Je vous remercie Mary Ann de cette gracieuse présentation, et merci à vous tous de cet accueil chaleureux.
Je dois en premier lieu vous avouer que c'est pour moi un honneur d'être ici ce matin, non seulement à titre officiel, mais également en tant que fervent d'histoire et que Canadien qui vous est reconnaissant pour vos sacrifices.
Comme l'a déclaré ce grand premier ministre canadien, John Diefenbaker « Je suis Canadien, un Canadien libre, libre de m'exprimer sans crainte, libre de servir Dieu comme je l'entends, libre d'appuyer les idées qui me semblent justes, libre de m'opposer à ce qui me semble injuste, libre de choisir les dirigeants de mon pays. Ce patrimoine de liberté, je m'engage à le sauvegarder pour moi-même et pour toute l'humanité. »
Voilà un imposant héritage - qui prend appui sur les épaules d'hommes et de femmes courageux tels que vous. Nous ne pourrons jamais vous remercier assez de votre vaillance. Avant de poursuivre, je désire répondre à une question qui me talonne depuis que j'ai été élevé au rang de ministre des Anciens Combattants.
Je l'ai perçue plus tôt ce mois-ci lorsque j'ai visité l'Hôpital Sainte-Anne à Montréal et également au Pavillon des anciens combattants au centre Ridgewood à Saint John. Elle est là chaque fois que je rencontre des anciens combattants, notamment quelques fois ici, cette fin de semaine. On me regarde d'un il inquisiteur et ensuite, on me demande : « Êtes-vous un ancien combattant? »
Afin d'éviter tout malentendu, non, je ne suis pas un ancien combattant.
Je n'ai jamais servi sous les drapeaux et mis ma vie en danger pour la patrie. Je n'ai jamais vu les horreurs physiques et psychologiques de la guerre et je n'ai jamais senti que la mort me guettait à tous les instants.
Cependant, je sais ce que l'on ressent quand un être cher est en danger, et je suis fier de vous dire qu'un de mes deux fils, Gregory, est un ancien combattant.
Il a servi dans l'armée des États-Unis, « sur le terrain », pendant la guerre du Golfe.
Je suis comme la plupart des Canadiens, dont le grand-père, le père, l'oncle, la sur ou un autre membre de la famille a combattu pour défendre les principes qui nous animent : la liberté, la démocratie et la primauté du droit.
Lorsque je prends mon siège à la Chambre des communes, je ne peux que remercier Dieu de m'avoir permis de servir le Canada en tant que parlementaire.
Au cours des derniers mois, j'ai également pu constater le grand respect que nous témoignons à nos anciens combattants et le profond attachement qu'ils nous accordent en retour.
J'ai échangé des poignées de mains avec de nombreux anciens combattants qui ne voulaient tout simplement pas lâcher prise pour me dire « merci », « merci des égards que vous nous témoignez. »
Ces remerciements ne sont pas pour moi personnellement ou ma qualité de ministre des Anciens Combattants; ils sont pour vous, pour tous les Canadiens. Ce sont les dispensateurs de soins dans leur entourage et les organismes d'anciens combattants qui les servent si attentivement, comme la Légion royale canadienne.
J'ai appris une chose depuis mon entrée en fonction - je ne suis rien sans vous. C'est aussi simple que ça.
Vous faites autorité dans les questions concernant les anciens combattants, et les Canadiens prennent bonne note. Nous l'avons constaté lors du débat sur la mise en berne du drapeau de la tour de la Paix. Le débat s'est terminé dès que la Légion a annoncé son appui à la position du gouvernement.
La Légion a été l'un des architectes de la nouvelle Charte des anciens combattants et elle joue un rôle principal dans sa mise en uvre. Vous l'avez immédiatement défendue devant ses opposants, parce que vous en connaissez les moindres détails.
Un tel appui nous est important, et nous vous en remercions.
Cependant, cet appui n'a rien d'étonnant. Vous avez toujours épaulé nos anciens combattants, car nous savons tous que nous avons les meilleurs militaires au monde. Ils sont les mieux entraînés et les plus résolus. Ils donnent toujours le meilleur d'eux-mêmes, chaque fois qu'ils endossent l'uniforme.
Nous sommes cependant dans une ère nouvelle; nous avons à Ottawa un gouvernement qui est résolu à vous apporter le soutien de la population entière du Canada.
Diriger un gouvernement n'est pas comme administrer une entreprise ou gérer le budget familial. Rien ne s'accomplit en une seule journée, et les changements ne surviennent pas du jour au lendemain.
Il faut étudier les options et choisir celles que nous pouvons nous permettre et le moment de les mettre en uvre. Je ne vous apprends ici rien de nouveau.
