7 septembre 2007
Sydney, AustralieLE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI
Premier ministre Howard,
Chers invités,
Mesdames et Messieurs.
Merci pour votre accueil chaleureux et pour cette invitation à prendre la parole au Sommet commercial de l’APEC de 2007, ici en Australie.
L’Australie fut un catalyseur de la création de l’APEC et l’hôte du premier Sommet, en 1989. Ce pays a la réputation bien méritée d’être un partenaire commercial libre et juste, un pays qui tient parole.
Et, en tant que Premier ministre, j’ai l’assurance que je parle au nom de tous les visiteurs internationaux ici présents quand je remercie et que j’applaudis notre hôte !
Le Canada est aussi un partenaire commercial libre, et nous sommes ravis d’avoir l’occasion de rencontrer des leaders économiques et commerciaux de l’APEC afin de discuter des enjeux clés auxquels votre région est confrontée.
Nous soutenons sans réserve le thème de cette année – « Renforcer notre communauté et bâtir un avenir durable ».
Alors que l’APEC prend de l’ampleur… tout comme les échanges commerciaux mondiaux … alors qu’un nombre grandissant de pays développent leur infrastructure industrielle et deviennent plus concurrentiels sur les marchés mondiaux,
Cela ne fait pas que renforcer la communauté des nations … les nations diverses et stratégiquement critiques … qui forment l’APEC.
Cela renforce également les communautés au sein de nos nations.
Cela stimule les investissements, crée des emplois, encourage l’esprit d’entreprise et permet à des millions de gens de se sortir de la pauvreté.
La classe moyenne se développe, ce riche paysage démographique de familles, de propriétaires fonciers, de consommateurs, d’investisseurs, de contribuables et de bâtisseurs de communautés.
La classe moyenne est la clé d’une unité sociale et d’une économie solides et stables.
Et elle ne peut que se développer dans des pays qui soutiennent des marchés ouverts et le libre commerce.
Mais comme nous le comprenons tous, la croissance économique et la prospérité doivent être en équilibre avec une gestion de l’environnement saine et prudente.
Quand je dis qu’il faut établir un équilibre entre la protection de l’environnement et la prospérité économique, je le fais tout à fait délibérément.
Le terme « équilibre » ne signifie pas que nous ne prenons pas l’environnement au sérieux.
Au contraire, si nous n’établissons pas cet équilibre, l’environnement ne sera jamais traité en priorité, comme il se doit.
Prenons l’un des défis de politique publique internationale les plus importants de notre époque : la menace grandissante posée par les changements climatiques.
Les preuves scientifiques indiquent que notre atmosphère ne cesse de se réchauffer,
que l’activité humaine y contribue de façon considérable,
et que cela aura de graves conséquences sur toutes les formes de vie sur terre.
Les preuves physiques parlent d’elles-mêmes.
Par exemple, cette année, le nombre de voies d’eaux ouvertes, non gelées, est plus élevé que jamais dans le Passage du Nord-Ouest, notre voie navigable entre l’Atlantique et le Pacifique dans l’Arctique.
Et après une série d’hivers cléments, nos forêts en Colombie-Britannique sont ravagées par une épidémie que le froid contrôlait dans les régions situées plus au sud.
Nous devons tenir compte de ces signes alarmants.
Pourquoi ne l’avons-nous pas fait ?
Depuis au moins dix ans, la plupart des gouvernements, y compris le gouvernement du Canada, ne manifestent qu’un intérêt de pure forme face au problème des changements climatiques.
Parce qu’ils ne veulent pas dire au grand public que la réduction des émissions de carbone aura inévitablement des coûts économiques à court terme, les gouvernements se sont penchés sur le problème avec à peine plus qu’une simple rhétorique politique.
Nous devons agir.
Nous le devons aux générations futures.
Tout comme nous leur devons un avenir économique solide et certain.
Nous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre par des stratégies exhaustives, pratiques et réalistes.
Permettez-moi de vous dire ce que le Canada fait pour réduire ses émissions de gaz à effet de serre ;
comment nos entreprises vont faire leur part ;
et comment les divers éléments de notre approche pourraient être intégrés en un nouveau cadre – vraiment mondial et donc vraiment efficace – international sur les changements climatiques.
Il faut noter que nous soutenons que tout accord mondial à long terme sur les changements climatiques :
Doit être efficace en visant des objectif clairs et en incluant tous les émetteurs majeurs ;
Doit être juste et réaliste sur le plan économique, sans nuire inutilement à la croissance de certains pays ;
Doit être flexible, pour que tous les pays puissent choisir les outils et les politiques adaptés à leurs circonstances propres ;
Et doit soutenir le développement et le déploiement de technologies nouvelles et meilleures.
