Le mercredi 5 décembre 2007,
Toronto, Ontario
Je vous remercie. Je vous remercie de cette généreuse introduction. Je suis très heureux de me trouver ici, au Economic Club. Je crois que la dernière fois que j'ai prononcé un discours devant le Economic Club ou que j'ai assisté à un déjeuner du Economic Club remonte à environ un an et demi de cela. Donc, je suis très heureux d'être à nouveau ici. Le secrétaire général des Nations Unis, Ban Ki-Moon, a appelé le réchauffement climatique « la mission déterminante de notre époque ». Je crois que cela résume bien la situation. Au cours de la dernière année, nous avons reçu quatre gros rapports des Nations Unis qui s'appuient sur l'énorme quantité de travail scientifique accompli depuis plusieurs années sur la planète. Les rapports sont très clairs; il est indéniable que la planète se réchauffe et que l'activité humaine contribue à cette réalité. Les rapports indiquent aussi que les changements climatiques sont réels, qu'on peut les constater sur chaque continent et dans chaque océan de la Terre. Ici, au Canada, nous pouvons constater les effets des changements climatiques. Les hivers ne sont plus ce qu'ils étaient, ils sont beaucoup plus chauds -- quoi que pas aujourd'hui. Mais, en Colombie-Britannique, les hivers ont changé et nous avons perdu d'énormes couvertures de forêts en raison du dendroctone du pin, qui a eu un effet dévastateur non seulement sur l'environnement, mais aussi dans l'industrie et sur les emplois. Dans l'Arctique, dans un village appelé Inuvik, une école s'est réellement détachée de ses fondations parce que le pergélisol fond. La science nous dit depuis des décennies maintenant, qu'il est temps que les habitants de cette planète et que les gouvernements du monde entier agissent. Les gaz à effet de serre augmentent. Ils augmentent sans cesse, chaque année, et notre défi, le défi de notre génération, est d'arriver à les réduire.En février dernier, j'ai rencontré deux éminents scientifiques des Nations Unies -- des Canadiens qui sont maintenant des lauréats du prix Nobel -- et après la publication du rapport des NU, je me suis assis avec eux, je me suis renseigné et nous avons jasé ensemble de leur vie. Je me suis tourné vers le plus savant et je lui ai dit : « C'est un rapport ». C'était un rapport à l'intention des décideurs et il était écrit en langage simple pour des types comme moi. Et je lui ai dit : « Que feriez-vous si vous étiez à ma place? » Il s'est tu pendant un moment, puis deux moments, puis il a dit : "Je ferais deux choses : d'abord, un changement culturel. Il faut changer notre mode de vie. Puis, j'utiliserais la technologie."Et, en fait, toute la solution se trouve là, ou à peu près. Dans le cas du changement culturel, il s'agit des multiples décisions que nous prenons chaque jour concernant notre mode de vie, et la technologie pour sa part, peut faire en sorte que ces décisions soient plus faciles pour nous personnellement, pour nos activités commerciales, nos industries et notre secteur public. Et je suis tout à fait d'accord avec ce scientifique.Le Protocole de Kyoto a été signé il y a dix ans en décembre. Et il s'agissait en fait d'un marathon de dix ans entrepris pour réduire les gaz à effet de serre sur toute la planète. Mais quand le coup de départ du marathon a sonné, le Canada a commencé à courir dans la direction opposée, sous le gouvernement précédent. Aujourd'hui, quelque 25 ou 30 jours avant le début de la période de rapport, le 1er janvier 2008, nous dépassons de 32,9 % notre objectif de Kyoto.Pour mettre les choses en contexte, il y a eu récemment une élection en Australie, et le nouveau gouvernement travailliste, ou son nouveau premier ministre travailliste, Kevin Rudd, a pris l'engagement de Kyoto et a maintenant signé le Protocole. L'Australie ne dépasse son objectif que de un pour cent. Cela met en perspective le défi que nous devons relever dans notre pays!Je ne peux pas -- et notre gouvernement ne peut pas -- prendre la responsabilité des