Allocution l'intention du ministre de la justice
et procureur général du Canada,
Irwin Cotler, devant
l'Association du Barreau canadien
Vancouver (Colombie-Britannique)
le 15 août 2005
L'allocution prononcée fait foi
Introduction
Je suis ravi d'être ici pour participer à la cause commune qui nous rassemble – la poursuite de la justice et la lutte contre l'injustice. Permettez-moi d'exprimer mes remerciements aux organisateurs de cette conférence juridique, et à l'Association du Barreau canadien avec laquelle nous avons forgé un partenariat durable dans cette cause commune.
Tout d'abord, je voudrais affirmer de nouveau aujourd'hui les premiers mots que j'ai prononcés lors de mon assermentation en tant que ministre de la Justice et procureur général du Canada il y a environ 20 mois – que je serai toujours guidé dans ma tâche par un principe primordial – le principe de la poursuite de la justice – et, dans ce cadre, la promotion et la protection de l'égalité – l'égalité non comme simple article de la Charte canadienne des droits et libertés , mais je dis bien l'égalité comme principe organisateur de l'édification d'une société juste ainsi que de la promotion et de la protection de la dignité humaine, pour l'édification d'une société à la fois juste, compatissante et humaine.
Dans ce contexte – et conformément à cette philosophie, je vous ai fait part l'an dernier de quatre priorités – quatre principes, en fait – qui étaieraient la poursuite de la justice. Cette année, je voudrais continuer ce dialogue, vous faire un rapport des mesures prises et des progrès que nous avons accomplis en regard de ces priorités – un rapport d'imputabilité, puis-je dire – et, ensuite, aborder le thème principal de mes remarques d'aujourd'hui, soit « la révolution constitutionnelle, les tribunaux et la poursuite de la justice ».
Voici les quatre priorités – et les principes sous-jacents correspondants – qui ont étayé notre tâche :
1 – Le rapport entre la sécurité et les droits
Comme je l'ai souligné l'an dernier, et il vaut la peine de le rappeler aujourd'hui, la première priorité est le rapport entre la sécurité et les droits – où le principe fondamental est l'absence de contradiction entre la protection de la sécurité et la protection des droits de la personne – car le contre-terrorisme même est ancré dans une perspective à deux axes des droits de la personne.
Tout d'abord, le terrorisme transnational constitue une attaque contre la sécurité d'une démocratie et contre les droits les plus fondamentaux de ses habitants – le droit à la vie, à la liberté et à la sécurité de la personne. Par conséquent, le contre-terrorisme promeut et protège la sécurité d'une démocratie et des droits fondamentaux de la personne face à cette injustice—en fait, il assure la protection de la sécurité humaine dans son sens le plus profond.
Parallèlement, un deuxième axe se rattache à la perspective des droits de la personne ancrée dans le rapport entre le contre-terrorisme et les droits de la personne, soit celui de l'exécution et de l'application de la loi et de la politique antiterroristes qui doivent toujours respecter la règle du droit. Les minorités ne doivent jamais être traitées différemment ni faire l'objet de discrimination. La torture doit être interdite partout et à jamais. Le contre-terrorisme ne doit pas saper la sécurité humaine que nous cherchons à promouvoir et à protéger au moyen de ce contre-terrorisme.
Cette approche fondée sur les principes en ce qui a trait au rapport entre la sécurité et les droits a inspiré ma tâche dans un monde que le journal Le Monde a caractérisé dernièrement comme un de terrorisme sans frontières – terrorism without borders . J'ai d'ailleurs avancé cette position et ce principe dans toutes mes discussions bilatérales avec mes homologues ministériels et dans chaque forum international auquel j'ai participé – que ce soit au G8, au Conseil de l'Europe ou au Moyen-Orient. Cette approche a été à la fois le cadre et le contenu pour mes comparutions devant les comités parlementaires de la chambre et du Sénat qui procèdent à l'heure actuelle à l'examen de la Loi antiterroriste – et je tiens, d'ailleurs, à féliciter l'Association du Barreau canadien pour sa contribution réfléchie et bien fondée à cet examen parlementaire. Nous avons également lancé une Table ronde transculturelle en mars 2005 pour tenir un dialogue soutenu avec les collectivités culturelles et les minorités visibles au sujet de la Loi antiterroriste et de ses effets; et je continue de rencontrer régulièrement des groupes ethnoculturels et minoritaires concernant le thème de cette approche fondée sur des principes en ce qui a trait à la sécurité et aux droits de la personne.