L’approche du Canada est fondée sur ces principes fondamentaux.
D’abord, nous croyons que nous devons fixer un objectif clair et être déterminés à l’atteindre.
Aussi, pour la toute première fois, le Canada fixe des objectifs de réduction des émissions obligatoires aux industries responsables des gaz à effet de serre et de la pollution atmosphérique.
Les entreprises devront réduire les émissions de gaz à effet de serre par de 18 pour cent unité de production au cours des trois prochaines années.
Ensuite, chaque année, l’industrie devra afficher une amélioration additionnelle de deux pour cent de l’intensité des émissions.
Grâce à ces mesures, et à d’autres, les émissions de gaz à effet de serre de toutes les sources commenceront à diminuer en termes absolus dès 2010 au Canada.
Notre plan permettra de réduire les émissions totales au Canada, par rapport aux niveaux de 2006, de 20 pour cent d’ici 2020 et de 60 à 70 pour cent d’ici 2050. Notons toutefois qu’en fondant des objectifs anticipés sur l’intensité des émissions, nous pourrons prendre des mesures environnementales efficaces qui tiennent compte de la réalité du Canada quant à la croissance de sa population et de sa production économique.
Bien entendu, pour que ce plan soit opérationnel et efficace d’un point de vue économique, l’industrie doit y participer.
Nous reconnaissons qu’il faudra du temps aux compagnies canadiennes pour s’ajuster à la nouvelle réglementation. Voilà pourquoi nous rendons les mécanismes de conformité les plus flexibles possible.
Nous laissons les entreprises décider comment elles vont réduire leurs émissions.
Elles sont les mieux placées pour savoir comment mener à bien leurs opérations.
Elles peuvent acheter des crédits d’émissions auprès d’autres entreprises canadiennes qui ont dépassé leurs objectifs.
Le partage des crédits d’émissions est un élément important de l’approche de notre gouvernement, axée sur le marché.
Il encourage vivement les entreprises à dépasser leurs objectifs.
Les entreprises peuvent acheter des crédits auprès de secteurs non visés par la réglementation.
Ainsi, diverses organisations canadiennes – par exemple les municipalités – pourront participer au marché du commerce du carbone.
Nous allons reconnaître l’achat de certains types de crédits certifiés en vertu du Mécanisme de développement propre du Protocole de Kyoto.
Cela permettra aux entreprises de participer aux marchés internationaux, tout en assurant que le mécanisme d’échange de crédits est solide, juste et efficace.
Et, enfin et surtout, les entreprises pourront choisir de contribuer à un fonds technologique sur le changement climatique.
Si le gouvernement se contentait de fixer des limites et d’imposer des amendes, cela aurait pour seul effet de rendre l’industrie plus petite et de ralentir la croissance économique.
Ce qui serait synonyme d’échec.
Au contraire, les paiements faits au fonds soutiendront le développement de technologies permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre.
Bien que la réduction des émissions de carbone impose des coûts à court terme, le potentiel de développement de nouvelles technologies, pauvres en carbone, offre d’immenses possibilités à plus long terme.
Nous voulons assurer que nous approche stimule la poursuite de ces possibilités commerciales.
Il est essentiel de faire appel à l’énergie et à la créativité entrepreneuriales du secteur privé pour lutter contre les changements climatiques afin d’atteindre nos objectifs en stimulant l’économie canadienne, et non pas en la freinant.
En fait, la force et la croissance de notre économie sont essentielles au succès de notre mission.
Nous devons générer des capitaux qui seront investis dans les nouvelles technologies vertes.
Voilà pourquoi toutes les mesures prises par notre gouvernement sont guidées par une approche équilibrée entre la protection de l’environnement et la croissance économique.
Le Canada traverse actuellement la deuxième plus longue période d’expansion économique de son histoire.
Notre taux de chômage est à son plus bas depuis trente ans.
Et nous sommes le seul membre du G-7 qui affiche un surplus budgétaire et une réduction de la dette continus.
En d’autres termes, le Canada est prêt à relever le défi du réchauffement climatique.
Nous sommes obligés de le faire car même si nous ne produisons que deux pour cent des émissions de gaz à effet de serre mondiales, nous sommes un très gros producteur d’énergie et d’autres ressources naturelles.
L’énergie est l’un des principaux moteurs de l’économie canadienne, et elle définit de plus en plus notre place dans le monde.
Nous sommes déjà le premier fournisseur de pétrole, de gaz naturel, d’hydroélectricité et d’uranium aux États-Unis.
Et nous sommes l’un des plus gros producteurs mondiaux de plusieurs métaux et minéraux qui revêtent une importance stratégique.
