L'honorable Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada
Pour le compte d'Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Barbade, de Belize, du Canada, de la Dominique, de la Grenade, de l'Irlande, de la Jamaïque, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines
Je remercie nos hôtes turcs de leur chaleureux accueil aux assemblées annuelles de 2009 du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.
Nous avons tous été durement éprouvés cette dernière année. Confrontés à la plus importante menace pour l'économie mondiale en 70 ans, nombre de pays ont pris des mesures exceptionnelles pour protéger leurs économies et leurs citoyens de l'effondrement économique. Les premiers signes de stabilisation et de reprise que nous observons maintenant sont le fruit de mesures de politique publique que les divers pays ont prises collectivement, dans un esprit de coopération. Au sortir de la crise, nous ne pouvons toutefois cesser nos efforts pour composer avec de nombreux défis mondiaux communs :
- Malgré les signes encourageants de stabilisation et les indices d'une croissance modeste au deuxième semestre de 2009, les perspectives mondiales demeurent peu reluisantes, et une reprise dirigée par le secteur privé ne s'est pas encore concrétisée. De plus, les taux de chômage en hausse ne se sont pas encore stabilisés et resteront un défi pour plusieurs pays en 2010. Il est donc essentiel de poursuivre l'application des mesures de stimulation tout au long de 2010 et que celles-ci soient entièrement mises en œuvre.
- Lorsque la crise aura pris fin, il faudra faire porter l'attention sur la consolidation financière et la viabilité de la dette à moyen terme. Le but doit être de conserver la confiance et de créer une marge de manœuvre financière permettant de relever des défis à long terme comme les changements climatiques et le vieillissement de la population.
- De plus, tous les éléments de réforme de la réglementation du secteur financier dont ont convenu les pays du Groupe des Vingt (G20) doivent être instaurés.
- Enfin, alors que s'affermit la reprise à l'échelle mondiale, il faudra traiter des déséquilibres de la croissance mondiale. Même si ces déséquilibres se sont atténués dans la foulée de la crise financière, cette situation pourrait bien n'être que temporaire si les facteurs à son origine ne sont pas maîtrisés. Nous devons favoriser un ajustement ordonné et en temps opportun de l'économie mondiale.
Compte tenu de son mandat principal de promouvoir la coopération monétaire et économique internationale, le Fonds monétaire international doit au premier chef nous aider, nous ses membres, à relever ces défis et à faciliter l'ajustement ordonné d'une économie mondiale en changement.
Évolution au Canada
Au Canada, le rythme de recul du produit intérieur brut (PIB) réel a ralenti : le taux s'est établi à 3,4 % au deuxième trimestre de 2009 après avoir chuté de 6,1 % au premier trimestre de 2009. Toutefois, le Canada s'est nettement mieux tiré d'affaire que la plupart des pays avancés au cours de la dernière année. Il a été le dernier grand pays avancé à entrer en récession, et la baisse de la production au Canada compte parmi les plus faibles de tous les pays du Groupe des Sept (G7) depuis le déclenchement de la récession mondiale. À l'heure actuelle, tout laisse croire à une reprise de l'économie canadienne au second semestre de 2009, reprise qui s'intensifiera en 2010. Afin de bien ancrer la reprise économique, le gouvernement parachèvera la mise en œuvre du Plan d'action économique du Canada afin que la croissance s'affermisse et en vue de créer et de protéger des emplois. Les mesures de stimulation budgétaire du Canada, qui représentent 4 % du PIB au cours des deux prochaines années en tenant compte des contributions des autres ordres de gouvernement, sont les plus importantes des pays du G7 (à égalité avec celles prises par le Japon) et comptent parmi les plus élevées des pays du G20. S'appuyant sur les prévisions de reprise soutenue, le FMI s'attend à une croissance de 2,1 % en 2010, ce qui représente la meilleure performance du G7.
Évolution en Irlande et dans les Caraïbes
En Irlande, un ajustement très substantiel s'opère dans l'économie. L'an dernier, la production a reculé de 3 %, et elle devrait diminuer de 7,75 % de plus cette année. L'activité économique devrait chuter encore l'an prochain, pour afficher une baisse cumulative de 15 % sur trois ans en 2010. Pendant de nombreuses années, l'activité a été artificiellement stimulée par la production excédentaire de logements. Le relèvement du niveau de vie qui en a résulté ne pouvait donc pas durer. Les données les plus récentes laissent entrevoir un certain optimisme. L'activité poursuit sa chute, mais à un rythme moins rapide, en partie grâce à la demande d'exportations. La détérioration du climat économique, et notamment le ralentissement dans les secteurs à fortes rentrées fiscales, a sévèrement touché les finances publiques. Pour limiter les dégâts, des mesures représentant 5 % du PIB cette année ont été adoptées. L'emploi a enregistré une baisse marquée et, malgré l'émigration, le chômage a atteint son niveau le plus élevé en plus de 10 ans. Les prix harmonisés en Irlande chutent au taux le plus rapide des pays de la zone euro (2,4 % d'une année sur l'autre en août), en partie à cause de la capacité économique excédentaire.