2 – La deuxième priorité est celle de la protection des personnes les plus vulnérables
Le critère d'une société juste – organisé autour du principe de l'égalité et de la dignité humaine – est la façon dont elle traite ses membres les plus vulnérables : les enfants, les femmes, les réfugiés, les Autochtones et les minorités.
À cet égard, je suis enchanté du fait que la première initiative de la session parlementaire après notre rencontre de l'an dernier a été le dépôt d'un projet de loi visant à « protéger les enfants et autres personnes vulnérables » contre l'exploitation sexuelle, la violence, la maltraitance et la négligence, qui a d'ailleurs reçu la sanction royale le mois dernier. Nous avons également procédé, dans ce contexte, à l'expansion à l'échelle nationale de la ligne directe fructueuse basée au Manitoba, Cybertip.ca – qui permet de signaler les cas d'exploitation d'enfants.
Récemment, j'ai déposé la première initiative législative pour combattre le fléau de la traite des personnes – nouveau commerce mondial des esclaves et industrie criminelle internationale de plus en plus florissante – qui fait partie de notre stratégie de lutte contre la traite d'être humains, articulée autour de la prévention du commerce des personnes, de la protection des victimes du commerce des personnes et de la poursuite des auteurs de la traite des personnes.
Pour ce qui est de la justice applicable aux Autochtones, nous avons cherché à façonner un cadre de défense stratégique organisée autour des sept R :
r econnaissance du fait que les Autochtones sont les premiers habitants de notre pays;
r espect du statut constitutionnel distinct tel qu'il est énoncé dans la Charte des droits et dans la Constitution du Canada.
r éparation des torts passés, comme les séquelles des pensionnats indiens;
r éponse dans le cadre des obligations de l'État envers les droits et sensibilités des Autochtones tels qu'énoncés, entre autres, dans les décisions récentes de la Cour suprême du Canada dans les affaires Taku River et Haida ;
r eprésentation – en double sens – pour traiter et réparer la surreprésentation des peuples autochtones tant à titre de victimes que de contrevenants dans le système de justice pénale et la sous-représentation des Autochtones parmi les aides judiciaires, les poursuivants et les juges dans l'appareil judiciaire;
r éconciliation – si nous réussissons les cinq premiers R, ils seront le fondement de la réconciliation
renouveau, c'est-à-dire une relation renouvelée fondée sur la confiance mutuelle, le respect et une véritable réconciliation.
Je suis donc enchanté qu'un accord politique historique ait été signé, en juin 2005, avec l'Assemblée des Premières nations –avec le Chef national Phil Fontaine que l'on appelle de façon fort appropriée « Celui des âges » – en vue d'une résolution juste et durable des séquelles des pensionnats indiens – d'ailleurs, l'honorable Frank Iacobucci, qui est ici, a été nommé représentant du gouvernement pour diriger ces négociations.
Enfin, toujours sur ce thème de la protection des personnes les plus vulnérables, j'ai présidé une rencontre avec les représentants de la collectivité juridique, y compris l'Association du Barreau canadien, en juin 2005 dans laquelle j'ai demandé de nouveau – comme je l'avais fait la première fois à la conférence de l'ABC l'an dernier, que se mette en branle un mouvement pro bono – une culture pro bono – au nom du bien public. Et je tiens à féliciter l'Association du Barreau canadien de ses initiatives à cet égard.
3 –La troisième priorité est la lutte contre la racisme, la haine et la discrimination
Le racisme, le discours haineux et les crimes motivés par la haine contre des groupes identifiables constituent une attaque à la dignité et à la valeur inhérente de chaque personne, aux droits des minorités à la protection contre la calomnie, et à notre propre démocratie multiculturelle. Par conséquent, nous élaborons un éventail d'initiatives en matière de justice – tant au pays qu'à l'échelle internationale – pour lutter contre le racisme, le discours et les crimes haineux . En un mot, nous envisageons une société dans laquelle il n'y aura jamais de refuge ni pour la haine ni pour le sectarisme.
Dans ce contexte, et dans ce but, nous avons lancé le premier Plan d'action nationale du Canada contre le racisme. J'ai également annoncé l'Initiative nationale de justice contre le racisme et la haine, qui comportait treize points. Et le mois dernier, je me suis rendu à Strasbourg pour signer un protocole international à la Convention sur la cybercriminalité en vue de lutter contre le racisme et les actes motivés par la haine qui sont commis au moyen d'Internet – pour contrer la haine et les préjugés sur Internet, comme l'énonce notre Initiative nationale.
