25 mai 2010 Ottawa (Ontario)
LE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI
Le Premier ministre Stephen Harper a fait aujourd'hui la déclaration suivante à l'occasion du dévoilement du portrait officiel du très honorable Jean Chrétien :
« Merci, Madame Vachon. Monsieur le Président Kinsella, Monsieur le Président Milliken, Monsieur Chrétien, Madame Chrétien, chers collègues, distingués invités, Mesdames et Messieurs,
« Selon plusieurs des chefs conservateurs qui m'ont précédé, il y a longtemps que nous aurions dû accrocher le portrait de Jean Chrétien. J'ai été ravi d'entendre la nouvelle. En fait, nous sommes réunis aujourd'hui pour reconnaître M. Chrétien dans ce qui est devenu la plus pure tradition canadienne d'hommage rendu aux anciens premiers ministres.
« En accrochant son portrait, nous, opposants et alliés politiques, honorons ses longs et fructueux états de service pour le Canada et le faisons dans l'enceinte même de l'édifice dans lequel il a travaillé pendant tant d'années et où il a laissé sa marque. Car M. Chrétien nous laisse le souvenir d'un grand parlementaire. Il aimait la profession de politicien et était sans conteste passé maître dans l'art de la pratiquer. Et il aimait la vie sur la Colline, ce qui n'est pas le cas de tous. Nombre en effet y voyait une pénitence, voire une punition.
« Ottawa, certains disent que c'est froid, que c'est loin. Et en plus, de temps en temps, les gens disent des choses méchantes sur vous dans les journaux. Mais malgré cela, nous venons quand même dans la capitale nationale.
« Certains la considèrent comme un devoir. D'autres, comme une mission. À l'instar de M. Chrétien, nous la considérons tous comme une occasion de servir nos concitoyens. Une occasion de continuer à bâtir ce magnifique pays que nous a transmis la Providence et qu'ont préservé nos prédécesseurs pour nos descendants.
« Mais parmi ceux qui viennent à Ottawa, il y en a qui voient le temps passé ici, non seulement comme un devoir, mais aussi comme un plaisir.
« Non seulement comme une mission, mais aussi comme une aventure.
« Le très honorable Jean Chrétien s'est distingué de nombreuses façons.
« Je veux souligner aujourd'hui que son amour pour Ottawa, pour ce travail et pour ce pays fait de lui un être vraiment à part.
« Nous connaissons tous le parcours de Jean Chrétien. Il entrecroise quatre décennies de l'histoire canadienne. Et, pendant l'une d'elles, ayant déjà servi dans presque tous les grands portefeuilles du gouvernement, il a été au centre de tout.
« Certains dissent souvent que notre but en politique est de nous faire élire. Selon eux, c'est de cette façon que l'on mesure notre succès.
« Eh bien, rares sont ceux qui ont eu autant de succès que Jean Chrétien.
« Il a remporté trois majorités d'affilée. À ce chapitre, il est nez à nez avec William Lyon Mackenzie King, et seuls Sir Wilfrid Laurier et Sir John A. Macdonald ont fait mieux que lui.
« Res ipsa loquitur, comme les avocats tels M. Chrétien se disent entre eux au tribunal : la chose parle d'elle-même. Il savait instinctivement ce qu'il fallait faire pour gagner. Il ne voyait rien de mal à ce que ses opposants se battent entre eux. Ni à s'approprier, à l'occasion, leurs meilleures idées pour gouverner.
« Ses critiques comme ses admirateurs disaient qu'il était un tac-ti-cien hors pair et un féroce partisan. Et je m'en suis rendu compte!
« Il était aussi reconnu pour son engagement envers nos deux langues nationales.
« Je crois toutefois qu'il est juste de dire que l'éloquence de Jean Chrétien dans nos deux langues officielles n'avait aucune prétention. Mais il arrivait toujours à faire passer son message aux Canadiens et aux Canadiennes. Sur ce point, je pense que nous n'avons pas besoin de preuve. Après tout, et je cite : « Une preuve est une preuve. Quel genre de preuve? C'est une preuve. Une preuve est une preuve. Et lorsque vous avez une bonne preuve, c'est que les choses ont été prouvées ». Difficile de s'opposer à cela. À maintes reprises, nous, chefs de l'opposition, avons dû simplement cesser d'essayer.
