No 2009/57 - Whistler (Colombie-Britannique) - Le 9 octobre 2009
Sous réserve de modifications
C’est un plaisir d’être ici avec vous aujourd’hui, à l’occasion de ce 12e Forum diplomatique.
Le Forum est devenu une tradition appréciée par les membres de la communauté diplomatique d’Ottawa. C’est une occasion, au début de l’automne — et, pour plusieurs d’entre vous, au début de vos affectations ici —, d’apprendre à mieux vous connaître les uns les autres.
Du seul fait de votre présence ici, vous montrez à quel point il est important, à la fois pour le Canada et pour vos pays, d’approfondir votre compréhension mutuelle et d’explorer des avenues de collaboration dans des domaines d’intérêt commun.
Dans cet esprit, j’aimerais discuter avec vous des sujets qui nourrissent ma réflexion et qui s’inscriront dans le programme international du gouvernement au cours des mois à venir : notre présidence du G8, l’accueil du sommet du G20, en juin, l’Arctique, les Amériques et notre campagne pour l’obtention d’un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies.
Ce faisant, j’aimerais faire ressortir certains liens entre le programme intérieur du Canada — pour lequel vous êtes aux premières loges — et les occasions qu’aura le Canada d’exercer un leadership international à l’égard de ces enjeux et d’autres dossiers connexes au cours de la prochaine année.
La crise économique et financière mondiale
Certaines des priorités du Canada découlent de l’année tumultueuse que vient de traverser le monde. Un peu plus d’un an s’est écoulé depuis que l’effondrement du secteur des prêts hypothécaires à risque a entraîné une crise économique et financière planétaire.
La présente crise économique mondiale revêt des proportions historiques, et elle a changé notre compréhension de la profondeur et de la portée de la mondialisation, et de notre interdépendance. Par conséquent, en ce moment, le redressement de l’économie est notre première priorité.
Mais cela ne veut pas dire que nous mettrons de côté d’autres enjeux et objectifs importants. Bon nombre d’entre eux demeurent prioritaires, en dépit de la crise économique.
Des priorités comme la paix et la sécurité internationales, les intérêts du Canada dans l’Arctique et les changements climatiques sont toutes le reflet des intérêts et des valeurs indéfectibles des citoyens canadiens partout dans le monde. Ces priorités revêtent autant, sinon plus d’importance, lorsque les temps sont durs.
La paix et la sécurité internationales et la campagne pour un siège au Conseil de sécurité des Nations Unies
Récemment, j’ai eu l’occasion de m’adresser à l’Assemblée générale des Nations Unies à propos de la responsabilité du Canada envers la communauté internationale. J’ai alors déclaré explicitement que notre gouvernement comprend bien que la responsabilité nationale qui nous incombe de promouvoir la paix et la prospérité des Canadiens est indissociable de notre volonté de faire preuve de leadership sur la scène internationale.
En fait, les Canadiens ont depuis longtemps accepté cette équation. Nous sommes disposés à prendre des risques et à faire des sacrifices pour soutenir des causes qui sont justes, pour défendre notre liberté et soutenir nos alliés.
Le Canada est en Afghanistan avec plus d’une soixantaine d’autres nations et organisations internationales, à la demande du gouvernement afghan démocratiquement élu, dans le cadre d’une mission sous l’égide des Nations Unies et dirigée par l’OTAN, afin d’aider les Afghans à rebâtir leur pays pour en faire une société stable, démocratique et auto-suffisante.
Il ne fait aucun doute que les Nations Unies continueront de jouer un rôle central dans notre sécurité collective, et cela sur plusieurs fronts. Que ce soit dans le cadre de la Convention mondiale des Nations Unies et du partenariat de l’OTAN avec le gouvernement afghan – où nos militaires, diplomates, policiers, travailleurs de l’aide et autres citoyens œuvrent avec tant des vôtres. Ou encore en haute mer, dans le golfe d’Aden, où les États s’emploient à contrer les nouvelles menaces d’acteurs non étatiques, par exemple les pirates, menaces pour lesquelles nous ne disposons pas encore de tous les instruments juridiques et mécanismes multilatéraux requis, mais nous y travaillons. Ou dans le contexte des engagements fermes et à long terme, tant majeurs que modestes – depuis Haïti jusqu’au Soudan – où nos services de police investissent dans la capacité des autorités locales à assurer elles-mêmes la sécurité du pays, et donc sa prospérité.
Comme vous le savez, le Canada fait campagne pour obtenir un siège au Conseil de sécurité de l’ONU en 2011-2012.
À ceux d’entre vous dont les gouvernements ont déjà confirmé leur appui à notre candidature, nous exprimons notre sincère reconnaissance. À ceux qui n’ont pas encore pris de décision, nous serions franchement honorés de recevoir le soutien de votre gouvernement.
Et nous sommes impatients de discuter plus avant de la candidature du Canada et de nos priorités communes.
Mais l’intérêt national du Canada envers les Nations Unies ne se borne pas à une question de sièges et au prestige associé à une présence au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.
