(Ottawa, le 29 juin 2006) – Le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada (CRSH) a annoncé aujourd’hui l’attribution de la Bourse Bora Laskin de 2006 à Miriam Smith, professeure de sciences politiques à la Trent University. La chercheure étudiera l’impact de la Charte canadienne des droits et libertés sur les politiques concernant les lesbiennes, les gais, les bisexuels et les transsexuels.
Accordée chaque année par le CRSH, la Bourse canadienne Bora Laskin pour la recherche sur les droits de la personne a été créée en 1985 en l’honneur de l’ancien juge en chef de la Cour suprême du Canada. Cette bourse prestigieuse d’une valeur de 55 000 $ répartis sur 12 mois est offerte chaque année à un important chercheur canadien qui étudie les droits de la personne.
« De tous les groupes visés par l’article 15 de la Charte canadienne des droits et libertés, qui porte sur le droit à l’égalité, nul n’a obtenu une plus grande reconnaissance juridique que les lesbiennes, les gais, les bisexuels et les transsexuels », a souligné Mme Smith qui, en plus des fonctions qu’elle occupe à la Trent University, est associée de recherche au Sexual Diversity Studies Centre de l’University of Toronto. « Je cherche à savoir comment ces gains ont influencé l’organisation politique et le développement communautaire, et à déterminer si une nouvelle culture activiste en est née. »
Dans le cadre de ses travaux de recherche précédents, Mme Smith a conclu que, au cours des vingt dernières années, la lutte pour l’égalité des droits a rendu les groupes de représentation des lesbiennes, des gais, des bisexuels et des transsexuels moins radicaux. D’une part, cette lutte a été menée par des avocats, un groupe habituellement reconnu pour être assez conservateur. D’autre part, le succès remporté par les tenants de cette lutte impliquait une plus grande intégration dans la société. « Aujourd’hui, ces gens se sentent mieux acceptés, a expliqué la chercheure. Ils ressentent donc moins le besoin de se rallier. »
Mme Smith tente de déterminer si la lutte très médiatisée pour le mariage entre personnes de même sexe et d’autres questions de droit similaires n’a pas ébranlé une culture politique populaire en plein essor.
Grâce au financement du CRSH, Mme Smith mènera sa recherche à Vancouver, à Montréal, à Halifax et à Toronto. Dans chaque ville, elle interrogera des activistes de trois groupes différents de lesbiennes, de gais, de bisexuels et de transsexuels représentant tout un éventail d’orientations politiques, soit un groupe de jeunes, un groupe de professionnels et un groupe ethnoculturel.
« Il est important de savoir ce qui se passe réellement au Canada », a souligné la chercheure dont l’approche multidisciplinaire allie sciences politiques, droit, sociologie et géographie urbaine. « Nous avons tendance à croire que le tissu social du Canada est identique ou presque à celui des États-Unis ou d’ailleurs, mais cela n’est tout simplement pas le cas. »
Bien que son domaine d’étude puisse sembler radical, Mme Smith fait remarquer qu’elle pose en fait des questions de science politique traditionnelle. Quel impact le droit a-t-il sur la société? En quoi les établissements politiques influencent-ils les mouvements sociaux? « Pour répondre à ces questions, nous devons savoir ce que vit vraiment la population et pas uniquement connaître la théorie », a rappelé la chercheure.
« La Bourse Bora Laskin témoigne de la valeur qu’accorde le CRSH à la recherche sur les droits de la personne, a précisé Stan Shapson, président par intérim du CRSH. Il est essentiel d’appuyer cette recherche et de reconnaître les meilleurs spécialistes de ce domaine. Les travaux de Mme Smith donneront une nouvelle dimension à notre compréhension de la réalité canadienne. »
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