J'aimerais tout d'abord remercier les Manufacturiers et Exportateurs du Canada de me donner l'occasion de m'exprimer à cette conférence importante.
C'est un plaisir d'être parmi vous aujourd'hui et surtout, d'avoir le privilège de m'adresser à un aussi grand nombre d'entreprises canadiennes.
Vous cherchez, à cette conférence, comment les entreprises peuvent se préparer au mieux pour réussir dans le monde compétitif d'aujourd'hui. À EDC, c'est quelque chose qui préoccupe notre haute direction, notre Conseil d'administration et chacune de nos équipes sectorielles dans tout le Canada et sur huit marchés dans le monde. C'est ce thème qui domine notre planification.
À EDC, notre mandat est assez simple : nous devons faire notre possible pour aider les entreprises canadiennes à prendre de l'expansion dans le monde entier. Aujourd'hui, celui-ci évoluant de plus en plus vite, nous devons réfléchir, nous adapter et innover autant que possible non seulement pour suivre cette évolution, mais aussi pour la devancer.
Il est approprié aussi que nous soyons rassemblés à Calgary pour en parler. Voilà, en effet, une ville qui, par son mode de vie, sa compétitivité, son esprit d'entreprise et ses innovations, atteint un niveau de croissance et prend une importance politique et financière sans précédent. Calgary retient à présent le regard des chefs d'entreprise de notre pays. Cette réalité transparaît d'ailleurs clairement dans les propres résultats d'EDC. Nous venons d'annoncer nos résultats semestriels. Notre volume d'activités a augmenté de 10 % par rapport à 2005 - et pour la deuxième année consécutive, l'Ouest du Canada, qui a recouru à EDC pour réaliser des transactions de l'ordre de 10,1 milliards de dollars, arrive en tête. Ce chiffre représente 35 % du total et bien plus que celui de l'Ontario et du Québec.
Je mentionnais tout à l'heure le rythme du changement dans le monde du commerce aujourd'hui. L'anticipation et l'examen minutieux de l'évolution qui s'imposent me rappellent mon enfance.
Nombre d'entre vous se rappelleront la fièvre qui entourait les débuts de la course à l'espace entre la Russie et les États-Unis. Je me souviens des voisins rassemblés sur les pelouses, devant chez eux, à essayer d'apercevoir un satellite en orbite. Au moment dit, nous observions tous ce que nous pensions être le satellite. Ronnie Morrison, le petit voisin de neuf ans, commençait à courir dans la rue. Quelqu'un lui demandait ce qui se passait, à quoi il répondait qu'il voulait aller voir de plus près! Eh bien, on a raconté pendant des années la blague sur la naïveté exubérante de Ronnie. Dans le monde des affaires d'aujourd'hui, cependant, où la proximité et le « juste à temps » font toute une différence entre le succès et l'échec, je ne puis m'empêcher de penser que Ronnie voyait plus juste qu'on ne voulait bien le croire.
Je m'occupe de financement des exportations à EDC depuis 1979. Tout au long de ma carrière, j'ai vu des exportateurs et des investisseurs canadiens traverser avec succès de nombreux cycles économiques. Je ne pense pas, cependant, avoir jamais vu une conjoncture où il se passe tant de choses à la fois à une telle vitesse, avec de tels enjeux. Je pense que nous voyons actuellement un ensemble assez unique de facteurs en jeu et qu'ils se présentent d'une manière qui nous offre les plus grandes possibilités que nous avons jamais eues. Ils posent aussi les plus grands défis que nous ayons jamais dû relever pour maintenir notre compétitivité et notre prospérité.
Aujourd'hui, j'aimerais parler de la façon dont ces facteurs se combinent. À partir de là, j'espère décrire brièvement les qualités et les compétences dont auront besoin les entreprises, si elles veulent croître et prospérer dans l'économie mondialisée actuelle. Une fois que nous commencerons à décrire à quoi ressemblera l'entreprise canadienne prospère de demain, nous pourrons apprécier l'ampleur et la vitesse des changements qu'EDC devra apporter pour rester utile aux entreprises canadiennes.
Nous partons du fait que le commerce est plus important que jamais, et pas seulement pour les exportateurs et les investisseurs ou pour des pays comme le Canada qui dépendent plus du commerce pour maintenir l'emploi, la croissance et la prospérité. Aujourd'hui, le commerce est plus important que jamais pour tout le monde, partout.
