Châteauguay, QC - le 17 octobre 2007
Bonsoir,
Je suis très heureux d’être ici parmi vous, dans la ville pittoresque de Châteauguay.
Mais cette région n’est pas seulement pittoresque. Elle a une fière tradition militaire de gens qui sont toujours prêts à défendre ce qui leur est cher.
Je parle de la bataille de Châteauguay, qui a eu lieu il y a environ 200 ans cette semaine. Près de 700 Canadiens-français et 150 Mohawks se sont alors joints aux forces alliées pour contrecarrer le plan des envahisseurs de prendre Montréal.
Bien qu’ils représentaient environ un cinquième de la force d’invasion, ces braves hommes originaires de la région ont repoussé l’ennemi avec succès.
Leur courage et leur détermination ont permis de gagner la bataille. Et la persévérance dont ces hommes et leur commandant Charles de Salaberry ont fait preuve s’est transmise de génération en génération.
Actuellement, les Forces canadiennes qui sont en Afghanistan font preuve de la même ténacité inébranlable en défendant ce en quoi ils croient.
Je veux vous parler de la participation du Canada à cette mission multilatérale en Afghanistan : des raisons qui ont poussé des pays ayant des vues similaires à nos objectifs à intervenir, de nos réalisations et des défis auxquels nous sommes confrontés.
Mesdames et Messieurs, comme le savez, notre gouvernement encourage un débat sain concernant notre présence en Afghanistan.
Le premier ministre a indiqué sa ferme intention de demander au Parlement de se prononcer par scrutin sur le rôle futur du Canada dans cette mission mandatée par l’ONU et dirigée par l’OTAN.
Il a nommé un groupe d’éminents Canadiens pour qu’ils examinent la question de l’Afghanistan afin qu’ils le conseillent et communiquent au Parlement leurs observations.
Parlons à présent de cette mission – de ses buts ainsi que de la capacité de la communauté internationale de réaliser les objectifs énoncés.
Les bonnes questions
Tout d’abord, pourquoi y sommes-nous allés? Pourquoi sommes-nous intervenus?
Le Canada est allé en Afghanistan pour assumer sa part d’une intervention internationale ainsi que pour défendre ses intérêts.
Après les événements catastrophiques du 11 septembre, le gouvernement de l’époque a déployé les Forces canadiennes en Afghanistan. Mes collègues et moi avons appuyé sans réserve cette décision.
Un Afghanistan stable et démocratique renforce la sécurité internationale et, par le fait-même, la sécurité du Canada.
Les forces canadiennes assument une partie de l’effort visant à assurer la sécurité, la stabilité et le développement ainsi qu’à offrir de l’aide humanitaire à un pays et à une population qui ont souffert de l’oppression et de la guerre depuis trop longtemps.
Nos troupes font partie d’une mission dirigée par l’OTAN et mandatée par l’ONU, et elles travaillent en collaboration avec des forces militaires de 36 autres pays.
Le Canada s’est engagé à l’égard …
… de la communauté internationale,
… du gouvernement afghan
… et du peuple afghan.
Et nous avons pris cet engagement en nous basant sur des principes que nous, Canadiens, trouvons très importants, à savoir :
la liberté,
la démocratie,
la primauté du droit,
le respect des droits fondamentaux de la personne.
Nous appuyons des femmes à qui, sous le régime taliban, on interdisait d’aller à l’école, de travailler ou de voter.
On avait réduit leurs voix au silence et, pour en arriver là, elles ont été battues pour des raisons inimaginables, notamment le port de souliers qui claquaient sur le pavé lorsqu’elles marchaient.
Nous bâtissons un avenir pour les enfants, afin qu’ils puissent tous être éduqués, avoir accès aux soins médicaux et avoir la liberté de grandir dans un climat de sécurité et d’espoir plutôt que de peur.
Et nous ainsi que nos partenaires faisons cela à l’invitation du gouvernement afghan démocratiquement élu.
Le peuple afghan nous a demandé de les aider à concrétiser leurs espoirs, de les aider à faire quelque chose de mieux pour eux.
Succès
Quels sont nos buts?
Notre gouvernement a toujours dit clairement ce que signifie le succès en Afghanistan, à savoir :
stabilisation du pays;
établissement de forces de sécurité afghanes compétentes sous le contrôle légitime du gouvernement de l’Afghanistan;
créations de conditions propices à la bonne gouvernance et au développement.
Nous rapprochons-nous de ces buts?
Oui.
Malheureusement, dans un pays fragilisé par des décennies de conflit, les progrès dans un domaine donné peuvent passer inaperçus parce beaucoup reste à faire.
