4 décembre 2009
(Shanghai) Chine
Le discours prononcé fait foi
Merci Stock pour cette aimable introduction. L’honorable Gerry Ritz, ministre de l’Agriculture. Chers députés canadiens. L’honorable Michael Chong, Alice Wong, Andrew Saxton, John Weston, Bob Dechert et Darrell Kramp. Messieurs les ambassadeurs Lan et Mulroney. Mesdames et Messieurs.
D’abord, merci à Mark Rowswell, notre maître de cérémonie ce soir. Mark est le commissaire général du Canada à Expo 2010, ici à Shanghai. J’ai hâte de visiter le Pavillon canadien avec vous demain, Dashan.
Et merci à la Chambre de commerce du Canada à Shanghai et au Conseil commercial Canada-Chine de co-animer l’événement de ce soir. C’est en fait un honneur d’être invité à prendre la parole devant le groupe assemblé ici ce soir. C’est aussi opportun alors que nous marquons le centième anniversaire du lancement du Service des délégués commerciaux du Canada dans cette ville. Comme preuve du succès de cette initiative, je note que Shanghai est maintenant la base des opérations de quelque cent cinquante entreprises canadiennes, dont nombre d’entre elles sont représentées ici ce soir.
Et Shanghai peut se targuer de nombreux autres superlatifs : c’est la plus grande ville de Chine, le moteur économique du pays, l’une des régions ayant la croissance la plus rapide dans le monde, et l’endroit où se trouve le port de marchandises le plus occupé du monde. Il ne fait aucun doute que l’an prochain, alors que Shanghai accueillera l’Exposition universelle, des dizaines de millions de visiteurs profiteront de l’accueil que votre ville de classe mondiale peut offrir.
Bien sûr, Shanghai n’est qu’une étape de ma première visite en Chine en tant que Premier ministre. Et c’est une autre étape des centaines de rencontres de représentants ; quelque vingt visites ministérielles ont eu lieu dans ce pays. Sans compter les nombreuses rencontres que j’ai eues avec le Président Hu Jin-tao à divers forums internationaux depuis que notre gouvernement est entré en fonctions en 2006.
Ma visite illustre donc l’engagement du Canada à améliorer et à élargir nos relations avec la Chine. Car nous avons des relations franches et positives, fondées sur le respect mutuel et la nécessité d’une coopération dans le monde exigeant d’aujourd’hui.
Mesdames et Messieurs, il y a longtemps, pointant la Chine sur une carte, Napoléon Bonaparte a prononcé les célèbres paroles : « Ici repose un géant endormi. Quand la Chine s’éveillera, le monde tremblera ». Ce sont là des paroles prophétiques.
Dans les trente années qui ont suivi la première tentative vers la libéralisation, la Chine a affiché la plus forte croissance de sa prospérité générale dans l’histoire de l’humanité. Plus de quatre cent millions de personnes sont sorties de la pauvreté. Plus de cent villes comptent aujourd’hui une population de plus d’un million d’habitants. L’économie, autrefois entièrement dirigée par l’État, est maintenant axée sur le marché, et l’entreprise privée prospère. En fait, ces trente dernières années, plus de cinq cent mille entreprises financées par des avoirs étrangers ont été enregistrées en Chine.
Je pourrais continuer, mais le point central est le suivant : la preuve ne pourrait être plus claire. Aujourd’hui, Mesdames et Messieurs, la Chine est bel et bien réveillée – réveillée et prête à façonner l’avenir du monde entier !
Le Canada observe la montée remarquable de la Chine depuis le début de nos relations de longue date. Au milieu du dix-neuvième siècle, des travailleurs chinois faisaient partie intégrante de l’entreprise la plus importante de l’histoire du Canada – la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique. Et ces cent dernières années, environ un million de Chinois ont immigré au Canada.