S’il était donné au Canada de participer au Conseil de sécurité, je m’assurerai de faire en sorte que mon gouvernement fasse preuve d’un leadership vigoureux et constructif.
Le Canada appuie de longue date les efforts déployés pour rendre le Conseil de sécurité plus apte à réagir aux défis de sécurité d’aujourd’hui, plus représentatif des régions du monde, particulièrement de l’Afrique qui, jusqu’ici, a été historiquement sous?représentée.
Une réforme véritable doit donner lieu à une plus grande transparence et à une responsabilisation accrue.
Cet objectif ne saura être atteint simplement en élargissant un tant soit peu le cercle des privilégiés. Il faut plutôt envisager un meilleur accès au Conseil de sécurité grâce à un processus électoral plus démocratique, à une consultation plus vaste et à une plus grande ouverture envers l’ensemble des pays membres de l’ONU.
Dans le même esprit, maintenant que le Canada a le statut d’observateur au Conseil des droits de l’homme, il entend travailler aussi énergiquement que lorsqu’il en était membre afin de renforcer l’appareil de promotion du respect des droits de l’homme des Nations Unies.
Il est peut-être banal de faire remarquer que l’efficacité du leadership d’une nation à l’échelle mondiale dépend de l’intégrité et de la stabilité de sa gouvernance au plan national.
Le Canada a déployé de vaillants efforts pour bâtir une société diversifiée où la sécurité est le fruit de valeurs comme le respect de la liberté et de la démocratie, des droits de la personne et de la primauté du droit.
L’expérience et les atouts du Canada à l’échelle nationale nous ont permis de contribuer, individuellement et en collaboration avec d’autres, à la sécurité internationale ainsi qu’à la promotion des libertés et des droits de la personne.
Le G8, le G20 et le programme du Canada pour assurer la prospérité
Au plan national, nous abordons la présente crise économique mondiale à partir d’une position de force et de prudence dans le secteur financier.
À cet égard, 2010 sera également une année de possibilités et de leadership pour notre pays.
Le Canada se réjouit de coprésider, avec la République de Corée, le prochain sommet des dirigeants du G20, qui aura lieu au Canada en juin 2010.
Le processus du G20 s’est avéré crucial pour façonner notre réponse collective à la crise économique et financière mondiale.
En tant qu’hôte du premier Sommet du G20 en 2010, nous entendons poursuivre les progrès réalisés lors des sommets précédents, afin d’assurer une reprise économique durable et la mise en place de politiques propices à une croissance qui profitera à tous.
Le Canada accueillera aussi le Sommet du G8 à Muskoka. Bien sûr, ce sommet sera distinct de celui du G20, mais nous rechercherons les complémentarités entre les deux ordres du jour, surtout dans le domaine économique. Je tiens à souligner également que le G8 demeure une pièce importante sur l’échiquier du multilatéralisme. Les pays du G8 ont contribué à mettre en place des initiatives clés pour relever des défis mondiaux – en matière de santé, d’environnement ainsi que de paix et de sécurité – et en ont souvent été les principaux bailleurs de fonds. Le G8 conserve sa valeur ajoutée et peut prendre charge d’un large éventail de questions mondiales. Aussi avons-nous certainement le sentiment que le Sommet du G20 et celui du G8 sont tous deux importants, et nous entendons démontrer qu’ils peuvent contribuer, l’un et l’autre, à la gouvernance internationale.
Dans ces deux instances et sur d’autres tribunes, le Canada continue de faire partie du « peloton de tête », en préconisant la facilitation du commerce international par opposition aux réflexes de protectionnisme, moins exigeants. Nos efforts parlent d’eux mêmes à cet égard, qu’il s’agisse de notre dialogue constructif sur les mesures « Buy American » dans le contexte des relations commerciales bilatérales les plus importantes au monde. Ou encore de notre partenariat avec l’Union européenne en vue d’un accord de libre échange. Ou encore de l’attention que nous accordons aux accords de libre échange, avec le Panama et d’autres pays de notre hémisphère.
La promotion de la libéralisation et du renforcement de l’équité des flux mondiaux du commerce et de l’investissement est pour le Canada une priorité de longue date.
Cette priorité demeure inébranlable en dépit de la crise économique et son caractère est d’autant plus urgent en raison des conditions économiques qui sévissent présentement dans le monde.
La Stratégie commerciale mondiale de notre gouvernement augmente la capacité du Canada et consacre des ressources ciblées à l’avancement de cet objectif.
L’intérêt national exige que le Canada concentre ses efforts bilatéraux sur cette voie, en portant une attention particulière aux États-Unis, à l’hémisphère occidental et aux marchés émergents clés.
Mais l’intérêt national nous incite aussi à nous mobiliser pour conclure de nouveaux accords de protection et de facilitation des échanges et des investissements étrangers, notamment dans les pays du Moyen?Orient et du Sud?Est asiatique.