Nous voulons ce qu'il y a de mieux pour notre famille, notre entreprise. Mais le succès est l'aboutissement d'une démarche résolue. En affaires, un but sans plan pour y parvenir est illusoire. Cela est également vrai dans l'administration publique.
Malheureusement, les gouvernements antérieurs ont eu la fâcheuse habitude de faire des promesses creuses, ce que nous voulons éviter de faire.
C'est pourquoi, aussitôt après ma nomination, j'ai lancé un examen approfondi des soins de santé. Cette étude va au cur même de notre Programme d'autonomie des anciens combattants afin de trouver des moyens de l'améliorer. Nous voulons obtenir ce qu'il y a de mieux pour nos anciens combattants et leur famille avec les moyens que nous y avons consacrés.
Cependant, avant de prendre des mesures, nous devons vous consulter pour obtenir l'heure juste afin de prendre des décisions éclairées.
Nous ne pouvons pas travailler en vase clos. C'est par la collaboration que nous obtiendrons de grandes réalisations et offrirons aux anciens combattants les meilleurs soins pour les fonds que nous y consacrons.
Certains chroniqueurs nationaux semblent découvrir peu à peu notre approche novatrice. Ils ont constaté que nous sommes plus intéressés à faire discrètement ce qu'il est juste de faire plutôt que faire vainement la une des quotidiens.
Un des meilleurs exemples est le paiement à titre gracieux de 250 000 $ versé aux survivants de quatre soldats canadiens. Ces familles étaient dans la zone grise entre l'adoption de la Charte par le Parlement et sa mise en uvre. Lorsque j'ai mentionné le problème au premier ministre, il m'a répondu « réglons-le, Greg. ». Et c'est exactement ce que nous avons fait.
Il se trouve dans la salle une personne qui partage une vision semblable - votre présidente sortante, Mary Ann Burdett. Elle est une personne d'action et elle s'est distinguée comme une championne inébranlable des anciens combattants.
Elle a été l'une des premières personnes que j'ai rencontrées après mon arrivée au Cabinet, et elle m'a parue comme une personne qui prend les choses en main. J'admire et j'apprécie sa franchise et son honnêteté. J'ai toujours su que son dévouement envers nos anciens combattants est réel, et elle a vraiment fait bouger les choses.
C'est au cours de son mandat de deux ans que la nouvelle Charte a été introduite, un document qui renferme les changements les plus ambitieux et radicaux apportés depuis plus d'un demi-siècle aux avantages et aux services que nous offrons aux anciens combattants.
Notre gouvernement croit en la nouvelle Charte, et nous veillerons à ce qu'elle soit mise en uvre correctement. Les premiers commentaires de membres actuels et retirés des Forces canadiennes sont très favorables, mais nous reconnaissons que nous ne sommes qu'au début d'une longue marche. La nouvelle Charte n'est pas une destination, mais un tracé pour y parvenir.
Pour moi, elle est une « uvre en devenir » et elle évoluera, comme celle qu'elle remplace. Notre but demeurera cependant le même. Nous bâtissons pour nos anciens combattants et leur famille un pont qui comblera le vide entre la vie militaire et la vie civile, et ce pont sera indestructible.
Après tout, nos jeunes soldats savent qu'ils seront des vétérans ou anciens combattants. Ils savent instinctivement que leur pays les appuiera lorsqu'ils auront besoin d'aide, surtout lorsqu'ils seront en mauvaise posture.
Nous ne les laisserons pas démunis.
Nous n'abandonnerons pas leur conjoint ou conjointe et leurs enfants esseulés. Nous serons toujours là pour les soutenir.
Et nous sommes déterminés à exécuter avec le même dévouement nos autres responsabilités à Anciens Combattants Canada.
Notre processus de révision et d'appel est un exemple. À l'heure actuelle, il y a un arriéré de près de 8 000 révisions et appels en matière d'invalidité préparés pour le Tribunal des anciens combattants (révision et appel), ce qui est inacceptable. Nous devons améliorer notre structure interne pour éliminer progressivement cet engorgement.
Nous voulons également mettre en place un mécanisme de nomination au Tribunal plus ouvert et transparent. Nous avons lancé un appel national de candidatures pour trouver des candidats qualifiés et compétents. Il en résultera probablement un Tribunal rajeuni, capable d'accomplir sa tâche avec plus de célérité.
C'est là l'approche réfléchie que notre gouvernement souhaite adopter pour surmonter tous ses défis. Elle s'inscrit également dans la promesse qu'a faite le premier ministre de traiter nos anciens combattants avec le respect et la dignité qu'ils ont chèrement gagnés.
