No 2010/94 – Washington D.C., États-Unis - Le 10 novembre 2010
Sous réserve de modifications
Il y a 20 ans, le Canada a pris une importante décision en matière de politique étrangère, une décision qui allait transformer à jamais ses relations avec ses voisins de l'hémisphère.
Comprenant combien que notre destin était inextricablement lié à celui de nos amis, le premier ministre de l'époque, Brian Mulroney, annonçait l'intention du Canada de se joindre à la principale tribune de la région, l'Organisation des États américains.
L'engagement du Canada envers cette organisation et envers l'hémisphère n'a fait que s'accroître au cours des années suivantes.
Aujourd'hui plus que jamais, nous savons que notre prospérité économique, la vigueur de notre démocratie et la sécurité de nos citoyens sont liées à celles de nos voisins.
C'est ce que notre premier ministre, le très honorable Stephen Harper, avait à l'esprit lorsqu'il a renouvelé l'engagement du Canada dans la région, désormais l'une de nos grandes priorités en matière de politique étrangère.
Notre vision pour la région repose sur trois piliers connexes et mutuellement complémentaires : consolider l'appui accordé à la gouvernance démocratique, favoriser la sécurité dans l'hémisphère et accroître la prospérité des citoyens.
Au moment où le Canada célèbre le 20e anniversaire de son adhésion à l'OEA et entre dans la quatrième année de sa stratégie sur les Amériques, je peux dire sans l'ombre d'un doute que nos efforts dans la région portent leurs fruits.
Sur le plan de la démocratie, le Canada a collaboré avec les gouvernements de la région dans le but de rendre les démocraties plus efficaces, transparentes et responsables.
À l'automne 2009, nous avons lancé une nouvelle unité andine pour la gouvernance démocratique à Lima, au Pérou, afin d'appuyer les efforts de la région en faveur de la bonne gouvernance.
Au cours des deux décennies suivant son adhésion, le Canada s'est intéressé en priorité au renforcement de la capacité de l'OEA en matière d'appui à la démocratie.
Peu après son adhésion, le Canada proposait la création à l'OEA d'une unité pour la promotion de la démocratie.
Depuis, le Canada a appuyé les réformes visant à promouvoir la transparence et les pratiques exemplaires au sein de l'OEA.
Quant à moi, j'ai été honoré de représenter le Canada au sein du groupe des ministres des Affaires étrangères de l'OEA qui se sont rendus au Honduras pour encourager la recherche d'un dénouement pacifique et négocié à l'impasse politique.
Ma participation à ces missions m'a permis de constater sur place l'importance d'un dialogue bien structuré qui vise à résoudre les crises.
À ce propos, j'aimerais réitérer l'appui du Canada aux efforts du président [Porfirio] Lobo du Honduras en vue de réintégrer son pays dans la communauté internationale et hémisphérique. Nous nous réjouissons à l'idée de collaborer avec tous les membres de l'OEA pour mettre sur pied un processus permettant au Honduras de réintégrer l'OEA à part entière.
Le Canada continuera également de défendre vigoureusement l'intégrité et l'indépendance des institutions de l'OEA chargées des droits de la personne, surtout devant certaines démarches visant à affaiblir et à discréditer ces importantes institutions.
Nous nous réjouissons aussi des discussions constructives que nous tiendrons sur la façon dont l'OAE pourrait insuffler plus de dynamisme à l'application de la Charte démocratique interaméricaine.
En ce qui concerne la sécurité, le principal objectif du Canada est d'améliorer la stabilité régionale en s'attaquant en priorité à l'importante menace que constitue le crime organisé.
Peu avant le Sommet du G-8 en Ontario plus tôt cette année, une séance d'information spéciale rassemblant la Colombie, Haïti et la Jamaïque a eu lieu au Canada pour discuter de ces problèmes, notamment de l'organisation de ces groupements criminels et des organisations terroristes d'une région à l'autre.
Ces « partenariats opportunistes » sont, de l'avis de tous, un problème grave et croissant qui exige une réaction coordonnée et efficace.
Dans ses efforts pour répondre aux menaces relatives à la sécurité, le Canada a fait des investissements majeurs sur plusieurs plans.