Mais si l’on fait preuve de patience, les progrès réalisés sont perceptibles.
Je me suis rendu en Afghanistan et je l’ai vu dans le regard des enfants afghans qui ont un avenir grâce à nos efforts.
Nous progressons vers nos objectifs, une étape à la fois.
Et la première étape, c’est la sécurité.
L’expérience d’un médecin canadien, qui arrive tout juste de l’Afghanistan, met en évidence l’importance de la sécurité.
Il raconte comment il a attendu pour donner une conférence à un groupe d’afghans et comment il a été irrité de devoir attendre.
Mais lorsque le groupe est finalement arrivé, il a appris que l’un des médecins afghans et son frère avaient été assassinés par des talibans alors qu’ils venaient participer à la conférence.
Avec le courage et la détermination qu’on leur connaît, ils ont persévéré et sont venus participer à la conférence.
Je veux dire par là que les talibans ciblent les médecins, ils veulent empêcher le progrès.
Ils brûlent les écoles.
Ils s’emploient à détruire tout signe de progrès lié au développement.
C’est pourquoi nous ne pouvons pas nous contenter de déverser dans le pays de l’aide au développement et espérer que les choses s’arrangeront pour le mieux.
En 2002, notre première rotation de troupes a eu lieu alors que Kandahar était très différent de ce qu’il est aujourd’hui.
La sécurité était fragile et la reconstruction rare, au moment où l’Équipe provinciale de reconstruction du Canada était en train d’être mise sur pied.
Il n’y avait pas une Armée nationale afghane efficace qui collaborait avec les Forces canadiennes.
La tâche était lourde, mais nos militaires, hommes et femmes, ont poursuivi leur travail avec courage et détermination.
Et ils ont obtenu des résultats.
À la fin de 2006, la troisième rotation des troupes à Kandahar bénéficiait d’une Armée nationale afghane alors en développement, qui commence maintenant à planifier avec succès et à mener ses propres opérations militaires.
Le Canada a mis au point un système d’encadrement, ce qui permet à nos soldats de former leurs homologues afghans et de leur faire bénéficier de leur expérience.
Actuellement, nous avons cinq projets d’encadrement, et il y en aura bientôt six.
Grâce à ce programme, l’Armée nationale afghane est passée de 30 à 40 recrues à plus de 2 000 soldats réparties dans trois bataillons d’infanterie – qui ont tous bénéficié du savoir-faire et de l’expérience des soldats canadiens.
Les Afghans n’ont plus de réticence à appuyer les opérations. Ils jouent un rôle de plus en plus actifs et ils dirigent même des opérations.
Il y a eu des progrès constants et mesurables.
Le Canada comprend qu’il y a des risques bien réels à aider le peuple afghan à atteindre ces objectifs. Sans aucun doute, nous continuerons de soutenir nos braves soldats canadiens et nos héros morts au combat.
Nous croyons que chaque soldat qui sert en Afghanistan incarne un héritage dont nous pouvons nous enorgueillir et nous saluons leur engagement.
La réalisation des objectifs de l’ONU et de l’OTAN en Afghanistan est à notre portée si nous honorons leur héritage et que nous maintenons notre engagement.
La sécurité rend possible la bonne gouvernance et le développement, et la bonne gouvernance et le développement renforcent la sécurité.
Ces trois éléments sont indissociables.
Les Forces canadiennes se battent aux côtés des forces d’autres pays en Afghanistan afin de permettre un développement permanent et viable.
Nous observons des progrès de développement qui renforcent nos réussites en matière de sécurité.
Ici encore, les membres des Forces canadiennes constituent seulement une partie de l’équipe qui travaille en Afghanistan.
Les Forces canadiennes et leurs homologues du ministère des Affaires étrangères, de l’ACDI, du Service correctionnel Canada, de la GRC et du corps policier civil collaborent avec des collègues venant de 60 autres pays afin d’aider à reconstruire l’Afghanistan.
J’aimerais me concentrer sur les enfants pendant un moment. Quarante pour cent de la population afghane est constituée d’enfants – et les enfants sont véritablement la meilleure chance pour l’avenir de l’Afghanistan.
Avec des taux de mortalité infantile et maternelle qui étaient parmi les pires au monde il y a six ans, plus d’un enfant sur dix est mort à la naissance et une femme est morte en couche toutes les trente minutes.
Un enfant sur cinq est mort avant l’âge de cinq ans, le plus souvent de maladies évitables.
Ce qui est choquant, c’est qu’un enfant sur huit est mort tout simplement parce qu’il n’avait pas accès à l’eau potable.