Cela s'applique à tous les anciens militaires, mais les anciens combattants ont des besoins beaucoup plus pressants. Nous devons sans tarder cibler leurs besoins. Vous savez comme moi que plus de 2 000 de ces distingués Canadiens nous quittent chaque mois, soit 25 000 par année.
Cette réalité m'a frappé la fin de semaine dernière dans ma ville natale de St. Stephen au Nouveau-Brunswick lorsque nous avons servi le thé d'honneur à 20 épouses de guerre de la région. Il n'y avait sur place qu'un seul ancien combattant dans le groupe. Une douloureuse réalité que nous vivons de nos jours.
Nous devons également mieux anticiper les besoins de nos vétérans plus âgés.
Ils n'utilisent probablement pas plusieurs de nos programmes à l'heure actuelle, mais ils peuvent faire appel à nos services plus tard. Dans ce groupe se trouvent les nombreux conjoints survivants d'ex-militaires. C'est là une des raisons pour lesquelles nous avons lancé l'examen des soins de santé - pour bien faire les choses.
Évidemment, nous ne sommes pas uniquement préoccupés par le bien-être physique de nos vétérans, surtout en ce qui concerne ceux de l'ère moderne.
Comme vous le savez tous, les horreurs psychologiques des missions peuvent meurtrir autant que les bombes et les balles.
Nous avons constaté au cours des dernières années une forte progression des prestations pour syndrome de stress post-traumatique. En fait, Anciens Combattants Canada compte environ 9 000 prestataires atteints d'affections psychologiques.
Nous ne pouvons certainement pas laisser ces vétérans souffrir en silence.
Nous élaborons, en partenariat avec la Défense nationale, une vaste stratégie de santé mentale qui se fonde sur la recherche, la sensibilisation et la création de centres de traitements dans l'ensemble du pays.
Nous récoltons déjà les fruits de nos travaux. Les experts indépendants qui ont examiné notre système l'ont jugé exemplaire.
Comment y sommes-nous parvenus? Nous avons au départ pris une décision importante - glaner les meilleures pratiques des autres pays. Et nous nous sommes laissés guider par notre croyance au droit fondamental à l'équité. Le respect de ce droit est ce que chaque vétéran attend de son gouvernement.
Voilà la raison pour laquelle le gouvernement et le premier ministre ont promis une Déclaration des droits des anciens combattants. Elle sera un rappel aux gouvernements actuel et futurs que les anciens combattants du Canada ont acquis des droits particuliers.
Les anciens combattants doivent savoir que leurs droits seront respectés. Lorsqu'ils penseront qu'ils ont été lésés, ils auront un moyen de les faire valoir. C'est également la raison pour laquelle nous réaliserons la promesse du premier ministre de créer un poste d'ombudsman pour les anciens combattants.
Ici encore, nous comptons amplement sur l'avis de la Légion royale et des autres organismes d'anciens combattants afin de bien concevoir nos initiatives. C'est la voie à suivre, car n'êtes-vous pas l'ombudsman officieux des anciens combattants depuis de nombreuses années?
Nous devons en outre régler des dossiers complexes de longue date dont certains sont délicats. Je pense notamment à l'agent Orange.
Le gouvernement a déclaré qu'il se penchera sur les préoccupations qu'ont soulevées les membres des FC, les vétérans, les civils et les résidants de la région au sujet de l'utilisation de cet herbicide à la BFC Gagetown.
Nous n'allons pas adopter l'attitude des gouvernements antérieurs qui pendant des décennies ont tenté de tirer le rideau sur ce problème.
Nous ne laisserons pas l'ampleur de la tâche nous dissuader.
En fait, Anciens Combattants Canada joue un rôle de premier plan pour l'indemnisation dans ce dossier. Nous examinons nos options stratégiques et nous soumettrons une proposition au Cabinet à l'automne ou au début de 2007.
Vous savez également que mon ministère a une autre vocation importante - rappeler comment nous sommes devenus le meilleur pays au monde et comment des Canadiens et Canadiennes en uniforme ont combattu pour préserver les droits et libertés dont nous jouissons aujourd'hui.
Nous ne devons jamais l'oublier.
C'est pourquoi je m'envole directement d'ici pour la France afin de célébrer le 90e anniversaire des batailles de la Somme et de Beaumont-Hamel.
Les cérémonies seront un rappel douloureux des plus grandes et meurtrières offensives de l'histoire militaire. Au total, 57 000 soldats britanniques sont morts au combat le premier jour. De ce nombre, 801 soldats du 1st Newfoundland Regiment ont été fauchés dès la première demi-heure de la bataille. Seulement 68 huit soldats terre-neuviens ont répondu à l'appel le lendemain matin.