4 – La quatrième priorité est celle de la lutte contre l'impunité et les atrocités de masse
Cette lutte comporte une stratégie à trois volets, le premier étant axé sur la notion selon laquelle la meilleure protection contre les atrocités de masse est de les empêcher. Si la prévention est impossible, si les États ne sont pas en mesure ou ne sont pas prêts à empêcher eux-mêmes les massacres ou s'ils sont eux-mêmes les auteurs de tels actes criminels, il incombe alors maintenant à la communauté internationale d'assurer la protection contre les massacres. J'ai donc cherché à articuler la nature et l'impératif de cette responsabilité au cours de rencontres bilatérales et dans des forums internationaux, surtout en ce qui a trait au génocide par attrition au Darfour.
Le dernier volet crucial de cette stratégie est l'imputabilité, ou plus précisément l'importance de traduire en justice les criminels de guerre, que reflète notre appui à la Résolution du Conseil de sécurité de l'ONU de renvoyer les auteurs d'atrocités de masse au Darfour devant la Cour pénale internationale.
Cela couvrait mon rapport d'étape dans la mise en ?uvre des quatre priorités en matière de justice que je vous avais exposées l'an dernier -- et qui demeurent le point central de notre programme au ministère de la Justice.
Permettez-moi d'aborder maintenant le thème annoncé, soit « La révolution constitutionnelle, les tribunaux et la poursuite de la justice », dont je vais tirer l'émergence de trois principes et priorités depuis notre dernière rencontre de l'ABC l'an dernier et qui, dans leur ensemble, constituent notre programme de justice.
1 – La révolution constitutionnelle : promotion et protection de la Charte canadienne des droits et libertés
L'un des principes prioritaires majeurs du programme en matière de justice – auquel je croyais déjà en tant que professeur de droit, mais que j'apprécie encore plus en tant que ministre de la Justice et procureur général du Canada – est celui de la promotion et de la protection de la Charte canadienne des droits et libertés en général, et de ses dispositions visant les droits à l'égalité et l'anti-discrimination en particulier.
Alors que nous commémorons le 20e anniversaire de l'entrée en vigueur de la disposition de la Charte visant les droits à l'égalité, il nous faut apprécier l'impact transformateur de la Charte des droits – le principe des droits à l'égalité – non seulement sur nos lois, non seulement sur la façon dont nous plaidons, mais également sur notre mode de vie.
En effet, nous sommes passés d'une démocratie parlementaire à une démocratie constitutionnelle; nous sommes passés de juges qui étaient arbitres du fédéralisme juridique à des juges devenus garants des droits de la personne, car le Parlement leur a conféré le pouvoir de protéger nos droits et libertés fondamentaux; nous sommes passés de particuliers et de groupes qui étaient, avant l'univers de la Charte, des spectateurs passifs du fédéralisme juridique à des particuliers et groupes détenteurs de droits – des revendicateurs de droits– dotés d'une panoplie de droits et de recours qui n'auraient même pas été justiciables il y a 23 ans, ce nouveau trialogue extraordinaire entre le Parlement, les tribunaux et la population -- qui s'est concrétisé dans le débat et l'adoption de la loi sur les conjoints de même sexe.
Cette loi est ancrée dans deux principes fondamentaux de la Charte – les droits à l'égalité et, dans ce contexte, l'élargissement du mariage civil aux gais et aux lesbiennes, sans influer sur le mariage religieux ou enlever des droits à d'autres personnes, et la liberté de religion ; dans ce contexte, aucune autorité religieuse ne sera forcée de procéder à des mariages de conjoints de même sexe contraires à leurs convictions religieuses. Pour plus de certitude d'ailleurs, nous avons adopté une modification générique voulant qu'aucun avantage ne sera retiré ni aucune obligation ou sanction ne sera imposée à une personne ou à une organisation pour avoir exercé leur droit à la liberté de conscience et de religion en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.