Au cours des six dernières années, des Canadiens, nos partenaires internationaux et les Afghans eux-mêmes ont changé la situation.
Écoutez plutôt ces chiffres : Plus de 80 pour 100 des Afghans ont actuellement accès aux soins de santé de base. Avant que le Canada et la communauté internationale commencent leur travail en Afghanistan, l’accès à ces soins était de moins de 9 pour 100. Il s’agit d’un progrès extraordinaire.
Cette année, nous pouvons être fiers d’avoir contribué à réduire de 40 000 le nombre d’enfants morts à la naissance, par rapport à la période du régime des talibans.
Les enfants afghans ont accès aux vaccins essentiels.
Le mois passé, l’ONU a organisé une campagne de vaccination contre la poliomyélite de trois jours. Un vaccin oral a été administré dans des régions du Sud et de l’Est de l’Afghanistan où il était auparavant très dangereux de s’aventurer.
Et le Canada et ses partenaires internationaux ont apporté de l’eau potable aux Afghans partout dans le pays.
À Kandahar, l’une des régions les plus instables de l’Afghanistan, le Canada a aidé les Afghans à creuser plus de 1 200 puits, à construire plus de 150 km de canaux et de systèmes d’irrigation, ainsi qu’à installer 500 aqueducs.
Le Canada et ses partenaires internationaux ont créé 4 000 écoles communautaires et formé 9 000 enseignants.
Depuis 2001, plus de 6 millions d’enfants – dont un tiers sont des filles – ont été inscrits à l’école.
Les enfants afghans ont un avenir grâce à notre investissement.
Il est beaucoup plus difficile pour les forces extrémistes de recruter dans leurs rangs des jeunes qui ont un avenir.
Et, comme pour la sécurité, la responsabilité de la reconstruction incombe au peuple afghan lui-même.
Partout en Afghanistan, plus de 17 500 conseils de développement communautaire ont été élu – plus de 500 d’entre eux se trouvent dans la province de Kandahar. Ces conseils déterminent les activités de reconstruction qu’il convient d’entreprendre dans leurs villages respectifs.
Il s’agit d’organismes de la base composée de citoyens afghans élus.
La communauté internationale fournit l’argent pour la mise en œuvre de projets choisis par les Afghans, et ceux-ci exécutent le travail, prenant ainsi la responsabilité de leurs réussites.
Il s’agit de progrès étape par étape.
Notre ambassadeur et notre personnel diplomatique rencontrent régulièrement des représentants du gouvernement afghan et de la communauté internationale.
Les Canadiens donnent des conseils sur des éléments clés tels que la gouvernance efficace et la protection des droits de la personne.
Le Canada appuie le gouvernement à l’aide d’une équipe consultative stratégique de 15 personnes qui se trouve à Kaboul, composée de militaires et de civils du MDN et de l’ACDI.
Il assure le soutien de la planification auprès des ministères du gouvernement afghan en vue de leur permettre d’atteindre les objectifs de la stratégie de développement national de l'Afghanistan.
Malgré tout, il reste encore beaucoup à faire en matière de sécurité, de gouvernance et de reconstruction.
Il y a encore de nombreux défis.
Et pour faire face à ces défis, le Canada s’attend à ce que d’autres pays contribuent davantage à cet effort.
Le Secrétaire général de l’OTAN ne cesse de le répéter : Pour les pays alliés, il s’agit d’une mission essentielle qui ne peut échouer.
Tablant sur les activités en cours, mes collègues du Cabinet et moi avons rencontré nos partenaires internationaux au cours des dernières semaines.
Nous encourageons continuellement les autres alliés de l’OTAN à fournir plus de ressources.
Et nous espérons que nos amis et alliés accentueront leurs efforts et assumeront leurs responsabilités comme le font le Canada et d’autres pays alliés – notamment la Grande-Bretagne, les États-Unis et l’Australie, pour ne citer que ceux-là.
Nous exhortons les autres pays à assumer leur part du fardeau de façon plus équitable, particulièrement dans le Sud du pays.
La participation du Canada dans cette mission lui a permis d’avoir une voix et de l’influence sur la scène internationale; comme l’a souligné le premier ministre, nous assumons le leadership non pas en donnant des leçons, mais par l’exemple.
Mesdames et Messieurs, beaucoup de choses reposent sur nos actions – et nos décisions – dans les mois à venir.
Le peuple afghan et nos alliés de l’OTAN demandent que le Canada maintienne sa présence en Afghanistan parce que les soldats canadiens ont fait preuve d’excellence et de compétences exceptionnelles.