dix dernières années, mais les Canadiens demandent que notre premier ministre, que moi, comme ministre, et que notre gouvernement prennent cette responsabilité pour les dix prochaines années, et c'est ce que nous faisons. Nous avons un plan et nous avons fixé pour notre pays un objectif national de réduction des émissions de gaz à effet de serre de 20 % d'ici 2020. C'est une réduction absolue de 20 % en 13 ans. Cela ne sera pas facile; ce sera difficile. Mais nous devons atteindre cet objectif national, cette cible.Pour la première fois, notre gouvernement réglementera les grands pollueurs et les obligera à réduire leurs gaz à effet de serre en termes absolus. La réduction sera de 18 % d'ici 2010, puis après, il devra y avoir une amélioration constante de deux pour cent chaque année. Nous croyons en une approche basée sur l'intensité des émissions qui met un terme à l'augmentation des émissions et qui permet de stabiliser les émissions dès 2010 ou au plus tard en 2012. Nous mettrons en place une foule de mécanismes de conformité pour permettre aux entreprises d'atteindre ces objectifs ambitieux.La pièce maîtresse de notre stratégie est le Fonds de technologie, qui reprend le conseil reçu du lauréat du prix Nobel. Nous voulons créer un marché du carbone dans notre pays, un système de crédits compensatoires. Nous voulons aussi faire appel au Mécanisme de développement propre du Protocole de Kyoto, grâce auquel les entreprises peuvent acheter des crédits de grands projets reconnus et sûrs qui sont réglementés par les Nations Unies. Il s'agit de notre pièce maîtresse, mais elle est loin d'être la seule pièce de notre stratégie. Nous lançons des initiatives concrètes dans le domaine des transports. Bientôt, nous présenterons un document de discussion qui proposera de nouvelles normes contraignantes, et non pas volontaires, pour les automobiles. Nous aimerions qu'un Pacte de l'auto propre soit signé entre le Canada et les États-Unis. Nos deux pays ont un marché intégré et nous ne voulons pas que le Canada perde des emplois au profit des États-Unis, et si nous agissons de concert avec les États-Unis, nous pouvons aller plus loin, plus rapidement, et avoir un double impact de réduction du smog et de la pollution dans notre pays. Nous collaborons aussi avec les secteurs des transports ferroviaire, maritime et aérien afin de réduire les gaz à effet de serre que produisent ces secteurs. Dans le secteur de l'énergie, nous travaillons fort pour améliorer l'efficacité énergétique, encourager la conservation et favoriser les énergies renouvelables, les biocarburants et l'éthanol. Notre pays possède des technologies de premier plan à l'échelle mondiale. Il y a une entreprise d'Ottawa, Iogen Corporation, qui produit de l'éthanol -- de l'éthanol synthétique et de l'éthanol cellulosique -- de manière très écologique. Le récent budget du gouvernement a fourni presque 200 millions de dollars pour que cette technologie soit offerte sur tout le marché canadien. Nous collaborons avec les provinces. Pour la première fois, le gouvernement fédéral travaille activement avec les provinces et leur accorde des fonds pour appuyer des initiatives qui luttent contre le réchauffement climatique et les gaz à effet de serre. Parmi les projets innovateurs et prometteurs, je citerais l'Autoroute de l'hydrogène, en Colombie-Britannique, qui relie l'Autoroute de l'hydrogène dont l'un de vos conférenciers antérieurs, le gouverneur Schwarzenegger, s'est fait le champion en Californie. La technologie serait prête pour les Olympiques de 2010.En ce qui concerne le captage et le stockage du carbone en Alberta, je me suis rendu dans l'ouest du Canada l'autre jour, et il y a là-bas une technologie qui est commercialisée et qui marche déjà. Elle capte le carbone à l'état pur et l'enfouit sous terre; elle contribue aussi à augmenter la récupération du pétrole. Elle profite donc à la fois aux entreprises et à l'environnement. Dans les Maritimes, nous mettons beaucoup d'effort dans l'énergie