Parce que nous sommes un pays politiquement stable, avec un système de réglementation transparent et un engagement envers l’ouverture des marchés, nous contribuons de façon considérable à la sécurité énergétique mondiale.
Le Canada est une superpuissance énergétique émergeante.
Mais notre véritable défi et notre vraie responsabilité consistent à devenir une superpuissance énergétique propre.
Quand mon gouvernement a pris le pouvoir il y a un peu plus de 18 mois, nous avons hérité d’une myriade de programmes qui étaient tout simplement inefficaces.
Aussi, nous avons conçu une approche ciblée, axée sur les résultats, fondée sur trois priorités.
La première consiste à augmenter les investissements dans la technologie et les sciences énergétiques.
La deuxième consiste à investir plus d’énergie propre et renouvelable dans notre économie.
Et la troisième consiste à améliorer l’efficacité énergétique car la principale source d’énergie non exploitée au Canada – plus grande encore que les sables bitumineux – est l’énergie que nous gaspillons.
Voilà pourquoi nous faisons de nouveaux investissements majeurs dans la recherche et le développement sur l’énergie propre.
Prenons le « charbon propre », par exemple.
Nous sommes un important producteur – nos amis japonais ici présents sont parmi nos plus gros clients –, et nos chercheurs trouvent des moyens de réduire de pas moins de 90 pour cent les polluants de cheminée provenant de la production d’électricité à base de charbon.
La capture et le stockage du carbone représentent une autre nouvelle technologie très intéressante.
Des programmes expérimentaux sont déjà en place au Canada. Nous prenons des gaz à effet de serre destinés à l’atmosphère pour les enfouir dans le sol.
Nous soutenons également le développement de sources d’énergie renouvelable.
Notre but est d’utiliser les éléments – le soleil, le vent, les marées – pour ajouter 4 000 mégawatts d’énergie propre et renouvelable à notre réseau énergétique au cours des quatre prochaines années.
Cela suffirait à alimenter plus d’un million de foyers. En termes d’émissions, c’est l’équivalent de retirer des millions de voitures des routes.
Mesdames et Messieurs, permettez-moi de conclure en disant que l’une des priorités premières de notre nouveau gouvernement est de rétablir la stature et l’influence du Canada sur la scène mondiale.
Et nous jouons un rôle de premier plan dans la mission des Nations Unies en Afghanistan.
Nous nous joignons à d’autres puissances qui partagent nos valeurs et nos intérêts et les invitons à se joindre à nous pour rendre ce monde plus sécuritaire et meilleur.
Et nous parlons clairement et ouvertement à des forums internationaux comme celui-ci des choses qui comptent pour nous :
notre souveraineté dans notre Arctique,
notre conviction profonde que la liberté, la démocratie, les droits de la personne et la primauté du droit sont les valeurs fondamentales de toute société civilisée,
et, bien entendu, notre engagement envers une économie mondiale ouverte, équitable et en pleine expansion.
Mais nous voulons ajouter une autre ambition critique à cette liste.
Nous voulons être un leader mondial de la lutte contre le réchauffement de la planète et du développement d’énergies propres.
Nous voulons montrer par l’exemple, et non pas faire la morale,
Nous voulons partager notre expérience et nos connaissances,
Et nous voulons travailler avec toute la communauté internationale à la recherche sur les énergies propres.
Ensemble, nous pouvons atteindre cet objectif.
Nous faisons déjà des progrès.
Nos hôtes australiens sont les pionniers de la conversion de masse vers l’éclairage incandescent, et ils nous ont beaucoup appris sur l’utilisation des forêts comme puits de carbone.
Le Japon a joué un rôle clé dans la proposition du nouveau jalon, réaliste, d’une réduction de 50 pour cent des émissions mondiales de gaz à effet de serre d’ici 2050, que nous approuvons.
Et les États-Unis se sont engagés à réunir toutes les économies mondiales majeures afin de développer un nouveau protocole universel sur les changements climatiques pour l’ère
post-2012.
Le Canada fera tout ce qui est en son pouvoir pour aider à développer un nouveau cadre international, incluant tous les intervenants, reconnaissant les impératifs économiques nationaux et régionaux,
un cadre qui établit un équilibre entre des progrès environnementaux mesurables et une prospérité et une croissance économiques continues.
Quand nous entreprendrons les délibérations du Sommet demain,
J’espère que nous pourrons jeter les fondations du protocole international post-2012,
Pour lancer un nouveau régime qui conviendra à tous les pays,
Et pour établir un nouveau consensus qui entraînera de véritables actions efficaces contre le réchauffement climatique.
Nous avons une possibilité sans précédent d’ouvrir la voie vers un monde meilleur, plus propre et plus sain.
Profitons-en.
Merci beaucoup.