24 octobre 2009
Ottawa (Ontario)
LE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI
Mesdames, Messieurs, bonjour. Merci à Ed Grenda, président honoraire de la Société internationale de recherche sur le hockey pour son aimable présentation. Je souhaite aussi la bienvenue à mes collègues du Parlement, Royal Galipeau, Colin Mayes et Mauril Bélanger.
Nous assistons aujourd’hui à une cérémonie qui aurait dû être célébrée il y a plus de 80 ans, soit la désignation du dernier lieu de repos de James George Alywin Creighton. En réalité, le décès de M. Creighton à l’âge de 81 ans, ici à Ottawa aurait dû être un événement digne de mention.
Greffier en loi du Sénat du Canada pendant les 48 dernières années de sa vie, M. Creighton a été, et demeure, le haut fonctionnaire qui a mené la plus longue carrière de toute l’histoire du Parlement. De nombreux citoyens ont assisté à ses funérailles, y compris son ami, l’ancien premier ministre, sir Robert Borden.
Hélas, comme M. Creighton n’était pas natif de cette région, qu’il n’eut pas d’enfant et que son épouse, Éleanor, mourut peu après lui, aucune pierre tombale convenable n’a pu lui être consacrée. Rien n’a donc été fait pour honorer la chute du moineau, comme l’aurait écrit le célèbre auteur des Prairies Wallace Stegner. Il semble néanmoins étrange qu’un citoyen si important repose sans pierre tombale pour honorer sa mémoire.
Et, il est d’autant plus étrange si l’on considère la vie tout entière de cet homme, une vie qui n’a probablement jamais été honorée même par ceux qui se trouvaient ici en 1930. Avant de s’installer à Ottawa, M. Creighton passa son enfance à Halifax et vécut à Montréal. Bien qu’il ait embrassé les carrières de journaliste, ingénieur et avocat, il fut également joueur de hockey.
Bien entendu, il continua de jouer au cours de ses dix premières années à Ottawa, où il se joignit aux équipes du Parlement et de Rideau Hall et évolua au sein des célèbres Rideau Rebels. Parmi les coéquipiers de Creighton, on trouvait les fils du gouverneur général Lord Stanley, à qui l’on doit le plus convoité des trophées au hockey.
Toutefois, James Creighton ne fut pas qu’un simple joueur de hockey. Avant l’ère Creighton, le « shinny » était largement pratiqué. Les parties sans règlement se disputaient sur les lacs et les rivières gelés de Windsor, en Nouvelle-Écosse, jusqu’à Kingston, en Ontario, en passant par le Grand lac de l'Ours, dans les Territoires du Nord-Ouest.
C’est en 1875, que le jeune Creighton, alors âgé de 25 ans et vivant à Montréal, décida de prendre le passe-temps de son enfance à Halifax, de l’amener sur une patinoire aux dimensions fixes et de déterminer un nombre de joueurs régi par un code qui faisait office de règlement. Le sport comme nous le voyons aujourd’hui était né.
Au cours des vingt prochaines années, la popularité de ce sport s’est répandue comme une traînée de poudre aux quatre coins de notre nouveau territoire. Tout comme le jeu de la crosse avait séduit son côté estival, le Canada avait besoin d’un sport qui embrasserait son côté hivernal.
Creighton a été le premier à entendre ce cri du cœur qui le poussa à définir le jeu qui, d’un océan à l’autre, unit les francophones et les anglophones, l’Est et l’Ouest, les milieux ruraux et urbains et nous définit aujourd’hui en tant que Canadiens et Canadiennes.
Je me suis souvent fait dire à l’étranger que les Canadiens et Canadiennes se métamorphosent lorsque les discussions tendent à s’orienter vers le hockey. Un Canadien calme, silencieux et sans prétention peut soudainement devenir expressif, émotif et entêté lorsqu’il s’agit de hockey. Ce sport est littéralement une passion au Canada.
M. Creighton est ce qu’on pourrait appeler le père du hockey, bien qu’ironiquement, il n’ait jamais réclamé ce titre. Au dire de tous, il était un Canadien poli, humble et aimable. Lorsqu’il a accroché ses patins, il s’est consacré à son travail dans les domaines des affaires juridiques et parlementaires et a laissé son rôle phare dans le développement de ce sport s’évanouir dans les brumes de l’histoire.
Toutefois, grâce aux travaux de la Société internationale de recherche sur le hockey et, plus particulièrement, de son président et fondateur, Bill Fitsell, qui se joint à nous aujourd’hui, il a pu en émerger. Les recherches minutieuses de M. Fitsell sur les origines du sport et ses premières années ont permis de mettre au jour la contribution monumentale de Creighton à son développement. Ses travaux ont permis de brosser un tableau complet et ainsi de reconnaître les réalisations de l’homme que nous honorons aujourd’hui.
J’ai appris que la pierre tombale de M. James Creighton ne présentait aucune inscription en lisant un article paru dans le magazine Legion et écrit par l’historien torontois du hockey, D’Arcy Jenish, qui est également avec nous aujourd’hui. L’ombre dans laquelle reposait M. Creighton m’avait alors paru bien cruelle pour un homme sans prétention. Notre gouvernement a donc décidé de reconnaître M. Creighton comme un personnage d’importance historique pour notre pays, désignation qui a ensuite été avalisée par la Commission des lieux et monuments historiques du Canada.
Je tiens à remercier la Commission ainsi que tous ceux qui ont permis d’honorer convenablement la mémoire de cet homme. La Société internationale de recherche sur le hockey a mené une campagne de financement pour créer le monument qui est dévoilé aujourd’hui. C’est grâce à la générosité de donateurs, tels que Harley Hotchkiss des Flames de Calgary, Eugene Melnyk des Sénateurs d’Ottawa, de la Fondation du cimetière Beechwood et de l’équipage du NCSM Vancouver, que James Creighton reçoit aujourd’hui les honneurs qu’il mérite.
Les prochaines générations d’amateurs de hockey au Canada pourront maintenant rendre hommage au père de notre sport d’hiver national. Les Canadiens le trouveront ici dans le cimetière national, reposant parmi d’autres éminents personnages de l’histoire politique, militaire, économique et culturelle du Canada.
Merci à tous ceux qui ont contribué à faire de cette journée une réalité.
Que Dieu bénisse le Canada.