L'honorable Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada
Pour le compte d'Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Barbade, du Belize, du Canada, de la Dominique, de la Grenade, du Guyana, de l'Irlande, de la Jamaïque, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines
Au cours des dernières années, la Banque mondiale a été l’un des principaux artisans de la réponse à la crise financière et économique mondiale. Cette crise a précipité une collaboration internationale sans précédent, et a notamment suscité des efforts conjoints du Groupe des Vingt (G20) et d’autres institutions financières multilatérales. Cette expérience a montré que ces institutions multilatérales, dont la Banque mondiale, doivent continuer de promouvoir des réformes névralgiques pour veiller à ce qu’elles demeurent efficaces et pertinentes. L’amélioration continue de la gouvernance et des opérations qui a eu lieu fait que la Banque mondiale est bien placée pour réagir aux perturbations mondiales futures. Par contre, d’importants défis subsistent et il reste beaucoup à faire. La Banque doit notamment continuer d’aider les pays à composer avec les répercussions de la crise financière, veiller à terminer la mise en œuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement au cours des prochaines années – qui seront déterminantes –, et développer la réponse de la communauté internationale aux changements climatiques.
La séance d’aujourd’hui du Comité du développement revêt une importance particulière. Les décisions en découlant façonneront l’avenir du Groupe de la Banque mondiale et mettront celui-ci en voie de relever ces défis de taille.
Nous devons apporter les améliorations nécessaires pour que la Banque mondiale devienne une institution encore plus ciblée, efficace et pertinente. Nous devons moderniser la représentation et la participation au sein de la Banque, en plus de rééquilibrer sa structure de gouvernance pour mieux refléter les points de vue de tous les actionnaires. Nous devons aussi rendre ces importantes réformes plus efficaces en renforçant la capacité financière de la Banque, notamment en augmentant le capital de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD).
La reconstitution des ressources financières de l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque mondiale sera parachevée plus tard cette année et traduira un engagement renouvelé d’aider les pays les plus pauvres. Cet exercice de reconstitution est une excellente occasion pour le Canada et d’autres actionnaires de renforcer les politiques et les pratiques de la Banque dans des domaines comme la réponse aux crises et les États fragiles, où le rendement a été mitigé.
Créer une institution ciblée, efficace et pertinente
La crise financière a laissé dans son sillage une économie mondiale en perte de vitesse et des marchés financiers affaiblis. Elle a aussi créé des problèmes budgétaires pour de nombreux pays. La croissance de l’économie mondiale est la meilleure source de prospérité pour tous les membres de la communauté internationale. C’est pourquoi nous travaillons d’arrache-pied pour que les membres du G20 s’entendent sur les mesures stratégiques à prendre en vue de réaliser notre objectif commun d’une croissance forte, viable et équilibrée.
Or, comme on l’a vu, les pays les plus pauvres souffrent encore des effets de la récession mondiale qui se manifestent par une contraction des flux de capitaux, des remises de l’étranger et des revenus générés par le tourisme. En raison de ces facteurs, on prévoit que le nombre de personnes vivant dans la pauvreté augmentera cette année. Il faut donc compter plus que jamais sur une Banque mondiale efficace et sensible aux besoins des pauvres.
La Banque mondiale a consacré des efforts considérables à l’élaboration d’une stratégie en vue de se préparer à composer avec l’émergence de la communauté internationale de la crise financière. Je me réjouis de constater que certains éléments de cette stratégie soulignent des interventions de la plus grande valeur : cibler les pauvres et les personnes vulnérables; créer des possibilités de croissance; fournir des modèles coopératifs; renforcer la gouvernance; et se préparer à affronter les crises que nous réserve certainement l’avenir. Outre cette stratégie, il importe tout autant d’adopter un plan de mise en œuvre comprenant des repères qui nous aideront à suivre les progrès et à examiner le rendement au fil du temps.
Je tiens également à féliciter le Conseil d’administration pour son travail en vue de renforcer son rôle au chapitre de la gouvernance et de la supervision, et d’avoir agi à maints égards à titre de catalyseur de nombreuses réformes opérationnelles. L’examen de la gouvernance interne effectué par les administrateurs en avril dernier a débouché sur un ambitieux programme de travail pour le Comité de la gouvernance et des affaires administratives, et de nombreuses recommandations sont en place ou progressent. Cette série de réformes des structures de gouvernance interne et du cadre de reddition de comptes a été conçue pour accroître l’efficience et l’efficacité du Groupe de la Banque mondiale et pour renforcer son statut et la confiance qu’inspire cette institution de développement international.
Bon nombre des réformes sont interdépendantes et complémentaires, et leur mise en œuvre fera de la Banque une organisation nettement à la hauteur de la vision et des objectifs d’une entité proactive et pertinente. La réussite aux yeux des pays pauvres se traduira aussi par des projets approuvés davantage en temps opportun, par des décaissements rationnalisés, et par une solide compréhension des résultats des investissements des actionnaires.
La Banque mondiale doit aussi déterminer, en collaborant avec d’autres institutions multilatérales – chacune selon ses points forts –, comment elle peut être aussi efficace que possible. Au fil du temps, la Banque pourra ainsi intensifier ses efforts dans certains domaines et les réduire dans d’autres.
