Île de Gorée (Sénégal), le vendredi 16 avril 2010
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
Je bénis ce jour où je me retrouve enfin parmi vous.
Je ne pouvais concevoir de visite d'État dans votre pays sans cette occasion de m'entretenir avec vous, femmes sénégalaises, de vos préoccupations et du rôle vital que vous jouez quotidiennement dans l'essor de vos communautés, de votre pays, de votre continent.
Le sort des femmes me tient à cœur et, à titre de gouverneur général du Canada, j'entends reconnaître et valoriser, partout où je vais, tant au Canada qu'ailleurs, la contribution essentielle des femmes à l'amélioration des conditions de vie et à l'avancement des forces du progrès.
J'aime à répéter partout, et soyez certaine que je ne rate jamais une occasion de le faire, que donner des moyens aux femmes, c'est changer en mieux les nations où elles œuvrent.
À l'échelle de la planète, les femmes arrivent à créer un consensus social lorsqu'il s'agit de s'attaquer à des questions difficiles, mais incontournables, comme la planification familiale, l'intégrité physique des jeunes filles, la violence faite aux femmes, l'accès à l'éducation, la sécurité alimentaire, la prévention du crime et la protection de l'environnement.
Je suis émue, mes sœurs, de le souligner ici, à l'île de Gorée, où tant de nos ancêtres, enchaînés, ont été déportés vers les Amériques et livrés à la traite des esclaves.
Comme je l'ai fait en 2006, au château d'Elmina, devant la porte du « non retour », et comme je l'ai rappelé en 2008 en France, à Bordeaux, ancien port négrier, j'ai pensé tout à l'heure aux millions d'Africaines et d'Africains qui, au mépris de toute humanité, ont été privés de leur histoire, de leur langue, de leur patrimoine, de leur dignité et, surtout, de leur liberté.
Je pense aussi à nos sœurs et à nos frères d'Haïti, mon pays natal et le pays le plus pauvre des Amériques, si éprouvés ces jours-ci, et je me souviens que mes ancêtres se sont affranchis de l'esclavage et ont établi la première république noire au monde.
La femme noire des Amériques vous convie, sœurs sénégalaises, à déployer tous les efforts pour, aujourd'hui et sous toutes les latitudes, briser les chaînes de l'injustice et de la tyrannie.
Ce sera notre façon à nous de saluer la mémoire de nos ancêtres et de faire en sorte que triomphent désormais les forces de la création des forces de la destruction.
C'est dans cet esprit d'ouverture, et sous le signe de cet espoir-là, que j'aimerais maintenant ouvrir avec vous le dialogue que j'espère depuis si longtemps.
À vous la parole, sœurs sénégalaises!