Conférence canadienne sur la sûreté de l'aviation (CCSA)
Diriger le changement : la sûreté aérienne d'aujourd'hui et de demain
29 mars 2006
Ottawa (Ontario)
Le texte prononcé fait foi
Tout d'abord, permettez-moi de dire que c'est un très grand honneur pour moi de faire partie de ce groupe d'experts en compagnie de mes distingués collègues, Margaret Purdy, Bill Elliot et Louis Ranger.
Trois personnes qui comptent une vaste expérience de la sûreté aérienne au Canada.
Compte tenu du temps qui m'est alloué, j'essaierai de prononcer une allocution aussi brève que possible, ce qui nous permettra de répondre à des questions de l'auditoire.
Winston Churchill a une fois été invité à prononcer l'allocution à l'occasion de la cérémonie de remise des diplômes à l'Université Oxford. Une fois présenté, il s'est levé, s'est dirigé vers l'estrade et a déclaré « N'abandonnez jamais, jamais ». Il est ensuite allé se rasseoir.
Maintenant, je ne peux pas promettre d'être aussi bref que Monsieur Churchill, mais j'essaierai de me concentrer sur trois points importants :
Premièrement, la sûreté aérienne au Canada est sans aucun doute meilleure aujourd'hui qu'elle ne l'était avant les événements du 11 septembre et, nos mesures de sécurité doivent continuer d'évoluer si nous devons demeurer efficaces.
Deuxièmement, la menace terroriste continue de planer et est en train de changer.
Et troisièmement, la responsabilité principale de l'ACSTA est de gérer l'imprévu.
Lorsque les vols dans le monde entier se sont arrêtés brusquement le 11 septembre 2001, les gouvernements ont reconnu que, afin de regagner la confiance du public, des changements majeurs devraient être apportés à la sûreté aérienne.
L'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien (ACSTA) était au cur du plan du gouvernement visant à améliorer la sûreté du transport aérien au Canada.
Qu'est-ce que l'Administration canadienne de la sûreté du transport aérien? Née dans les sillons des événements du 11 septembre, l'Administration a pour mission de protéger le public en assurant la sécurité des aspects critiques du système du transport aérien, tels qu'ils sont désignés par le gouvernement.
Pour remplir son mandat, l'Administration s'est vu confier six responsabilités.
Le contrôle de préembarquement (CPE)
Le contrôle des bagages enregistrés (CBE)
Le contrôle des non-passagers (CNP)
La mise en place de la carte d'identité pour les zones réglementées (CIZR)
Les contributions financières aux Programmes de services de police dans les aéroports
Les contributions financières au Programme canadien de protection des transporteurs aériens (PCPTA)
L'Administration a réalisé beaucoup de progrès depuis sa création en avril 2002. Nous offrons aux voyageurs aériens une sécurité qui répond aux normes nationales et qui témoigne de la culture du respect au Canada.
Je suis certain que bon nombre d'entre vous se demandent comment nous avons réussi à rendre le système encore plus sûr.
Grâce à la collaboration avec nos partenaires, le système de sécurité aérienne est plus sûr qu'il ne l'était avant les événements du 11 septembre et, nos mesures de sécurité doivent évoluer si nous devons demeurer efficaces.
Notre système de sécurité a été conçu pour déceler et dissuader les attaques terroristes au moyen de formation et de matériel à la fine pointe de la technologie.
Premièrement, nous avons élaboré certains des programmes de formation à l'intention des agents de contrôle figurant parmi les meilleurs dans le monde.
Nous avons mis en place une série de niveaux de formation progressifs, augmenté la durée des cours en classe, de la formation en milieu de travail et de l'apprentissage assisté par ordinateur. Nous avons également plus que doublé le niveau global de formation depuis les événements du 11 septembre.
Examinons les chiffres.
L'ACSTA est responsable de services dans 89 aéroports au pays et de plus de 4 000 agents de contrôle à contrat.
Ces agents procèdent au contrôle de plus de 37 millions de passagers, de plus de 60 millions de bagages et de plus de 800 000 non-passagers par année. Bref, ils ont un travail difficile à accomplir.
Pour les soutenir, nous avons déployé plus de 2 500 appareils de détection mentionnons, entre autres, un système de détection d'explosifs, un système de télévision en circuit fermé (TVCF) qui aide les services de maintien de l'ordre et les administrations aéroportuaires à gérer les incidents de sécurité, et la carte d'identité pour les zones réglementées (CIZR) qui a fait de l'Administration un vrai chef de file dans la mise en uvre de la technologie biométrique et qui dote le Canada de l'un des programmes de contrôle de l'accès des zones réglementées les plus sûrs dans le monde.
