Vérifer sur réception
Rio de Janeiro, Brésil
Le 19 septembre 2006
Mesdames, Messieurs, bonjour. Je vous remercie de m'avoir invité à prononcer une allocution devant cette illustre groupe.
Je pensais que le Secrétaire Général se serait lassé de mes allocutions, mais puisqu'il continue de m'inviter
et je lui en sais d'ailleurs gré.
Car je crois que rien ne vaut l'honneur de m'adresser à mes estimés collègues venus de tous les coins du monde.
Si nos réalités respectives sont évidemment fort différentes, je ne peux m'empêcher d'être frappé, à chaque rencontre d'Interpol, par les similarités dans nos mandats, notre passion pour la justice, les services de police, la sécurité et, par-dessus tout, par l'engagement de nos dirigeants, de collaborer à l'atteinte de nos objectifs individuels et communs.
Vous vous souviendrez que je me suis déjà adressé trois fois à la communauté d'Interpol.
Au Cameroun, en 2002, sur la question du leadership,
En 2003, sur la corruption et,
en 2005, j'ai abordé le sujet du terrorisme à une conférence spéciale sur le bio-terrorisme et le maintien de l'ordre.
À la réception de la présente invitation, je me suis dit : hum c'est un peu inhabituel un sujet moins philosophique que les autres je devrai peut-être donner une allocution plus technique, aborder des aspects plus opérationnels.
Mais, tandis que je réfléchissais, je me suis rendu compte que de m'étendre sur les considérations pratiques de la technologie ne serait pas judicieux.
Au sein même de mon organisation sans parler des organisations ailleurs dans le monde il existe des gens beaucoup plus compétents que moi pour aborder les applications de la technologie dans la communauté policière.
De même, je ne pense pas qu'il soit utile pour moi de vous expliquer le recours que nous faisons au Canada, et à la Gendarmerie royale, de la technologie, dans le contexte professionnel transformé par cette même technologie.
Après tout, je ne peux imaginer que deux réactions possibles à un tel exposé, n'est-ce pas?
Soit que vous serez là à penser : « ouais, nous aussi, on fait cela » ou pire encore « ça fait des lustres que nous faisons de même » -- OU alors vous vous direz : « bien sûr, c'est facile pour lui de dire ça
alors que nous, on n'arrive à peine à boucler notre budget opérationnel
»
De toute manière, un survol de nos nombreux programmes, projets, outils, politiques et avancées au pays sur le plan de la technologie, ne finirait que par vous ennuyer ou vous irriter!
Je préfère donc rester sur le plan que je préfère habituellement le plan philosophique.
Tandis que je préparais tranquillement cette allocution il y a environ une semaine, j'ai compris qu'il nous fallait aborder des enjeux fascinants et certes troublants, mais surtout stimulants.
Je voudrais en aborder trois aujourd'hui.
Le premier est le plus évident (n'est-ce pas toujours le cas?).
C'est que nous ne sommes pas réunis pour déterminer SI nous voulons adopter une nouvelle technologie, vrai?
Ou encore SI la technologie va changer le visage de la police, de la sécurité et de la criminalité.
Nous n'allons pas non plus gaspiller du temps à spéculer sur la rapidité avec laquelle évolue la technologie, ou même de savoir si c'est bénéfique.
Aucunement.
Toutes ces considérations ont déjà été abordées et résolues.
La révolution technologique s'est produite, c'est un fait incontournable, et son rythme dépasse tout ce que nous avons connu jusqu'ici.
En fait, certains diront même que nous entrons aujourd'hui dans une ère nouvelle en matière d'évolution.
Une ère caractérisée davantage par l'innovation et le savoir-faire dans les applications de l'information, de la science et de la technologie, que par la découverte et le développement.
Le deuxième enjeu que je veux soulever est que les deux développements les plus importants pour la police que je préconise depuis la plus grande partie des six dernières années (et nombre d'entre vous m'avez déjà entendu à cet égard), -- c'est-à-dire l'intégration ET la police axée sur le renseignement sont fondamentalement définis et mus par la technologie, et ils en dépendent.
De toute évidence, la technologie favorise la diffusion rapide, sûre et structurée de l'information, pierre angulaire de la police intégrée.
La technologie est aussi la base d'initiatives axées sur le renseignement, et ce, sur deux plans :
D'abord, grâce aux outils informatiques qui nous permettent de recueillir, d'organiser, d'évaluer et d'analyser les données brutes;
Ensuite, par les innovations remarquables de la science et de nouvelles formes de connaissances, qui nous ont donné de puissants instruments d'enquête et d'analyse en police scientifique.
Enfin, le troisième enjeu dont je veux vous entretenir
(et sachez avant tout que je n'ai pas le temps d'aborder aucun de ces points en profondeur; je ne vais donc qu'effleurer la pointe de chacun de ces icebergs).
C'est que nous ne pouvons nous abstenir d'examiner soigneusement les conséquences de la technologie sur le crime et les capacités décuplées qu'elle offre aux criminels.
Et je ne veux pas parler seulement du crime traditionnel, mais aussi de la réalité nouvelle du terrorisme.
Il n'y a qu'à considérer quelques-uns des sujets que nous avons abordés ici le terrorisme, le cybercrime (y compris la pornographie juvénile et l'exploitation des enfants), les crimes financiers (dont la contrefaçon et le blanchiment d'argent), le trafic des drogues
Toutes ces activités sont facilitées et stimulées par les applications de la technologie.
De même, notre capacité de prévenir, de réprimer et d'intenter des poursuites dans ces sphères d'activité dépend directement de nos propres ressources technologiques.
Pour résumer, donc :
La technologie est une réalité incontournable;
La technologie est un élément vital de la police moderne et de notre aptitude à l'intégration et à la mise en uvre d'initiatives axées sur le renseignement;
La technologie est probablement l'arme la plus puissante de l'arsenal de notre ennemi l'élément criminel.
Sachant l'existence de ces trois icebergs, la question qui se pose maintenant est la façon dont nous allons naviguer dans de telles eaux.
Et celles-ci recèlent tout un éventail d'écueils.
Le principal concerne les ressources.
Notre aptitude à tirer profit de la science et de la technologie est directement liée à notre aptitude à obtenir les ressources nécessaires.
Et je ne parle pas seulement des ressources financières quoique celles-ci soient évidemment l'enjeu principal.