Washington, le 9 octobre 2010
2010-097
L’honorable Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada Pour le compte d’Antigua-et-Barbuda, des Bahamas, de la Barbade, du Belize, du Canada, de la Dominique, de la Grenade, du Guyana, de l’Irlande, de la Jamaïque, de Saint-Kitts-et-Nevis, de Sainte-Lucie et de Saint-Vincent-et-les-Grenadines
Nous croyons que les institutions financières internationales constituent un important véhicule par lequel les pays membres mettent en pratique la coopération internationale. La Banque mondiale continue d’être l’un des principaux artisans des efforts pour surmonter la crise financière et économique mondiale. Les efforts soutenus de collaboration ont donné des résultats : l’économie mondiale se stabilise et elle est maintenant en période de reprise grâce aux mesures extraordinaires et concertées prises par les gouvernements et les institutions financières internationales, notamment la Banque mondiale, pour assurer une protection contre les chocs économiques que nous avons connus.
Le Canada a bien surmonté la crise. Son expérience sert aujourd’hui d’exemple à d’autres pays qui prennent les mesures énergiques nécessaires pour renforcer leurs finances publiques et leurs systèmes financiers. Ces pays sont maintenant en voie d’amorcer une relance économique. La reprise mondiale demeure fragile, toutefois, et nous devons reconnaître les bienfaits de la coordination et de la collaboration, et garder le cap.
Nous devons également reconnaître que certaines régions, notamment les Caraïbes, continuent d’être aux prises avec les répercussions défavorables de la crise mondiale. Nous devons travailler afin de veiller à ce que la reprise soit équilibrée et à ce qu’elle s’étende tant aux pays développés qu’aux pays en développement. Au Sommet des dirigeants du Groupe des Vingt (G-20) à Toronto, plus tôt cette année, les dirigeants se sont engagés à créer les conditions préalables à l’atteinte d’une croissance forte, durable et équilibrée.
D’autres régions ont eu le malheur de connaître cette année des crises aggravées par d’autres crises. Les catastrophes naturelles affligeant les gens en Haïti et au Pakistan continuent d’occuper nos esprits et nos efforts. Nous désirons exprimer notre gratitude à la Banque mondiale pour ses interventions rapides et bien structurées afin de prêter main-forte aux efforts de reconstruction, et nous reconnaissons que même si beaucoup de travail a été fait, il faudra compter de nombreuses années et beaucoup plus d’efforts avant que la vie ne revienne à un semblant de normalité dans ces pays.
Mettre l’accent sur les Objectifs du Millénaire pour le développement
Comme le faisait remarquer le premier ministre Stephen Harper dans son allocution aux Nations Unies le mois dernier, le Canada a clairement montré sa détermination à atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD). Nous avons déjà doublé notre aide à l’Afrique. Nous sommes en voie de doubler notre aide internationale, qui s’élèvera à 5 milliards de dollars cette année. Nous avons délié notre aide alimentaire en 2008, et ferons de même pour toute notre aide au développement d’ici 2012-2013. À l’occasion du Sommet des dirigeants du G-8 de cette année, le Canada a préconisé – et les dirigeants ont convenu d’adopter – l’initiative de Muskoka sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, qui contribuera grandement à nous rapprocher de l’atteinte des objectifs 4 et 5 par des interventions rentables dans les domaines où les progrès ont été les plus mitigés jusqu’à présent. Le Canada a engagé une somme de 2,85 milliards de dollars sur les cinq prochaines années pour la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants.
La faim est l’un des principaux obstacles à l’accélération des progrès dans l’atteinte de tous les OMD. Nous aimerions signaler le leadership exercé par l’Irlande pour souligner l’importance primordiale d’éradiquer la faim, compte tenu de la famine qu’elle a elle-même déjà vécue et du rôle qu’elle joue depuis longtemps pour défendre des millions de gens qui souffrent des terribles répercussions de la faim.
Un autre obstacle au progrès dans l’atteinte des OMD est la corruption dans les secteurs des ressources naturelles et des industries extractives. Ces secteurs jouent un rôle de plus en plus important dans l’économie des pays en développement et, en l’absence d’une saine gouvernance et d’institutions solides, ces pays courent le risque d’alimenter la corruption et les conflits. Nous appuyons les efforts du Groupe de la Banque mondiale afin de prévenir et de freiner les activités illicites et la corruption dans ces secteurs. Nous nous réjouissons des initiatives récentes de la communauté internationale afin d’améliorer l’exercice de la diligence raisonnable et de créer des chaînes d’approvisionnement qui ne soutiennent pas le commerce des minéraux servant à financer des conflits. Nous demandons instamment aux pays candidats à l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives (EITI) de parachever le processus de mise en œuvre pour améliorer la gouvernance et la responsabilisation dans leurs industries extractives.
