31 mai 2011
Kandahar (Afghanistan)
Le Premier ministre Stephen Harper a fait la déclaration suivante hier en Afghanistan:
« Chers hommes et femmes des Forces armées canadiennes, c’est un honneur pour moi d’être ici devant vous aujourd'hui au moment où nous soulignons une transition importante dans le travail que le Canada exécute ici en Afghanistan.
« Et ce qui est frappant, c’est que dans l’histoire de notre pays, jamais nos militaires n’ont été à la guerre pendant une aussi longue période.
« En réalité, nous avons passé en Afghanistan presque autant de temps que nos prédécesseurs ont passé sur les champs de bataille de la Première et de la Deuxième Guerre mondiale combinées. Je suis donc ici pour saluer le dévouement et la persévérance de l’ensemble des hommes et femmes des Forces armées canadiennes ainsi que du corps diplomatique canadien et de nombreux autres ministères et organismes fédéraux qui servent ici dans des conditions difficiles et périlleuses depuis 2002.
« Je suis ici pour vous remercier des services rendus à notre pays, mais aussi, à ma grande tristesse, pour rendre hommage aux membres des Forces armées canadiennes, à ceux qui ont servi le Canada en tant que civils et aux entrepreneurs privés, travailleurs humanitaires et journalistes canadiens qui ont tout donné, leur vie, pour assurer la réussite de cette grande entreprise.
“Et je suis ici aussi pour souligner l’important changement dans le travail que nous faisons. Nos priorités en Afghanistan ont été, dès le début, organisées autour de la diplomatie, du développement, de la défense, de la sécurité, ce qui rend possibles tous ces efforts.
« Nous poursuivrons nos efforts en matière de diplomatie, de développement et d’aide humanitaire.
« Toutefois, notre mission de sécurité va bientôt changer. Elle va passer d’une mission où nous menions les combats contre les terroristes à une mission où nous allons entraîner l’Armée nationale afghane à mener les combats contre ces mêmes terroristes.
« J’ai dit qu’il s’agissait d’une grande entreprise, à juste titre. Vous vous souvenez du temps où les forces de la terreur islamiste ont commencé à s’en prendre à notre monde.
« Les attaques à la bombe, des assassinats tous dirigés contre des pays qui prônent la liberté, le respect des droits humains, et de la primauté du droit.
« Les attaques ont atteint leurs sommets de haine ce jour où près de 3 000 personnes, des citoyens de biens des nations, y compris le Canada, ont été tuées à New York, à Washington et en Pennsylvanie.
« Les attaques du 11 septembre ont été conçues, planifiées et préparées en Afghanistan, où les camps de formation de terroristes abondaient et où les écoles étaient très rares. Ici, il ne manquait pas d’endroits où les terroristes pouvaient élaborer leurs plans visant à tuer et à mutiler, mais il n’y avait guère d’hôpitaux. Ici, où le régime taliban brutalisait ses propres citoyens, mais accueillait les pires tueurs du monde – des hommes si hantés par leurs démons personnels qu’ils croyaient servir ni plus ni moins la volonté de Dieu.
« Nous nous rappelons tous du choix auquel nous étions confrontés : comment un pays comme le nôtre devrait-il réagir? Le Canada, le bon et pacifique citoyen du monde dont la tolérance est une spécificité nationale; que devons nous faire lorsque tout ce que nous défendons est assailli par ceux qui n’ont pour but que la violence et qui ne tolèrent que leur propre intolérance?
« Devrions-nous affronter la terreur à sa source en Afghanistan ou attendre qu’elle vienne à nous?
« La réponse semblait évidente pour tout le monde, mais seulement vous, vous et des milliers d’autres jeunes Canadiens en uniforme nous ont fourni cette réponse. Nous avons dit que nous nous montrerions solidaires de nos alliés. Nous avons dit que nous irions en Afghanistan. Nous avons dit que nous combattrions les forces de la terreur dans leur cour, et vous l’avez fait.
« Vous êtes allés dans les régions les plus difficiles, dans des régions sans lois, des régions violentes, et vous avez fait des merveilles.
« Des noms comme Panjwai et Arghandab, pour ne citer que ceux-là, occupent une place d’honneur et représentent de nouveaux chapitres du livre du courage écrit au fil de la longue histoire des Forces armées canadiennes.
