No 2010/10 - Québec (Québec) - Le 19 mars 2010
Sous réserve de modifications
C’est toujours un plaisir pour moi de revenir dans ma ville natale, et je remercie la Chambre de commerce pour son aimable invitation.
Votre ville – notre ville – a connu des années mémorables au cours de son histoire récente grâce à des évènements internationaux de haut niveau, en plus de ses deux grands anniversaires, le 375e en 1983 et le 400e en 2008, qui ont attiré des dizaines de milliers de visiteurs.
Québec a en effet accueilli deux fois le Sommet de la Francophonie, en 1987 et en 2008, et le Sommet des Amériques en 2001.
Dans toutes ces circonstances – et dans bien d’autres – la population de Québec a fait honneur à sa réputation d’hospitalité, d’efficacité et de fierté.
En partageant avec vous certaines réflexions sur le programme international chargé du Canada pour les prochains mois, et plus particulièrement sur la prochaine réunion des ministres des Affaires étrangères du G8, je peux vous dire que je m’inspire souvent de l’exemple de Québec dans la préparation de nos grandes réunions internationales.
L’année 2010 s’est ouverte de brillante façon pour le Canada, grâce aux succès remarquables de nos athlètes aux Jeux de Vancouver. J’espère pouvoir partager une expérience semblable avec mes compatriotes de Québec, à Québec, un jour.
Au cours des prochains mois, les yeux du monde resteront tournés vers notre pays, qui accueillera les sommets du G8, du G20 et des leaders nord-américains.
Mais auparavant, les 29 et 30 de ce mois, j’accueillerai moi-même les ministres des Affaires étrangères des États-Unis, de la Russie, du Royaume-Uni, du Japon, de l’Allemagne, de la France, de l’Italie et de l’Union européenne, à Gatineau.
La sécurité dans le monde sera le sujet principal de cette réunion. De manière plus précise, j'ai l'intention de faire avancer trois grandes priorités :
- préparer d’abord le Sommet mondial sur la sécurité nucléaire et la Conférence d'examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, et discuter plus particulièrement des faits récents en Iran et en Corée du Nord, deux pays dont les ambitions nucléaires sont très inquiétantes;
- je veux aussi aider le Pakistan et l’Afghanistan à faire progresser leur dialogue au sujet des problèmes frontaliers;
- enfin, nous étudierons comment mieux aider les pays et les régions fragiles à renforcer leur sécurité
Je comprends parfaitement que pour beaucoup de Canadiens et Canadiennes, ces questions et ces régions peuvent sembler bien lointaines.
En réalité, de nos jours, nos intérêts sont fortement liés à ceux d’autres pays partout dans le monde.
La crise financière que nous vivons en témoigne bien. Cette crise financière a débuté en août 2007 aux États-Unis, et elle a été provoquée par les prêts hypothécaires à risque, puis la mauvaise gestion de quelques grandes firmes sur Wall Street, aux États-Unis. Elle touche maintenant le monde entier.
Grâce à l’action rapide et énergique de notre gouvernement qui a appliqué un nouveau Plan d’action économique, le Canada est l’un des pays qui a le mieux traversé cette crise et en est sorti le plus rapidement — ce qui n’est pas passé inaperçu dans la communauté internationale.
En voici quelques exemples : Statistique Canada a annoncé que l'économie a crû de 5 p. 100 au cours du quatrième trimestre de 2009. Il s’agit du taux de croissance le plus important en près d'une décennie, et qui dépasse largement les prévisions du marché. De plus, le Fonds monétaire international prévoit que l’an prochain, le Canada sera à la tête des grands pays industrialisés du G7 sur le plan de la croissance.
Mais nous devons demeurer vigilants et concurrentiels. Le pire est peut-être passé, mais la situation reste critique pour plusieurs pays.
Comme vous le savez, le bien-être économique du Canada ainsi que la création et le maintien d’emplois dépendent en grande partie de notre capacité d’exporter des biens et services.
Quoique la majorité de nos exportations se dirigent vers les États-Unis, notre principal partenaire commercial, nous augmentons de plus en plus notre accès aux marchés du monde entier, comme en témoignent les faits suivants :
- notre gouvernement a ouvert six bureaux commerciaux en Chine et trois en Inde;
- nous avons négocié des accords de libre-échange, entre autres avec la Colombie, le Pérou, la Jordanie et le Panama;
- nous sommes en train d’en négocier d’autres du même type, ainsi que de nombreux autres accords commerciaux avec d’autres pays.
Mais on ne peut faire du commerce durable que dans un environnement sécuritaire. Et là aussi, ce qui se passe ailleurs peut nous toucher ici. L’attentat raté du 25 décembre contre un avion américain nous a brutalement rappelé que le terrorisme provenant d’un pays lointain, en l’occurrence le Yémen, et visant une destination près de chez nous, dans ce cas-ci la ville de Detroit, est donc une menace très réelle, chez nous.
Et nous savons que le Canada fait partie de la liste des pays que pourraient viser certains groupes terroristes.
Nous devons naturellement protéger notre territoire, mais aussi faire en sorte que le monde soit un lieu sûr où les Canadiens peuvent voyager, vivre et faire des affaires.
Et les Canadiens voyagent beaucoup. En 2007 seulement, les Canadiens ont effectué près de 50 millions de visites à l'étranger et 2,5 millions de citoyens ont résidé à l'extérieur de notre pays.