La récente crise financière et économique a raffermi notre détermination à nous attaquer aux problèmes mondiaux de manière concertée. Le 8 octobre 2010, j’ai présidé une rencontre des ministres des Finances du Commonwealth à Washington. Ce groupe représentant 54 pays, y compris de nombreux États membres de notre groupe à la Banque mondiale, partage le même héritage et le même désir de coopération conformément à un cadre de valeurs et d’objectifs communs. Lors de notre rencontre, nous avons résolu de renforcer cet esprit de coopération en améliorant la collaboration entre le Commonwealth et le G-20. Ce fort esprit de collaboration mondiale me convainc que nous pouvons garder le cap sur une croissance forte, durable et équilibrée qui soit avantageux même pour les populations mondiales les moins bien nanties.
Une banque plus efficiente, efficace et responsable
Tout au long de la crise économique et financière mondiale, le Groupe de la Banque mondiale a joué un rôle essentiel dans le rétablissement de la stabilité mondiale en accordant des niveaux sans précédent de prêts pour compenser la réduction des capitaux disponibles auprès du secteur privé. Les actionnaires de la Banque ont appuyé cet effort par la recapitalisation, mettant à la disposition de la Banque internationale pour la reconstruction et le développement (BIRD) et de la Société financière internationale (SFI) une base de capitaux suffisante pour relever les niveaux de prêt annuels à 32 milliards de dollars américains, soit une hausse de plus de 80 % par rapport à la période antérieure à la crise.
Lorsque la communauté mondiale a souscrit à ce programme de recapitalisation aux réunions d’avril 2010 et au Sommet des dirigeants du G-20 à Toronto, nous avons demandé à la Banque mondiale de mettre en œuvre des réformes qui inciteraient à renouveler la confiance à l’égard des retombées de cet investissement au chapitre du développement. Nous devons maintenant nous assurer que ces réformes soient mises en œuvre de façon à inspirer confiance dans l’infrastructure financière mondiale, y compris la Banque mondiale, et à renforcer la résilience des pays appuyés par la Banque.
La direction doit maintenir ses efforts afin d’accroître l’efficience, l’efficacité, la légitimité et la responsabilisation du Groupe de la Banque mondiale et s’assurer que les activités demeurent axées sur le client.
Cette année, la Banque mondiale a apporté des changements aux assemblées annuelles qui se traduiront par une meilleure responsabilisation et une intendance accrue à l’égard des actionnaires, ce qui répond à nos demandes, à titre de gouverneurs, de renforcer la responsabilisation et la surveillance et de montrer que la nouvelle culture de gouvernance s’intensifie.
Depuis les élections tenues hier, l’Afrique compte un troisième siège au conseil d’administration. Cette important changement traduit l’essence de nos discussions sur la représentation équilibrée et équitable dans le cadre de la gouvernance de cette institution.
La réforme durable est un processus graduel qui exige du temps, et sur lequel il faut continuer de concentrer nos efforts. Le conseil d’administration a présenté un programme stimulant pour renforcer la structure de gouvernance interne de la Banque mondiale. Nous prévoyons constater des résultats mesurables et tangibles au fil de la progression de ce programme de réforme, y compris la réception d’un éventail d’options bien formulées et réalisables de la part des groupes de travail sur la sélection du président et la double évaluation du conseil et de la direction avant la tenue de notre prochaine réunion au printemps 2011.
Notre engagement envers la collectivité mondiale
Bien que la Banque fasse des progrès relativement à son engagement d’améliorer son efficience, son efficacité et sa responsabilisation, nous avons également la responsabilité, à titre d’actionnaires et de donateurs, de continuer à faire notre part. Cette responsabilité va au-delà de l’offre du soutien financier nécessaire et comprend des efforts continus pour obtenir des résultats mesurables.