marémotrice, et c'est une bonne nouvelle. Ici, en Ontario, nous avons affecté 585 millions de dollars pour aider l'Ontario à fermer ses centrales alimentées au charbon ou à les convertir à des combustibles plus propres. Cela aidera aussi le réseau de distribution de l'életricité entre l'Ontario et le Manitoba et permettra d'exploiter le potentiel hydroélectrique du nord du Manitoba. C'est la première fois que les provinces reçoivent un soutien financier et ça, c'est une bonne nouvelle. Plus tôt cette semaine, les pays du monde ont commencé à se réunir en Indonésie, et les ministres des divers pays se joindront aux discussions la semaine prochaine pour lancer les négociations sur la phase de l'après-2012 du Protocole de Kyoto. Nous voulons préciser que le Canada appuie des objectifs contraignants pour tous les grands pollueurs de la planète. Mais le Canada est chanceux, et comme il est un chef de file, il doit prendre les devants. C'est pourquoi le gouvernement du Canada s'est engagé à atteindre une réduction de 20 % d'ici 2020 avant même que ces pourparlers n'aient commencé.Est-ce qu'on pourrait me donner le premier tableau? Ici, il s'agit du maintien du statu quo dans le monde. Ici, cela veut dire que si aucune action n'est prise à partir de 2004, les gaz à effet de serre vont monter en flèche. Vous pouvez voir la petite ligne qui représente la contribution du Canada aux gaz à effet de serre. Nous représentons une petite partie, mais nous pouvons apporter notre contribution pour relever le défi. Mais nous ne pouvons le faire seul. Nous devons rallier tous les grands émetteurs et faire en sorte qu'ils s'engagent à réduire eux aussi leurs gaz à effet de serre.Si le Canada, les États-Unis, l'Australie et tous les pays qui ont des objectifs contraignants dans le cadre du Protocole de Kyoto éliminaient tous leurs gaz à effet de serre d'ici 2050, soit une réduction de cent pour cent des gaz à effet de serre d'origine humaine, voici de quoi le tableau aurait l'air. Le gouvernement du Canada ou la population du Canada ne pourrait soutenir une politique du doublement des gaz à effet de serre. C'est pourquoi nous croyons si fermement que tous les grands émetteurs doivent se rallier -- des pays comme les États-Unis, notre principal partenaire commercial, et les économies montantes et grands émetteurs, comme la Chine et l'Inde. Nous ne nous attaquerons pas au problème du réchauffement planétaire et des changements climatiques à moins d'avoir tout le monde à bord, et tout le monde qui rame ensemble.C'est pourquoi il est essentiel que nous nous efforcions à cette conférence de rallier tous les autres pays. Mais je serai clair : le Canada peut se permettre de faire plus et il peut se permettre de le faire plus rapidement que les pays en développement. Alors, il n'est pas nécessaire d'avoir une solution unique, mais tous doivent aller dans la même direction et dans la bonne voie.J'aimerais vous donner deux exemples de ce qui pourrait se produire si nous n'arrivons pas à rallier les grands émetteurs. Je vois dans l'assistance des représentants des Travailleurs du secteur énergétique et de Ontario Power Generation. Nous pourrions fermer notre centrale au charbon de Lambton, en Ontario, d'environ 2,000 megawatts de puissance et importer simplement du Michigan l'électricité produite à partir du charbon. Nous aurions ainsi accompli ceci : une augmentation considérable du prix de l'électricité pour notre secteur manufacturier de l'Ontario. Les gaz à effet de serre seraient les mêmes. Le smog et la pollution seraient les mêmes parce qu'ils viendraient d'un autre pays. Nous pourrions fermer l'une de nos grosses firmes de l'acier de la province et acheter simplement l'acier de la Chine, ce qui produirait autant d'émissions de gaz à effet de serre, voire plus. Et le problème ne serait pas réglé; nous n'aurions pas tenté de le régler. On continuera à aller dans la mauvaise direction. C'est pourquoi il est essentiel de rallier tous les pays.J'ai mentionné plus tôt