L'an dernier, par exemple, nous avons lancé un programme visant à renforcer la capacité de lutte contre la criminalité, à hauteur de 15 millions de dollars annuellement pour des projets en ce sens.
Les projets financés grâce à ce programme ont une grande portée; ils permettent de former, par exemple, des responsables de l'application de la loi au Salvador, au Guatemala et au Honduras, ou encore de sévir contre l'usage par des groupes criminels transnationaux du transport par conteneurs.
Nous avons également mis sur pied un bureau régional pour la paix et la sécurité au Panama, lequel fournit des analyses stratégiques, des évaluations et des conseils de haute qualité relatifs aux problèmes de sécurité dans la région, l'accent y portant principalement sur l'Amérique centrale et les Caraïbes.
Bien évidemment, le renforcement de la paix et de la sécurité est l'une des principales raisons d'être de l'OEA.
Pour soutenir ses efforts en la matière, le Canada fournit également des ressources qui développeront et renforceront la capacité de l'OEA à servir de médiateur en cas de conflit.
En outre, le Canada se réjouit d'avoir été récemment élu à la présidence de la Commission interaméricaine de défense, qu'il pourra ainsi renforcer davantage, en collaboration avec les États membres.
Quant à la prospérité, le contexte de ralentissement économique mondial duquel nous émergeons actuellement illustre bien l'importance de raviver nos économies grâce à un partenariat accru avec une région au riche potentiel économique.
Le Canada a beaucoup œuvré pour la promotion du libre-échange tout au long de la crise et continue en ce sens pendant la reprise.
Nous l'avons fait en encourageant l'ouverture des marchés alors que bien d'autres envisageaient des politiques isolationnistes. Opter pour la coopération avec les voisins et les partenaires était, selon nous, la meilleure façon de créer des emplois, d'accroître la prospérité et de ranimer l'espoir au bénéfice de tous nos citoyens.
Voilà qui explique pourquoi la libéralisation du commerce est un facteur déterminant de l'engagement du Canada.
Ces dernières années, nous avons signé dans cette région des accords de libre-échange avec le Pérou, la Colombie et le Panama.
De plus, nous poursuivons des négociations en vue de conclure des accords commerciaux avec la Communauté des Caraïbes, la République dominicaine et des pays de l'Amérique centrale : le Guatemala, le Honduras, le Nicaragua et le Salvador.
Parallèlement, nous insistons sur l'importance de l'éducation, pierre angulaire de toute croissance de la prospérité, comme nous le savons tous.
Le Canada a par exemple lancé un important programme de bourses conçu spécialement pour les Amériques.
Dévoilé par le premier ministre Harper en avril dernier, le Programme de bourses Futurs leaders dans les Amériques octroie annuellement plus de 400 bourses à des étudiants d'Amérique latine et des Caraïbes.
Bien que ce programme n'en soit qu'à sa deuxième année d'activités, il a déjà renforcé les liens institutionnels dans plusieurs domaines et favorisé une myriade de collaborations fructueuses dans le domaine de la recherche.
Avant de conclure, permettez-moi de mentionner Haïti, sans doute l'exemple qui illustre le mieux le leadership du Canada dans la région. En effet, notre participation aux interventions de première urgence après le séisme dévastateur de janvier, d'une part, et aux plans de reconstruction du pays, d'autre part, a été exemplaire.
Dans la foulée immédiate du séisme, le Canada a été l'hôte de la Conférence ministérielle préparatoire sur Haïti, où la situation humanitaire immédiate et les efforts de redressement ont été discutés.
Le Canada a versé 150 millions de dollars en aide humanitaire (services médicaux d'urgence, secours, eau et assainissement, abris temporaires) par l'entremise de l'Agence canadienne de développement international.
Lors de la Conférence internationale des donateurs à New York en mars, le gouvernement du Canada s'est engagé à verser 400 millions de dollars à Haïti pour l'aider à se relever et à reconstruire le pays au cours des deux prochaines années.
Cet engagement du gouvernement du Canada s'ajoute aux 555 millions de dollars d'aide au développement à long terme pour Haïti.
Nous appuyons également le rôle essentiel que l'OEA ne cesse de jouer en Haïti, surtout en renforcement de la capacité, des institutions et de la gouvernance.