Le commerce mondial représente à présent 57 % du PIB mondial, soit moitié plus qu'en 1990. Pour le Canada, ce pourcentage est de 72 %, alors qu'il était déjà de 50 % environ en 1990. Parmi nos pairs traditionnels du G-7, l'importance du commerce dans l'Union européenne est passée de 56 % à 72 %. Même aux États-Unis et au Japon, la pénétration du commerce a augmenté d'un quart pour passer à environ 27 % du PIB.
Mais qui d'autre est concerné aujourd'hui? Prenons des pays comme la Chine, l'Inde, le Mexique, le Brésil et la Russie. Le commerce est devenu deux fois plus important dans ces économies et, dans certains cas, trois fois. Et la croissance continue à ces taux fous.
Les pays font plus de commerce que jamais, car les entreprises des économies du monde entier continuent de spécialiser leur production. Plus d'entreprises commercent entre elles pour obtenir la bonne composition de biens et de services dont elles ont besoin. En se spécialisant, ainsi qu'en formant des chaînes d'approvisionnement mondiales et en y participant, non seulement les entreprises prospères d'aujourd'hui vendent aux quatre coins de la planète, mais elles importent aussi de partout. Dans le monde du commerce actuel, les échanges bilatéraux et l'investissement transfrontière sont tout simplement aussi essentiels que les exportations pour réussir. La productivité, la compétitivité et le succès dans le monde actuel dépendent de la mesure dans laquelle les entreprises adoptent pleinement la mondialisation, autrement dit, sont décidées à travailler avec des fournisseurs étrangers et leurs propres filiales, tout en élargissant continuellement leurs chaînes d'approvisionnement mondiales.
Cependant, qui dit croissance des échanges dit augmentation de l'instabilité - et le boom économique auquel nous assistons, montre des signes de tassement. Depuis deux ans maintenant, nous voyons un ralentissement graduel et les récents développements nous amènent à penser qu'en 2007, la croissance économique sera plus faible que prévu. Plus 2006 avance et plus les perspectives économiques et financières deviennent incertaines. Le ralentissement de la croissance aux É.-U., en Europe et au Japon se répercutera dans le monde entier.
Il est difficile, pour l'instant, de mesurer pleinement le ralentissement auquel nous nous attendons, mais l'économie mondiale s'est beaucoup intégrée, ce qui fait qu'une récession aux É.-U. se propagera certainement au reste de la planète et que nous assisterons alors à un effet de dominos à une échelle économique mondiale.
D'après nos perspectives, la croissance mondiale passera sous la barre des 4 % en 2007, contre 4,6 % environ en 2006. Aux É.-U., la croissance devrait être inférieure à 2,5 % en 2007, passant ainsi sous la barre des 3 % pour la première fois en cinq ans. Le ralentissement de la croissance américaine touchera d'autres pays et secteurs. La croissance canadienne devrait aussi ralentir l'an prochain pour revenir à 2,4 %. Sur les marchés émergents en pleine croissance, ces taux fléchiront aussi, mais pour revenir, par exemple, à 9 % en Chine, à 7 % en Inde et à 5 % en Russie.
Quelles sont les conséquences pour nous sur le plan commercial? Nous nous attendons à ce que la croissance des exportations canadiennes en 2006 avoisine les 3 à 4 %, avant de se stabiliser en 2007. La majeure partie de cette croissance viendra de l'énergie et des métaux, mais la machinerie et l'équipement devraient enregistrer des gains raisonnables. Malheureusement, d'autres industries clés, comme celles de l'automobile, de la foresterie et des biens de consommations, sont confrontées à de réelles difficultés. Leurs exportations baisseront probablement au cours des deux prochaines années.
Parallèlement, nous allons continuer de voir la croissance des ventes aux marchés émergents dépasser celle des ventes aux pays industrialisés. Les exportations vers ces destinations devraient augmenter d'environ 10 % en 2006, puis de 5 à 6 % en 2007. Nous suivons aussi cette activité pour évaluer nos propres résultats. À la moitié de l'année, notre volume d'activités sur les marchés émergents avait augmenté de 18 % par rapport à la première moitié de 2005, et ces marchés représentent maintenant 25 % de l'activité globale d'EDC en matière d'assurance et de financement. Je m'attends, en outre, à ce que ce pourcentage continue de grimper en 2007.
La concurrence se fera plus vive à mesure que la croissance économique mondiale ralentira et, en plus, les entreprises canadiennes devront faire preuve de beaucoup de ressort face à la fermeté continue du dollar. La tenue de notre monnaie soucie les exportateurs canadiens depuis un moment maintenant, et nous commençons à nous attendre à ce que, dans le climat politique actuel et l'incertitude qui entoure l'énergie et le pétrole, la forte appréciation du dollar devienne plus probablement persistante.