Nous devons nous souvenir de ce sacrifice. À tout jamais. C'est pourquoi des douzaines de jeunes des provinces et territoires canadiens accompagneront les anciens combattants et les dignitaires au cours de ce voyage.
De telles expériences donnent aux jeunes Canadiens la possibilité de voir les lieux et les champs de bataille où nos soldats ont marqué l'histoire.
Ces jeunes se préparent depuis des mois - se renseignant sur les batailles et les Canadiens qui y ont combattu - et à leur retour ils partageront leurs souvenirs impérissables avec leur famille, leur école et leur collectivité. Ils renforceront la base de notre souvenir pendant les années à venir.
Cela dit, perpétuer la mémoire de la Grande Guerre sera un défi de plus en plus imposant chaque année. Voici pourquoi.
On m'a rappelé dernièrement une allocution que George Hees, alors ministre des Anciens Combattants, avait prononcée au Monument commémoratif du Canada à Vimy en 1986. Il avait fait remarquer à ce moment qu'il n'y avait plus qu'environ 15 000 anciens combattants de la Première Guerre.
Vingt ans plus tard, il n'en reste que trois.
Nous ne devons jamais oublier les énormes sacrifices et les exploits de ces anciens combattants, et le gouvernement du Canada a un plan pour souligner le départ du dernier ancien combattant connu de la Grande Guerre.
Nous rappellerons aux Canadiens les efforts remarquables déployés par le Canada dans cette guerre censée être « la dernière des dernières ». Nous ne devons jamais oublier que, même si le Canada ne comptait à l'époque que huit millions d'habitants, 600 000 Canadiens se sont enrôlés.
Plus de 400 000 ont traversé l'océan et, tristement, 60 000 d'entre eux ont laissé leur vie outre-mer. N'oublions jamais ces pertes ni les répercussions qu'elles ont eues sur l'édification de notre pays.
Nous commémorons également le passé d'autres façons, un exemple étant le lancement d'un nouveau programme de restauration des cénotaphes.
Plus de 6 000 cénotaphes et monuments de guerre au Canada ont été érigés pour souligner les sacrifices de nos combattants de la Première Guerre. Nous devons en tant que nation éviter le délabrement de ces sites sacrés.
Nous élargissons également notre programme de partenariat Le Canada se souvient qui offre du soutien aux organismes et groupes communautaires dont la vocation est d'honorer nos anciens combattants. Nous constatons déjà une forte augmentation des activités commémoratives au pays.
Et c'est très bien ainsi.
Avant de terminer, je désire souligner qu'Anciens Combattants Canada est beaucoup plus qu'un poste budgétaire et un ensemble de politiques. Il est là pour les anciens combattants, pour les personnes comme Lucien Belair qui, de bien des façons, personnifie les anciens combattants : un Canadien ordinaire qui a fait des choses extraordinaires.
Maintenant âgé de 80 ans, M. Belair était fantassin dans l'Algonquin Regiment pendant la Seconde Guerre mondiale.
Comme nombre d'entre vous, il s'est enrôlé à l'âge de 17 ans - suppliant sa mère de le laisser aller au front rejoindre ses deux frères pour défendre une noble cause.
Deux ans plus tard, il était en Allemagne et, pendant qu'il ratissait les maisons à la recherche de prisonniers, la balle d'un tireur embusqué l'a frappé sous la mâchoire et lui a transpercé le cou.
Il venait tout juste de prendre place dans une civière qu'il a été atteint de nouveau, cette fois à la jambe, par un tir de mortier ennemi. L'explosion a tué également un de ses brancardiers et blessé l'autre, de sorte que M. Belair a dû ramper plus de 500 mètres pour se mettre à l'abri.
J'aimerais vous faire part de certains des francs commentaires qu'il a faits récemment sur cette expérience vécue il y a 60 ans.
« Nous ne savions pas dans quelle galère nous nous embarquions et quiconque dit qu'il n'avait pas peur est un menteur. »
Mais M. Belair a ajouté que personne n'a jamais pensé déserter ou se rendre.
« Nous avions un travail à faire, et nous ne posions pas de questions. »
Ces mots sont une vraie marque de courage.
C'est en fait aller de l'avant même quand la peur nous habite. C'est l'histoire de nos courageux hommes et femmes en uniforme. C'est l'histoire de nos vétérans et anciens combattants. Votre histoire doit être racontée sans cesse afin que tous les Canadiens se rappellent la brave génération qui nous a précédés.
Au nom du premier ministre Harper et d'une nation reconnaissante, je salue vos efforts, tant ceux d'hier et que ceux d'aujourd'hui.
Merci, et j'espère que votre congrès sera couronné de succès.
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