No 2011/8 - Genève, Suisse - Le 28 février 2011
Sous réserve de modifications
Le Canada se retrouve cette année face au même problème auquel ont été confrontés tous les pays qui ont exercé la présidence de la Conférence depuis la négociation du Traité d'interdiction complète des essais nucléaires [TICEN] : notre régime de désarmement multilatéral, sous sa forme actuelle, se trouve dans une impasse.
Le Canada a été le premier pays à présider la session 2011 de la Conférence du désarmement.
Depuis 1946, le Canada a participé activement aux travaux de toutes les instances multilatérales de désarmement. Comme de nombreux pays représentés ici, il a été partie prenante aux réalisations historiques de la Conférence et des instances qui l'ont précédée, du Traité de non-prolifération nucléaire au TICEN.
Plus que jamais auparavant, la prolifération nucléaire constitue de nos jours une menace sérieuse pour la paix et la sécurité internationales.
Après avoir négocié l'interdiction de mettre à l'essai des armes nucléaires, la Conférence a été incapable depuis 1998 d'entamer des négociations sur la prochaine mesure de désarmement et de non-prolifération qui s'imposait : un traité visant à interdire la production des matières fissiles utilisées dans de telles armes.
En décembre dernier, j'ai pris la parole à la réunion de haut niveau convoquée par le secrétaire général [des Nations Unies] à New York pour donner un nouvel élan aux travaux de la Conférence et faire progresser les négociations multilatérales sur le désarmement.
À l'instar de nombreux collègues, j'ai alors demandé que cette réunion fasse l'objet d'un suivi.
Nous nous sommes entendus, à peine quelques semaines plus tard, sur la résolution 65/93 [de l'Assemblée générale des Nations Unies] qui inscrit cette question au centre même de l'ordre du jour de l'Assemblée générale.
Nous devons continuer sur cette lancée.
Plus l'impasse persistera à la Conférence, plus la confiance de ses membres s'effritera et plus il deviendra difficile de s'entendre sur les compromis essentiels à consentir pour que les États puissent entamer des négociations.
Si la recherche d'un consensus sur le Programme de travail de la Conférence est sans cesse entravée, les pays seront de plus en plus enclins à vouloir confier la question du désarmement à d'autres tribunes, telles que l'Assemblée générale, où le consensus n'est pas requis pour poursuivre les discussions.
Par contre, certains pays résistent d'emblée à voir une question nationale de sécurité soumise à un vote majoritaire des Nations Unies.
La Conférence et sa règle de l'unanimité ne sont pas les fruits du hasard, et nous sommes conscients que cette instance de négociation s'est avérée utile pour nous tous dans le passé.
Comme certains l'ont déclaré, si la Conférence n'existait pas, il nous faudrait l'inventer. Par conséquent, notre défi collectif consiste à repenser notre approche du travail réalisé dans cette enceinte.
Le Canada estime qu'il faut se concentrer sur les quatre grands domaines d'action [le désarmement nucléaire; les négociations relatives à un traité interdisant la production de matières fissiles pour la fabrication d'armes et autres dispositifs explosifs nucléaires; la prévention d'une course aux armements dans l'espace; les garanties de sécurité négatives] de la Conférence selon une nouvelle perspective : en partant du principe que l'ouverture de négociations sur une question ne signifie pas qu'il faille négliger les trois autres.
En septembre dernier, j'ai demandé à tous de « sortir des sentiers battus ».
C'est dans cet esprit - et en mettant l'accent sur les quatre domaines d'action de la Conférence - que le Canada a assumé son mandat à la présidence.
En ouvrant à la société civile et au public les discussions tenues en séance plénière, le Canada a tenté de créer un espace de dialogue transparent, dans l'espoir que les pays s'entendent sur les éléments d'un éventuel compromis autour du Programme de travail.
Durant la présidence canadienne, nous avons entendu dans cette enceinte plus d'une centaine d'interventions de fond, qui ont fait ressortir la volonté des pays de se mettre à l'œuvre.
Nous sommes cependant les premiers à admettre qu'il faudra s'armer de patience, pendant plusieurs mois et sous la présidence successive de plusieurs pays, si nous voulons de nouveau nous doter d'un outil collectif - un programme de travail -, comme cela s'est avéré en 2009.
Cette fois-ci, nous souhaiterions voir la mise en œuvre du Programme de travail, ou de toute autre proposition grâce à laquelle la Conférence pourrait entamer les négociations d'un traité d'interdiction des matières fissiles selon les modalités convenues dans le mandat Shannon.
Comme je l'ai déclaré en septembre dernier, le Canada mettra tout en œuvre pour que la Conférence reprenne ses travaux en 2011.
Je demanderais à tous les pays représentés ici aujourd'hui d'apporter leur soutien pour que cet objectif commun se réalise.
Je vous remercie.