La bonne nouvelle, c'est que nous voyons déjà les entreprises canadiennes prendre vraiment des mesures pour compenser l'impact. Premièrement, elles tournent la vigueur du dollar à leur avantage, autrement dit, elles en profitent pour augmenter leur productivité. Depuis un certain nombre d'années, le Canada accusait un retard de productivité sur d'autres économies. Quand le dollar U.S. était fort et le dollar canadien, faible, les entreprises canadiennes avaient moins de raisons d'investir et d'innover. Un dollar canadien faible faisait aussi augmenter le coût de la technologie importée et celui de l'investissement à l'étranger.
Cette situation s'est inversée et il semble que les entreprises canadiennes ont reconnu un avantage et l'ont saisi. Elles ont vu le volume des importations de machinerie et d'équipement augmenter de 16 % en 2005. Dans les sept premiers mois de 2006, elles ont encore progressé de 12 %. Ces investissements vont à l'innovation. D'après une enquête récente de Statistique Canada, les entreprises canadiennes prévoient de dépenser encore 17,9 milliards de dollars cette année en nouveaux biens d'équipement. Ces investissements rapportent. La productivité du travail du secteur manufacturier canadien a augmenté de 5,4 % en 2005, contre 2,3 % pour l'économie en général. D'autres gains de productivité ont été enregistrés en 2006, même s'ils sont moindres.
Il est remarquable que les entreprises canadiennes aient réussi à exporter plus, malgré l'appréciation de près de 40 % de notre monnaie. Les dépenses en nouveaux équipements améliorant la productivité y sont pour quelque chose, tout comme la mondialisation des activités. Elles utilisent davantage les chaînes d'approvisionnement mondiales, autrement dit, elles se procurent des intrants en main-d'uvre et en composantes là où ils sont produits le plus efficacement. Avec un dollar vigoureux, les investissements directs à l'étranger dans des chaînes d'approvisionnement, des sociétés affiliées et des partenariats sont à la fois plus abordables et plus nécessaires pour maîtriser les coûts.
Les entreprises canadiennes savent que leur prospérité future dépend des stratégies qu'elles choisissent pour tirer parti de cette nouvelle conjoncture. L'avenir ne sera pas clément pour ceux qui espèrent pouvoir se contenter d'y survivre en attendant qu'elle change encore. Les entrepreneurs canadiens le savent et, à EDC, c'est ce que nous dit l'indice de confiance commerciale que nous demandons deux fois par an.
Oui, les niveaux de confiance ont baissé par rapport aux années d'expansion économique - et les deux tiers des personnes interrogées ont insisté à plusieurs reprises sur l'incidence du dollar comme facteur. Et les deux tiers s'attendaient aussi tout à fait à ce que le dollar continue de s'apprécier. Mais ces exportateurs nous ont aussi dit qu'ils prennent des mesures stratégiques pour faire face à cette situation. Par exemple, ils réduisent les coûts, modifient les modèles de gestion et augmentent les prix.
Dans notre enquête, un quart des personnes interrogées qualifiaient l'investissement à l'étranger d'élément majeur de leur stratégie - les types les plus courants étant l'investissement direct à l'étranger, les coentreprises et l'expansion ou la modernisation d'installations existantes. Si plus de la moitié des grandes entreprises investissaient à l'étranger, notre enquête révèle aussi une croissance dans ce domaine parmi les moyennes entreprises et les petites également.
Les É.-U. restent la destination la plus courante de l'investissement canadien, mais le nombre d'entreprises qui les nomment comme première destination de leurs projets d'investissement est passé de 45 % en 2005 à 29 % cette année. Les cibles d'investissement préférées qui ont le plus progressé : l'Europe occidentale et centrale, la Chine et l'Inde.
Parmi celles qui n'investissent pas actuellement à l'étranger, près du quart déclarent que leur entreprise ou leur produit ne sont pas prêts à ce stade. Par ailleurs, 30 % se disent intéressées, mais avancent un manque de capitaux pour expliquer qu'elles ne le font pas encore.
De quoi avons-nous donc besoin pour réussir dans le monde d'aujourd'hui?
La réussite sourira à ceux qui intègrent pleinement leurs ventes traditionnelles à l'exportation avec l'approvisionnement et l'investissement à l'étranger dans une stratégie visant à maximiser la productivité et la rentabilité de l'entreprise. La réussite sourira aux entreprises qui comprennent que faire du commerce, ce n'est pas seulement agrandir son territoire de vente. Le commerce doit être exploité comme moyen essentiel de rendre une entreprise plus productive et, donc, plus compétitive.
