Niagara Falls (Ontario), le samedi 3 mars 2007
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
Je vous avoue d'emblée que je suis très fier d'avoir été choisi comme président d'honneur de la Cuvée 2007. Il y a un an jour pour jour, j'ai eu un immense plaisir en participant à cette célébration annuelle de la production vinicole ontarienne. J'ai aimé l'ambiance chaleureuse, l'accueil impeccable et la qualité des rencontres. J'ai donc une très grande joie à me retrouver à nouveau parmi vous. Et je ne suis pas venu seul, car le vin est grégaire, il rassemble, il invite, il aime la compagnie. Je suis donc venu avec une délégation de fervents adeptes des vins canadiens venus, comme moi, célébrer la cuvée 2007, et le vin tout simplement.
Car le vin est d'abord, en consommation modérée, un art de vivre et une hygiène de vie. Il dit le pays qui le porte et la fierté des hommes et des femmes qui le produisent.
Il y a longtemps, bien longtemps, que chez les Perses et les Égyptiens, les poètes et les médecins se sont unis pour vanter les vertus du vin, à la fois poétiques et thérapeutiques, tout comme le feront plus tard les poètes et les penseurs romains.
Pendant le Moyen-âge, il en sera de même en Italie, en Espagne, en France tout particulièrement. François Rabelais, illustre écrivain français et grand médecin va même démontrer qu'une consommation excessive ne nuit ni à la qualité du raisonnement, ni à la bonne santé. Chez les moines Bénédictins, la règle précise qu'un quart de litre de vin par jour est un bienfait pour la santé. Au XVIIIe siècle, les pharmaciens de l'époque précisent les qualités chimiques et thérapeutiques de chaque terroir en France et dénombre 164 vins médicinaux. Au même moment les Anglais reconnaissent le vin comme antibiotique et se fournissent dans le Bordelais. C'est peut-être la raison pour laquelle, j'ai pu goûter à la table de sa Majesté la Reine Élisabeth II, son vin courant : un excellent bordeaux rouge, un Pauillac, qui évidemment pourrait conduire tout un chacun à le préférer définitivement au goût amer des antibiotiques contemporains!
Au XXe siècle, le vin sera de tous les combats, de toutes les guerres, de toutes les batailles, de la guerre de 14/18, à celle de la prohibition et maintenant à celle de la surproduction européenne en particulier. Mais le XXe siècle, c'est aussi l'inscription des vins canadiens dans la grande histoire des vins et on peut maintenant dire que le XXIe siècle sera celui de leur épanouissement et de leur célébration. Et quand on parle de célébration, il est temps de passer de la parole aux actes.
L'année dernière, je terminais mon petit discours en formulant un souhait que je rappelle ici : « Les prix du Gouverneur Général célèbrent chaque année la littérature, les arts de la scène, les arts médiatiques tous ses éléments font partie de la culture de notre pays. Un prix des arts de la table qui célèbre aussi nos meilleurs vins, aurait toute la place qui lui revient. »
Né de l'enthousiasme de ma participation à la cuvée 2006, ma promesse se devait d'être honorée ; il me restait par contre à en parler à mon épouse, la Gouverneure générale, car dans le feu de l'action je m'étais avancé en solitaire sans savoir quelle serait sa réaction. Mon honneur était en jeu, et si elle n'était pas d'accord, mon amour propre allait en payer le prix. J'avais quelques bonnes bouteilles rapportées des vignobles ontariens, qui ont su ajouter les vertus du vin à ma capacité de convaincre : mon épouse a reçu avec le plus grand enthousiasme le projet d'un prix du gouverneur général des arts de la table, et tous nos collaborateurs ont fait de même.
J'ai pu ainsi sauver mon honneur et nous nous sommes mis au travail aussitôt, en rencontrant dans chaque province au cours de nos visites des personnes-ressources de premier plan pour tracer le profil de ces prix des arts de la table dans lesquels le vin aura sa grande et juste place.
En un an, nous avons acquis la conviction que cette reconnaissance nationale des arts de la table correspond à une vraie nécessité.
Nous avons également cerné le cadre et les partenaires possibles. La phase d'étude et de faisabilité est terminée. Elle a permis de cerner les principaux critères de ces prix : célébrer, honorer, promouvoir.
Également : briser les isolements entre chaque composante de l'industrie culinaire et développer une approche plus holistique entre les différents secteurs des arts de la table. Ces prix ne seront pas une autre compétition entre les chefs ou un autre concours vinicole, tout cela existe déjà avec succès en général en dehors de nous. Il ne s'agit donc pas de le répéter.
Nous entrons maintenant dans la phase 2, celle de la réalisation. Et nous sommes toujours très ouverts au dialogue et à la consultation. Il y a ici avec moi des collaborateurs qui travaillent sur ce dossier qui sont prêts à rencontrer ceux et celles qui veulent des précisions ou apporter des idées. Vous êtes les bienvenus.
Nous pensons que l'année prochaine, si tout va bien, nous serons en mesure de décerner les premiers prix des arts de la table. Nous prouverons ainsi, je l'espère, que le verre et l'assiette peuvent vivre un grand amour au Canada et que les poètes ne se trompent pas quand ils chantent les vertus du vin et de la bonne chère : ils magnifient l'aptitude au bonheur et au vivre ensemble, en somme, le meilleur de la culture et de l'humanité, et, je le souhaite, une vertu canadienne.