Le système financier irlandais a également été ébranlé cette année. Un système bancaire assaini et réformé est essentiel à la reprise économique, et le gouvernement irlandais a pris de nombreuses mesures déterminantes à cet égard. Il a récemment publié des textes législatifs établissant un organisme national de gestion des actifs afin de supprimer des bilans de certaines banques des portefeuilles d'actifs à risque élevé liés à l'immobilier. Ainsi, la menace systémique que présentent ces actifs sera éliminée, ce qui permettra aux banques irlandaises de se concentrer sur leur fonction centrale, à savoir consentir des prêts à l'économie réelle, à l'appui des entreprises et des particuliers.
Dans les Caraïbes, la production devrait se contracter en 2009 en raison de la crise mondiale, une très modeste reprise pouvant être espérée en 2010. Les pays ont connu des baisses du tourisme, des investissements étrangers, des exportations du secteur minier et des envois de fonds de l'extérieur, ce qui a accru les pressions à la baisse sur les réserves nettes de liquidités internationales. Toutefois, les secteurs financiers sont demeurés relativement stables sous l'effet de l'amélioration des cadres de réglementation et de supervision ainsi que de mesures rapides visant à limiter les risques de propagation. Les gouvernements devant déjà composer avec de graves contraintes pesant sur les ressources, la nécessité d'atténuer l'incidence de la crise a contribué à une hausse marquée des déficits. Les résultats auraient pu être pires si les autorités n'avaient pas appliqué des politiques prudentes avant la crise. Néanmoins, il existe un grave risque d'érosion des gains réalisés récemment au chapitre des indicateurs sociaux. L'accès à une aide financière fournie à des conditions de faveur par les institutions financières internationales garde donc toute son importance alors que les gouvernements s'engagent à apporter des réformes structurelles à moyen terme pour réduire les niveaux d'endettement. Il est également crucial d'apporter de l'aide aux autorités pendant qu'elles se penchent sur des stratégies à moyen terme pour renforcer l'activité économique et réduire les vulnérabilités.
Les activités du secteur financier forment une part importante de l'économie de certains pays des Caraïbes. Les autorités régionales continuent de s'inquiéter des effets négatifs imprévus que les changements de la réglementation envisagés par les pays avancés pourraient avoir sur ces activités. Les mesures prises contre des administrations refusant de collaborer, dont les paradis fiscaux, risquent de nuire aux administrations transparentes et bien gérées. Il convient de réitérer que les pays qui se conforment aux normes internationales doivent être protégés contre de telles mesures.
Réforme du FMI
Notre intervention en réponse à la crise récente a bien mis en lumière le rôle que le FMI est appelé à jouer pour soutenir nos efforts collectifs. On a récemment reproché au Fonds de tenter de régler les crises du XXI e siècle causées par la volatilité des mouvements de capitaux à l'échelle internationale en employant des outils ayant servi à combattre des problèmes du XX e siècle relatifs au compte courant. Or, depuis l'an dernier, le Fonds a réagi rapidement et adapté ses opérations pour aider les membres à traverser la tourmente économique et financière. Nous devons le féliciter des efforts déployés cette dernière année. Malgré les interventions décisives du FMI et des membres pour corriger les lacunes, il faut poursuivre sur la lancée pour renforcer davantage le Fonds et le préparer à s'acquitter de son rôle de promoteur de la stabilité mondiale. Ainsi, les membres doivent faire connaître plus clairement le rôle qu'ils veulent que le FMI joue en matière de surveillance et de prêts.
Le FMI doit remplir trois critères – la légitimité, la crédibilité et l'efficacité – pour être en mesure de relever les défis de l'avenir.
- Pour assurer la légitimité du Fonds, il faut que la participation et la représentation tiennent compte des réalités du XXI e siècle.
- Pour assurer la crédibilité du Fonds, il faut qu'il dispose des ressources et des instruments lui permettant non seulement de s'acquitter de son mandat, mais aussi de préserver la confiance de ses membres.
- Enfin, pour assurer l'efficacité du Fonds, il faut qu'une structure de gouvernance stratégique et responsable soit mise en place et que les membres se soient engagés à s'acquitter de leurs responsabilités envers l'institution et envers les autres membres.