De plus – cela est moins connu, mais tout aussi important – cette révolution constitutionnelle des droits et recours a eu un effet transformateur sur les rôles et les responsabilités du ministre de la Justice et procureur général du Canada en tant que garant de la primauté du droit, car je dois notamment :
certifier que toutes les lois et politiques proposées sont conformes à la Charte canadienne des droits et libertés ;
conseiller les ministères et organismes du gouvernement – en ma capacité de Conseiller juridique en chef auprès du gouvernement – sur notre fidélité à la Charte, c'est-à-dire sur la création d'une culture de respect des droits et libertés dans l'ensemble de l'administration fédérale;
promouvoir le respect de nos obligations internationales, lorsque le droit international est une « autorité pertinente et persuasive » selon l'interprétation de la Charte;
signaler que nos interventions devant les tribunaux doivent être conformes à la Charte;
assurer que les poursuites soient effectuées en fonction des obligations prévues dans la Charte;
évaluer les demandes de révision des condamnations en fonction des obligations prévues dans la Charte;
assurer que l'entraide juridique et la coopération juridique internationale, notamment l'extradition, respectent la Charte;
pour ce qui est du rôle du Parlement et de la population – favoriser la sensibilisation à la Charte.
En un mot comme en cent, la fidélité à la Constitution – à la primauté du droit – à la Charte canadienne des droits et libertés – doit être le canon et l'engagement que nous devons respecter, et c'est ce qui me guidera dans mes obligations en tant que ministre de la Justice et procureur général du Canada.
2 – La nomination des juges et le processus de nomination à la magistrature.
Si vous m'aviez interrogé l'an dernier sur mes priorités, je n'aurais certainement pas mentionné la nomination des juges. Mais j'ai compris qu'il s'agissait d'une partie essentielle de l'administration de la justice dans ce pays – une question d'héritage – qui existera bien plus longtemps que tous ceux qui sont au gouvernail.
C'est pourquoi je suis ravi d'avoir participé à la nomination de deux juges exceptionnelles à la Cour suprême du Canada, mesdames les juges Rosalie Abella et Louise Charron – qui sont, par ailleurs, également des femmes, et la Cour suprême du Canada comptant maintenant quatre femmes sur un total de neuf juges; nous avons la Cour suprême la mieux équilibrée du monde à cet égard.
Dans toutes les nominations judiciaires, le mérite est le critère primordial, l'excellence st la norme, mais je suis également ravi du fait que les nominations traduisent la diversité de notre pays et notre respect pour celle-ci.
Nous avons récemment déposé au Parlement une proposition détaillée de réforme du processus de nomination à la Cour suprême du Canada qui contribue à une première réforme du genre, et que je voudrais maintenant vous exposer.
a) Cette proposition de réforme des nominations s'appuie sur sept principes clés :
Le premier est le principe du mérite – o ù l'objectif primordial du processus de nomination est d'assurer que les meilleurs candidats soient nommés en fonction des critères du mérite que j'ai décrits l'an dernier, tout en reflétant dans la mesure du possible la diversité de la société canadienne.
Le deuxième principe est le cadre constitutionnel, reconnaissant que la nomination des juges à la Cour suprême doit toujours relever de la compétence constitutionnelle du gouverneur en conseil – qui est un pouvoir non délégué.
Le troisième principe est celui de la promotion et de la protection de l'indépendance de la magistrature et de l'intégrité de la Cour suprême du Canada et de l'appareil judiciaire en général.
Le quatrième principe est celui d'une plus grande transparence et d'une plus grande imputabilité, en assurant que le processus soit connu, compris et engagé. À cet égard, le processus sera administré, pour la première fois, par le Commissaire à la magistrature fédérale.
Le cinquième principe est celui de la contribution des parlementaires afin d'accroître la transparence et l'imputabilité du comité consultatif.
Le sixième principe est celui d'une contribution accrue des provinces.
Le dernier principe est celui d'une plus grande contribution et d'une plus grande participation du public. :
b) Les quatre étapes du processus de nomination à la Cour suprême du Canada
Quant aux détails du processus, celui-ci aurait quatre étapes séquentielles.
Dans la première étape, à titre de ministre de la Justice, je tiendrais de vastes consultations comme le reflète le Protocole sur les personnes à consulter que j'ai déjà rendu public. Je consulterais notamment la juge en chef de la Cour suprême du Canada, les juges en chef de la province ou de la région pour laquelle le poste doit être comblé, les procureurs généraux des provinces, le président de l'Association du Barreau canadien, et des représentants des barreaux provinciaux; de plus, j'aurai recours à un processus officiel administré pour la première fois invitant le public à faire part de ses recommandations. À partir de là, je dresserais une liste d'environ cinq à huit candidats, selon la province ou la région, qui seraient évalués par un comité consultatif mis sur pied à cette fin.