Notre détermination à l’égard de l’atteinte de résultats englobe la promotion d’une participation et d’une innovation accrues du secteur privé en matière de développement international, puisqu’il est un important catalyseur de croissance et de réduction de la pauvreté. Le Canada est heureux de s’associer au Groupe de la Banque mondiale dans le cadre de plusieurs initiatives de développement conçues pour mobiliser une participation du secteur privé aux investissements conjoints :
- aider à combler une importante lacune dans le financement, par le secteur privé, de l’agriculture durable dans les pays à faible revenu en étant le premier participant au volet du secteur privé du Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire, grâce à une contribution de 50 millions de dollars;
- soutenir les petites et moyennes entreprises (PME) de tous les secteurs afin qu’elles aient accès au financement nécessaire à leur expansion et à la création d’emplois, grâce à l’investissement de chef de file du Canada, de 20 millions de dollars, dans la mise en œuvre à plus grande échelle des propositions retenues au défi du G-20 pour le financement des PME;
- aider à renforcer la capacité du secteur privé à lutter contre les changements climatiques au moyen d’un investissement historique de 285 millions de dollars en financement concessionnel pour des projets d’énergie propre, et de 5 millions de dollars pour développer une expertise financière technique relativement à ces investissements;
- exploiter la créativité et les ressources du secteur privé pour mener à bien des innovations prometteuses au chapitre de la sécurité alimentaire et du développement agricole dans les pays pauvres, par l’entremise de garanties de marché.
La SFI joue un rôle important de soutien au développement du secteur privé. Nous ne devons cesser de veiller à éviter que la croissance de ces institutions subventionnées par les contribuables empêche le retour des investissements du secteur privé dans les marchés émergents. La SFI devrait poursuivre son expansion dans les pays à faible revenu et les marchés limites, c’est-à-dire ceux où la croissance est freinée par une multitude de risques et une pénurie de capitaux privés. La croissance prévue de la SFI au cours de la prochaine décennie générera un revenu net supplémentaire qui devrait être utilisé, en partie, pour renforcer la capacité financière de l’Association internationale de développement (IDA) sans compromettre la stabilité financière de longue date de la SFI.
L’Agence multilatérale de garantie des investissements (AMGI) de la Banque mondiale a modifié sa convention afin d’assouplir son mode de fonctionnement et d’accroître la portée de ses activités, en vue de produire de plus grandes retombées sur le développement. Ces modifications joueront un rôle essentiel pour assurer la pertinence de l’agence dans l’avenir. Les produits d’assurance de l’AMGI contre le risque politique sont importants pour la promotion de l’investissement direct étranger dans les pays en développement.
Nous soutiendrons une ambitieuse reconstitution des ressources de l’IDA cet automne. À l’instar des cycles de reconstitution antérieurs, le Canada et l’Irlande sont prêts à fournir une aide importante aux pays à faible revenu du monde qui ont dû redoubler d’efforts pour protéger leurs populations vulnérables et continuent de vivre une situation difficile dans le sillage de la crise économique mondiale. Cette reconstitution, comme les hausses du capital de la BIRD, doit s’accompagner d’une attention plus rigoureuse aux résultats obtenus.
Nous soutenons les efforts de l’IDA visant à recouvrer des fonds de pays qui n’ont plus besoin de bénéficier de ses taux préférentiels de financement, de sorte que ses crédits puissent être utilisés de manière plus efficiente et efficace, c’est-à-dire dans les pays à faible revenu qu’il cible.
Nous avons déjà convenu d’apporter d’importants changements en reconnaissance des problèmes particuliers des États fragiles, de petite taille ou sortant d’un conflit; ces changements permettront une hausse des investissements dans les pays de ces catégories. De même, il devient de plus en plus évident qu’une saine gouvernance et des institutions solides assurant la protection et la promotion des droits de la personne et facilitant l’atteinte des résultats souhaités en matière de développement s’avèrent des prérequis essentiels au développement durable.
La création d’un guichet de financement de ripostes à la crise fait également l’objet de discussions. Nous reconnaissons tous l’importance de créer la capacité institutionnelle voulue pour répondre aux crises futures, mais cela doit être fait de manière pratique, selon des critères et des paramètres clairs, en veillant à ce que les donateurs puissent avoir toute confiance que les importantes sommes d’aide accordée pour le développement seront utilisées efficacement.
Nous pouvons citer plusieurs histoires de réussite, à savoir des pays qui ont connu une croissance durable et qui sont maintenant en voie de passer de bénéficiaire à contributeur, d’une manière qui étaient inconnue il y a 20 ans. Accepter la responsabilité de ses obligations internationales est un résultat qui doit être célébré lorsqu’il se produit et encouragé lorsqu’il n’est pas encore atteint. Nos efforts continus et continuels pour obtenir une croissance forte, durable et équilibrée sont le signe du renforcement de la collaboration mondiale au cours des deux dernières années.