que l'Australie avait ratifié récemment -- juste cette semaine, en fait -- le Protocole de Kyoto, et qu'elle n'a qu'un pourcentage de réduction à réaliser. Le nouveau premier ministre de l'Australie, Kevin Rudd, a précisé très clairement que tous les grands émetteurs devaient s'asseoir à la table si l'Australie doit participer à la prochaine série de négociations pour l'après-2012. Nous avons donc un allié important dans ce nouveau premier ministre.Le Canada et les autres pays développés peuvent se permettre de faire plus et nous tenons à faire plus.Le Canada s'efforcera de faire une réussite de la Conférence qui se tient en Indonésie. La position large de notre pays aux fins de la Conférence est claire et elle repose sur trois ou quatre points. Allons à la quatrième diapositive. Tous les pays doivent se réunir en Indonésie et s'entendre sur le lancement des négociations pour l'après-2012.Il doit y avoir une entente sur les éléments fondamentaux d'un futur accord.Il faut s'entendre aussi sur une date d'échéance pour ces négociations. Les négociations ne peuvent durer éternellement, et le Canada insistera pour qu'elles prennent fin en 2009 -- à seulement deux ans d'ici.Laissez-moi répéter ces points en français.Le Canada fera tout en son pouvoir pour la réussite de la conférence en Indonésie. La position de notre pays à l'aube de cette rencontre est claire et fondée sur trois points fondamentaux.Le monde doit se réunir et agréer de commencer à négocier une entente pour la période post-2012. Il doit y avoir un accord général sur les jalons qui composeront la prochaine entente.Et il doit y avoir un accord général sur l'échéancier des négociations et le Canada pense que 2009 était la bonne année.Le directeur exécutif de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, Yvo de Boer, partage notre opinion à ce sujet. Le Canada sera aussi représenté dans les pourparlers en Indonésie par un certain nombre de ministres provinciaux, dont l'honorable John
Gerretsen, d'ici, en Ontario. Cette semaine, nous avons aussi eu le plaisir d'annoncer la nomination de quatre éminents Canadiens qui accompagneront la délégation canadienne et qui nous fourniront, aux autres chefs et à moi, des avis et des conseils dans notre démarche vers un protocole efficace.L'honorable Pierre-Marc Johnson, un ancien premier ministre du Québec et un environnementaliste très réputé contribueront à ce groupe de discussion. Elizabeth Dowdeswell, Canadienne et ancienne directrice du Programme des Nations Unies pour l'environnement feront partie de l'équipe, ainsi que Ian Morton, le fondateur de la Clean Air Foundation, qui a élaboré des solutions claires, précises et pratiques pour lutter contre les gaz à effet de serre, le smog et la pollution; et enfin, Mary Simon, une grande chef autochtone qui représente la communauté inuite. Ils ont pour mandat de fournir des conseils indépendants, à partir de leurs diverses formations et expériences en politique, en droit et en affaires, en questions concernant les Premières nations et l'Arctique. Et c'est une bonne nouvelle.Nos objectifs en Indonésie sont assortis de grands principes que notre premier ministre a énoncés. Tout accord à long terme pour l'après-2012 doit comprende les grands pays émetteurs, comme la Chine, l'Inde et les États-Unis. Il doit être juste, réaliste sur le plan économique, et ne pas imposer un fardeau injuste à un seul pays. Il doit viser le long terme, être souple et son approche doit concilier la croissance économique et la protection de l'environnement. En termes nets, il faut que tous les grands émetteurs soient de la partie. Cela est absolument nécessaire dans la lutte contre le réchauffement planétaire.Voilà les points de vue que le Canada fera valoir à cette importante conférence. On ne peut pas laisser tomber la planète. Il nous faut réussir, pour l'avenir de nos enfants, et de leurs enfants, et le Canada est résolu à jouer un rôle constructif et efficace dans ces négociations internationales.Merci beaucoup.