La réussite commerciale sera l'ingrédient clé de la survie et de la croissance des entreprises ainsi que de la création d'emplois. Une entreprise qui ne maximise pas sa productivité par le commerce essuiera des pertes, devra procéder à des compressions et, pour finir, à des fermetures. C'est nouveau. Nous, Canadiens, nous sommes toujours considérés comme une « nation commerçante », à cause de l'importance du commerce pour le PIB, mais je pense qu'il serait plus approprié de parler de « nation exportatrice ». Or, les nouvelles exigences d'une économie véritablement mondialisée vont nous obliger à faire en sorte de passer de nation exportatrice à commerçante.
D'après certaines études sur les plans et stratégies des entreprises canadiennes en matière d'investissement à l'étranger, beaucoup sont déjà bien engagées sur cette route. Le défi pour le gouvernement et ses organismes, comme EDC, est de s'assurer de s'adapter aussi dans ce sens, c'est-à-dire d'offrir l'appui et les structures nécessaires aux entreprises pour continuer d'étendre leur couverture internationale et leurs marchés, d'investir et de développer des chaînes d'approvisionnement mondiales.
Sur quoi devrions-nous donc nous concentrer? Permettez-moi de partager avec vous quelques-unes des choses que j'ai entendu les dirigeants d'entreprise et du gouvernement dire au cours de l'année écoulée :
Notre monde dépend plus que jamais du commerce. Le risque de bouleversements est plus grand, comme celui de retombées de mesures protectionnistes autodestructrices. Il sera toujours dans notre intérêt de promouvoir le libre-échange, que ce soit à l'échelle multilatérale, régionale ou bilatérale.
Il faut veiller à ce que soient en place les accords et les structures qui protègent les investissements à l'étranger, en particulier sur les marchés émergents à faibles coûts.
Il faut avoir les bonnes personnes sur le terrain, sur les marchés clés, pour aider les entreprises canadiennes à trouver les partenaires dont elles ont besoin pour participer pleinement à ce nouveau modèle commercial.
Il faut faire en sorte que toute la gamme des outils financiers et de gestion des risques soit disponible afin que plus d'entreprises canadiennes se lancent sur les marchés internationaux et que celles qui l'ont déjà fait, y étendent leur présence.
Que faut-il comprendre? Que l'enjeu est plus important pour nous tous - entreprises, employés et citoyens - à mesure que le jeu du commerce international se déroule. Nous sommes plus reliés que jamais les uns aux autres, et l'évolution de la conjoncture fait sentir ses effets de pays en pays presque instantanément.
Les enjeux sont plus élevés que jamais. Résultat, à EDC, nous repensons complètement nos services, et nos propres structures organisationnelles, pour nous assurer d'être accessibles à tous ceux qui ont besoin de nous et faire en sorte que nos produits et services répondent aux besoins de nos clients et évoluent avec eux. Comme je l'ai dit plus tôt, dans le monde d'aujourd'hui, nous ne pouvons plus nous contenter de répondre aux besoins des entreprises canadiennes, nous devons les devancer.
Pour cela, il nous faut surtout mieux écouter.
En juin dernier, nous avons réuni 15 dirigeants représentant un large éventail d'associations qui ont des membres dans toutes les régions et pratiquement tous les secteurs. Les MEC étaient représentés par le vice-président de leur Conseil d'administration, David Fung. Nous voulions parler franchement de ce dont les entreprises canadiennes ont besoin pour relever les défis commerciaux auxquels elles sont confrontées.
Ils nous ont dit que le commerce aujourd'hui est un continuum et que nous allons devoir nous montrer plus créatifs sur tous les points - qu'il s'agisse d'assurer des créances ou des investissements étrangers ou encore de financer de tels investissements ou des acheteurs étrangers de produits et de services canadiens, ou encore d'aider des entreprises canadiennes à augmenter leur fonds de roulement, même par des participations financières, si nécessaire.
La conversation a vite porté non seulement sur ce qu'EDC pourrait faire, mais aussi sur ce que le Canada pourrait faire. Et il a beaucoup été question des lacunes et des craintes des entreprises de voir d'autres pays faire mieux.
Quelques thèmes persistants sont ressortis.
