressources naturelles, les services, à la fois dans les secteurs public et privé. À titre de ministre de l’Industrie, j’en fais mon obsession et je désire que le gouvernement du Canada fasse de même.
Ce ne sera pas facile. La mobilisation ciblée de millions de Canadiens sera nécessaire, chacun d’entre eux s’adaptant différemment selon les circonstances. Il est impossible de tout régler du jour au lendemain. Il n’existe aucune mesure miracle à la disposition du gouvernement. Cela ne signifie toutefois pas que nous ne savons pas quelles mesures entreprendre. Bien au contraire, nous le savons.
Le gouvernement doit munir les citoyens d’outils, leur offrir un environnement de travail et de vie qui les appuie, et leur fournir l’infrastructure essentielle pour soutenir une économie moderne fructueuse.
Nous devons doter les gens des connaissances, des habiletés et de l’éducation nécessaires pour accéder au bassin mondial de connaissances. Nous devons fournir aux gens les habiletés en matière d’entrepreneuriat et de gestion qui leur permettront de devenir les innovateurs qui trouvent continuellement de nouvelles façons de transformer les connaissances en richesses.
Et nous devons continuer à augmenter notre masse critique de capacité de recherche canadienne : une capacité qui rejoint les plus brillants esprits du monde en vue de repousser les frontières de l’exploration scientifique, une capacité dotée d’une culture à grande échelle en ce qui a trait à la découverte et à l’innovation.
Nous avons également besoin de l’infrastructure essentielle d’une économie mondialement branchée.
Les télécommunications et la technologie à large bande sont les technologies les plus transformatrices de notre génération. Elles permettent aux gens de partout d’utiliser pleinement leurs habiletés, pour leur propre satisfaction et leur propre enrichissement, mais aussi au plus grand avantage de leurs collectivités, de leur province et de leur pays.
Il faut se rappeler que plus de 95 p. 100 des brevets et découvertes du monde ne proviennent pas du Canada, mais la révolution canadienne de l’innovation doit comprendre un accès rapide au bassin mondial de connaissances.
Le marché et le cadre incitatif doivent renforcer notre stratégie. Les gens et le capital sont aujourd’hui très mobiles : ils se trouvent là où sont les possibilités et les avantages.
Les avantages d’investir et de travailler au Canada et les possibilités en découlant doivent nous permettre de remporter les concours quotidiens de talents et d’investissements, caractéristiques qui dépeignent l’économie mondiale d’aujourd’hui.
Nous savons également que la concurrence est un élément de motivation puissant. Le gouvernement a un rôle important à jouer pour s’assurer que les transactions sur le marché sont effectuées de manière concurrentielle, efficace et juste.
Au sein du gouvernement, tous les membres du Cabinet de Paul Martin font partie d’une initiative de prospérité et de compétitivité à long terme. À Industrie Canada, nous nous consacrons entièrement à cette mission.
Tout d’abord, l’ensemble des organismes de recherche et des organismes subventionnaires d’Industrie Canada et du gouvernement du Canada a investi quelque 13 milliards de dollars dans la recherche menée dans des établissements d’enseignement postsecondaire, y compris dans le recrutement de chercheurs de renommée internationale, le soutien des étudiants des cycles supérieurs et l’approvisionnement en matière d’infrastructure de recherche.
Nous voulions faire du Canada un chef de file en matière de recherche et, pour ce qui est de la recherche dans les établissements d’enseignement supérieur, nous sommes un chef de file mondial. Le défi consiste à s’appuyer sur cette réussite; les consultations et les discussions qui ont lieu avec le gouvernement, la communauté de chercheurs et les conseils subventionnaires se concentrent là-dessus.
Malheureusement, bien que le Canada compte l’une des populations actives les plus instruites au monde et que nous réalisons des progrès pour attirer des chercheurs de renommée internationale, nous accusons du retard dans certains domaines importants. Il y a, par exemple, moins de diplômés de deuxième et troisième cycles en mathématiques, sciences, génie et commerce qu’aux États-Unis. Les États-Unis se sentent de plus en plus menacés par la croissance remarquable du bassin de personnes talentueuses dans ces mêmes domaines en Inde et en Chine.