Les Forces canadiennes ont joué un rôle majeur dans les progrès réalisés dans la région de Kandahar au cours des trois dernières années.
Le résultat de notre travail en Afghanistan signifie que la vie est incontestablement meilleure pour le peuple afghan, et que l’Afghanistan ne servira plus de refuge aux terroristes.
Lorsque le premier ministre Harper soumettra la question de l’avenir de la mission au Parlement pour examen, les députés devront décider quel genre d’ami et d’allié veut être le Canada et quelle influence nous voulons avoir sur la scène internationale.
Pouvons-nous laisser les rebelles atteindre leurs objectifs de chaos et de destruction? Pouvons-nous laisser les talibans revenir au pouvoir dans une partie quelconque de l’Afghanistan? Pouvons-nous prendre ce risque?
Je me demande souvent quelle est la position de l’opposition concernant la nécessité de veiller à ce que les talibans ne retournent jamais au pouvoir en Afghanistan.
En 2005, les députés du Parti libéral du Canada ont appuyé l’engagement du Canada à Kandahar, mais ils n’appuient pas notre engagement en 2009.
Pourtant, nous avons affaire aux mêmes talibans qui continuent de semer le doute et la peur.
Ils demandent à tout prix que le Canada et les autres pays de l’OTAN se retirent de l’Afghanistan.
Ils savent que le verdict de l’opinion publique canadienne a une très grande influence.
Ils connaissent très bien les discussions nationales sur cette question, et ils essaieront d’exploiter nos débats pour avoir un avantage militaire.
Ils ne peuvent pas nous battre sur le champ de bataille. C’est l’unique façon dont cet adversaire sournois peut remporter la victoire.
Voilà l’ennemi auquel font face nos militaires, hommes et femmes.
Mesdames et Messieurs, nul doute que nous demandons à nos militaires d’effectuer une tâche difficile.
Les Canadiens doivent comprendre que notre gouvernement n’a épargné aucun effort pour les soutenir – afin qu’ils aient tout ce qu’il faut pour leur permettre de faire efficacement leur travail.
Ont-ils l’équipement nécessaire pour s’acquitter des tâches qui leur sont confiées?
Absolument.
Depuis qu’il est arrivé au pouvoir, notre gouvernement s’est fixé comme priorité de fournir aux Forces canadiennes l’équipement essentiel dont elles ont besoin pour faire leur travail.
Nous nous sommes engagés à rebâtir et à restructurer les Forces canadiennes.
Nous avons annoncé une série de projets d’acquisition d'immobilisations afin de renforcer la capacité globale des Forces canadiennes :
avions de transport stratégique C-17;
avions de transport tactique;
hélicoptères de transport moyen à lourd;
Camions-cargo;
navires de soutien interarmées polyvalents;
navires de patrouille extracôtiers de l’Arctique.
Et nous avons répondu aux besoins immédiats des ressources déployées en Afghanistan.
Conclusion
Comme ils l’ont fait à Amiens, à Ortona, à Kapyong, dans la poche de Medak – comme ils l’ont lors de la bataille de Châteauguay, il y a de cela 194 ans – les Canadiens ont toujours répondu bravement et relevé les défis auxquels ils étaient confrontés.
Nous avons toujours prouvé que nous avions en nous ce qu’il fallait pour défendre ce en quoi nous croyons.
Actuellement, 52 p. 100 des unités des Forces canadiennes qui se trouvent en Afghanistan proviennent des unités basées ici dans la « la belle province ».
Les Québécois font une différence dans la monde.
Comme nous l’avons déjà vu de multiples façons – autocollants sur des pare-chocs, envoi de lettres de soutien, défilés et rassemblements – nos militaires ont le soutien des Canadiens.
Mesdames et Messieurs, je suis fier de l’engagement du Canada envers l’Afghanistan.
Le Canada s’est montré à la hauteur et il assume un rôle de leadership.
Et la communauté internationale nous observe au moment où nous nous apprêtons à prendre une décision importante.
Le Canada est résolu à poursuivre sa mission jusqu’en février 2009.
La décision concernant ce que nous ferons ensuite revient à mes collègues de la Chambre des communes.
Ce soir, j’espère vous avoir aidé à répondre à certaines des « bonnes questions ».
Je suis fier de l’exemple que le Canada a donné à d’autres pays.
Je suis fier que notre participation ait contribué à conférer au Canada un rôle de leadership dans le monde.
Plus particulièrement, je suis fier du travail de nos militaires, hommes et femmes, – des personnes dévouées qui font une grande différence dans les vies et l’avenir d’une nation entière.
Je vous remercie.