Le 1er mai 2006
Ottawa (Ontario)
LE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI
Merci Monsieur le Président.
Le 23 juin 1985, le vol 182 d’Air India entre Montréal et Londres a explosé près de la côte de l’Irlande.
En tout, 329 passagers et membres de l’équipage, dont plus de 80 enfants, ont péri dans ce tragique accident.
En janvier de l’année suivante, le Bureau canadien de la sécurité aérienne a conclu que l’appareil avait été détruit par une bombe.
De toute évidence, il s’agissait d’un acte de terrorisme, d’un crime qui a fauché la vie de centaines d’innocents.
Les Canadiennes, les Canadiens ainsi que toute la communauté internationale ont demandé que les auteurs de ces actes soient traduits en justice.
Malheureusement, pour diverses raisons, cela n’a pas encore été possible. Et, tristement, cela ne se produira peut-être jamais.
Plus de vingt années ont passé depuis cette terrible tragédie, et bien que les Canadiennes et les Canadiens ne l’aient pas oubliée, ils sont portés à croire que les circonstances entourant l’accident sont liées à la situation politique en Inde.
Mais nous ne devons jamais oublier que la grande majorité des victimes du vol 182 étaient des citoyennes et des citoyens de notre pays. Des Canadiennes et des Canadiens.
Ces personnes et leur famille sont venues au Canada, tout comme nos ancêtres, pour jouir d’une meilleure qualité de vie dans un pays offrant des possibilités illimitées.
Les vies et les rêves de ces 329 hommes, femmes et enfants, ainsi que ceux de leurs familles, ont été brisés le 23 juin 1985.
Il est de notre devoir, en tant que Canadiennes et Canadiens, de tout faire pour faire en sorte qu’une telle tragédie ne se reproduise jamais.
L’attentat à la bombe commis contre le vol 182 d’Air India a fait l’objet de nombreuses enquêtes.
Mais pour des raisons qu’eux seuls connaissent vraiment, les gouvernements précédents n’ont pas lancé d’enquête publique officielle.
Il s’agit là de la première étape qui aurait permis de clore le dossier pour les familles des victimes, de donner des réponses aux principales questions en suspens et peut-être de prévenir d’autres actes de terrorismes contre les Canadiennes et les Canadiens.
Une enquête publique complète est nécessaire.
C’est ce que nous avons promis aux familles.
Et nous allons tenir notre promesse.
Cette enquête sera lancée immédiatement et menée par un Canadien remarquable, M. John Major, juge à la retraite de la Cour suprême.
Le juge Major a rencontré les familles à Ottawa, Vancouver et Toronto et ensemble, ils ont établi les modalités détaillées qui suivent.
Il a accepté de présider cette commission, et je suis persuadé qu’il mènera son enquête sur les faits entourant cette tragédie avec rigueur et sensibilité.
Monsieur le Président, je tiens à souligner que cette enquête n’est pas une question de représailles.
Il ne s’agit pas non plus de refaire les procès criminels sur cette affaire qui se sont déroulés à Vancouver de 2003 à 2005.
Cela ne servirait à rien.
Cette enquête vise plutôt à trouver la réponse à plusieurs questions importantes soulevées au cours des 20 dernières années au sujet de la pire tuerie dans l’histoire du Canada.
Cette enquête témoigne de notre compassion collective envers les personnes que cet acte de terrorisme a privées d’une mère, d’un père, de frères et sœurs, de parents ou d’amis.
Nous formons le vœu sincère que cette mesure permettra aux personnes endeuillées de tourner enfin la page.
Cette enquête permettra d’analyser les éléments qui sont apparus depuis 1985 et de les appliquer au contexte actuel. Aujourd’hui plus que jamais, le gouvernement du Canada doit être prêt à agir pour protéger les citoyennes et les citoyens contre la menace du terrorisme.
Sous la direction du juge Major, nous espérons qu’une enquête ciblée et efficace fournira des renseignements qui nous aideront à doter le Canada des méthodes et des services de police, des systèmes de sécurité dans les aéroports et des lois antiterroristes les plus efficaces au monde.
En terminant, je tiens à souligner les efforts des familles des victimes du vol 182 d’Air India en faveur de la tenue d’une enquête publique complète, et à rendre hommage à leur ténacité.
Certains des conjoints ou des parents des personnes qui ont péri dans cette tragédie sont eux-mêmes décédés au cours des deux dernières décennies.
Souvent ce sont leurs enfants ou d’autres membres de leur famille qui ont ensuite pris le relais.
L’attente a été longue et déchirante, mais leur foi et leur volonté de connaître la vérité, aussi douloureuse soit-elle, n’ont jamais fléchi. Ils sont une source d’inspiration pour nous tous.
Monsieur le Président, nous ne pouvons pas changer le passé.
Par contre, nous pouvons aider à assurer un certain apaisement aux familles qui ont perdu des êtres chers à bord du vol 182.
De plus, en obtenant des réponses et en repérant les failles dans le système actuel, nous pouvons faire en sorte de sauver des vies.
J’invite tous les députés à appuyer les efforts de notre gouvernement à cet égard.
Merci.