9 novembre 2009 Ottawa (Ontario)
Le Premier ministre Stephen Harper a fait la déclaration suivante à l'occasion du 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin :
« Nous sommes ici aujourd'hui pour commémorer et pour célébrer le début de la fin du communisme et le triomphe des principes de la liberté et de la démocratie.
« Comme l'a noté l'ambassadeur, dans le hall de cet édifice, le Centre de conférences du gouvernement, où, d'ailleurs, des pourparlers sur la réunification de l'Allemagne ont eu lieu en 1990, il y a un morceau du Mur de Berlin.
« L'importance de ce jour vient du fait que ce Mur, dont ce morceau faisait partie, ne pouvait plus réfréner les aspirations d'un peuple qui exigeait sa liberté. Cela n'est évidemment pas arrivé soudainement. Mais, il y a vingt ans, ce 9 novembre 1989 marquait le point de non-retour. Alors que le monde entier regardait, des milliers d'Allemands de l'Est traversaient une frontière qui, bientôt, cesserait d'exister. En marchant, ils choisissaient les principes du Canada et de nos alliés : la liberté, la démocratie les droits de la personne et la primauté du droit. Les gardes frontaliers, d'abord incertains face à tant de personnes, étaient réticents à les arrêter, et devinrent vite incapables de le faire.
« Le système communiste rendait son dernier souffle. Ce fut une journée de joie en Allemagne, et de soulagement en Europe. Plus jamais un peuple ne serait isolé. Plus jamais les Européens ne craindraient que la division de leur continent entraîne une guerre nucléaire. Plus jamais un État ne chercherait à briser les rêves, à opprimer et à tourmenter ses propres citoyens.
« Ce morceau de béton est un rappel tangible. Il nous rappelle que la vie en Allemagne de l'Est, la soi-disant République démocratique allemande, appauvrissait tellement l'âme que le gouvernement communiste a eu besoin d'un mur pour empêcher ses citoyens de s'enfuir.
« Il est aujourd'hui non plus une barrière, mais la tombe du régime qui l'a érigé. Cependant, il y eut un jour 160 kilomètres de béton comme celui-ci autour de Berlin Ouest, pour empêcher les Allemands de l'est d'entrer. Il était surmonté de barbelés et protégé par des gardes dans des tours. Il masquait un grand terrain de sable ratissé – une zone de destruction – où des gardes pouvaient recevoir l'ordre d'abattre les soi-disant « traîtres », toute personne tentant de s'évader.
« Et que se passait-il quand quelqu'un essayait ?
« Peu de temps après l'érection du Mur, un jeune homme appelé Peter Fechter a décidé qu'ile ne voulait plus vivre comme une simple créature de l'État. Avec toute la fougue de la jeunesse, il était déterminé à franchir le Mur et à vivre en homme libre, comme ceux qu'il pouvait voir et entendre à quelques mètres seulement, de l'autre côté du béton et des barbelés, à Berlin Ouest.
« Cela devait ressembler à une cité des lumières. Là, il n'y aurait pas de commissaires du peuple, pas de police secrète, pas de tortionnaires. Et, sûrement, le travail d'un garde frontière consistait simplement à vérifier les passeports, pas vraiment à empêcher les gens de sortir. Car, mes amis, des milliers de personnes ont tout tenté pour sortir de l'Allemagne de l'Est et des autres pays otages du Bloc de l'Est. Personne, personne ne franchissait ce Mur pour y entrer.
« Donc, Fechter et un ami se sont cachés près du Mur, dans l'atelier d'un menuisier. Le Mur ne faisait que deux mètres à cette époque – la moitié de la hauteur qu'il finirait par atteindre alors que les Communistes tentaient de plus en plus désespérément de retenir leur peuple agité. La liberté semblait tellement possible, tellement proche.
« Choisissant soigneusement leur moment, Fechter et son ami ont couru. Des coups ont été tirés. Son ami a réussi à passer. Mais pas Fechter. Atteint au pelvis, il est retombé. Et là, au pied du Mur, son gouvernement l'a laissé saigner à mort. Aucun médecin n'est venu, aucun commissaire du peuple ne s'en est occupé, aucun garde n'a pris la peine de parcourir quelques mètres pour lui prodiguer les premiers soins. Agonisant, Fechter a mis une heure à mourir.
