29 mars 2010
Ottawa (Ontario)
Chers collègues du G20,
Nous nous sommes engagés, à Pittsburgh, à faire du G20 le principal forum mondial de coopération économique. En tant que présidents – passés, présents et futurs - des Sommets des dirigeants du G20, nous vous écrivons à présent pour accentuer la nécessité, d'abord, d'honorer l'engagement que nous avons pris de mettre en place une solide politique de coopération macro-économique et de poursuivre notre réforme de la réglementation afin de renforcer le système financier international.
La semaine dernière, nos sherpas se sont rencontrés à Ottawa pour revoir les éléments fondamentaux du programme du G20 en 2010 et brosser le tableau des principales tâches qui nous attendent. Lors de cette réunion, de bons progrès ont été faits pour ce qui est de préparer le terrain pour le Sommet de Toronto et penser à celui de Séoul. Toute la portée des actions déterminantes et collectives que nous avons entreprises au cours de nos trois derniers sommets a également été mise en évidence. Ensemble, nous avons réussi à stimuler la reprise de l'économie mondiale et à éviter l'effondrement total du système financier.
Mais notre tâche n'est pas encore terminée; la reprise naissante de l'économie mondiale demeure fragile; les tensions financières actuelles témoignent des risques qui pèsent encore sur l'économie mondiale et la stabilité financière. Il est vital que dans l'esprit d'un intérêt personnel éclairé, nous continuions à travailler ensemble afin d'atteindre nos objectifs mutuels en conjurant les nouveaux risques qui surgissent, en veillant à la stabilité et en soutenant un vigoureux retour à la croissance et à la création d'emplois dans toutes nos économies. Notre but doit être de renforcer le système financier mondial et de bâtir une économie mondiale plus solide, enracinée dans la croissance durable et la prospérité pour tous.
Notre premier objectif est le retour à la croissance soutenue et à la création d'emplois. Pour l'atteindre, nous devons élaborer des stratégies de coopération et travailler ensemble pour que nos politiques budgétaires, monétaires, de change, commerciales et structurales soient toutes compatibles avec une croissance solide, durable et équilibrée. Il est dans l'intérêt de chaque pays et de chaque région de contribuer à l'atteinte de ces objectifs par une meilleure collaboration avec la communauté mondiale. Nous comprenons tous que les déséquilibres commerciaux, budgétaires et structurels actuels ne peuvent favoriser une croissance solide et soutenue. Sans une action concertée visant à procéder aux ajustements qui nous permettraient d'atteindre ces objectifs, les risques de crise et de faible croissance demeureront. Tous les pays du G20 doivent rapidement mettre en œuvre les premières étapes du nouveau cadre établi à Pittsburgh – produire des rapports solides sur ce que chacun d'entre eux peut faire pour contribuer à une croissance mondiale solide, durable et équilibrée.
Après la rédaction du rapport du FMI sur la cohérence collective de nos politiques nationales, nous devrons, à Toronto, voir du même oeil les risques majeurs qui pèsent sur la stabilité économique mondiale et sur la croissance soutenue, et parvenir à un accord sur les options politiques sur lesquelles seront fondées les mesures que nous devons prendre ensemble pour réduire ces risques. Nous devrons également mettre au point d'autres recommandations stratégiques précises pour le sommet de Séoul, en novembre.
Nous devons veiller à ce que nos institutions financières internationales soient renforcées en vue de combler les besoins de l'économie mondiale d'aujourd'hui. Des réformes sont nécessaires pour accroître leur crédibilité, leur légitimité et leur efficacité et pour refléter la forte croissance des pays dynamiques émergents et en développement, et pour les équiper afin qu'ils favorisent une croissance durable qui apportera la stabilité financière et élèvera le niveau de vie des plus pauvres. Nous devons donner suite à ces idées et réaliser les projets de réformes en matière de gouvernance adoptés à Pittsburgh, en respectant les délais que nous nous sommes fixés.
Le G20 doit faire plus que simplement défendre les échanges commerciaux et dire non au protectionnisme. En ce qui a trait à Doha, nous devons déterminer si nous avons l'ambition accrue nécessaire pour en arriver à une entente. Depuis l'été dernier, un certain nombre de pays ont noué un dialogue avec d'autres afin d'avancer vers cet objectif. Pour obtenir des résultats satisfaisants, nous devons insuffler une vigueur politique à nos négociateurs, vigueur qui devrait également se voir dans nos mesures nationales. Nous devons continuer à résister aux pressions protectionnistes et promouvoir la libéralisation des échanges et de l'investissement par la réduction nationale des obstacles et par des négociations régionales et bilatérales.