Les Amériques
La participation dynamique du Canada dans de nombreuses organisations régionales et internationales contribue à renforcer la prospérité, la paix et la sécurité dans les Amériques.
Le Canada entretient depuis longtemps des liens riches et diversifiés avec les pays de l’hémisphère.
Nous sommes un pays des Amériques, et le gouvernement a fait de la région une priorité. Le Canada a la possibilité et la responsabilité d’agir dans les dossiers hémisphériques qui revêtent une importance cruciale pour tous les pays de la région.
Notre engagement dans les Amériques s’articule autour de trois objectifs reliés qui se renforcent mutuellement :
- accroître la prospérité des citoyens dans la région;
- renforcer et consolider le soutien à la gouvernance démocratique dans l’ensemble des Amériques;
- consolider la sécurité et la protection dans l’hémisphère.
Les intérêts du Canada dans l’Arctique
Le Canada est une nation arctique, une puissance arctique.
À titre de puissance arctique, le gouvernement canadien est conscient que la capacité du Canada d’assumer un rôle de leader dans la gestion des intérêts de la communauté internationale dans l’Arctique dépend de sa volonté d’y investir.
Nous avons donc accru nos investissements dans cette vaste région de notre pays en les centrant sur deux axes : le développement économique et l’exercice de notre souveraineté.
L’Arctique revêt une importance cruciale pour le Canada, et c’est l’une de mes priorités personnelles en tant que ministre des Affaires étrangères.
Je me suis récemment rendu à Iqaluit avec le premier ministre [Stephen] Harper et mes collègues du Cabinet. Incidemment, le premier ministre a annoncé la création d’une nouvelle agence de développement économique pour le Nord.
Sachant que le Nord et l’Arctique représentent 40 p. 100 du territoire canadien, vous conviendrez que notre gouvernement emprunte la bonne voie et vous comprendrez pourquoi nous investissons pour l’avenir de notre territoire nordique.
Je tiens à m’assurer que l’attention de la communauté internationale continue de converger vers la région de l’Arctique et ses collectivités.
En faisant des choix clairs maintenant, nous raffermissons la capacité nationale du Canada. Nous faisons aussi preuve de leadership, tout en manifestant notre volonté d’établir des partenariats internationaux avec les membres du Conseil de l’Arctique, bien entendu, mais aussi avec d’autres nations ayant des intérêts dans l’Arctique.
Nous contribuons à la gouvernance commune de ce Nord rempli de promesses et de cet environnement nordique immaculé, que nous tenons à protéger.
Au sein d’organisations comme le Conseil de l’Arctique, le Canada continuera d’afficher un leadership vigoureux et proactif sur les enjeux arctiques, comme la navigation, le pétrole et le gaz, les contaminants, la biodiversité et les changements climatiques.
Les changements climatiques
Bien entendu, l’une des raisons qui ont donné lieu à une reconnaissance croissante de la valeur stratégique de l’Arctique est la répercussion rapide des changements climatiques sur le milieu arctique.
Le Canada continue de miser sur la conclusion d’un accord ambitieux de l’après 2012 sur les changements climatiques mondiaux qui favorisera une croissance mondiale durable et faible en émissions de carbone.
Nous visons l’élaboration d’un accord international efficace sur les changements climatiques qui :
- concilie la protection de l’environnement et la prospérité économique;
- soit axé sur le long terme;
- soutienne la mise au point et l’application de technologies propres;
- appuie une action internationale constructive et ambitieuse;
- inclue des engagements de la part de toutes les grandes économies.
En tant que producteur et exportateur d’énergie, le Canada investit déjà dans la durabilité de l’environnement et en tant que chef de file dans le développement de technologies propres pour lutter contre les changements climatiques, notamment la capture et le stockage de carbone.
Nous souhaitons que s’intensifie la collaboration internationale en vue de faire progresser la mise au point et le déploiement de ces technologies.
Comme vous pourrez bientôt le constater de façon spectaculaire ici même à Whistler, le Canada affichera son amour inégalé et inconditionnel de l’hiver et des sports d’hiver! J’espère que vous serez de retour dans quelques mois pour partager notre enthousiasme pour les Jeux olympiques d’hiver de 2010 à Vancouver.
La tenue du Forum de cette année à Vancouver et à Whistler a également servi de prélude aux Jeux olympiques et paralympiques d’hiver de 2010.
Cette région est représentative de la diversité de la population canadienne et des liens qu’entretient le Canada avec les autres pays du monde entier.
Par l’intermédiaire de son réseau de missions à l’étranger, Affaires étrangères et Commerce international Canada met à profit la visibilité des Jeux d’hiver de 2010 par des activités hautement ciblées visant à mieux faire connaître le Canada et le savoir-faire canadien dans des marchés cruciaux à l’étranger.
Je vous invite à prendre part à ces activités partout dans le monde, et ici, au Canada.
J’espère que le Forum sera pour vous l’occasion de partager vos points de vue sur des enjeux importants pour le Canada et ses partenaires internationaux.
Je vous remercie.