Nous devons nous pencher sur cette vulnérabilité et la vaincre. Nous devons instruire un plus grand nombre de Canadiens, favoriser un plus grand nombre de diplômés et nous devons encourager une intégration plus efficace des immigrants formés et compétents dans l’économie dominante du Canada.
Nous notons également une faiblesse troublante. Malgré de nombreux incitatifs en recherche-développement au Canada, le rendement des travaux menés par le secteur privé dans ce domaine est médiocre si on le compare aux normes internationales.
En ayant conscience de cette faiblesse et des répercussions considérables de la recherche-développement des entreprises privées, j’ai nommé plus tôt cette année un groupe de travail sur la commercialisation de la technologie, composé de six personnes. Je leur ai demandé de préparer des suggestions de carte routière et de priorités pour accroître le rendement de la commercialisation de l’innovation et de la technologie au Canada. En 2002, le gouvernement du Canada a adopté un programme pour l’innovation et a établi des buts à long terme. Nous devons donc nous appuyer sur ce cadre.
Le travail de ce groupe est pressant et j’attends avec impatience ses recommandations préliminaires cet automne.
Nous avons donné au groupe de travail beaucoup de latitude pour formuler des recommandations relatives à la recherche, à l’innovation, au capital de risque et à d’autres obstacles ou incitatifs qui doivent être modifiés et améliorés.
Industrie Canada doit par ailleurs restructurer des programmes conçus pour stimuler l’adoption de la technologie au sein des entreprises canadiennes et en améliorer la qualité. Partenariat technologique Canada est un programme destiné à partager les risques liés à la technologie et à encourager l’innovation des entreprises canadiennes, programme qui doit cependant être remanié. Dans les prochaines semaines, je présenterai au Cabinet des recommandations aux fins d’une réforme et d’une amélioration.
Dans la même veine, la Banque de développement du Canada examine actuellement les façons de renforcer le rôle qu’elle joue pour accroître les prestations de capital de risque et de prêts à terme afin d’appuyer l’innovation et l’adoption de la technologie. L’organisme continuera de se pencher surtout sur les petites entreprises.
Pour ce qui est de transformer les sciences et la technologie en richesses et hausse de la qualité de vie pour les Canadiens, nous voulons améliorer de façon substantielle le rendement du Canada.
Industrie Canada accordera également une priorité importante au secteur des télécommunications. Au cours des dernières années, les technologies de l’information et des communications (TIC) ont contribué plus que n’importe quel autre domaine à l’accroissement de la productivité et de la concurrence, au Canada et dans d’autres pays. Les investissements en TIC constituent environ 75 p. 100 de l’augmentation de la productivité. Mais il nous reste encore du chemin à parcourir avant de rattraper les États-Unis.
Nous avons une fois de plus nommé un groupe d’experts pour faire état, à la fin de l’exercice, des changements dans la réglementation du secteur. Nous voulons favoriser la concurrence, c’est-à-dire accroître le recours aux technologies de l’information et des communications dans l’économie en général et veiller à ce que l’industrie des télécommunications du Canada soit à la fois un chef de file mondial et un puissant catalyseur de la transformation technologique partout au pays.
Industrie Canada est aussi à mettre au point une stratégie plus générale pour le secteur des TIC.
En mettant sur pied et en appuyant une infrastructure électronique qui s’avère essentielle pour participer pleinement à l’économie mondiale de l’information, le Canada a fait preuve d’un réel leadership. Nous offrons le service à large bande à des centaines de collectivités au Canada et nous avons appuyé la connectivité à très large bande au sein des écoles, des universités et des organismes de recherche au Canada et à l’échelle internationale.
Pourtant, nous n’avons pas entièrement relevé le défi de la connectivité. Des centaines de communautés rurales et éloignées, plusieurs d’entre elles autochtones, n’ont toujours pas accès à Internet haute vitesse. Il est crucial d’offrir l’accès au service à large bande à davantage de communautés éloignées et isolées. De nos jours, sans l’accès à Internet, une collectivité n’est tout simplement pas en mesure de se joindre à l’économie dominante ou même de bénéficier pleinement des possibilités en matière de soins de santé et d’éducation.
Nous devons achever la tâche.
Plusieurs stratégies sectorielles seront essentielles pour évaluer et ajuster l’approche du gouvernement en ce qui concerne la prospérité et la compétitivité.