Ces trois caractéristiques sont interreliées et, si nous n'arrivons pas à réaliser des progrès sur les trois fronts, nous aurons raté une occasion historique.
Légitimité
Au chapitre de la légitimité, l'un des défis essentiels consiste à faire en sorte que le Fonds soit dûment représentatif du poids économique fluctuant de ses membres dans l'économie mondiale, tout en protégeant la représentation des pays à revenu faible les plus pauvres. J'espère que tous les membres du FMI donneront leur appui aux mesures comprises dans l'accord sans précédent que les dirigeants du G20 ont conclu à Pittsburgh, à savoir :
- modifier les quotes-parts en faveur des économies émergentes dynamiques et des pays en développement, en transférant au moins 5 % de celles-ci des pays surreprésentés aux pays sous-représentés, en prenant comme point de départ la formule actuelle de calcul des quotesparts du FMI;
- protéger les parts des voix des pays les plus pauvres du FMI.
Or, la légitimité ne tient pas uniquement aux quotesparts. Elle se traduit aussi par un processus ouvert, transparent et fondé sur le mérite pour la sélection du directeur général et des membres de la haute direction, processus qui ne réserve pas de place à certains pays. Le meilleur candidat pour le poste doit être retenu, quelle que soit sa nationalité, en fonction de ses titres de compétence et en tenant compte de la diversité requise.
D'ici les assemblées du printemps 2010, le Conseil d'administration devrait présenter aux gouverneurs un processus de nomination du directeur général et des membres de la haute direction qui remplit ces critères. En notre qualité de gouverneurs, nous devrions avaliser le processus par voie de vote et le mettre en œuvre pour tous les prochains concours. La Banque mondiale et les banques régionales de développement doivent adopter un processus semblable à celui du FMI, comme l'ont approuvé les dirigeants du G20 à Pittsburgh.
Crédibilité
Le deuxième élément à l'égard duquel nous devons réaliser de véritables progrès est la crédibilité du FMI, ce qui signifie deux choses. Dans un premier temps, le FMI doit disposer de ressources suffisantes et de bons outils pour faire son travail. Je suis encouragé à ce chapitre par tout ce qui a été accompli l'an dernier pour augmenter les ressources du Fonds et réformer ses mécanismes de prêt. De fait, le Fonds a rétabli sa crédibilité à titre de « pompier » mondial grâce à des innovations comme la ligne de crédit modulable et les réformes du mécanisme visant les pays à faible revenu, l'allocation des droits de tirage spéciaux, les efforts d'expansion des nouveaux accords d'emprunt et le relèvement prochain des quotesparts. Nous devons maintenant nous pencher sur le fonctionnement de ces importantes réformes dans la pratique avant d'envisager la mise en œuvre d'autres changements.
Mais il importe également qu'à l'avenir, nous accordions collectivement plus d'attention au rôle futur du FMI dans la promotion de la stabilité économique. Même si le rôle qu'a joué le Fonds dans le passé – à savoir favoriser la coopération monétaire et la stabilité économique à l'échelle internationale grâce à un ensemble équilibré de mesures de financement et d'ajustement – demeurera pertinent, nous devons également affronter une nouvelle réalité, dans laquelle nos économies doivent fonctionner avec des mouvements de capitaux privés de très loin supérieurs à ceux du secteur officiel. Les crises financières internationales des 15 dernières années ont d'ailleurs mis en évidence la nécessité d'intervenir efficacement face à la volatilité des mouvements de capitaux transfrontaliers sans imposer un fardeau intenable aux membres, d'une part, ni miner l'allocation efficiente du capital, d'autre part.
Ce qui précède montre bien la nécessité de renforcer le mandat de stabilité macrofinancière du Fonds dans tous ses aspects, qu'il s'agisse du secteur financier, des politiques macroéconomiques nationales ou encore les dispositions monétaires. Pour que le Fonds soit crédible, il faut que son mandat demeure pertinent et actuel.
À cet égard, je me réjouis que le président du Comité monétaire et financier international tienne une réunion consacrée uniquement au mandat du FMI. Il importe que nous travaillions tous ensemble à formuler une vision commune du rôle futur du Fonds dans l'architecture mondiale, une vision qui réitère que la stabilité macrofinancière est au cœur de son mandat. La première tâche qui nous incombe à Istanbul sera de définir la tribune où nous poursuivrons ces échanges productifs, afin que cet examen important puisse débuter.