« Mais, pour mesurer le succès d'un politicien, une des preuves les plus importantes c'est son élection par les citoyens.
« Car quand les Canadiens et les Canadiennes votent, ils portent un jugement.
« Les facteurs influençant ce jugement varient d'un chef à l'autre. Mais finalement, les Canadiens et les Canadiennes attendent d'un leader qu'il soit de leur côté, mieux encore, qu'ils puissent considérer comme l'un des leurs. Dans le cas de Jean Chrétien, le choix a été simple.
« Ils voient en lui un homme simple, un homme naturel, parfois batailleur, mais avec un grand cœur.
« Un homme qui ressemble un peu à notre pays.
« Monsieur Nicholson a utilisé le pouvoir de son art pour peindre Jean Chrétien.
« Quant aux Canadiens et Canadiennes, ils ont utilisé leur bon sens pour mesurer l'homme, et il a passé le test.
« Bien sûr, il a eu ses critiques. On dit qu'il se distinguait par sa capacité d'adapter ses politiques aux circonstances. On dit aussi qu'il faisait preuve – comment dire – d'une fermeté remarquable dans la gestion de la dissidence. Je ne peux pas le dire, car je ne le sais pas. Mais je peux dire – et tout le monde sera d'accord – qu'il a été un leader fort qui ne craignait pas de fixer des priorités et qui était prêt à aller jusqu'au bout des décisions qu'il avait prises.
« En remplissant le plus grand devoir de tout leader canadien, il a mené une carrière marquée par le courage et la cohérence.
« Fier Québécois, « le p`tit gars de Shawinigan » a toujours été un fédéraliste, par conviction et sans excuse.
« Il a toujours été un ardent défenseur d'un Canada uni.
« Au cours des décennies où il était un personnage important de la politique canadienne, il n'a jamais hésité sur cette question fondamentale.
« Je me suis battu pour le Canada toute ma vie », déclarait-il en 2001. Pour cette passion et ce dévouement, Jean Chrétien mérite notre admiration et nos remerciements. Et il peut bien être fier et satisfait de son bilan au service de notre pays.
« La tradition que nous observons aujourd'hui a commencé en mille-huit-cent-quatre-vingt-dix, lorsque le portrait de Macdonald a été dévoilé.
« Cette occasion, comme celles qui l'ont suivie, est un moment heureux.
« Heureux non seulement pour le sujet du portrait, sa famille, ses amis et ses anciens collègues.
« Mais aussi un moment heureux pour tous ceux d'entre nous qui sommes élus pour servir ce grand et merveilleux pays.
« Nous dévoilons donc aujourd'hui, non seulement le portrait d'un premier ministre, mais aussi le vrai caractère de notre vie démocratique. Les différences partisanes sont un élément sain et nécessaire de notre culture et de notre processus politiques. Mais dans des moments comme celui-ci, nous nous souvenons que ces différences sont transcendées par un profond consensus durable, une compréhension commune que notre liberté repose aussi sur les limites qui leur sont imposées par nos traditions constitutionnelles et la primauté du droit.
« La passation des pouvoirs se fait pacifiquement dans notre pays. Le Canada est l'une des démocraties les plus anciennes et les plus stables du monde. Nous sommes les héritiers d'une tradition des droits et libertés garantis par la Couronne qui remontent à près de 800 ans et que nous avons réussi à adapter à notre propre situation.
« Nous avons beaucoup de chance.
« Nous devons remercier ceux qui ont créé cette tradition et l'ont transmise fidèlement, souvent avec un immense sacrifice, d'une génération à l'autre.
« Tout Canadien ou Canadienne qui souhaite être premier ministre devrait trouver cela à la fois inspirant et impressionnant.
« Tout Canadien ou Canadienne qui a rempli ces fonctions devrait se juger en fonction de cet héritage rare et précieux.
« Amorcée en 1890, la tradition des portraits nous donne un aperçu du caractère des premiers ministres du Canada, de la façon dont chacun d'eux a pensé et façonné le Canada qu'ils connaissaient. Ce dernier portrait – qui s'ajoute dignement aux autres – est un hommage au très honorable Jean Chrétien et au pays qu'il aime si profondément, un Canada uni, fort et libre.
« Merci beaucoup.»