6 mai 2010
Bergen op Zoom (Pays-Bas)
LE DISCOURS PRONONCÉ FAIT FOI
Merci au ministre Blackburn pour cette aimable introduction et pour son excellent travail comme ministre des Anciens combattants.
J'aimerais aussi accueillir le premier ministre Ĵan Peter Balkenende. Je crois comprendre que vous êtes en campagne électorale. Je vous suis très reconnaissant de prendre le temps de vous joindre à nous aujourd'hui. Je salue également le maire (Han) Polman (maire de Bergen op Zoom), le Chef d'état-major de la Défense, le Général (Walter) Natynczyk, le premier ministre de la Colombie-Britannique Gordon Campbell et le ministre Van Loan. Mesdames et Messieurs, distingués invités, étudiants et, surtout, distingués anciens combattants.
Au nom du gouvernement du Canada et de tous les Canadiens et Canadiennes, c'est un grand honneur pour moi de vous accueillir aujourd'hui, ici, en cet endroit solennel, un endroit où la tristesse intense d'une époque lointaine a fait place à un profond sentiment de fierté nationale. On ne mesure pas la valeur d'un homme en or ni l'héritage d'un pays en siècles. Certes, notre Canada bien-aimé n'est pas le plus vieux pays du monde. Néanmoins, par leurs actions, nos ancêtres ont pris des décisions pour les générations qui les suivraient.
Ils ont décidé que notre précieux patrimoine devait être de monter la garde non seulement pour notre pays, mais aussi pour les principes qui le rendent si grand, soit : la liberté, la démocratie et la justice. C'est donc à Vimy, il y a plus de 90 ans, que les Canadiens et Canadiennes se sont fermement opposés à l'impérialisme.
C'était en mille neuf cent quarante-quatre (1944), l'année où la Première Armée canadienne a sorti ce pays de la poigne d'un tyran. Cette armée de plus de 175 000 Canadiens, aidée des Néerlandais et des forces alliées, s'est frayée un chemin de la Normandie jusqu'à Rotterdam, traversant champ après champ, canal après canal et digue après digue. Elle a marché dans la boue épaisse ainsi que sur des mines terrestres. Elle a traversé des basses terres inondées où les eaux étaient parfois trop hautes pour les hommes, mais trop basses pour les bateaux. Et tout autour sifflait le terrible crépitement des mitrailleuses.
Plus de sept mille cinq cents Canadiens ont sacrifié leur vie pour que la population hollandaise puisse recommencer à vivre. Ici, au cimetière militaire de Bergen op Zoom, neuf cent soixante-huit d'entre eux reposent en paix. Un sceptique nous demanderait pourquoi. Ces Canadiens ne se sont pas battus pour leur pays. Ils ne l'ont pas fait pour la place que nous occupons dans le monde ni pour les plus riches de nos citoyens ni même par haine des ennemis qu'ils combattaient.
Cette armée de Canadiens s'est battue pour la seule chose pour laquelle leur pays s'est battu jusqu'à ce jour : la cause juste. Pour que les êtres humains puissent partager, dans la liberté et la paix, ce que nous, les Canadiens, apprécions. Voilà pourquoi les Canadiens ont répondu à l'appel. Voilà pourquoi nous leur en serons éternellement reconnaissants.
Mesdames et Messieurs, lorsque les vivants saluent les morts, leurs mots résonnent encore plus auprès de ceux qui ont toute leur vie devant eux. En cet acte séculaire du souvenir, nous nous réunissons, mais non pour un requiem en l'honneur de ceux qui ne sont plus là. Leur noble âme a quitté depuis longtemps l'endroit, non loin d'ici, où ils sont tombés pour un autre, beaucoup plus doux, dont on dit : « Il n'y aura plus de mort, ni douleur, ni cri, et il n'y aura plus de souffrance. » Non, ils reposent en paix. Nous nous sommes réunis pour saluer leurs camarades et déclarer aux nouvelles générations que c'est à un endroit comme celui-ci que notre pays, le Canada, a donné naissance à la grandeur. Voulez-vous savoir ce qu'est l'héroïsme? Regardez ici. Voulez-vous savoir ce que signifie être un citoyen? Regardez ici. Souhaitez-vous savoir comment vivre la longue vie qui vous attend? Regardez donc ici et autour de vous. Où seuls les héros reposent, qui ont bu jusqu'à la lie la coupe de la citoyenneté.
Où, il y a longtemps, de jeunes hommes, de leur propre chef, ont renoncé à leur vie pour libérer un peuple et pour mettre un terme à une calamité. Oui, mes amis, dans un endroit comme celui-ci, entouré par les tombes de tant de braves jeunes âmes, le passé parle sans rien dire à l'avenir. Face à de tels actes, les mots nous manquent.
Néanmoins, aux membres de cette armée qui restent avec nous aujourd'hui, nous disons merci. Nous vous saluons. Et nous vous honorons, vous et vos camarades qui dorment ici en paix.
Nous honorons aussi nos hôtes hollandais pour leur alliance en Afghanistan ces dernières années et pour leur éternelle amitié.
Forgés sous le feu des canons, les liens de notre amitié se sont depuis renforcés à bien des égards.
Je n'en citerai que deux exemples.
Premièrement, notre fraternité d'armes en Afghanistan ces dernières années, où, ensemble, nos pays ont continué à défendre nos idéaux les plus grands.
Et puis, chaque printemps dans la capitale de notre nation, il y a la fête éternelle de notre amitié, scellée par le don de vos belles tulipes.
Elles nous rappellent que, pendant la guerre, notre pays a eu le privilège de servir de refuge aux membres de la famille royale néerlandaise.
Et, en ce moment même, elles fleurissent triomphalement.
Je voudrais terminer mon allocution par la citation d'une lettre écrite par les rédacteurs d'un hebdomadaire néerlandais, un adieu aux Canadiens rentrant chez eux après la guerre : «... Notre chère reine, son enfant et ses petits-enfants sont de nouveau parmi nous en toute sécurité [.] C'est grâce à votre travail. Nous pouvons dire à nouveau ce que nous aimons dire... Nous avons du charbon pour nos poêles et de la nourriture pour nos enfants. C'est grâce à votre travail. »
Tout cela a été le travail de ceux que vous voyez devant vous et de ceux que vous ne voyez pas, mais qui sont avec nous cependant.
Tout ce que nous devons aux morts, c'est de vivre aujourd'hui aussi noblement qu'ils ont donné leur vie.
Nous nous souviendrons d'eux.
Toutes les nouvelles