Montréal, le 13 novembre 2011 ― Bonsoir. Merci pour cette gentille présentation. Bonsoir et bienvenue à ceux qui ont voyagé au Canada de 62 pays et aussi à Montréal, une des villes les plus dynamiques du Canada et un centre important de soins de santé au Canada. J'aimerais également souhaiter la bienvenue à tous les étudiants ici ce soir. Vous avez bien raison, les étudiants sont la prochaine génération; il est donc très important de les faire participer à nos délibérations et à nos discussions.
Je me sens toujours un peu embarrassée lorsque l'on dit que je suis née en 1944 et que je vois tout le monde faire un calcul rapide.
J'ai été acceptée à la Faculté de médecine de l'Université McGill en 1962 ou 1963. Cependant, comme en témoigne mon CV, j'ai fait un autre choix. Malgré cette décision, je me suis toujours sentie très près de l'Université McGill et je dois féliciter l'institution pour son leadership dans des dossiers mondiaux, dont ses programmes de santé mondiale. D'ailleurs, j'ai récemment pris la parole à l'Institut pour la sécurité alimentaire de McGill.
Ce type d'initiative démontre les qualités de chef de file que nous avons dans toutes les régions du Canada, au sein de nos institutions, de nos organisations et de nos organisations non gouvernementales. J'aimerais aussi remercier et accueillir les quatre partenaires qui se sont alliés pour organiser une conférence si remarquable. Je ne peux vous dire à quel point je suis impressionnée. Je vous souhaite beaucoup de succès au cours de cette conférence.
Je suis ravie d'être de retour à la Conférence de santé mondiale, un an après l'annonce des détails concernant l'engagement du Canada relativement à l'Initiative de Muskoka, pris dans le cadre du Sommet du G8. Comme vous le savez, nous avons fait d'énormes progrès à l'échelle internationale pour accroître tant les ressources nécessaires en vue d'améliorer la santé des mères et des enfants, que l'efficacité de notre travail, qui est tout aussi important, selon moi.
La Commission de l'information et de la redevabilité pour la santé de la femme et de l'enfant, coprésidée par le premier ministre du Canada et le président de la Tanzanie, s'est empressée de publier son rapport, qui a été accepté par les Nations Unies cet été. La semaine prochaine, le Canada sera l'hôte de la première réunion de haut niveau à Ottawa, qui permettra d'orienter les efforts internationaux visant l'adoption des recommandations faites dans le rapport, et ce, afin d'obtenir des résultats et de mesurer les progrès.
Je sais que plusieurs d'entre vous présents ce soir ont participé aux travaux de la Commission et je vous en remercie. Cette année, la Conférence sera axée sur l'avancement de la question de l'équité en matière de santé au XXIe siècle. Je laisserai à d'autres le soin de faire état des étapes précises et des réalisations accomplies dans le cadre de l'Initiative de Muskoka sur la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants, puisque je sais que Peter Singer s'adressera à vous sous peu. J'aimerais vous parler un peu ce soir du thème de la conférence, soit l'avancement de l'équité en matière de santé au XXIe siècle.
Au cours des cinq dernières années, en tant que ministre de la Coopération internationale pour le Canada, j'ai constaté directement les effets dévastateurs de l'inégalité sur les gens, particulièrement sur les pauvres, les groupes les plus vulnérables de la société et la vie des femmes et des enfants. Sans équité dans tous les principaux aspects de la vie, le monde ne pourra jamais atteindre son objectif, qui consiste à offrir des conditions de vie décentes à tous les habitants de la planète.
L'équité en matière de santé est fondamentale pour atteindre cet objectif. Sans la santé et le bien-être, les promesses liées à l'équité dans les secteurs de l'éducation, de la primauté du droit, de l'emploi, de la sécurité et des droits de la personne ne pourront jamais être remplies. Les causes des inégalités en matière de santé sont multiples, complexes et uniques à chaque situation, que ce soit à l'échelle de la famille, de la collectivité, de la région, du pays ou du monde.
Cependant, ces difficultés ne doivent pas nous dissuader de nous attaquer aux inégalités et de tout faire en notre pouvoir pour les éliminer. Tout d'abord, nous savons que l'équité en matière de santé, comme tous les objectifs de développement durable, a besoin d'un environnement stable et sûr pour être réalisée. Une véritable équité ne peut atteindre son plein potentiel que dans les sociétés ouvertes, libres et démocratiques.
Il a été démontré que les pays qui adoptent des politiques et des plans nationaux en matière de santé qui sont fondés sur des principes d'équité et d'universalité en s'engageant à offrir des soins de santé de qualité normalisés pour tous sont ceux qui réussissent à améliorer l'état de santé de leur population. La décentralisation est une étape importante de l'édification du système de soins de santé d'un pays, afin de combler le fossé inégal entre les régions urbaines et rurales, de veiller à répondre aux besoins précis des collectivités locales et d'offrir un niveau de service uniforme à l'échelle nationale.
L'inégalité en matière de santé est aussi causée par la pénurie des prestataires de soins de santé qualifiés. Ceux qui sont présents sont généralement concentrés dans les grands centres urbains et se trouvent rarement dans les collectivités éloignées et difficiles à atteindre, où les besoins en matière de santé sont les plus criants. Dans de nombreux pays en développement, cette réalité exige une attention et des efforts particuliers afin de recruter, de former, de conserver et de déployer des professionnels des soins de santé adaptés à la culture, au groupe ethnique et à la langue.