Le premier était l'entrée sur le marché. Ils avaient l'impression qu'il y avait moins de ressources, moins d'information et moins de systèmes de soutien en place pour aider les entreprises canadiennes à s'implanter sur de nouveaux marchés - en particulier pour les PME. Encourager la mondialisation, c'est aussi aider à trouver et à évaluer des partenaires, à mettre en place des circuits de distribution et à faire le suivi de prospects. Le point de vue général était que les entreprises canadiennes ont moins à leur disposition aujourd'hui que même il y a quelques années, et moins que ce que leurs concurrents étrangers se voient offrir par leurs propres gouvernements.
La discussion a porté longuement sur notre principal marché, les É.-U., sur la dure réalité qui veut que la sécurité l'emporte sur le commerce et sur la nécessité que le gouvernement assure l'accès à ce marché.
Il a beaucoup été question aussi de profiter des chaînes d'approvisionnement, et des besoins particuliers des PME qui veulent mieux se positionner dans ce nouveau commerce mondial.
Et de l'entrée sur les marchés émergents stratégiques, la Chine, la Russie, l'Europe centrale et le Mexique dominant la discussion. Le consensus était général dans bien des cas : les entreprises qui représentaient des marchés pour eux, il y a quelques années, sont maintenant leurs concurrents sur d'autres marchés.
Il y a eu un échange de points de vue animé sur les domaines où EDC pourrait proposer de nouveaux produits, en particulier pour aider à affronter les difficultés associées au marché américain, comme les garanties à la frontière et l'assurance responsabilité de produits.
On nous a aussi franchement dit que nous devions, à EDC, mieux faire connaître nos services, si nous voulons que tous ceux qui pourraient en bénéficier les utilisent un jour. Nous avons relevé deux difficultés principales : premièrement, ceux qui nous connaissent ont une idée générale de ce que nous pouvons faire pour les exportateurs et les investisseurs, plus qu'ils ne le comprennent vraiment. Ils ne leur traversent pas l'esprit que nous pouvons les aider dans des situations dans lesquelles ils n'ont jamais recouru à nous auparavant. Deuxièmement, même parmi ceux qui nous connaissent le mieux, l'idée que l'on se fait de nous est trop souvent dépassée - on nous connaît pour ce que nous faisions dans le passé, sans avoir souvent la moindre idée de la souplesse dont nous pouvons faire preuve face à un monde du commerce devenu plus compliqué.
Et enfin, point sans doute le plus important, tout le monde était d'avis qu'il faudrait organiser plus de rencontres entre les entreprises et le gouvernement pour cerner ce qui marche et repérer les lacunes à combler. Ces rencontres sont vraiment nécessaires. Je suis encouragé de voir qu'en réclamant plus de rencontres de cette nature, ces organisations parlaient aussi de leurs propres limites internes, en même temps que de celles du gouvernement.
En une journée, nous avons tous partagé quantité d'informations utiles. Permettez-moi de vous parler brièvement des suites qu'EDC donne à ces conseils.
Les entreprises canadiennes devront investir dans des réseaux d'approvisionnement mondiaux pour se procurer des intrants moins chers, tout en se spécialisant ici, au Canada, dans une production à valeur ajoutée. EDC repense donc sa place et son rôle dans ce scénario, secteur d'activité par secteur d'activité.
Le secteur de l'automobile, souvent au premier plan de l'actualité ces temps-ci, peut aider à illustrer comment nous repensons notre approche. Il est essentiel, pour le pays en général et, tout particulièrement, pour des provinces comme l'Ontario, de faire en sorte qu'il continue de contribuer à l'économie canadienne et de maintenir les compétences amassées par le Canada. Mais l'évolution spectaculaire des parts de marché des équipementiers nord-américains, et ses répercussions sur les fournisseurs, remet cette contribution en question. Il n'est guère surprenant qu'il y ait actuellement disette de financement et de crédit pour le secteur de l'automobile, les sources traditionnelles de financement du secteur privé réévaluant leurs portefeuilles à la lumière des risques mondiaux. Ce qui ouvre la porte à un rôle accru d'EDC.
Nous proposons déjà une assurance-comptes clients qui couvre les ventes aux équipementiers et aux grands fournisseurs de premier niveau, ainsi que les ventes de l'après-marché. Nous utilisons toute notre capacité de risque pour cela.
Nous offrons aussi un financement à des fabricants de pièces sous forme de mécanismes d'amortissement pour l'outillage et les pièces, afin de les aider à combler des manques financiers pendant qu'ils se préparent à répondre aux exigences de production changeantes de leurs clients.
Entre le financement et l'assurance, EDC a appuyé pour environ 2 milliards de dollars de transactions dans le secteur en 2005, et elle a déjà dépassé ce volume à l'heure actuelle en 2006.