Lors de la deuxième étape, un comité consultatif serait mis sur pied pour mener des consultations et un processus d'évaluation des candidats selon un mandat rédigé par le Ministre et selon des critères bien établis contenus dans le protocole public. Le comité consultatif fournirait alors au Ministre une liste courte de trois candidats, accompagnée d'une évaluation des points forts et des points faibles de chaque candidat figurant sur la liste courte.
À la troisième étape, le ministre de la Justice et le Premier ministre termineraient toute autre consultation jugée nécessaire, et le Premier ministre recommanderait un candidat au gouverneur en conseil.
Enfin, le Ministre comparaîtrait devant le Comité de la justice aussi tôt que possible après la nomination pour lui expliquer le processus de nomination ainsi que les qualités personnelles et professionnelles du candidat retenu, comme je l'ai fait devant le comité spécial l'été dernier.
c) Étapes déjà entamées pour combler le prochain poste vacant
En ce qui concerne le processus que je viens de décrire, nous commençons à l'appliquer. Comme vous le savez, M. le juge John Major a annoncé publiquement qu'il démissionnera de la Cour suprême à compter du 25 décembre 2005. En conséquence, j'ai maintenant entamé un processus de consultation, et nous prenons les mesures nécessaires pour établir un comité consultatif qui s'occupera de combler le poste laissé vacant. Le comité consultatif sera composé d'un député de chaque parti reconnu; d'un juge retraité choisi par le Conseil canadien de la magistrature, et d'une personne de la région dont vient le titulaire du poste laissé vacant, choisie par le procureur général provincial, d'une personne choisie par les barreaux et de deux personnes canadiennes éminentes qui ne sont ni juges ni avocats. Un nouveau comité consultatif sera mis sur pied toutes les fois qu'un poste deviendra vacant à la Cour suprême du Canada.
Voilà donc notre proposition de réforme du processus de nomination à la Cour suprême du Canada, et je remercie vivement les participants clés au processus de réforme, comme l'Association du Barreau canadien, pour leur excellente contribution à cet égard.
d) Améliorations au processus de comité pour la nomination de juges de niveau fédéral
Nous avons également fait des progrès en ce qui concerne les réformes du processus de nomination d'autres juges de niveau fédéral. Je réfléchis depuis un certain temps à ce sujet -- déjà lorsque j'étais professeur -- mais mes réflexions sont dues plutôt au travail accompli dans le processus de nomination à la Cour suprême et aux consultations menées à cet égard.
Plus récemment, toutefois, et comme vous le savez certainement, les demandes de réforme du processus se sont faites plus insistantes à la suite de certains témoignages incendiaires dans le cadre de l'enquête de la Commission Gomery.
Permettez-moi de répéter et d'affirmer de nouveau simplement mes propos antérieurs en réponse aux allégations selon lesquelles le processus de nomination est vicié par des considérations politiques. L'affiliation politique n'est ni une condition préalable ni une cause d'exclusion pour un poste de juge. L'unique critère de nomination est celui du mérite.
Il est vrai que de nombreux avocats très qualifiés qui s'occupent d'affaires publiques pourraient se porter plus tard candidats à la magistrature. Mais la participation à des enjeux publics doit être bienvenue, non découragée. Le fait d'exclure des professionnels excellents et énergiques de la mise en candidature à un poste de juge restreindrait le bassin de candidats à des postes politiques et judiciaires et dissuaderait peut-être leur participation au processus démocratique même.
Cela dit, j'admets que certains membres de la collectivité juridiques et des journalistes ont soulevé des craintes légitimes concernant le processus actuel. Je prends ces commentaires et ces préoccupations très au sérieux. D'ailleurs, j'ai dit que même si j'estime que le processus actuel est solide en principe, je ne nie pas qu'il peut être amélioré en pratique.
J'aimerais aborder maintenant les mesures que je prendrai afin d'améliorer la transparence et l'imputabilité des comités consultatifs afin d'assurer que le processus de nomination de juges fonctionne de façon aussi indépendante, efficace et équitable que possible.
Pour décider de ces initiatives, j'ai demandé conseil aux présidents des divers comités consultatifs provinciaux et territoriaux de la magistrature fédérale, puisque ce sont eux qui ont l'expérience sur le terrain du fonctionnement pratique du processus. J'ai rencontré, ensemble, tous les présidents en juin dernier. Ils m'ont donné une rétroaction et des suggestions fort précieuses pour accroître la transparence du processus et la confiance à son égard.