Au chapitre de la crédibilité, le FMI doit en deuxième lieu obtenir la confiance des membres. Malgré de nettes améliorations sur ce front, certaines difficultés persistent. Dans la pratique, le Fonds doit fournir à ses membres des avis en matière de politique publique qui soient solides sur le plan analytique, francs et impartiaux. Fournir des avis impartiaux, c'est donner des conseils semblables dans des circonstances semblables, tout en tenant compte des circonstances dans chaque pays. Les membres doivent en outre se montrer réceptifs aux critiques, et il est nécessaire que le Fonds s'acquitte avec rigueur de son rôle consistant à leur donner l'heure juste.
Efficacité
Le troisième élément de la réforme du FMI est l'efficacité, ce qui signifie deux choses. Dans un premier temps, le FMI doit se doter d'une structure de gouvernance moderne et axée sur la reddition de comptes. Les gouverneurs ont besoin d'une tribune efficace où établir l'orientation stratégique du Fonds et de la Banque, d'où la nécessité d'améliorer le CMFI. Je félicite notre président d'avoir pris l'initiative à cet égard. La formule adoptée pour la présente réunion est meilleure que celle des réunions antérieures, et nous devons continuer d'améliorer les processus relatifs aux représentants et à l'élaboration des communiqués.
Pour sa part, le directeur général doit appliquer l'orientation stratégique établie par les gouverneurs et, à ce titre, il faut lui donner la marge de manœuvre voulue. En revanche, les gouverneurs et le Conseil d'administration doivent tenir le directeur général et les membres de la haute direction responsables de leur rendement. Le Conseil d'administration doit se concentrer sur les politiques stratégiques, rationaliser sa charge de travail et promouvoir la reddition de comptes au sein de l'institution.
Bref, nous devons accomplir des progrès au plan de la gouvernance institutionnelle si nous voulons que le Fonds réalise son plein potentiel. Il faut toutefois conserver une tribune efficace où les gouverneurs peuvent assurer l'orientation stratégique du Fonds, et obtenir l'appui des gouvernements pour que le FMI rende des comptes sur ses décisions en matière de prêt et de surveillance. Les examens prévus à l'article IV et les ententes de gouvernance concernant les prêts par le FMI devraient favoriser l'efficience et la reddition de comptes. La direction et le personnel doivent disposer de l'indépendance voulue pour donner l'heure juste aux autorités, mais ils doivent être soumis à des responsabilités, des normes de rendement et des mécanismes de rapport clairement définis. Le rapport du Comité Manuel et les recommandations du Groupe d'évaluation indépendante du FMI se révéleront d'une grande utilisé dans cet exercice.
Ces réformes, bien que je les juge essentielles, ne sauraient suffire. Le FMI est une institution fondée sur les membres; or, si les membres ne prennent pas au sérieux leurs responsabilités, la légitimité et la crédibilité du FMI n'ont plus vraiment d'importance, car il ne pourra toujours pas être efficace. Les membres du Fonds doivent mieux donner suite aux conseils de politique publique du FMI et mieux les mettre en œuvre.
La crise actuelle a démontré l'interconnectivité de l'économie mondiale. Nous sommes tous confrontés à d'immenses défis que nous ne réussirons à surmonter qu'avec des mesures collectives. Nous devons éviter d'adopter des politiques qui ont des retombées négatives sur les autres pays. Il est donc essentiel que les gouvernements et les marchés fassent preuve de transparence. Les rapports de surveillance au titre de l'article IV et les rapports du Programme d'évaluation du secteur financier (PESF) sont des éléments clés à cet égard, et les membres du CMFI doivent publier leurs rapports pour montrer qu'ils prennent au sérieux leurs responsabilités. Les pays d'importance systémique devraient également s'engager à publier périodiquement des mises à jour des rapports du PESF.
Audelà de la transparence, les membres du FMI doivent véritablement collaborer les uns avec les autres et avec le Fonds. C'est pourquoi j'appuie pleinement les efforts du G20 pour instaurer un nouveau mécanisme d'examen par les pairs s'inscrivant dans le cadre pour une croissance solide, durable et équilibrée, qui a été annoncé à Pittsburgh la semaine dernière. Les modalités de cet exercice n'ont pas encore été établies, mais je crois que le FMI est appelé à y jouer un rôle de premier plan en sa qualité de conseiller de confiance qui donne l'heure juste avec rigueur.
Conclusion
Pour terminer, nous avons réalisé d'importants progrès au chapitre de la réforme du FMI depuis l'an dernier. Nous devons maintenant mener cet effort à bon terme afin de garantir la légitimité, la crédibilité et l'efficacité de l'institution. Nous devons tous faire preuve de souplesse, mettre de côté nos propres intérêts et investir le capital politique voulu pour concrétiser les efforts parce que nous avons besoin d'un FMI vigoureux, en mesure de poursuivre la coopération qui garantira notre réussite au cours des prochaines années. J'espère que les orientations que je viens d'énoncer nous aideront à ce chapitre.