En nous concentrant précisément sur certains secteurs, nous sommes déterminés à façonner diverses politiques du gouvernement pour les intégrer à une approche cohérente qui permettra d’accélérer la transformation industrielle vers une norme mondiale en matière de compétitivité.
Dans des secteurs comme l’aérospatiale et la défense, l’industrie automobile, l’industrie des forêts, la grappe de piles à hydrogène, la biotechnologie ainsi que la construction et réparation navales, nous nous penchons sur les ingrédients essentiels pour assurer une réussite durable au cours des cinq ou dix prochaines années.
Notre but n’est pas simplement de protéger ces secteurs. Nous désirons appuyer les industries pour déterminer où et comment elles peuvent être compétitives sur le marché mondial, et nous tenterons de les aider à atteindre cet objectif.
Certains secteurs, notamment la nanotechnologie, les TIC et l’énergie verte, ont des applications dans de nombreux domaines de l’économie. Nous voulons veiller à ce que les avantages de leur réussite se fassent ressentir dans l’ensemble des industries, des secteurs et des régions.
Finalement, des marchés efficients et sains combinés aux pressions d’une concurrence féroce sont essentiels pour encourager l’innovation et la créativité. La concurrence est aussi cruciale pour protéger les intérêts des consommateurs et l’économie en général.
Les marchés libres et le libre-échange doivent en faire partie intégrante, mais une politique de concurrence a également un rôle important à jouer. J’ai récemment présenté au Parlement des modifications à la Loi sur la concurrence et l’on procède aux consultations quant aux améliorations possibles.
Bien que nous n’y réfléchissions pas tellement souvent, le cadre de faillite et d’insolvabilité joue un rôle important dans l’économie de marché moderne. La réussite, l’échec et la renaissance des entreprises sont des amortisseurs essentiels au sein d’une économie saine et dynamique. Industrie Canada a proposé des changements considérables aux lois liées à la faillite et à l’insolvabilité pour que les entreprises, les travailleurs et les créanciers jouissent d’un cadre législatif souple et équitable leur permettant de régler les problèmes d’une entreprise en difficulté et, dans plusieurs cas, de préparer un nouveau départ.
Dans une économie axée sur le savoir, la propriété intellectuelle devient un atout de plus en plus important. Les écrivains, les créateurs et les innovateurs doivent pouvoir bénéficier de droits de propriété intellectuelle sans quoi ils perdront la motivation de créer, d’inventer ou d’innover. Pis encore, ces agents d’innovation et de créativité se déplaceront rapidement vers des compétences qui protègent la propriété intellectuelle et qui détiennent des mécanismes pour mettre en œuvre de telles dispositions.
Patrimoine canadien et Industrie Canada ont soumis au Parlement d’importantes améliorations des lois régissant les droits d’auteur. Pour notre part, à Industrie Canada, nous évaluons les améliorations possibles des droits des brevets canadiens.
En même temps, nous allons devoir collaborer avec nos partenaires commerciaux pour élaborer de meilleurs cadres de travail en vue de lutter contre le vol de propriété intellectuelle.
Enfin, permettez-moi de souligner que nous sommes une petite économie fondée sur les échanges commerciaux. Nous possédons beaucoup de ressources naturelles et une grande richesse humaine. Nous ne serons jamais — et ne devrions jamais vouloir être — une économie faible qui fait concurrence aux économies faibles du monde.
Compte tenu que notre pays compte un nombre relativement élevé de personnes très instruites, nous pourrions devenir une économie menée par le pouvoir de l’innovation.
Nous n’avons pas besoin d’abandonner les industries de ressources ou nos industries traditionnelles. Nous devons par contre intégrer la technologie à tous les secteurs de l’économie. Chaque secteur possède un avenir reluisant, mais nous devrons recourir à l’ingéniosité et à la créativité pour créer de nouvelles richesses.
On ne pourra échapper aux nouvelles sources et formes de concurrence remarquables. Nous pouvons toutefois investir dans les gens; nous pouvons favoriser une culture de découverte, de recherche, de créativité et d’adaptabilité. La concurrence ne nous détruira pas, elle nous rendra plus forts.
Il est maintenant temps de bâtir une économie puissante menée par une capacité d’innovation profondément ancrée.
La Saskatchewan a prouvé que c’était possible. Les gens font assurément la différence.