No 2011/10 - Ottawa (Ontario) - Le 10 mars 2011
Sous réserve de modifications
Avant de commencer la cérémonie, j’aimerais prendre un moment pour honorer la mémoire du ministre des Minorités du Pakistan, M. Shahbaz Bhatti, assassiné la semaine dernière par des extrémistes.
Après son assermentation en 2008, M. Bhatti, que j’ai accueilli ici même il y a à peine un mois, avait déclaré avoir accepté ses fonctions au nom des populations « opprimées et marginalisées, dont les droits sont foulés aux pieds ». Il voulait aussi œuvrer à l’émancipation des minorités religieuses de son pays.
Tragiquement, il a payé du sacrifice ultime le courage qu’il a montré en s’attaquant à ces enjeux.
Je demanderais maintenant à tous de se lever, afin d’observer une minute de silence en mémoire de Shahbaz Bhatti.
Je vous remercie et vous prie de vous rasseoir.
Aujourd’hui, nous décernons pour la première fois le prix John Diefenbaker pour la défense de la liberté et des droits de la personne.
Depuis longtemps, notre pays plaide avec force pour le respect des droits de la personne dans le monde entier. Ce prix, décerné par Affaires étrangères et Commerce international Canada, se veut le témoignage concret de notre détermination à honorer les personnes et les groupes qui font preuve d’un courage et d’un esprit d’initiative exceptionnels dans la défense des droits de la personne et de la liberté.
Le prix John Diefenbaker a été nommé en l’honneur du 13e premier ministre du Canada. C’est à partir de son élection comme député de l’opposition au Parlement, en 1940, que le très honorable John Diefenbaker a mené une campagne pour faire participer les Canadiens de tous les horizons culturels et ethniques à la vie politique du pays.
Pendant ses six années en qualité de premier ministre, M. Diefenbaker a veillé à ce que son gouvernement fasse adopter la Déclaration canadienne des droits, son but ultime, lequel constituait selon lui « le seul moyen de faire obstacle à l’exercice arbitraire du pouvoir par l’État ».
Son gouvernement a aussi accordé le plein droit de vote aux populations autochtones du Canada.
M. Diefenbaker a été le premier à nommer une femme et un Canadien d’origine ukrainienne à un conseil des ministres, tout comme il a été le premier à nommer un membre des Premières Nations au Sénat.
En politique étrangère, il a été un ardent défenseur des droits de la personne en soutenant l’indépendance d’un grand nombre de pays et leur adhésion au Commonwealth.
Sa position contre l’apartheid a pesé dans le retrait de l’Afrique du Sud du Commonwealth.
Le 1er juillet 1960, au moment de présenter la Déclaration canadienne des droits devant le Parlement, le premier ministre Diefenbaker a déclaré ces paroles restées célèbres :
Je suis un Canadien […] libre de m’exprimer sans crainte, de servir Dieu comme je l’entends, de défendre ce qui me semble juste, de contester ce qui me semble mal ou de choisir les dirigeants de mon pays. Cette tradition de liberté, je m’engage à la perpétuer, pour moi-même et au bénéfice de l’humanité tout entière.
Par son action, aussi bien au Canada qu’à l’étranger, John Diefenbaker a montré un véritable leadership dans l’instauration, la protection et la promotion des droits de la personne. Il est par conséquent tout à fait approprié que ce nouveau prix porte son nom.
Les deux lauréats d’aujourd’hui — l’Alliance des citoyens pour les droits de la personne en Corée du Nord et la militante pakistanaise Asma Jahangir — se sont attachés, avec une détermination extraordinaire, à faire progresser la liberté et les droits de la personne.
L’Alliance des citoyens pour les droits de la personne en Corée du Nord est une organisation non gouvernementale, laïque et sans but lucratif créée en 1996. Elle est reconnue comme l’une des principales organisations à attirer l’attention de la communauté internationale sur le sort de plus de 20 millions de Nord-Coréens, privés de leurs droits les plus fondamentaux.
Des observateurs ont souvent fait état de détentions arbitraires, d’exécutions publiques, d’usage de la torture et de l’existence de camps de travail, de châtiments collectifs, de traitements cruels à l’encontre de demandeurs d’asiles rapatriés et de la détention prolongée de prisonniers politiques. Le non-respect des libertés fondamentales est accablant.
L’Alliance des citoyens a participé à l’organisation de la 10e Conférence internationale sur les droits de la personne et les réfugiés nord-coréens, tenue à Toronto, l’année dernière. À cette occasion, mon secrétaire parlementaire, M. Deepak Obhrai, avait prononcé une allocution au nom du gouvernement.