Aujourd’hui, les Canadiens d’origine chinoise enrichissent tous les aspects de notre société, de notre démocratie et de notre économie. Par exemple, à Toronto, les Canadiens d’origine chinoise et de très nombreux étudiants et chercheurs de Chine aident à faire de notre plus grande ville un centre dont l’impact se fait sentir dans le monde entier. Et Vancouver est aujourd’hui la porte d’entrée du commerce Asie-Pacifique non seulement du Canada, mais de toute l’Amérique du Nord – en grande partie en raison de l’esprit d’entreprise de si nombreux Canadiens d’origine chinoise. En fait, par un dévouement envers la famille et la communauté, une éthique professionnelle sans faille et un engagement envers la réussite éducative, les Sino-Canadiens aident à assurer la place du Canada dans le vingt-et-unième siècle.
De son côté, le Canada contribue à l’histoire de la Chine. Les missionnaires canadiens ont construit des hôpitaux et des écoles en Chine à la fin des années 1800, et un médecin canadien, Norman Bethune, a joué un rôle de premier plan dans l’histoire de ce pays. Des entreprises canadiennes comme Manulife et Sunlife ont été les pionnières de la création de réseaux économique partout en Chine il y a plus d’un siècle. Des entreprises nationales comme Bombardier et SNC-Lavalin y prospèrent depuis des décennies. Et malgré les tensions considérables pendant la Guerre froide, le Canada fut le premier à négocier des contrats pour la vente de blé à la Chine, sous le gouvernement du Premier ministre John Diefenbaker. Plus récemment, les solides liens qui existent entre nos deux pays ont poussé le Canada à offrir une aide publique et privée significative aux gens de la province du Sichuan, après le séisme de l’année dernière. Mesdames et Messieurs, par ces simples exemples, nous voyons que le Canada et la Chine partagent une riche histoire commune qui a aidé à façonner nos deux pays. Il n’est donc pas surprenant qu’alors que la Chine s’ouvre, nos liens économiques deviennent plus nombreux et plus vastes. Depuis 2005, le commerce bilatéral de marchandises entre nos pays augmente régulièrement, chaque année, d’une moyenne de plus de quatorze pour cent. Et pendant cette période, les exportations canadiennes vers la Chine ont augmenté de plus de trois milliards de dollars. Nos échanges bilatéraux totaux représentent aujourd’hui plus de cinquante-trois milliards de dollars. La Chine est le deuxième plus important partenaire du commerce de marchandises du Canada et son troisième plus gros marché d’exportation.
Pour continuer à améliorer ces relations, notre gouvernement a récemment alloué plus d’un milliard de dollars à une infrastructure commerciale sur la côte du Pacifique. La Porte de l’Asie-Pacifique est un réseau intégré de ports, d’aéroports, de routes et de voies ferrées qui relie l’Asie au cœur même du marché nord-américain. En fait, la distance qui sépare les ports de la côte Ouest, à Vancouver et à Prince Rupert, des ports asiatiques clés comme Shanghai est de deux à trois jours moindre que celle de nos concurrents américains.
De plus en plus, le Canada est considéré comme une destination naturelle pour les investissements par les leaders chinois du monde des affaires. Le pays est l’une des économies développées les mieux placées pour afficher une solide reprise financière. Nous avons des taux d’imposition à la baisse, un faible ratio dette-PIB, l’un des environnements pour les investissements les plus accueillants du monde et, bien entendu, les ressources requises pour répondre aux besoins toujours grandissants de la Chine.
Un domaine où le Canada et la Chine partagent un intérêt mutuellement bénéfique est, bien entendu, celui de l’énergie. Car il ne fait aucun doute que pour poursuivre sa croissance, la Chine aura besoin de sources d’énergie stables. Le Canada est une superpuissance énergétique émergente, un fournisseur majeur de tous les types d’énergie, le septième plus gros producteur mondial de pétrole brut, avec les deuxièmes plus importantes réserves prouvées. Nous sommes le troisième plus gros producteur de gaz naturel et le plus gros producteur d’uranium. De plus, le Canada a les ressources et le savoir-faire nécessaires pour adapter la technologie à un avenir énergétique plus propre, plus vert et plus faible en carbone.