Cependant, étant donné les efforts que les équipementiers - en particulier, les fabricants nord-américains - doivent déployer pour devenir plus compétitifs à l'échelle mondiale, nous devons aller plus loin que l'assurance des créances, d'autant que la couverture des institutions financières privées devient limitée. Les risques sont plus grands. Il est donc compréhensible que le secteur privé se montre plus prudent dans le financement et l'assurance qu'il propose, ce qui fait qu'EDC doit passer à l'action et faire plus pour aider le secteur à gérer son adaptation à une concurrence mondiale plus vive.
EDC a répondu à l'appel en proposant une nouvelle couverture sélective conçue comme relais pour aider les entreprises à franchir ce cap. Les exportateurs peuvent acheter une certaine couverture non résiliable qui correspond à une période de fourniture, pour des pertes qu'ils subiraient, si les paiements étaient interrompus à cause d'une déclaration de faillite d'un équipementier. Nous avons structuré cette assurance avec l'entière coopération, en toute connaissance de cause, des assureurs et courtiers du secteur privé, car les marchés de l'assurance-crédit sont limités dans leur capacité de couverture de ces risques pour le moment, mais ils devraient rétablir une couverture classique une fois la situation stabilisée.
Fournir une couverture supplémentaire en période de risque extraordinaire ne représente que la moitié du travail. La réponse à long terme pour le secteur de l'automobile, et bien d'autres, c'est de l'aider à se diversifier et à prendre de l'expansion à l'étranger.
Nous développons des façons de faciliter les expansions, et nous fournissons des financements d'immobilisations pour les investissements étrangers.
Nous devons faire en sorte que les sociétés canadiennes affiliées à l'étranger puissent souscrire une assurance-comptes clients pour les ventes sur leur marché étranger et une assurance-risques politiques pour protéger leurs engagements en capitaux.
Le but ultime est d'aider les entreprises canadiennes dans le secteur de l'automobile à diversifier leur clientèle d'équipementiers au-delà des gros acteurs nord-américains. Nous cherchons à déterminer comment nous pouvons les aider à percer dans les réseaux d'approvisionnement des constructeurs automobiles japonais, chinois et coréens.
Mais cela ne se produira pas du jour au lendemain. Les entreprises canadiennes devront faire la preuve d'une valeur unique et d'une volonté d'amélioration constante de cette valeur.
Démontrer cette valeur signifie très souvent que les entreprises canadiennes devront s'implanter à proximité de leurs clients potentiels, projet coûteux et risqué, mais dans lequel EDC peut jouer un rôle clé.
Et cela ne suffit pas encore. Nous devons aussi aider les entreprises canadiennes par rapport à la logistique de la gestion de leurs chaînes d'approvisionnement mondiales. Pour cela, nous avons pris un bon départ en ce qui concerne les nouvelles mesures de sécurité américaines qui influent sur le commerce transfrontière.
Nombre de gros acheteurs aux É.-U. demandent aux fournisseurs canadiens de se conformer au programme C-TPAT des Douanes américaines aux termes duquel ils doivent assurer l'intégrité de leurs pratiques en matière de sécurité. Cette conformité nécessite quantité de mesures coûteuses pour satisfaire aux exigences matérielles et aux exigences relatives au personnel et aux procédures sur le plan de la sécurité. Pour aider, EDC a mis sur pied le programme Prêt-conformité aux exigences de sécurité, afin de fournir un financement abordable aux entreprises canadiennes qui procèdent aux améliorations nécessaires en la matière.
Nous cherchons aussi à déterminer comment nous pouvons aider les entreprises canadiennes à gérer leurs chaînes d'approvisionnement. Les chaînes d'approvisionnement mondiales sont sources de beaucoup d'économies, mais seulement si elles sont bien gérées. Plus on traverse de frontières nationales pour arriver à un produit fini, plus la gestion de la logistique se complique. On risque de se débattre constamment avec des règlements officiels, des monnaies multiples, des exigences documentaires, des questions fiscales et des montagnes de formalités administratives. En ne suivant pas les règles internationales et les règlements de sécurité draconiens, on s'expose même à des sanctions sévères et à la perte de privilèges commerciaux.
EDC cherche à savoir comment elle peut aider les entreprises canadiennes à mettre en place leurs systèmes de gestion du commerce mondial. Nous avons créé un Centre d'innovation en gestion du commerce mondial qui étudie divers produits et services d'EDC qui aideront à garantir la compétitivité canadienne à long terme sur les marchés mondiaux. Nous avons déjà entamé des discussions avec les MEC afin de connaître leur point de vue sur les questions relatives à la gestion du commerce mondial par rapport à la compétitivité canadienne. J'invite tous ceux d'entre vous qui s'intéressent à la question ou qui ont un avis sur le sujet à participer avec nous à mettre sur pied cette initiative.
