Le texte ci-dessous est la version intégrale de la lettre du Commissaire de la GRC publiée dans la section « Opinions » du National Post du 21 avril 2009.
La Gendarmerie royale du Canada, tant en qualité de symbole et d’organisme national d’exécution de la loi, est la source d’une grande fierté et d’une signification historique nationale pour les Canadiens. Depuis 136 ans, la GRC joue un rôle crucial dans l’évolution du pays.
On ne saurait trop insister sur la fierté que retirent ses membres de cet héritage et du rôle de la GRC comme force policière nationale. C’est pourquoi les événements récents ont cause une énorme anxiété dans ses rangs alors que nous cherchons à résoudre des enjeux complexes sous les feux des médias.
L’examen attentif par le public est un facteur fondamental du maintien de la responsabilité des institutions publiques. La GRC devrait être assujettie à des normes très élevées, compte tenu des pouvoirs extraordinaires qui nous sont conférés.
Il est donc d’une importance cruciale que le public ait connaissance non seulement des événements qui font les manchettes, bonnes ou non, mais qu’il ait également une vue d’ensemble du fonctionnement de la GRC. Tout ce qui peut saper la confiance de la population est préoccupant – sans cet appui, la GRC ne saurait être aussi efficace.
En tant que Commissaire de la GRC, il m’incombe de faire en sorte que nous écoutions et comprenions ce que les collectivités attendent de nous et que la population soit bien au courant de nos pratiques et de nos politiques. C’est dans ce contexte que je voudrais expliquer l’approche de la GRC à l’endroit de l’usage des armes à impulsions (AI) dans ses opérations quotidiennes.
De toute l’activité policière que la GRC a menée en 2008 en réponse à 7500 appels par jour, soit trois millions d’appels dans l’année, 0,04 p. 100 mettait en jeu des armes à impulsions, et de ce nombre, moins de 3 p. 100 ont entraîné des lésions corporelles nécessitant des soins hospitaliers.
La GRC compte environ 18 000 membres et, de ce nombre, environ un tiers sont qualifiés à se servir d’AI. En 2008, la GRC a « déployé » l’AI dans en moyenne trois incidents par jour au pays. Il peut s’agir du fait de mentionner l’arme, de la dégainer ou de l’utiliser effectivement. Dans près de la moitié des déploiements, il a suffi en fait de montrer l’arme.
L’AI a prouvé à maintes reprises son efficacité pour contrôler des situations sans causer de blessures importantes. Il s’agit, toutefois, d’une arme, et il faut l’utiliser de façon responsable. La GRC sait qu’il lui faut constamment examiner et réévaluer ses pratiques et qu’il lui faut être prête à apporter les changements qui s’imposent.
Nous l’avons déjà fait en réduisant encore davantage le nombre de situations dans lesquelles des AI peuvent être déployées et, comme l’a rapporté de façon indépendante la Commission des plaintes du public contre la GRC, ces déploiements ont diminué de 30 p. 100. Nous apporterons d’autres ajustements le cas échéant.
L’incident à l’aéroport de Vancouver qui a abouti à la mort tragique de M. Robert Dziekanski fait actuellement l’objet d’un examen par la Commission d’enquête Braidwood. Nous continuerons de coopérer pleinement avec la Commission d’enquête et nous prendrons les mesures appropriées qui s’imposent en vue d’améliorer nos politiques et nos pratiques relatives aux Tasers, ou armes à impulsions (AI).
Les agents de la GRC font chaque jour face à des situations dangereuses et imprévisibles dans l’exercice de leurs fonctions. Ils doivent souvent traiter avec des personnes sous l’influence de drogues ou d’alcool, et intervenir auprès de gens en colère ou bouleversés. L’expérience montre que les événements peuvent souvent dégénérer rapidement. Il faut alors faire preuve de jugement rapide, de confiance et agir de manière très compétente. C’est par une formation et une supervision rigoureuses que nous préparons nos agents à cet égard.
L’environnement du maintien de l’ordre évolue rapidement alors que la criminalité gagne en violence et les criminels raffinent leurs méthodes. Nous améliorons constamment la GRC et honorons notre profond engagement de longue date envers les Canadiens. Dans cette optique, nous avons lancé une vaste initiative de transformation et nous progressons à grands pas.
Depuis que je suis Commissaire, l’un de mes plus grands privilèges a été de reconnaître les loyaux services de centaines d'employés de la GRC pendant des décennies. J'ai eu l'honneur de décorer des dizaines d'employés pour leurs actes de bravoure et j'ai assisté à des cérémonies honorant ceux et celles qui ont donné leur vie au service de leurs concitoyens.
J’ai aussi rencontré des centaines d’employés de la GRC dans tout le Canada qui entraînent des équipes sportives, dirigent des groupes de jeunes et aident leurs voisins dans le besoin. Au travail et dans leur vie personnelle, ces hommes et ces femmes se dévouent pour leur pays et leurs concitoyens.
La GRC n'est pas une organisation parfaite, mais, compte tenu de la nature même de notre travail, notre marge d’erreur est étroite. Nous devons être honnêtes à propos de nos points faibles et nous devons reconnaître nos erreurs.
Les Canadiens ont le droit d’attendre ce qu’il y a de mieux de leurs agents de la GRC. Je tiens à les assurer que nos agents sont résolus à répondre pleinement à leurs attentes.
William J. S. Elliott