L'OEA est la principale tribune régionale lorsqu'il s'agit de discuter des enjeux les plus pressants de l'hémisphère et d'agir à leur égard
Il est donc essentiel de continuer à travailler ensemble pour réformer les pratiques à l'OEA et pour mettre en place des mesures visant à en faire une institution financièrement viable à long terme, transparente et responsable.
En cette période de restrictions budgétaires, une organisation rationalisée, ciblée et axée sur les résultats s'attirera davantage de financement face à la concurrence des autres organismes multilatéraux.
Le Canada salue le solide leadership du secrétaire général [José Miguel] Insulza dans l'établissement de priorités en cours.
Ensemble, nous pouvons accroître la pertinence et l'influence de l'OEA tout en œuvrant pour l'atteinte de résultats et pour l'obtention d'avantages tangibles pour les peuples des Amériques.
Comme je le mentionnais au début, il y a 20 ans, le premier ministre Mulroney engageait le Canada dans un rôle de chef de file à l'OEA et dans les Amériques.
Au cours de ces 20 années, l'OEA a traçé une voie favorable au développement de l'hémisphère.
Souvent, nous voyons l'OEA à travers le prisme d'événements majeurs tels que l'approbation de la Charte démocratique interaméricaine ou la résolution de crises politiques dans les États membres.
Toutefois, le réel impact de l'OEA demeure en partie invisible, n'en marquant pas moins des points importants sur plusieurs fronts.
Par exemple, les missions d'observation électorale de l'OEA qui ont renforcé la démocratie dans l'hémisphère, demeurent excellentes. La Commission interaméricaine des droits de l'homme et la Cour des droits de l'homme, protecteurs indéfectiblement des droits de nos citoyens, ont accompli sans discontinuer un travail exceptionnel.
Plus spécifique encore, l'important travail de l'OEA en matière de déminage, grâce auquel l'Amérique centrale a récemment pu être déclarée zone exempte de mines antipersonnel.
Et l'on pourrait citer de nombreux autres exemples. Si vous le permettez, je m'arrêterai ici à une question exigeant l'attention immédiate du Conseil [permanent de l'OEA].
J'aimerais faire écho aux propos tenus hier par l'ambassadeur [Allan] Culham [représentant permanent du Canada à l'OEA] : il a dit que le Canada accueillait favorablement le rapport du secrétaire général et le remerciait pour ses efforts diligents en vue de favoriser un règlement rapide de la situation à la frontière entre le Costa Rica et le Nicaragua.
Nous félicitons toutes les parties concernées pour leur volonté de dialoguer afin d'aboutir à un règlement pacifique de la situation, comme il est de coutume dans les Amériques et à l'OEA.
Toutefois, le Canada demeure préoccupé par la présence de forces de sécurité dans la région qui pourraient faire obstacle à des progrès tangibles.
Le Canada estime que la présence de ces forces n'est ni constructive pour le règlement de ce différend frontalier ni conforme à l'esprit de la chartre de l'OEA.
Ainsi, le Canada demande le retrait de toutes les forces de sécurité de la région en gage de bonne volonté et comme moyen d'accroître la confiance pour paver la voie à un dialogue entre les deux parties.
De plus, le Canada estime que les voies de communication bilatérale et multilatérale en vue d'un règlement pacifique sont complémentaires plutôt que mutuellement exclusives.
Par conséquent, le Canada encourage l'OEA et son secrétaire général à continuer de s'impliquer activement et de façon soutenue dans la recherche d'un règlement rapide de la situation.
Nous estimons que les quatre éléments contenus dans le rapport du secrétaire général au Conseil permanent ouvrent une voie propice et favorable vers l'avenir.
Enfin, et c'est là tout mon argument : l'importance de l'OEA est très grande.
En témoignage de l'engagement de notre pays envers cette organisation et pour marquer le 20e anniversaire de notre adhésion, j'ai aujourd'hui l'honneur de vous offrir un inukshuk, symbole canadien d'amitié et de coopération, créé par le sculpteur inuit Peter Irniq.
Le Canada se réjouit à la perspective de continuer à travailler avec ses partenaires de l'OEA pour un hémisphère plus sûr, plus démocratique et plus prospère, dans lequel tous nos pays peuvent s'épanouir.
Je vous remercie.