L’un des domaines où la Banque doit demeurer active est la réduction de la pauvreté dans le monde; elle doit notamment continuer de lutter de façon énergique contre la faim. Jeudi dernier, j’ai eu le plaisir d’assister au lancement du nouveau Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, un fonds en fiducie multilatéral destiné à intensifier le soutien au titre de l’agriculture viable et de la sécurité alimentaire pour les pays à faible revenu. À notre avis, ce programme est un moyen efficace de rehausser la sécurité alimentaire par l’entremise du développement agricole viable. Le Canada est fier d’être l’un des premiers bailleurs de fonds du Programme, avec une contribution de 230 millions de dollars. Nous espérons que d’autres donateurs participeront à cette importante initiative.
Le travail qu’effectue la Banque par l’entremise de l’IDA est un autre bon exemple de ses efforts pour continuer de cibler les plus pauvres à travers le monde. Ainsi, l’IDA a fourni 39 millions de dollars américains pour alléger davantage la dette d’Haïti à la suite du séisme de cette année. D’importantes améliorations de l’Initiative d’allégement de la dette multilatérale de la Banque ont aussi été approuvées par les donateurs dans le cadre des discussions en cours sur la reconstitution des ressources de l’IDA. Nous voudrions que la Banque mondiale : i) passe en revue la durée et l’ampleur de ses engagements dans les États fragiles; ii) établisse des seuils et des objectifs clairs pour mettre en place un guichet permanent d’intervention en période de crise; et iii) simplifie et renforce ses instruments financiers au profit des emprunteurs qui ont le plus besoin de son aide.
Moderniser la représentation et la participation
Une Banque mondiale plus efficace et sensible aux besoins doit refléter la réalité actuelle de la communauté internationale. À cet égard, la réforme de la représentation et de la participation est un autre volet déterminant du renforcement de la Banque en prévision de l’avenir, et nous sommes déterminés à conclure une entente à l’occasion de la réunion d’aujourd’hui. Il convient d’ailleurs de noter que les membres ont convenu de développer une première formule d’actionnariat propre à la Banque et, comme les participations seront revues périodiquement, la représentation et les droits de vote devraient évoluer convenablement au fil du temps.
Nous donnons notre plein appui à l’entente conclue à Istanbul en vue de transférer immédiatement au moins 3 % de plus aux pays en développement et en transition en plus des 1,47 % déjà approuvés dans le cadre de la première étape des réformes; les cotisations proviendront des pays surreprésentés et une protection s’appliquera aux pays pauvres les plus petits.
Pour choisir une formule à l’image de cette entente, nous devons veiller à ce qu’elle repose sur de solides principes et qu’elle puisse servir d’assise raisonnable future de l’actionnariat.
Renforcer la capacité financière de la Banque mondiale
Par l’entremise de la BIRD, la Banque mondiale a joué un rôle déterminant pour aider ses pays clients à surmonter la récente crise financière et économique mondiale. Elle est intervenue rapidement et de manière énergique, notamment en triplant le niveau de ses prêts afin de compenser le resserrement du crédit provenant d’autres sources. Nous reconnaissons que cet effort a réduit les ressources qui seront disponibles à l’avenir. Compte tenu de cet effort et de la mise en œuvre des réformes déjà mentionnées, nous appuyons un relèvement de la capitalisation de la BIRD afin que celle-ci soit en mesure de continuer d’accorder du crédit au même niveau qu’avant la crise.
Il incombe à chacun de nous de contribuer à cet accroissement du capital. Les membres doivent absolument libérer le capital déjà versé à la BIRD sous une forme inutilisable. En outre, conscients du rôle clé de la tarification des prêts dans la viabilité financière à long terme, nous comptons profiter de l’examen annuel pour étudier de façon exhaustive la tarification des prêts de la BIRD.
Nous ne craignons pas d’accorder un important soutien financier à la BIRD car nous savons que cette contribution représente un appui de taille pour les pays à revenu moyen et à revenu faible, y compris par le truchement des transferts de revenu net de la BIRD à l’IDA. Nous comptons sur le développement d’un cadre fondé sur des règles pour garantir le maintien des transferts à l’IDA en fonction de la capacité financière de la BIRD.
La Société financière internationale (SFI) de la Banque mondiale joue un rôle important à titre de principale source de financement multilatéral pour le secteur privé dans les pays en développement. Le Canada est heureux de s’être associé à cette institution à quelques occasions récemment, y compris par l’entremise du Programme de liquidité pour le commerce mondial. Le rythme d’expansion de la SFI demeure impressionnant. Nous consentons à ce qu’elle sollicite des ressources afin de poursuivre son développement au moyen d’une augmentation spécifique du capital, d’instruments hybrides de capital facultatifs et des bénéfices non répartis. Comme dans le cas de la BIRD, il importe que la SFI continue d’appuyer le développement des pays à faible revenu par l’entremise de l’IDA au moyen d’un cadre fondé sur des règles qui reconnaît la capacité financière de la SFI et déclenchant au besoin des transferts de son revenu net.
*******
La crise a suscité la collaboration sans précédent de la communauté internationale et souligné le besoin de moderniser et de renforcer les institutions financières multilatérales afin de traduire la réalité d’aujourd’hui. Il faut pour cela des institutions sensibles aux besoins des clients, responsables et capables de donner une voix à ceux qui n’en ont pas. La Banque mondiale a été un chef de file par sa réponse énergique à la crise financière et économique mondiale. Nous devons maintenant travailler ensemble afin d’accentuer cet élan en prenant les décisions qui s’imposent en vue de créer une Banque mondiale bien structurée, bien capitalisée et prête à relever les défis d’aujourd’hui et de demain.