Ce ne sont que quelques-unes des nouvelles initiatives que nous prenons dans le secteur de l'automobile, et certaines s'appliquent à d'autres secteurs. Nous reprenons actuellement cette approche sur mesure dans notre travail avec d'autres secteurs d'activité, en utilisant notre connaissance des besoins de chacun pour offrir des services utiles et opportuns.
Mais toutes ces nouvelles mesures, et les nombreux produits et services que nous proposons depuis des années ne servent à rien si les exportateurs ne savent pas qu'ils existent. Franchement, nos clients nous connaissent mal et ils ne sont pas au courant de tout ce que nous pouvons faire pour les aider.
Nous étions aussi gênés dans notre capacité d'aider les exportateurs par le fait que nous présentions trop de points de contact discontinus avec EDC. Cela nous empêchait de faire connaître des possibilités dans toute la Société et de proposer à chaque client tout l'éventail de nos services pour l'aider à profiter de ces possibilités.
Mais tout cela change, grâce au nouveau modèle de service à la clientèle d'EDC qui traite les secteurs d'activité et les relations entre les entreprises et les secteurs dans l'ensemble des chaînes d'approvisionnement mondiales. Nous avons créé six équipes sectorielles principales, chacune dotée de professionnels du commerce expérimentés qui connaissent les défis de leur secteur et qui peuvent utiliser toutes les ressources d'EDC pour offrir des solutions correspondant aux besoins particuliers dudit secteur. Nous avons aussi créé une équipe qui s'occupe uniquement des PME afin qu'EDC touche tous les petits exportateurs et les entreprises exportatrices du Canada dont le chiffre d'affaires est inférieur ou égal à 5 millions de dollars.
Nous avons élargi les ressources humaines qui se consacrent au développement des affaires et nous les redéployons en mettant en place une gestion de comptes spécialisée pour tous nos clients. Nous renforçons aussi nos partenariats avec les institutions financières pour toucher les entreprises canadiennes.
Nos partenariats s'étendent aussi aux groupes commerciaux - l'un de nos plus importants partenariats étant avec les Manufacturiers et Exportateurs du Canada. J'ai eu le plaisir de représenter EDC lors de la signature de la nouvelle entente de partenariat avec votre président qui viendra solidifier les efforts de collaboration entre nos organisations, étendre nos initiatives de comarketing et améliorer notre représentation à l'égard des intérêts mutuels.
Et nous étendons notre représentation à l'étranger afin de bâtir des relations durables avec les acheteurs locaux et de jumeler les besoins de ces acheteurs avec des compétences canadiennes. Nous venons d'établir une deuxième représentation en Chine, à Shanghai, afin de compléter le travail de notre représentant à Beijing. Et cet hiver, nous établirons à Moscou une nouvelle représentation pour la Russie et la Confédération de États indépendants. Cela portera à dix le nombre de nos représentants à l'étranger, puisque, en plus de la Chine et de la Russie, nous sommes représentés en Asie du Sud-Est, au Brésil, au Mexique, en Inde et en Europe centrale et orientale.
En soutenant ainsi le commerce à l'exportation et l'investissement, nous réévaluons continuellement les retombées de celui-ci pour le Canada et nous tenons compte de nos constatations dans nos critères de qualification, secteur par secteur. Précisons, à cet égard, que nous entendons notamment appuyer l'investissement à l'étranger, pas seulement les exportations.
Cette transition nous a amenés à revoir le sens du mot « fabrication » dans une économie mondialisée où les intrants et les extrants circulent librement à travers les continents. Nous avons clairement dépassé une mentalité qui ne reconnaît la fabrication qu'en tant de retombée pour le Canada, idée dont David Fung est un fervent défenseur. Nous nous colletons maintenant à des réseaux complexes de relations transnationales pour faire passer même de simples produits du concept au client.
Pour soutenir ce modèle de commerce mondial, EDC doit faire plus qu'accepter de nouvelles idées et se réorganiser. Nous devons repenser les principes de base de notre culture en matière de risques.
La capacité d'EDC de contribuer à la croissance des exportations et des investissements canadiens est liée à celle de bien évaluer et bien gérer les risques. Depuis dix ans, EDC a connu toutes les phases du cycle de crédit, y compris des périodes de détérioration continue du crédit et d'instabilité des marchés. Les crises russes et asiatiques et les problèmes de l'aéronautique et du secteur des télécommunications ne sont que quelques exemples des turbulences que nous avons traversées.