J’ai l’honneur de saluer aujourd’hui la présence parmi nous du révérend Benjamin H. Yoon, fondateur et directeur de l’Alliance des citoyens pour les droits de la personne en Corée du Nord.
Il y a près de 40 ans, le révérend Yoon a fondé le bureau d’Amnistie internationale en Corée du Sud.
Tout dernièrement, il a mis sur pied le Centre asiatique pour les droits de la personne, dans le but d’améliorer la situation des droits de la personne en Asie et d’inspirer une relève de jeunes militants.
Le révérend Yoon s’est vu décerner de nombreux prix pour son travail. En décembre dernier, le gouvernement de la Corée du Sud l’a promu au deuxième grade le plus élevé de l’Ordre du mérite civil.
Au nom du peuple canadien, le gouvernement du Canada défend sans relâche le respect des droits de la personne en Corée du Nord, et il saisit toutes les occasions de soutenir les efforts internationaux en ce sens, tant aux Nations Unies qu’au Conseil des droits de l’homme.
Le sort déplorable du peuple nord-coréen, victime de pénuries alimentaires incessantes sous le joug d’un régime répressif, est bien connu.
C’est pourquoi le Canada fait cause commune avec des défenseurs des droits de la personne comme l’Alliance des citoyens pour les droits de la personne en Corée du Nord et d’autres organismes similaires.
Notre deuxième lauréate, Mme Asma Jahangir, a vu le jour dans une famille prospère de politiciens militant activement en faveur des droits de la personne. Elle a consacré sa carrière à défendre, en dépit de graves menaces pour sa sécurité personnelle, les droits de la personne, tout particulièrement les droits des femmes, des minorités religieuses et des enfants dans son Pakistan natal.
Elle a exercé les fonctions de secrétaire générale de la Commission des droits de la personne du Pakistan, de Rapporteure spéciale des Nations Unies sur les exécutions extrajudiciaires, de 1998 à 2004, et de Rapporteure spéciale des Nations Unies pour la liberté de religion et de conviction, de 2004 à 2010.
Récemment, elle a été élue présidente de l’Association des juristes de la Cour suprême du Pakistan.
C’est précisément parce qu’elle veille à mobiliser les membres de cette association, de façon à faire respecter la primauté du droit et les droits de la personne au Pakistan, que Mme Jahangir ne peut être parmi nous aujourd’hui.
Mme Jahangir a contribué à rallier l’opposition aux projets de loi visant à criminaliser le blasphème, à punir les victimes de viol ainsi qu’à dévaluer le témoignage des femmes. Elle milite en outre activement contre le travail des enfants et la peine de mort.
Comme vous le savez, le gouverneur de la province du Penjab, M. Salmaan Taseer, a été assassiné dans des circonstances tragiques en janvier, pour s’être opposé publiquement à la législation criminalisant le blasphème au Pakistan.
Dans toute démocratie, on ne peut accepter que des extrémistes restreignent la liberté d’expression et le droit à un dialogue pacifique par la violence ou l’intimidation. Il incombe également à l’État d’interdire les appels à la haine religieuse, qui constituent une incitation à l’intolérance ou à la violence.
Le très honorable John Diefenbaker a déclaré autrefois : « Aussi longtemps que je vivrai, personne ne pourra m’empêcher de plaider pour la liberté. »
C’est précisément ce qu’ont fait le ministre Bhatti et le gouverneur Taseer.
Avec courage, ils se sont prononcés publiquement contre les lois pakistanaises sur le blasphème, au prix de leur vie.
Nous sommes consternés par ces attaques lâches contre des personnes si courageuses.
Nous continuons à demander au Pakistan de révoquer les lois qui érigent en crime le blasphème, qui limitent la liberté de religion et d’expression, et qui visent, de manière disproportionnée, des minorités religieuses.
Mme Jahangir et l’Alliance des citoyens pour les droits de la personne en Corée du Nord méritent toutes les deux notre plus grand respect et notre immense admiration. C’est pour moi un honneur de reconnaître officiellement, au nom du gouvernement du Canada, leur contribution inestimable à la promotion et à la protection des droits de la personne.
Par leur vision et leur courage, nos lauréats sont une source d’inspiration et d’espoir pour leurs communautés et le monde entier.
Nous sommes profondément touchés par leur action, qui incarne des valeurs chères aux yeux de tous les Canadiens, au nom desquels nous leur décernons ce prix aujourd’hui.
Je vous remercie.