Nous devons aussi prendre des mesures pour améliorer l'accès à des sources d'énergie diversifiées, fiables, abordables et propres, essentielles à la croissance durable. Dès lors, il nous faut donner une impulsion nouvelle à notre travail visant à améliorer le fonctionnement des marchés de l'énergie et retirer progressivement les subventions aux combustibles fossiles inefficaces qui faussent les marchés et gênent l'investissement futur dans les sources d'énergie propres.
Collectivement, il est vrai, nous avons réalisé des progrès constants vers la stabilisation et le renforcement du système financier mondial en intensifiant la surveillance prudentielle, en améliorant la gestion des risques, en favorisant la transparence et en affermissant la coopération internationale. Mais, bien que la confiance dans le système financier se soit améliorée, il reste encore du travail à accomplir pour rétablir la solvabilité de certaines banques mondiales et ne pas laisser le système financier mondial dans un état de vulnérabilité, amoindri dans sa capacité d'injecter le crédit nécessaire à la croissance économique durable.
Nous avons tous ensemble le devoir de respecter tous les engagements que nous avons pris de corriger les faiblesses qui ont provoqué la crise financière. Ces engagements nous obligent à rester vigilants pour ce qui est de mettre en oeuvre les réformes nécessaires, en nous gardant de l'autosatisfaction lorsque nous verrons nos économies se rétablir.
Il n'y a pas de place pour le laisser-aller à l'égard de nos engagements suivants :
- élaborer, d'ici la fin de l'année, de solides règles internationales sur le capital et la liquidité afin que les banques aient le niveau et la qualité de ressources dont elles ont besoin pour couvrir les risques encourus et, à titre de mesure supplémentaire du cadre de Bâle, un ratio de levier pleinement harmonisé. Ces nouvelles règles devront être mises en place dès que les conditions financières s'amélioreront et que la reprise économique sera assurée, en ayant comme objectif une mise en oeuvre à l'échelle nationale d'ici la fin de 2012. Tous les grands centres financiers doivent avoir adopté le cadre de Bâle II d'ici 2011;
- renforcer l'infrastructure des principaux marchés financiers afin d'augmenter leur résilience et de réduire les risques de contagion. Les contrats de produits dérivés de gré à gré normalisés devraient être échangés sur des plates-formes d'échanges ou des plates-formes de négociation électronique selon le cas et compensés par des contreparties centrales, d'ici la fin 2012 au plus tard, et faire l'objet d'une notification aux répertoires des opérations;
- s'attaquer aux pratiques de rémunération qui encouragent la prise de risque excessive et à court terme, en mettant pleinement en application les normes internationales en matière de rémunérations établies par le Conseil de stabilité financière;
- aller de l'avant avec la création d'un cadre servant à traiter le problème des règlements transfrontaliers et des institutions financières d'importance systémique, notamment en mettant en place des groupes de gestion des crises pour les principaux établissements transfrontaliers, ainsi que des outils et des cadres de règlement qui réduiront l'aléa de moralité. Les normes prudentielles pour les institutions financières d'importance systémique doivent être à la mesure du coût que représente leur faillite;
- respecter nos engagements à donner l'exemple en mettant en application les normes internationales et en acceptant que des pairs vérifient périodiquement notre conformité à ces normes. L'observation intégrale de l'ambitieux programme de vérification par les pairs que nous avons établi pour 2010 se révélera un jalon important.
Nous attendons avec impatience le moment où nous examinerons, à Toronto, le rapport que nous avons demandé au FMI de produire sur les différentes options que les pays ont adoptées ou envisagent d'adopter sur la manière dont le secteur financier pourrait assurer une contribution juste et substantielle au financement des charges liées aux interventions des gouvernements pour remettre en état le système bancaire.
Nos ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales évalueront les progrès et présenteront aux dirigeants réunis à Toronto et à Séoul un rapport sur les mesures à prendre en priorité pour honorer nos engagements; le rapport indiquera si un élan doit être redonné pour s'assurer que nos objectifs sont atteints dans les délais impartis.
Le temps est venu pour nous, dirigeants du G20, de prendre de nouveau l'engagement de réaliser les ambitieux objectifs et programmes de réforme que nous nous sommes déjà fixés et d'explorer des modèles de coopération pour atteindre nos buts communs. Nous savons tous qu'un engagement à agir n'est qu'une première étape. Ce qui compte avant tout, c'est de tenir cet engagement. Nous avons tous des comptes à rendre. Les défis que nous avons à relever sont grands, mais les récompenses associées à la réussite le sont encore plus. Nous sommes convaincus qu'en travaillant épaule contre épaule, dans un but commun et avec détermination, nous pouvons assurer à nos citoyens la croissance durable et la prospérité qu'ils méritent.
STEPHEN HARPER
Premier ministre
Canada
LEE MYUNG BAK
Président
République de Corée
GORDON BROWN
Premier ministre
Royaume-Uni
BARACK OBAMA
Président
États Unis
NICOLAS SARKOZY
Président
République française