le 23 avril 2010
OTTAWA — Son Excellence la très honorable Michaëlle Jean, gouverneure générale du Canada, a réitéré l’importance qu’elle accorde au journalisme dans les sociétés démocratiques lors d’une allocution prononcée hier à l’Université nationale du Rwanda, à Butare. La gouverneure générale assistait à une table ronde sur la responsabilité citoyenne des médias.
« Je mesure bien le poids de la responsabilité et de la tâche des journalistes dans une démocratie naissante comme la vôtre, qui tente de se reconstruire, de recréer les liens de confiance rompus de façon brutale et sanguinaire et d’accomplir un nécessaire et douloureux devoir de mémoire », a déclaré la gouverneure générale. « Ce n’est qu’à cette condition que la parole peut témoigner de la vérité, éveiller les consciences, susciter l’ouverture et permettre le dialogue qui mène à la guérison, voire à la réconciliation véritable. »
Accompagnée d’une délégation de Canadiennes et de Canadiens, la gouverneure générale effectue une visite d’État en République du Rwanda, du 20 au 23 avril. En après-midi, toujours hier, Son Excellence s’est rendue en milieu rural, dans le secteur Nyamagabe et à Kibirizi, pour constater les retombées des projets de l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Elle s’est également entretenue avec des représentantes du Conseil national des femmes de la région, le Rwanda étant aujourd’hui chef de file mondial quant à la représentativité des femmes au sein des instances décisionnelles.
Les membres du public sont invités à suivre le déroulement de la visite d’État au Rwanda. Des photos sont affichées sur www.gg.ca et les discours qu'a prononcé la gouverneure générale sont aussi disponibles sur ce site Web. Les blogues de Son Excellence et des délégués qui l’accompagnent sont mis en ligne sur www.ecoutedescitoyens.gg.ca.
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
La délégation canadienne qui m’accompagne et moi-même sommes heureux de nous retrouver parmi les forces vives de la jeunesse rwandaise pour participer à une discussion sur le rôle du journalisme dans ce pays qui renaît de ses cendres.
Sachez d’abord que ce lieu de savoir nous interpelle d’une manière toute personnelle puisque nous y sommes liés par l’histoire.
N’est-ce pas un Canadien, le père Georges-Henri Lévesque, qui en a été le premier recteur?
Le père Lévesque fut aussi chez nous, plus particulièrement au Québec, un grand personnage et l’un des bâtisseurs du système d’éducation durant cette période que nous avons appelée la « Révolution tranquille ».
D’anciens élèves ont raconté que le père Lévesque leur disait souvent : « Vous êtes jeunes, vous avez un idéal. Quand vous vieillirez, montez vers votre idéal, ne l’abaissez jamais ».
Lorsqu’il est pratiqué avec le souci de la vérité et du bien commun, le journalisme représente à mes yeux un idéal.
C’est un idéal de démocratie vers lequel il nous faut tendre de toutes nos forces et chercher à maintenir à son niveau le plus élevé.
C’est un idéal qui s’enracine dans une volonté de donner à toutes et à tous des éléments de prospection du monde pour pouvoir exercer de manière critique et en toute connaissance de cause sa liberté de penser et d’agir.
Dans une volonté aussi de construire et de préserver le lien social en vue d’instaurer une société respectueuse des droits de chacune et de chacun.
Il s’agit de faire connaître.
D’inciter à réfléchir.
D’interroger ce qui est passé sous silence.
D’encourager l’expression et la confrontation des idées.
D’ouvrir les cœurs aux réalités qui appellent l’action.
Cela dit, je mesure bien le poids de la responsabilité et de la tâche des journalistes dans une démocratie naissante comme la vôtre, qui tente de se reconstruire, de recréer les liens de confiance rompus de façon brutale et sanguinaire et d’accomplir un nécessaire et douloureux devoir de mémoire.
Ce n’est qu’à cette condition que la parole peut témoigner de la vérité, éveiller les consciences, susciter l’ouverture et permettre le dialogue qui mène à la guérison, voire à la réconciliation véritable.
Voilà qui résume bien, à mon sens, l’idéal journalistique et son pouvoir de libération et de transformation.
Certaines et certains parmi vous savez peut-être que le journalisme est une profession que j’ai pratiquée moi-même avec conviction pendant dix-huit ans à la télévision publique canadienne.
C’est une profession que je juge vitale car elle relève selon moi d’une responsabilité citoyenne qui participe du combat contre l’indifférence, contre le sentiment d’impuissance, contre l’ignorance, et qui exige que l’information soit communiquée avec rigueur et éthique.
Or, comme je l’affirmais récemment au Sénégal, au Centre d’études des sciences des techniques de l’information, nous vivons dans un monde de plus en plus complexe où, malgré la rapidité et la prolifération des communications, nous guettent parfois les abus de la pensée unique et les dérives d’une manipulation des médias qui peut aller jusqu’à la propagande haineuse.
Nous avons la responsabilité d’en faire des instruments au service de la démocratie et où nos particularismes ne s’y perdent pas.
À nous d’en faire les lieux d’expression d’une diversité de points de vue et d’idées.
C’est, du moins, le vœu que je formule devant vous en guise d’ouverture au dialogue.
Car il nous tarde de vous entendre nous parler de vos réalisations, de vos défis et de vos espoirs.
À vous la parole!
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Renseignements aux médias :
Julie Rocheleau
Bureau de presse de Rideau Hall
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