L'allocution prononcée fait foi
Cérémonie d'accueil de M. le juge Marshall Rothstein à la Cour suprême du Canada
Le 10 avril 2006
Ottawa (Ontario)
Madame la juge en chef, honorables membres de la Cour, membres de la famille, et amis du juge Rothstein, mesdames, messieurs,
C'est pour moi un grand honneur d'avoir été invité ici aujourd'hui pour accueillir M. le juge Marshall Rothstein alors qu'il prend place à la Cour suprême du Canada.
Avant de commencer, je ne puis m'empêcher de penser à un passage de l'entrevue publique du juge Rothstein, qui a eu lieu il y a tout juste six semaines. On lui a demandé s'il approuvait le processus d'entrevue publique. Sa réponse? « Je ne puis dire en toute honnêteté que j'ai aimé passer mon lundi après-midi de cette manière. » M. le juge Rothstein, je suis prêt à parier que pour vous, l'événement d'aujourd'hui vous plaît un peu plus.
Je ne veux pas m'étendre trop longtemps sur le processus d'entrevue publique, mais je tiens à souligner que j'ai été émerveillé par la facilité du juge Rothstein de communiquer son humanité, sa compassion et son engagement d'une façon prévenante et accessible. Il a su littéralement charmer les parlementaires par sa calme humilité et son humour vif. Un conférencier possède son public lorsqu'il dit « votre question me rappelle une histoire » et que l'auditoire se met à rire – avant même que l'histoire commence. Je vais bientôt comparaître devant des comités parlementaires, aussi j'aimerais demander des tuyaux au juge Rothstein, s'il en a le temps.
Aujourd'hui marque un jalon important dans une vie et une carrière qui en a vu bien d'autres déjà. Depuis ses débuts modestes – fils unique d'immigrants de l'Europe de l'Est, qui ont payé ses études universitaires en travaillant dans les wagons-restaurants du Canadien Pacifique – le juge Rothstein s'est taillé une réputation sans faille, tout d'abord comme l'un des plaideurs les plus courtisés de l'Ouest canadien, puis comme l'un des juges les plus respectés de la Cour fédérale et de la Cour d'appel fédérale. Il a été par ailleurs professeur de droit, arbitre en relations de travail, arbitre des droits de la personne, membre du Tribunal de la concurrence et la liste ne s'arrête pas là. Il s'embarque maintenant pour un nouveau voyage, et je suis convaincu qu'il approchera ce défi avec la vigueur, l'enthousiasme et la diligence qui ont fait sa réputation.
Je viens de l'Ouest canadien rural – du sud-est du Manitoba – et je puis vous dire que l'histoire de la vie du juge Rothstein rencontre un bel écho dans tout le pays. C'est une histoire typiquement canadienne : l'histoire d'immigrants industrieux qui sont venus, et qui viennent encore, dans ce pays pour chercher une vie plus pacifique, plus stable et plus prospère – des immigrants qui comprenaient et qui comprennent la valeur d'un dur labeur, l'importance d'une bonne éducation, la signification de solides liens familiaux.
M. le juge Rothstein, il est indubitable que vos parents ont réussi à vous instiller ces valeurs. Vous êtes un exemple pour tous ceux et celles qui aspirent à un meilleur destin et vous incarnez ce qu'il faut être pour y arriver. Je n'ai évidemment pas la naïveté de penser que tous ceux et celles qui travaillent dur deviendront un jour juge à la Cour suprême. Mais soyez assuré que tous ceux et celles qui sont devenus juges à la Cour suprême y sont arrivés grâce à ce genre de diligence, de dévouement et d'engagement que vous avez démontré tout au long de votre carrière distinguée.
Si je sais compter, le juge Rothstein n'est que la 79e personne a être nommée juge à la Cour suprême du Canada durant nos 139 ans d'histoire – groupe élite s'il en est. Ce sont des institutions comme la Cour suprême du Canada qui ont permis à notre pays de se tailler une réputation internationale de société pacifique, démocratique et stable. La Cour est respectée et admirée de par le monde et est le symbole de l'engagement commun des Canadiennes et des Canadiens envers l'égalité des chances, l'équité et la primauté du droit.
Et à titre de son 79e juge, il est manifeste que M. le juge Rothstein contribuera de façon exceptionnelle au travail de la Cour. Dans la profession juridique, M. le juge Rothstein est universellement reconnu comme fin juriste. En termes de volume, la quantité de ses décisions judiciaires et de ses articles spécialisés est pour le moins impressionnante. Qui plus est, la plus grande partie de son oeuvre est rédigée avec une pure clarté et une précision remarquable – une maîtrise bien rare dans la profession juridique ou bien dans l'édifice où je travaille normalement à quelques centaines de pieds à ma droite.
Le juge Rothstein amène à cette Cour d'immenses connaissances et une expérience des plus vastes en droit commercial, en droit administratif, en droit fiscal, en droit des transports et en droit de la propriété intellectuelle. En dehors des tribunaux, il est un conférencier fort prisé – qui a prononcé des dizaines d'exposés englobant des sujets aussi variés que le privilège parlementaire, la propriété intellectuelle, le droit administratif, l'article premier de la Charte et sur la façon de plaider. Il est manifestement poussé par une curiosité intellectuelle vorace et cette volonté le sert bien lorsqu'il est appelé à rendre des décisions dans ces quelques domaines du droit – très peu nombreux à ce qu'il semble – avec lesquels il n'est pas très familier.
J'ai parlé de jalons, mais les jalons les plus importants dans nos vies sont ceux qui sont liés à notre famille. Il est souvent facile d'énumérer les réalisations de nos personnalités, et d'oublier la contribution des membres de la famille. En fait, la plupart d'entre nous ne serions pas où nous en sommes sans l'amour et le soutien de notre famille. M. le juge Rothstein, l'affection profonde et évidente que vous portez à votre épouse Sheila et à vos enfants Ronald, Douglas, Tracey et Robert était visible lors de votre entrevue publique. Au nom de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, je tiens à remercier les membres de votre famille de leur contribution à ce que vous êtes aujourd'hui.
Je tiens également à féliciter Sheila et vous-même pour la célébration de votre 40e anniversaire de mariage d'ici quelques mois. Il est rafraîchissant de constater une telle longévité d'un mariage.
Alors que nous sommes réunis aujourd'hui pour célébrer cette étape mémorable de la carrière remarquable du juge Rothstein, nous devrions également saisir cette occasion pour réfléchir au sujet d'une magistrature canadienne forte et indépendante. J'ai eu le privilège de visiter un certain nombre de pays en voie de développement, et je peux dire catégoriquement que l'indépendance de la magistrature est un élément essentiel d'une société libre et démocratique et qu'il ne faut jamais la prendre pour acquise.
En conclusion, M. le juge Rothstein, permettez-moi de vous offrir mes chaleureuses félicitations et mes meilleurs vœux de réussite dans l'accomplissement des tâches qui vous attendent dans ce poste distingué.
Merci.