« Peter Fechter n'était que l'un des près de deux cents individus qui auraient péri au pied du Mur au fil des ans, dans leur quête de liberté. Et seulement l'un des centaines de milliers d'Européens de l'Est qui ont perdu la vie pendant ces terribles décennies de purges et d'emprisonnement, aspirant à la société libre et démocratique que nous, en tant que Canadiens et Canadiennes, avons toujours connue.
« Peter Fechter n'avait que 18 ans. Je raconte cette histoire pour nous rappeler tout ce qui a été vaincu le jour où le Mur est tombé. Le Mur construit par les Communistes était plus qu'une division physique. Il symbolisait une autre vision de la vie, plus sombre. Au-delà du Mur, les gens vivaient dans la liberté, pratiquaient la démocratie, connaissaient la justice.
« Du côté communiste, il n'y avait pas de liberté. Les gens ne comptaient pas. La justice et le droit ne faisaient que servir les intérêts de l'État. Les gens appartenaient à l'État, ils le servaient. C'était la différence entre les gens qui choisissent ceux qui les gouvernent, ou le gouvernement qui choisit qui va vivre ou mourir. La différence entre un régime qui est bon et un régime qui incarne le mal.
« Car il faut reconnaître le communisme pour ce qu'il était. Non pas un système déficient ou inefficace mais, comme son cousin totalitaire, le fascisme, l'antithèse même de nos valeurs les plus nobles, l'une des deux grandes menaces du vingtième siècle pour l'existence même de notre civilisation, un mal qu'il faut comprendre afin qu'il ne puisse jamais frapper de nouveau.
« Il est profondément mal de condamner des populations entières en fonction de la classe, tout comme de les condamner en fonction de la race. Et il est profondément mal de chercher à résoudre des débats politiques en annihilant l'autre partie, qu'on appelle ça une « solution finale », la « fin de l'histoire » ou un autre euphémisme du même genre.
« Ce mal se manifeste sous bien des formes et semble se réinventer d'une génération à l'autre : la promesse d'une société parfaite si seulement ces êtres indignes sont d'abord éliminés. Les races inférieures. Les classes ennemies. Les infidèles.
« C'est un mal auquel le Canada a toujours résisté. En tant que Canadiens, en tant que conservateurs et libéraux, nous sommes des adversaires, mais nous ne sommes pas des ennemis, nous sommes des concitoyens. Nous nous battons avec des bulletins de vote, pas avec des balles. Un côté gagne et accepte les droits et les responsabilités du gouvernement. L'autre vit dans l'opposition et la liberté de se battre. C'est le cas depuis plus de 140 ans et même plus, et nous nous en portons tous très bien.
« Mais nous faisons plus que vivre et apprécier la liberté et la démocratie. Nos ancêtres se sont battus et sont morts pour que nous puissions en jouir. Voilà pourquoi un million de Canadiens se sont joints à la lutte contre le fascisme. Voilà pourquoi d'autres sont allés en Corée. Voilà pourquoi aujourd'hui, nos jeunes hommes et nos jeunes femmes risquent leur vie afin de stopper la montée du terrorisme en Afghanistan, et d'y établir la paix et la stabilité.
« Et voilà pourquoi, pendant quatre décennies, des dizaines de milliers d'hommes et de femmes ont confronté le communisme en Europe au Mur, et le Rideau de fer, jusqu'à ce grand jour il y a vingt ans, qui a rendu tout cela inutile.
« Chers amis, le Mur de Berlin divisait une nation. Mais sa chute a unifié un continent dans un avenir d'espoir. Nous pensons aujourd'hui avec fierté au rôle qu'a joué le Canada dans cette chute. Et nous célébrons le triomphe des idées qui libèrent l'esprit humain de celles qui l'enchaînent : les idéaux libres et démocratiques du Canada et de ses alliés.
« Je suis heureux d'annoncer que ce morceau du Mur sera réinstallé au Musée canadien de la guerre comme une relique importante de la Guerre froide. Il rendra honneur aux Canadiens, hommes et femmes, des Forces armées qui étaient là pendant cet affrontement. Il ornera en outre le mémorial aux victimes du communisme totalitaire qui sera érigé dans la capitale nationale par l'organisme Tribute to Liberty. Alide, je tiens à vous féliciter, vous et votre groupe bipartite, pour avoir fait ça.
« Il nous rappellera que tous les régimes politiques ne sont pas les mêmes, que notre démocratie, que nos libertés doivent être chéries, exercées et protégées.
« Il s'agit de notre histoire et de notre patrimoine, et puisse Dieu nous aider à assurer qu'il en sera toujours ainsi. »