« Les succès du Canada remportés ici sont constitués d’innombrables actes de bravoure individuels. En fait, il y en a tellement qu’il est presque gênant de citer des cas individuels.
« Mais il y en a certains qui, après avoir été portés à mon attention, m’ont persuadé que les vertus militaires les plus nobles, à savoir le courage, le sang-froid et l’entraide entre camarades, sont tellement ancrées dans les Forces armées canadiennes qu’elles sont devenues une seconde nature pour tous.
« Permettez-moi d’en évoquer. L’officière d’artillerie Nicola Goddard, tuée dans son véhicule pendant qu’elle participait à ce qui est devenu une attaque très réussie contre une position talibane dans le district de Panjwai.
« Le major Michael Wright, dont les troupes étaient désavantagées numériquement, encerclées et exposées à un feu nourri à Panjwai qui a refusé les renforts pour des raisons de sécurité, a réussi à déjouer les plans de l’ennemi et à lui infliger de graves pertes et à vaincre des forces beaucoup plus nombreuses sans qu’il n’y ait de victimes canadiennes.
« Ou encore le sergent Martin Côté, un Québécois qui souffrait d’une commotion cérébrale après que son véhicule avait été touché. Il a passé à travers et il a aidé les survivants, fait suivre l’information aux quartiers généraux, et a commencé les traitements qui ont sauvé des vies; tout ça sous des feux nourris dans un retrait de combat.
« Il existe des douzaines de cas comme celui-ci, où vos amis et vos camarades excèdent toutes les exigences raisonnables, font fi de tous les risques et font des sacrifices exceptionnels pour désamorcer un engin explosif improvisé, sauver une vie ou vaincre l’ennemi.
« Vous savez bien qu’une guerre se fait en équipe. Pour faire ce qu’ont fait Goddard, Wright ou Côté, il faut que bien d’autres personnes continuent de faire ce pour quoi elles ont été formées, et qu’elles continuent de le faire avec brio.
« Je parle maintenant des spécialistes vaillants et dévoués responsables du service du renseignement, des systèmes électroniques et de la surveillance aérienne et de tout ce dont dépend une armée moderne pour être efficace et exercer ses activités selon une norme d’excellence extrêmement élevée.
« Je parle aussi des policiers volontaires et des entrepreneurs civils dont nous dépendons, tel que Terry Warwick, gestionnaire des opérations de CanCaps à l'aérodrome de Kandahar, qui a fait preuve d’un dévouement inflexible et inébranlable à l’égard de la mission depuis ses débuts, au camp Julian, en 2003. C’est ce qu’on appelle un engagement à long terme.
« Mes amis, les Forces armées canadiennes ont été surnommées la meilleure petite armée du monde, et vous êtes les meilleurs, sans exception. La meilleure des meilleures, sans l’ombre d’un doute. Vous avez été des guerriers courageux, mais aussi des voisins compatissants. Lorsque je m’entretiens avec ceux qui ont servi ici, je suis toujours impressionné par la satisfaction tirée des perspectives qu’ils ont ouvertes à autant de citoyens afghans ordinaires.
« Avant, les enfants afghans demeuraient dans l’ignorance.
« Maintenant, il y a plus de 150 000 enseignants dans ce pays, sept fois plus qu’il y a dix ans. Parmi ceux-ci, près d’un tiers sont des femmes, qui enseignent à des centaines de milliers de filles à qui l’on interdisait cruellement l’école jadis. À Kandahar seulement, le Canada a construit ou réparé 50 écoles. Dans tout le pays, nous avons contribué à l’établissement de 4 000 écoles.
« Les réalisations dans le domaine des soins de santé ont été aussi remarquables.
« En 2002, seul un Afghan chanceux, peut-être un sur dix, vivait à moins de deux heures de marche d’un médecin. Aujourd’hui, deux tiers de la population ont cette chance.
« Une partie de la solution consistait simplement à former un plus grand nombre de professionnels de la santé. Le Canada a formé près de 1 500 médecins, infirmières, sages-femmes et travailleurs de la santé communautaires. Avec nos partenaires internationaux, le Canada a vacciné plus de 7 millions d’enfants contre la polio, une procédure simple, peu coûteuse qui sauve des vies et qui protège d’innombrables personnes contre une misère sans nom.