Le terrorisme tous azimuts est un phénomène relativement nouveau. Mais nous devons y faire face en même temps que nous poursuivons le combat contre une menace plus ancienne, mais tout aussi terrifiante : la prolifération de l’arme nucléaire.
L’Iran en particulier, un pays sans considération aucune pour l’opinion internationale, continue à développer sa capacité nucléaire en secret. Cela est une grave menace pour la région et le monde entier.
Et la Corée du Nord, un pays qui n’arrive même pas à nourrir sa propre population, poursuit son programme de développement nucléaire et effectue aussi des tests de missiles, comme le fait l’Iran.
Nous soutenons l’utilisation pacifique de l’énergie nucléaire, mais nous croyons qu’elle doit être accompagnée d’une exigence de transparence et de vérification internationale. Nous nous soumettons nous-mêmes à ces exigences, comme le font la plupart des autres pays. Nous restons donc convaincus que tous les pays sans exception doivent se conformer à ces exigences.
Ma deuxième priorité, à Gatineau, sera la sécurité en Afghanistan et au Pakistan, deux pays qui sont directement et dangereusement confrontés au terrorisme d’Al-Qaïda.
Le Canada et nos partenaires du G8 ont investi beaucoup pour aider l’Afghanistan à devenir un pays pacifique, stable et démocratique.
De nos braves soldats, 140 ont payé le prix ultime pour défendre nos valeurs et nos intérêts dans cette région. Nous devons, à leur mémoire, faire tous les efforts possibles pour que nos objectifs soient atteints avant le retrait de nos troupes, l’an prochain.
À la fin de janvier, le président Karzaï a pris les engagements nécessaires pour que le gouvernement de l’Afghanistan lutte contre la corruption et assume de plus en plus la responsabilité de sa sécurité, des services de base et d’une gouvernance démocratique dans l’ensemble de l’Afghanistan. Il est essentiel qu’il tienne ses promesses.
Nous allons également discuter du Pakistan, qui est en train de prendre des mesures contre des extrémistes violents, en plus de devoir relever ses propres défis sur le plan politique, économique et social.
Depuis trois ans, le Canada facilite un processus visant à amener les autorités frontalières afghanes et pakistanaises à discuter d’étapes concrètes susceptibles de conduire à des solutions dans cette région tampon.
Nous voulons miser sur ces efforts et nous sommes en train d’envisager, en compagnie de nos partenaires du G8, comment nous pourrions contribuer à accroître les échanges commerciaux entre les deux pays.
Nous devons aussi admettre que de nombreux pays ne sont tout simplement pas en mesure de faire face à leurs propres problèmes de sécurité. Le problème ne se situe pas au niveau de l’aide financière que nous destinons à ces pays, mais bien au niveau de la coordination de nos efforts.
Tous nos partenaires du G8 ont mis sur pied différents programmes visant à renforcer les institutions de nombreux pays sur le plan de la sécurité.
Ces initiatives vont de la formation sur les opérations de maintien de la paix à des programmes de lutte contre le terrorisme, la criminalité ou la piraterie.
Malheureusement, ces programmes sont souvent élaborés de manière isolée. Ils n'ont pas nécessairement de liens entre eux, même s'ils visent tous à renforcer le même groupe d'institutions.
À partir de l'expérience du Canada avec nos partenaires du G8, je veux donc examiner comment nous pourrions mieux organiser nos efforts en vue de renforcer les systèmes de sécurité dans ces pays vulnérables.
Je veux notamment discuter de la façon dont nous pouvons aider certains pays, comme le Yémen, les pays du Sahel, l'Afghanistan, Haïti ou d'autres pays des Amériques, à mettre en place les institutions dont ils ont besoin pour prévenir les conflits et lutter contre le terrorisme, la prolifération nucléaire, la criminalité et le trafic illicite de drogues.
La réunion de Gatineau, comme toutes les réunions qui se tiennent chez nous, sera aussi une excellente occasion d’exprimer la personnalité unique de notre pays.
C’est d’ailleurs une des raisons pour lesquelles j’ai voulu que cette rencontre se tienne du côté québécois de la rivière des Outaouais. Nous, Canadiens, sommes de plus en plus des citoyens du monde. Et il n’y aurait probablement jamais eu de Canada sans la collaboration éclairée des communautés anglophones et francophones il y a plus de 140 ans.
Il y a très peu d’exemples, dans l’histoire du monde, d’un pays qui est né et qui a prospéré par une volonté partagée de groupes différents et dans le cadre d’un processus pacifique et démocratique.
Notre fédération, basée sur le respect des différences et le partage de valeurs et d’intérêts communs, est un exemple pour le monde entier. Et elle continue d’évoluer, notre fédération.
Conformément à sa politique de fédéralisme d’ouverture, annoncée d’ailleurs devant votre Chambre de commerce il y a quelques années, le premier ministre Stephen Harper a reconnu que les Québécois forment une nation au sein d’un Canada uni.
Notre gouvernement a aussi permis que le Québec puisse faire rayonner son caractère unique au sein de l’UNESCO.
Nous voulons, par dessus tout, respecter et encourager l’autonomie des provinces au sein d’une fédération moderne, efficace et prospère. Et je sais d’avance que notre exemple continuera d’impressionner les pays du monde entier.
Pourquoi en suis-je aussi certain?
C’est simple : parce que la ville de Québec nous l’a prouvé.
Je vous remercie.