Il ne s'agit que de quelques-uns des obstacles les plus évidents avec lesquels nous sommes aux prises, dans le secteur du développement, pour faire progresser l'équité en matière de santé dans le monde. Cependant, dans la poursuite de notre travail d'édification des systèmes de santé et d'amélioration des soins de santé, il est essentiel d'accélérer le rythme pour réduire la pauvreté.
En effet, la pauvreté empêche les personnes les plus vulnérables et qui en ont le plus besoin d'avoir accès à des travailleurs de la santé qualifiés, à un éventail complet de services et à des médicaments efficaces. Il est inacceptable que chaque année, près de neuf millions d'enfants dans le monde meurent avant leur cinquième anniversaire et que quelque 500 000 femmes perdent la vie pendant la grossesse ou l'accouchement. La majorité de ces décès surviennent chez les personnes qui vivent dans la pauvreté, bien que le premier ministre ait déclaré que nous connaissions les solutions à cette situation et que celles-ci sont abordables. Les personnes pauvres et vulnérables n'ont pas les moyens de payer les soins médicaux ou les médicaments, même s'ils sont disponibles, ce qui constitue le plus grand obstacle.
Afin de remédier à ce problème, le Canada appuie des mesures qui permettent de réduire ou d'éliminer cet obstacle. Le mois dernier, j'ai visité une clinique de maternité en Haïti où, grâce à l'aide de l'ACDI, les soins de santé prénatals et postnatals et la supervision de l'accouchement sont maintenant gratuits. Ces mesures ont permis d'augmenter le nombre de femmes enceintes et de filles ayant accès à la clinique, de réduire le besoin en soins d'urgence et, par conséquent, d'améliorer la santé des bébés. En outre, nous avons pu donner à des millions de mères et à leurs bébés les médicaments, les vitamines et les suppléments dont ils ont besoin.
Cependant, la pauvreté n'est pas la seule cause de l'accès inéquitable aux soins médicaux ou aux médicaments. Dans de nombreux pays en développement, cette inégalité persiste, d'une part, entre différents groupes culturels et, d'autre part, entre les femmes et les hommes. Nous avons constaté que les personnes qui souffrent le plus sont les femmes et les enfants. Par conséquent, nous devons peut-être avant tout donner l'occasion aux plus vulnérables de se faire entendre. Nous devons permettre davantage aux femmes de demander des soins médicaux équitables et faire en sorte que leur famille et leur collectivité puissent bénéficier d'un accès équitable à des soins de santé de qualité. Ainsi, peut-être que l'amélioration de la santé maternelle ne sera plus l'Objectif du Millénaire pour le développement ayant le moins progressé au cours des dix dernières années.
Si nous concentrons nos efforts sur la santé et le bien-être des femmes dans les pays en développement, plus particulièrement sur la santé des femmes, je pense que la santé de leurs enfants s'améliorera du même coup. C'est ce que j'ai constaté en voyant les victimes de la famine, principalement des femmes et des enfants, arriver au camp de réfugiés de Dadaab au Kenya, des femmes qui mettent leur vie en danger pour protéger celle de leurs enfants.
Dans notre quête d'une équité en matière de santé mondiale, nous devons placer les femmes au cœur de notre travail. Tout au long de ma carrière de ministre, j'ai toujours entendu que le Canada doit soutenir la prestation de services de santé intégrés et complets, en particulier à l'échelle locale, en région rurale. Pour y arriver, il doit éliminer le cloisonnement et miser sur une collaboration efficace et efficiente pour améliorer la santé des plus vulnérables du monde.
Le Canada doit collaborer avec les pays qui souhaitent renforcer leur capacité d'offrir des soins médicaux de qualité à tous les groupes de leur population, et augmenter le nombre de travailleurs de la santé dûment formés et accessibles à toutes les personnes, peu importe qui elles sont et où elles se trouvent. Il doit également diminuer le coût des soins médicaux et des médicaments et toujours trouver de nouveaux moyens de lutter efficacement contre la maladie.
La communauté internationale doit être novatrice et créative lorsqu'elle cherche, élabore et offre des systèmes, des procédures et des médicaments moins coûteux. Nous devons élaborer et mettre en œuvre sans tarder de nouvelles technologies qui permettent de surmonter plus rapidement les défis qui nous attendent et d'assurer l'équité en matière de santé aux plus défavorisés.
Nous savons que d'importants défis persistent et je peux vous assurer que le gouvernement du Canada est résolu à les surmonter et à obtenir des résultats pour les personnes dont la vie en dépend. De nombreuses organisations de la société civile et de nombreux professionnels de la santé canadiens, dont certains sont dans la salle ce soir, ont aidé le Canada à améliorer la santé des pauvres. Je vous en remercie encore une fois.
Pour tous les participants à cette conférence, Canadiens et partenaires internationaux, il s'agit de trouver des moyens de maximiser les retombées de notre travail à mesure que nous progresserons. Comme je l'ai déjà dit, les causes de l'inégalité en matière de santé sont multiples, complexes et uniques à chaque situation, mais je vous félicite tous de promouvoir l'équité en matière de santé mondiale en ce XXIe siècle.
Je tiens à vous assurer que le Canada continuera de collaborer avec vous et de soutenir tous les efforts pour atteindre cet objectif très important. Je vous souhaite donc un très agréable séjour à Montréal et une conférence des plus fructueuses. Je me sens bien humble de savoir qu'il y a tant de personnes qui ont cette cause à cœur et de constater qu'un si grand nombre de spécialistes sont venus ici aujourd'hui pour nous transmettre leurs connaissances, leur expérience et leur passion afin de faire de ce monde un meilleur endroit où vivre. Merci.