« Puis il y a le barrage Dahla, un prestigieux projet du Canada visant à restaurer le réservoir qui permet d’augmenter considérablement la production agricole dans la vallée d’Arghandab.
« Mes amis, derrière chaque jeune fille maintenant en salle de classe, derrière chaque bébé en santé dans les bras de sa mère, derrière chaque fermier qui peut maintenant nourrir sa famille sans prendre les armes et derrière tous les progrès accomplis se révèlent vos innombrables actes d’héroïsme et votre dévouement absolu envers votre devoir. Derrière tout cela, il y a vous, les hommes et femmes des Forces armées canadiennes et les diplomates et les travailleurs humanitaires canadiens.
« Maintenant, il y en a qui pourraient penser qu’avec tous vos sacrifices et la nouvelle de la mort d’Oussama ben Laden, la menace terroriste est disparue. Malheureusement, ce serait une illusion. Nous ne pouvons pas prétendre que le terrorisme ne menace plus notre planète ou même notre propre pays. Cependant, grâce à vous et au travail de nos alliées, il est de plus en plus possible que l’armée nationale afghane assume des responsabilités accrues au chapitre du maintien des gains que vous avez faits et de la protection de ses propres citoyens.
« C’est pourquoi, en poursuivant notre travail diplomatique humanitaire et de développement, la formation de l’Armée nationale afghane sera le nouvel objectif des efforts du Canada ici en Afghanistan. Soyez assurés que la mission de formation est l’une des plus importantes menées par nos alliés.
“Elle représente notre engagement indéfectible envers la population afghane et envers le progrès durement acquis, le progrès que nous avons aidé à réaliser.
« Mes amis, j’aimerais clore sur une note personnelle. Il s’agit de ma quatrième visite des troupes en Afghanistan. Plus tôt aujourd’hui, j’ai rencontré des membres du 22e Régiment à notre base de patrouille à Sperwan Ghar.
« Lors d’une visite antérieure, j’ai eu le privilège de visiter la base opérationnelle avancée, Ma’Sum Ghar, à quelques kilomètres de là. Il s’agissait probablement à l’époque de notre avant-poste le plus dangereux dans le monde. Mais il y a quelque chose à Ma’Sum Ghar que je veux mentionner.
« Il s’agit de l’unifolié constitué de pierres peintes que bon nombre d’entre vous connaissent probablement déjà. Disposé sur une zone dégagée, il rend hommage aux soldats et à notre patrie, le Canada, dans un endroit très lointain. Si vous êtes au courant de cet unifolié, vous savez aussi que, lorsqu’un soldat canadien est tué, une pierre blanche est placée à sa base par des camarades – un geste simple d’amitié, de solidarité et de souvenir.
« Malheureusement, l’unifolié compte sûrement plus de pierres blanches aujourd’hui qu’au moment où je l’ai vu la dernière fois. Mais ce monument fait de pierres, placé dans un endroit si reculé du monde pour rendre hommage à des amis, nous rappelle une grande vérité à propos du Canada.
« Mes concitoyens, alors que la mission de combat ici à Kandahar tire à sa fin et que nos militaires s’apprêtent à quitter ce sol poussiéreux, ayez toujours à l’esprit que nous, les Canadiens, ne sommes pas ici pour servir nos intérêts. Nous ne rêvons pas d’un empire. Nous ne désirons pas ce que d’autres pays possèdent et nous ne faisons pas la guerre pour réaliser des ambitions égoïstes ou cyniques.
« Les Canadiens se battent pour la justice et se tiennent debout pour ce qui est bien. Et le Canada a de jeunes hommes et de jeunes femmes comme vous qui vont se rendre jusqu’à l’autre bout de la planète, même jusqu’à Ma’Sum Ghar ou à Sperwan Ghar, pour défendre tout ce qui fait du Canada le meilleur pays du monde.
« Ne laissez personne oublier. Mes amis, vous avez fait un travail exceptionnel. Vous êtes venus dans une des régions les plus dures de ce pays, et elle est restée en votre possession. Aujourd’hui, c’est le moment de développer cette région.
« Au nom de tous les Canadiens, je vous salue. »