Enfin, mais certainement non le moindre, le 1er janvier 2006, l'Administration a livré l'une des principales composantes de son mandat : le contrôle de tous les bagages enregistrés.
L'équipement est essentiel et la formation est vitale. Il y a un autre aspect, cependant, qui mérite d'être souligné.
En plus de ces outils dans les aéroports, l'Administration travaille également en étroite collaboration, en coulisse, avec nos partenaires de la sécurité, dont la GRC, le Service canadien du renseignement de sécurité (SCRS) et Transports Canada, ainsi que le milieu universitaire pour nous assurer de comprendre le climat dans lequel nous évoluons, en plus de nous familiariser avec les motivations, les intentions, les idéologies et les capacités des terroristes.
Permettez-moi de vous donner un exemple.
Santé Canada surveille ce qui se passe dans le monde en ce qui concerne la grippe aviaire pour garantir que le Canada est prêt à intervenir.
La même théorie s'applique à l'Administration; nous devons surveiller les actes de terrorisme dans le monde entier et nous assurer ainsi de comprendre les menaces potentielles à nos opérations et faire en sorte que nous soyons prêts à intervenir.
Dans ce but, nous avons également mis sur pied le Forum international pour le contrôle de sûreté (FICSA dans le secteur de l'aviation, où une fois par année, les chefs des agences de contrôle de la sûreté aérienne du monde entier se rassemblent pour échanger sur leurs expériences et leurs pratiques exemplaires.
En consultant nos partenaires en sécurité, les experts du milieu universitaire en terrorisme, nos homologues internationaux et nos principaux intervenants dans les aéroports, nous nous assurons de bien comprendre le climat de menace et nous apprenons en partageant les pratiques exemplaires avec nos partenaires internationaux.
Nous devons continuer d'établir et de renforcer ces partenariats dans tous les ordres de gouvernement, avec nos intervenants et dans le secteur privé, avec nos homologues internationaux et avec le public canadien. Ces partenariats assureront la sécurité des voyageurs et fourniront les meilleurs services possibles.
Notre système de sécurité ne peut pas demeurer statique. Les mesures que nous avons mises en place après les événements du 11 septembre ont amélioré sensiblement le système, mais nous devons poursuivre le travail.
Nous devons continuer à dissuader les terroristes en intégrant de nouvelles couches de défense dans nos systèmes de sécurité.
Nous devons être souples et adaptables; notre travail et nos décisions doivent graviter autour du risque.
Nous ne pouvons pas seulement compter sur la détection d'objets; nous devons plutôt recourir à tous les moyens à notre disposition pour nous assurer de faire des aéroports des cibles renforcées.
Nous devons envisager de nouvelles pratiques et techniques afin de pouvoir réagir efficacement aux menaces.
Le climat de menace ne cesse de changer; nos mesures de sécurité doivent donc évoluer.
Ceci m'amène à parler de mon deuxième point : le terrorisme et la menace terroriste changent.
Tous les experts s'entendent pour dire que la menace ne s'est pas atténuée.
En fait, certains soutiennent que le terrorisme ne sera jamais complètement éliminé.
Nous ne devrions pas être surpris d'apprendre que le Canada est toujours considéré comme une cible. Le premier ministre, Stephen Harper, l'a confirmé récemment lors de sa visite en Afghanistan lorsqu'il a déclaré qu'« Al-Qaïda a fait du Canada une cible pour des attaques terroristes1 ».
Bruce Hoffman, un spécialiste réputé en matière de terrorisme, soutient que cette lutte est loin d'être terminée et que nous devrions l'assimiler plus à un marathon qu'à un sprint vers la ligne d'arrivée.
Les experts reconnaissent également que les méthodes terroristes sont en train de changer.
Les terroristes adaptent et ajustent leurs méthodes en préparation de la prochaine attaque.
Et c'est exactement pour cette raison que nous devons constamment examiner, mettre à jour et ajuster nos interventions2.
Et même Al-Qaïda depuis les événements du 11 septembre a changé, a évolué. Il s'est transformé d'une organisation en une idéologie et en une marque de commerce.
Bruce Hoffman explique qu'il y a quatre niveaux dans Al-Qaïda3.