EDC est sortie de cette période avec une situation de capital solide. Tout aussi important, nous y avons gagné une précieuse perspective quant au niveau de risque que nous pouvons prendre, si des circonstances similaires se représentaient à l'avenir. Nous pensons pouvoir faire plus pour être prêts à prendre plus de risques et à répondre aux besoins des exportateurs et des investisseurs canadiens.
Cette perspective guidera EDC dans sa réflexion sur le déploiement d'un nouveau bassin de capital de risque stratégique qu'elle a constitué pour aider les entreprises à s'implanter sur des marchés internationaux qui présentent plus de risques et d'incertitude. Le succès d'EDC se mesurera à son aptitude à créer une capacité, à la promouvoir et à l'employer.
Le nouveau capital de risque stratégique servira à faciliter d'autres transactions plus risquées et/ou novatrices qui sortent du cadre de gestion des risques actuel d'EDC. La priorité ira aux principaux marchés émergents stratégiques, comme le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine et le Mexique, et à des secteurs d'activité d'importance stratégique.
Pour conclure, j'aimerais récapituler les éléments essentiels pour réussir dans le commerce aujourd'hui :
Les entreprises qui réussiront, seront celles qui étendent leur portée dans le monde. Nous entendons nous rapprocher des exportateurs et des investisseurs canadiens pour savoir ce dont ils ont besoin et, surtout, pour utiliser à leur avantage les relations et les connaissances que nous avons dans le monde entier.
Les entreprises qui réussissent, sont celles qui sont prêtes à se lancer sur les marchés émergents - où les possibilités abondent, mais où les risques sont aussi beaucoup plus grands. Nous entendons couvrir ces risques pour vous et nous avons les moyens financiers pour le faire.
Enfin, les entreprises qui réussissent, seront de plus en plus celles qui ont mondialisé leurs opérations, devenant ainsi plus productives. EDC entend jouer un rôle bien plus important pour ce qui est d'aider les entreprises canadiennes à faire le type d'investissement nécessaire pour établir une présence mondiale, tout en continuant de rapporter au Canada des retombées économiques tangibles et quantifiables.
La mondialisation actuelle porte la concurrence à des niveaux dépassant ce que la plupart d'entre nous auraient jamais imaginé au début de notre carrière.
Nous ne devrions pas nous laisser décourager par le monde auquel nous sommes confrontés ou par les changements à venir. Ils offrent plus qu'ils ne menacent. Mais ils nous obligent à observer, à écouter, à évaluer puis à prendre les mesures draconiennes nécessaires avant de ne plus avoir le choix. Dans ce monde me revient en mémoire une citation de James Yorke, mathématicien américain à qui nous devons l'expression « théorie du chaos » - par laquelle il expliquait comment des événements mineurs, distants et apparemment aléatoires et sans importance peuvent avoir des conséquences énormes qui changent la vie et l'univers. Comme le disait le professeur Yorke, « les gens qui réussissent le mieux sont ceux qui ont un bon plan de rechange ».
Ce serait de la négligence de ma part si, tandis que je conclus, je n'attirais pas votre attention sur un processus important qui donnera bientôt à ceux qui ont un intérêt dans EDC de proposer des solutions pour en améliorer le travail - et le plan - au bénéfice des entreprises canadiennes. Ce processus porte le nom d'examen de mandat et, en 2008, notre actionnaire consultera nos clients, nos partenaires et même nos détracteurs pour savoir comment EDC doit, en appliquant sa loi habilitante (la Loi sur le développement des exportations), se positionner pour répondre aux besoins et aux attentes futures. Le plus important au sujet de ce processus, c'est que le contexte par rapport auquel est évaluée EDC est davantage ciblé sur l'objectif des entreprises canadiennes, et les défis qu'elles devront relever, que sur le chemin parcouru.
Nous sommes convaincus, à EDC, d'être plus prêts que jamais à faire beaucoup plus pour les entreprises canadiennes. Nous nous appuierons sur votre expérience et vos conseils pour déterminer sur quoi nous devrions concentrer nos efforts pour vous aider au mieux à prendre de l'expansion. Nous entendons pour cela tirer parti d'autant de sources de compétences et d'appui que nous pourrons en trouver - au gouvernement, dans les banques, dans les associations professionnelles et auprès de partenaires potentiels.
Je vous remercie de votre attention. Thank you.