Ayant récemment dépassé les États-Unis en tant que plus gros émetteur mondial de dioxyde de carbone, la Chine a un intérêt vital à mettre ces technologies à profit. En fait, c’est un domaine où le Canada et la Chine collaborent déjà par le Partenariat Asie-Pacifique sur le développement propre et le climat.
Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’annoncer la deuxième ronde de financement du Canada dans le cadre de ce Partenariat. Avec la seconde phase de projets, le Canada aura investi dans vingt-huit projets sur la technologie propre, dans le monde entier, dont quatorze ici même en Chine, ou qui profiteront à la Chine.
Et hier, au Palais de l’Assemblée du Peuple, le Premier ministre Wen et moi-même avons assisté à la signature d’un accord visant à améliorer la coopération entre nos deux pays dans la lutte contre les changements climatiques. Selon cet accord, le Canada et la Chine vont collaborer dans des domaines comme la conservation de l’énergie et l’efficacité énergétique, l’énergie renouvelable, la capture et le stockage du carbone, et la récupération et l’utilisation du méthane.
Mesdames et Messieurs, par ce type de collaboration, le Canada et la Chine peuvent montrer comment établir un équilibre entre le développement énergétique et la croissance économique, et la protection de l’environnement, et être un exemple de coopération pour le reste du monde !
Nous sommes en outre heureux que le gouvernement de la Chine ait accordé au Canada le statut de destination approuvée. Les gouvernements canadiens le demandent depuis une décennie. Cette mesure pourrait faire grimper le tourisme de 50 pour cent et elle est particulièrement opportune alors que le Canada se prépare à accueillir le monde aux Jeux olympiques d’hiver, car elle encouragera davantage de touristes chinois à découvrir tout ce que le Canada a à offrir.
Finalement, le Premier ministre Wen et moi-même avons aussi eu le plaisir hier d’assister à la signature d’un accord visant à promouvoir la coopération culturelle entre la Chine et le Canada, notamment par l’échange d’œuvres d’art, d’artistes et d’écrivains. Cet accord créera des débouchés économiques pour le milieu culturel canadien et mettra la culture canadienne en lumière en Chine. Voilà une autre façon dont nos deux pays prêchent par l’exemple et collaborent dans un intérêt mutuel !
Bien entendu, Mesdames et Messieurs, le plus grand défi auquel sont confrontés nos deux pays – et en fait toutes les principales économies du monde – demeure le ralentissement économique mondial. Nos économies se portent bien comparativement au reste du monde. Mais ce n’est pas un accident. Le Canada et la Chine sont entrés dans cette période avec de solides bilans gouvernementaux, des secteurs financiers stables, et des investissements majeurs et continus dans l’infrastructure critique.
Le Canada et la Chine contribuent tous deux aux efforts collectifs déployés par le G20 pour stimuler une véritable reprise mondiale. Nous avons participé sans tarder à une réduction des taux d’intérêts internationale coordonnée. Et nos deux pays ont pris les mesures de relance financière majeures réclamées par le FMI et d’autres organismes mondiaux. J’ai hâte d’accueillir le Président Hu au Canada l’année prochaine, alors que nous serons l’hôte de la prochaine rencontre du G20.
Aujourd’hui plus que jamais, alors que les premiers signes de la reprise se manifestent, le Canada et la Chine doivent continuer à parler d’une voix forte à la table du G20. Le message qu’il faut transmettre à nos partenaires du G20 comporte trois volets : d’abord, nous devons encourager nos pairs à poursuivre les mesures de relance. Deuxièmement, il faut élaborer des stratégies de sortie pour éviter l’hyperinflation et les bulles d’actifs. Et, troisièmement, point peut-être le plus important, il faut insister pour que les autres leaders s’opposent à toute mesure protectionniste.
Nous voyons une tendance vers le protectionnisme, quoique modeste, depuis le début de la récession mondiale. Cependant, modeste ou autre, le protectionnisme est la pire menace pour la reprise à long terme du Canada, de la Chine et de l’économie du monde entier.