Le noyau d'Al-Qaïda : Les professionnels qui ont organisé les attaques du 11 septembre.
Les groupes affiliés et associés à Al-Qaïda : Les groupes terroristes homologues dans le monde comme Jemaah Islamiyah.
Les militants locaux d'Al-Qaïda : Des individus comme Ahmad Ressam qui allait perpétrer un attentat à la bombe lors du réveillon de l'An 2000, qui sont des terroristes en veilleuse.
Le réseau d'Al-Qaïda : Des cellules indépendantes comme les responsables des attaques du 11 mars à Madrid.
Comme vous pouvez le constater, c'est très difficile de dresser un profil type des terroristes. Hommes et femmes, ils viennent de tous les milieux, de toutes les nationalités et de tous les groupes d'âge.
Certains sont des hommes adultes, d'autres sont des adolescentes et même des enfants.
Certains sont instruits et d'autres ne le sont pas. Certains sont riches, certains sont pauvres.
Nous sommes aux prises avec un mouvement terroriste, résilient et patient qui a épousé les messages d'Osama Bin Laden.
Nous devons tenir compte du fait que la menace vient de bien des directions différentes. Non seulement elle vient de l'étranger, mais nous devons être réalistes également au sujet de la menace locale.
Et nous devons également être réalistes au sujet de leurs cibles.
Oui, les aéroports sont une cible renforcée, qui présentent quand même un attrait.
Pourquoi? Les experts du terrorisme soutiennent que les aéronefs et les aéroports seront toujours une cible attrayante en raison des répercussions économiques et du symbolisme qu'ils représentent.
Ainsi, notre travail est d'autant plus important et déterminant, sans parler du fait que de tels facteurs font ressortir que nous devons constamment améliorer nos mesures de sécurité afin de pouvoir être aussi adaptables et résilients dans nos efforts.
Cela confirme mon dernier point, à savoir qu'une responsabilité majeure de l'Administration est de gérer l'imprévu.
Une administration de la sûreté responsable comme l'ACSTA ne peut pas se permettre d'être trop confiante.
Une attaque majeure contre l'aviation civile au Canada aurait un effet dévastateur sur notre économie et détruirait la confiance du public.
Il nous incombe de prévenir une telle attaque et de maintenir la confiance du public à l'égard de la sûreté du système de transport aérien.
Nous devons être une organisation proactive plutôt que réactive.
Nous devons maintenir notre avance face aux nouvelles menaces et à celles qui se dessinent à l'horizon.
Nous remettons en question notre système de sécurité chaque jour en questionnant nos processus et nos procédures.
Nous apprenons de nos expériences et nous adaptons nos procédures en conséquence.
Pourquoi?
S'il en est ainsi, c'est que nous devons demeurer sur le qui-vive pour gérer l'imprévu.
Il nous incombe de réfléchir et de planifier de façon stratégique au-delà de la menace terroriste actuelle.
C'est le seul moyen que nous disposons pour nous assurer que ce que nous faisons aujourd'hui est efficace et le sera encore demain.
Grâce au système que nous avons mis en place, les aéroports à la grandeur du pays sont maintenant une cible renforcée, et nous devons constamment chercher à améliorer le système de façon à ce que nous nous ne retrouvions pas à livrer la dernière bataille.
Les aéronefs et les couteaux polyvalents étaient les armes de choix des terroristes le 11 septembre. Cela ne signifie pas pour autant qu'ils utiliseront les mêmes instruments.
La sécurité est un travail difficile il suffit que les terroristes visent juste une fois. Nous devons viser juste chaque fois.
Voilà pourquoi l'ACSTA s'efforce d'être un organisme de sécurité agile et souple. Les bureaucraties ne gagneront jamais la guerre au terrorisme.
Nous devons nous réinventer et nous ressourcer de façon continue pour nous assurer que nous avons les meilleurs systèmes de sécurité, la meilleure formation et les meilleurs outils pour faire notre travail.
Nous savons bien que notre travail n'est pas terminé; il vient juste de commencer, et nous sommes prêts à relever le défi.
Merci.
1- Allocution du Premier ministre aux Forces armées canadiennes, le très honorable Stephen Harper, en Afghanistan, le 13 mars 2006.
2- Inside Terrorism, par Bruce Hoffman, Columbia University Press, 1998
3- Exposé de Bruce Hoffman, State of Al Qaeda: Prospects & Trends, le 2 mars 2006