Tout d'abord, un Code de déontologie est en cours d'élaboration; il donnera une orientation professionnelle claire à tous les membres du comité quant à leurs responsabilités délicates et importantes. Un élément majeur du code régira la façon de mener les consultations entreprises individuellement et collectivement par les membres, ainsi que leur contenu.
Deuxièmement, je rendrai public non seulement ce Code de déontologie, mais aussi, pour la première fois, la lettre de mandat et les lignes directrices qui régissent la participation des membres du comité au processus. Cela permettra au public de mieux saisir la façon dont les membres du comité recueillent et évaluent les renseignements visant les critères reliés au mérite, et permettra également que des mesures soigneuses soient prises pour assurer la confidentialité si essentielle au processus.
Troisièmement, je demanderai au Commissaire à la magistrature fédérale de publier annuellement deux ensembles importants de renseignements : 1) une liste à jour des membres des comités de nomination à la magistrature fédérale, et 2) des renseignements concernant les demandes de postes de juges, y compris les nombre total de demandes, ainsi que le nombre de candidats, qui sont recommandés et fortement recommandés.
Ce sont là les mesures immédiates que je prendrai en vue de réformer le processus de nomination des juges au niveau fédéral.
À plus long terme, je continuerai de consulter des experts pour leur demander leur avis sur d'autres moyens d'améliorer le processus. Étant donné le rôle essentiel de l'Association du Barreau canadien dans l'établissement du processus initial, votre participation et votre appui seront cruciaux pour mes efforts dans ce domaine. Je demeure convaincu qu'à tout le moins une meilleure compréhension par le public du processus de comité des nominations judiciaires fera beaucoup pour dissiper les critiques et les insinuations qui ont de plus en plus visé les juges au cours des derniers mois.
3 - Édification de systèmes internationaux de justice pour le 21e siècle
Permettez-moi d'aborder maintenant une troisième priorité émergente, qui est pour nous d'édifier un système international de justice pour le 21 e siècle, et de le faire en aidant à édifier – un par un -- des systèmes de justice nationaux, y compris le respect de l'indépendance de la magistrature.
C'est pourquoi, une initiative majeure du ministère de la Justice vise la coopération juridique internationale et l'édification de systèmes nationaux de justice en vue de l'établissement d'un système international de justice pour le 21e siècle. Cette tâche englobe une coopération et une entraide bilatérales dans l'édification de systèmes nationaux de justice dans des pays et cultures aussi différents que l'Indonésie, qui est la plus vaste démocratie musulmane du monde.
J'aimerais mentionner maintenant un nouveau projet passionnant que nous appelons ME-4. Il a commencé lors de ma visite officielle de l'hiver dernier au Moyen-Orient – en Égypte, en Israël, en Palestine et en Jordanie – appelée ME4, où j'ai fait connaître à mes homologues, ainsi qu'aux juges en chef, aux présidents des parlements et aux représentants de la société civile, les priorités du programme de justice. Plus précisément, des discussions ont porté sur l'importance d'édifier un système de justice national organisé autour de la promotion de la démocratie, des droits de la personne, d'une bonne gouvernance, et de la primauté du droit.
Je suis heureux de vous faire savoir que les ministres de la Justice du ME-4 ont accepté de participer à un dialogue sur la justice. Il s'agit de la première rencontre qui ait jamais eu lieu entre ces quatre ministres dans un forum que nous accueillerons à Ottawa au début de 2006.
Nous avons également entamé un programme de formation sur l'indépendance de la magistrature avec l'Autorité palestinienne, et je suis donc ravi d'annoncer que le juge en chef de la Cour suprême palestinienne, Zouhair Sourani, et le juge en chef adjoint de cette Cour, Assad Mubarak, viendront aussi au Canada cet automne.
Je voudrais conclure en vous invitant, une fois encore, à prendre la tête de la lutte pour défendre le bien public, car notre profession n'est pas simplement un métier, elle est une vocation. Et plus qu'une vocation, elle est le gage de la défense du public. Chacun de nous doit se considérer comme un procureur général ayant un rôle indispensable à jouer dans la poursuite de la justice. Chacun et chacune d'entre nous a la capacité de faire quelque chose tous les jours, quelque part, au nom d'une victime de discrimination ou d'un désavantage. Chacun et chacune d'entre nous peut aider à édifier une société juste, humaine et compatissante.
Merci