La lutte contre le protectionnisme et l’intensification du commerce sont les priorités premières de notre gouvernement en matière de politique étrangère. Voilà pourquoi, depuis notre entrée en fonctions, nous tenons des négociations commerciales actives, partout dans le monde, ayant conclu des ententes avec huit pays et entrepris des discussions avec de nombreux autres.
La raison en est simple : quelles que soient les difficultés économiques actuelles, la prospérité générée ici en Chine et dans le monde entier au cours de la dernière génération est sans précédent. L’abolition des obstacles protectionnistes et l’assouplissement des restrictions commerciales ont joué un rôle clé dans l’arrivée de cette ère extraordinaire. En conséquence, un commerce encore plus libre est l’antidote le plus efficace à la crise actuelle. Nous sommes ravis de la décision de la Chine de lever les restrictions sur le porc canadien, mais des mesures protectionnistes irréfléchies comme des restrictions sur les importations de canola ne feront qu’intensifier les pressions en faveur des représailles et du protectionnisme.
Maintenant plus que jamais, nous devons collaborer afin de maintenir les échanges commerciaux. C’est pourquoi j’ai le plaisir d’annoncer qu’en coopération avec la Corporation commerciale canadienne, le gouvernement du Canada ouvre aujourd’hui quatre nouveaux bureaux commerciaux en Chine. Ces bureaux s’ajoutent aux deux bureaux inaugurés en avril par le ministre du Commerce international Stockwell Day. Ensemble, ils amélioreront notre capacité de soutenir encore plus de liens commerciaux en matière d’exportations, d’investissements et d’innovation entre nos deux pays. L’annonce faite aujourd’hui est une mesure concrète prise par notre gouvernement pour améliorer et élargir les liens économiques avec la Chine.
Alors que la puissance économique et la prospérité humaine s’étendent de l’Occident à l’Orient, l’orientation commerciale du Canada change aussi. Aux dix-neuvième et vingtième siècles, notre économie a été largement bâtie sur le commerce transatlantique. Mais il est clair qu’au vingt-et-unième siècle, le commerce transpacifique va stimuler de plus en plus notre croissance économique.
Mais, Mesdames et Messieurs, le commerce est une voie à double sens, tout comme le dialogue. Notre gouvernement croit – et a toujours cru – que des liens économiques mutuellement bénéfiques ne sont pas incompatibles avec un dialogue franc et positif sur les valeurs fondamentales que sont la liberté, les droits de la personne et la primauté du droit. En fait, ils vont de pair, et de plus en plus alors que les économies progressent. Le Canada, bien qu’il soit loin d’être parfait, est l’une des démocraties les plus pacifistes, pluralistes et prospères que le monde ait connues. Pour les Canadiens, ces attributs sont inséparables, et les Canadiens d’origine chinoise y participent pleinement, comme tous les autres citoyens.
Aussi, dans le cadre des relations entre le Canada et la Chine, nous allons continuer à soulever les questions de la liberté et des droits de la personne et nous allons militer et servir de partenaire efficace en ce sens, tout en maintenant les relations économiques mutuellement bénéfiques souhaitées par nos deux pays.
Mesdames et Messieurs, alors que le centre de gravité de l’économie mondiale penche vers l’Est, les pays du Pacifique comme le Canada et la Chine ont beaucoup à gagner d’une coopération accrue. Le moment est venu d’améliorer et d’élargir nos relations, de tirer profit de nos succès mutuels et d’user de l’autorité que ces succès nous accordent pour donner un exemple au reste du monde.
Je conclurai ce soir par une invitation à tous les Chinois. Venez visiter le Canada l’année prochaine alors que nous accueillons les vingt-et-unièmes Jeux olympiques d’hiver. Venez profiter de l’hospitalité pacifique de Vancouver, la ville « la plus vivable » du monde. Venez au Canada et voyez de vous-mêmes les possibilités et le potentiel qu’il offre.
Merci encore pour cette invitation à prendre la parole ce soir, et pour votre chaleureuse hospitalité ici à Shanghai.